SUR LA CO TR DR CALIFORNIE
Depuis deux jours, le Southern Pacific roule dans la poussière. Avant-hier, c’était encore le domaine du coton et do la canne à sucre. C'étaient les grands arbres avec les lianes et les lichens gris qui donnent aux paysages de la Louisiane une si intense mélancolie. C'étaient les flaques d’eau sous le feuillage cl. les rives dorées des « bayous » où les alligators se chauffent au soleil. Puis la végétation s’est faite rare et le bon sourire satisfait a disparu sur les visages nègres. Le Texas est une terre de labeur.
Un instant, sur là gaucho, est apparu le Rio Bravo del Nortc, dont il est si souvent question dons les récits mexicains. A El Paso nous avons louche les domaines du président Porfirio Diàz. La ville américaine et la ville mexicaine se font vis-à-vis; un tramway international court do l’uno à l'autre, et les garnisons qui lisent, pour se distraire, les récits
SOUVI'XIIIS Ii'aMKUIQI'E KT DK lilIKCK.
ln'-roïqiies du passé, éprouvent, de temps en temps, une toute petite démangeaison belliqueuse! El Paso est la « frontière de l'Est » des Yankees.
Scs clochers ont disparu dans un nuage blanc. 11 u'y a plus ii présent qu'une solitude lamentable, vaste étendue de sable semée de broussailles jaunes. C'est l'heureux privilège de la terre, californienne do ne se laisser approcher qu’à travers des régions maudites; alors, que l'on arrive par la vallée de Sacrnmenlo ou par celle de Los Angeles, on est saisi et charmé, nu quatrième réveil, par la grande lumière qui s’épand sur les choses et qui leur donne un relief et des contours de paradis terrestre.... Dans ces deux vallées toute l'hisloire de la Californie a tenu : la conquête pacifique cl la conquête armée, les missions et les mines, l’or et la culture.
Le soleil tout-puissant parait, au premier abord, avoir desséché, jusqu’en ses assises profondes, celte longue presqu’île qui allonge entro l'océan Pacifique cl la mer Vermeille l’ariditc de ses roches cl de ses sables. C’est la liasse-Californie que Fernand Cortex visita en 1537; son nom lui vient, dit-on, d’une vieille chanson espagnole qui célébrait' les richesses et les beautés des régions inconnues, situées au nordouest de Mexico; cl, après tout, la vieille chanson 11 c mentait pas; les métaux précieux sortis du sol californien sont là pour l’attester. t
Presque à la pointe de la presqu'île, bâtie dans un
si: h ia cor K uk c.u.iiohmi:. os
lit de ton-cul sans eau, abritée par un promontoire rocheux, La Paz fait vis-à-vis au port de Mazallnn, situé dans la province mexicaine de Sinalon. Le district environnant n’est pas sans importance au point de vue agricole, mais le sous-sol en constitue la principale richesse. Les mines d’or et d'argent y abondent. On prétend que jadis, nu temps des Jésuites, leur production atteignait un chiffre mensuel de plusieurs millions. Beaucoup do légendes et d’histoires dramatiques se content à ce sujet : les galeries les plus riches auraient été obstruées en 1750, lors du renvoi des Jésuites, cl. les Indiens, depuis lors, auraient fidèlement gardé le secret de l'exploitation interrompue.
A deux cent cinquante kilomètres de La Paz, la petite ville de Loreto, assise au bord do In mer Vermeille, recueille ses souvenirs et reçoit des pèlerins ; elle est encore le centre religieux du pays et l’on y vient de très loin allumer des cierges en l'honneur de la Vierge Marie. C’est là qu’en 1697 .1c missionnaire jésuite Salvnticrra fonda la première mission fortifiée, pour la conquête du sol et la conversion obligatoire des indigènes, cl c’est là aussi que, le 2L novembre 1768, le Père franciscain Junipero Serra, natif de Majorque, débarqua avec quinze autres Pères pour succéder aux Jésuites expulsés l’année précédente.
Il no s'agissait pas seulement de conserver les mis* sions des Jésuites, mais d’en créer de nouvelles, en montant vers le nord, par oü pouvait venir l'Anglais, en ce temps-là le rival redouté de l’Espagnol. Le gouvernement de Madrid avait traité avec les Franciscains.
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Il assurait à chaque Porc environ quatre cents piastres par ou et leur donnait, aussi quelques soldats pour les protéger. Ceux-ci devaient vivre dans un presidio proche do la mission. Il était entendu également que l'on établirait le plus tût possible des pucblos ou villages destinés à devenir des centres décolonisation. Mais ces préoccupations matérielles tourmentaient, peu la sainte A me du Père Junipero Serra. 11 no songeait, lui, qu’il baptiser les Indiens. Qu’importait le reste? I.c inonde lui était indifférent : il restait insensible au charme des plus innocentes distractions et tenait les yeux fixés, par delà les horizons de la vie, sur une éternité naïvement paisible. Il était, d’ailleurs, bon et doux, et sa biographie, que son ami et successeur, le Père Palou, nous a laissée légitime fort bien l'enthousiasme avec lequel la Californie, en 1885, a célébré le centenaire do sa mort.
Une, ligne conventionnelle partant do Yuma oh le lfio Colorado, sorti des sublimes horreurs du Grand- Canon, se jette dans la nier Vermeille, et aboutissant à la baie de San Diego sur l’océan Pacifique, sépare aujourd'hui la liasse-Californie, restée mexicaine, de la Californie proprement dite, devenue yankee. La baie de San Diego fut la première conquête franciscaine. On organisa quatre expéditions pour s’y rendre. Un polit navire, le San Carlos, partit du cap San Lucas le il janvier 1109, portant vingt-cinq soldats. 11 paraît, chose difficile à expliquer, qu’il lui fallut trois mois et demi pour faire la route. Un autre, le San Antonio , mit à la voile le mois suivant. Par la voie do terre venaient le Père Crespi, accompagné du
suit LA COTK DK CALIl'OILMK.
capitaine Kivcrn, et le Père Serra, escorté par le capitaine Porlala. Lo 11 juillet, la mission de San Diego était fondée; une graud'incsse rut. chantée on plein air, et la prise do possession se fil en grande solennité, au nom du roi d'Kspaguo.
Tout aussitôt, le Père Crcspi et le capitaine Porlala furent chargés par le Père Serra de pousser une, reconnaissance dans l'intérieur des terres : il s'agissait de retrouver la haie de .Mon leroy, découverte et décrite vers 1002 par Sébastien Vi/.cnino. Les deux voyageurs ne la trouvèrent pas; ils errèrent le long des berges do la Salinas : c’était à l’automne. Dans la vallée roussie, tes ground squirrels, ces gros écureuils gris qui ne savent pas grimper, jouaient gauchement ; des chênes très sombres tachetaient les collines aux nuances fauves et aux reflets cuivrés, formant un do ces paysages bizarrescommc on en voit, sans y croire, sur les paravents japonais; et, lo soir, l'éblouissante féerie des couchers de soleil charmait leurs regards et soutenait' leur constance. Us allèrent ainsi, apercevant peut-être quelques traces laissées par les tribus indiennes, bien que ces parages fussent peu fréquentés, mais lie rencontrant aucun obstacle sur leur roule. Ils passèrent au pied des mollis que couronne aujourd’hui l'observatoire do Lick et traversèrent la plaine on l'Université do Pnto Alto étend le réseau de ses cloîtres do granit rouge. Puis, un beau soir, la baie de Sali Francisco leur apparut, cerclée do collines, fi demi couverte par les bruines nacrées, avec ses îles el scs îlols, et les roches qui gardent son étroite el mystérieuse entrée sur l'Océan. Sauf (es
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SOUVENIRS D'AMÉRIQUE ET DK GRÈCE, phoques, qui doivent être des gens routiniers, cl, sans doute, faisaient déjà leurs délices d’habiter sur ces roclies, tout cela était désert. Qu’eût pensé le pauvre franciscain, s’il lui avait été donné d'apercevoir, se faisant vis-à-vis sur la baie, ces deux puissantes cités, San Francisco et Oakland, avec leurs faubourgs, leurs chemins de fer, leurs télégraphes, leurs clochers et les immenses bacs à vapeur qui vont de l’une à l’autre, remuant lourdement les eaux laiteuses?
Fondant co temps, on souffrait cruellement à San Diego : les provisions attendues n’arrivaient pas; sans doute, le navire qui les apportait avait fait naufrage. I.e Père Serra assembla son conseil, et la retraite vers Loreto fut décidée. Mais le lendemain, au jour lovant, on aperçut enfin la voile tant désirée et les projets do marche on avant furent repris. Une nouvelle expédition, partio le ICavrii, découvrit enfin la baie do Monlerey : elle était bien telle que Yizcaino l’avait décrite cent soixante-sept ans plus tôt. Le 3 juin, la mission de San Carlos fut fondée : un presklio, situé à peu de dislance, devait la protéger. Des Indiens se trouvaient là. « Effrayés par les décharges do mousquelcric, ils s'abstinrent pendant quelques jours de prendre contact avec les blancs. Mais bientôt ils s'approchèrent, confiants, et furent ami, calcinent reçus 1 . »
Quand la nouvelle de ce.tte fondation parvint -à Mexico, le 10 août 1770, elle y causa un grand enlliou-
t. IIitiel, llistory of San Francisco.
•SUIl I.A COTE DK KAI.IKOnXIK. 3!)
sinsmo ; un Te Dam fui chanté, le canon tonna et le marquis de Croix, vice-roi en exercice, reçut solennellement les félicitations de scs administrés, comme si le nombre do toutes les Espagnes se fût trouvé accru par le fait.
Monlcrey devint bien vite le centre cl le point de ralliement des établissements espagnols. Des expéditions nombreuses en partirent dont l'une, en 1172, remonta jusqu'à la vallée de Sacramenlo. Enfin, le Père Serra résolut de gagner In baie do San Francisco. Le 17 juin 1770, sous la conduite des Pères Palou et C.ambon, une petite caravane quittait le rivage. « 11 y avait, dit la chronique, sept colons mariés cl dix-sept dragons également mariés avec beaucoup d’enfants cl commandés par Don José Moraga. » Les laïques s'installèrent dans un presidio improvisé et peu après les religieux inauguraient leur . mission. I.c 1 er juin 1777, on y baptisait les premiers convertis. « Ils no savaient guère d’espagnol et pouvaient seulement répéter, après le prélrc, les noms des trois personnes de la saillie Trinité et des saillis et nommer les mystères : ils récitaient les prières do chaque jour et s'agenouillaient devant la croix et les images. Cela était considéré comme, suffisant *. » Il n’y avait aucune instruction. Seuls quelques enfants 1 destinés au sacerdoce apprenaient à lire. Le plus grand nombre dos Indiens demeuraient dans l’ignorance. On les appelait « gentc sin l'azon », par opposilion aux Espagnols réputés « gentc do la zou ». Il
t. Itimt, llistoru of San Francisco.
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SOUVIiNItlS n’AMKRIQUK ET DE GIIÈCE.
parait qu’ils n'étaient pas à l’abri du fouet el qu’un long bâton, terminé par une pointe de fer, servait à réveiller leur pieuse ardeur quand ils s’endormaient il l'église; mais, en régie générale, ils étaient bien traités, ce qui explique comment beaucoup d’entro eux acceptaient celte vio monotone et sans saveur.
Au lever du soleil, la cloche tintait pour la messe obligatoire. Puis venaient le déjeuner et le travail jusqu’à onze heures; les femmes mariées en étaient seules exemples. Trois heures de repos occupaient le milieu du jour et le travail reprenait jusqu’à l’office du soir. Comme distractions, les fêles religieuses et peut-être d'innocentes récréations dont il sérail curieux do connaître le détail. I.o plus envié des plaisirs devait Cire do prendre part à l’expédition qui, presque chaque année, poussait jusqu'aux premières rampes do la Sierra Nevada, dans le but do faire des recrues. On mettait en avant les plus convaincus el les plus fidèles des nouveaux convertis : c’était à eux do persuader leurs frères indiens. Quelques troupes suivaient. La rencontre n'était pas toujours pacifique; à plusieurs reprises, il y eut du sang versé. On appelait cela : iv a la conjuista.
Le Père l’alou, qui voit naturellement les choses en beau, écrit dans son journal : « Nous avons baptisé aujourd’hui trois enfants nés ces derniers temps d'un gentil el do trois sœurs qu’il avait épousées. Et, non coulent d'avoir trois femmes, il avait encore épousé sa belle-mère. Mais il a plu à Dieu de convertir scs quatre femmes : il n’a gardé que l’une, et les trois autres, après avoir été baptisées, ont reçu des maris
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suit LA COTE DF. CAI.IFOIIN1K.
selon In loi de l'Eglise. Tous ceux qui sont soumis vivent auprès de nous et deux lois par jour viennent aux offices. Ils vivent sur les moissons qu'ils obtiennent eu cultivant le blé, le maïs cl les haricots. Les pêchers et autres arbres de Castille qu’ils ont plantés donnent déjà des fruits. Ils portent des vêlements que nos Pères nous envoient du Mexique et qui sont donnés par le trésor public ou par de généreux bienfaiteurs. »
En 1787, il n’y avait que neuf missions; i\ la fin du siècle, il y en avait dix-huit avec 40 religieux et 135000 néophytes; le bétail comprenait à peu près ! 70000 tètes, cl la récolte variait annuellement de 30 à
75000 boisseaux do grains *. La mission do San Francisco avait, en 1783, 215 Indiens, 308 têtes de bétail, 31 chevaux, 183 moutons; — en 1813, I 203 Indiens, 9270 tètes de bétail, 022 chevaux, 10 120 moutons; — en 1832, 204 Indiens seulement, 50000 tètes de bétail, 1 000 chevaux cl 33000 moulons. Cette statistique peut s’appliquer, avec quelques variantes, à la plupart des autres missions. On le voit, les ambitions du Père Serra ne s’étaient pas réalisées : il avait rêvé de laisser derrière lui des milliers do catholiques : il ne laissait guère que des troupeaux do bœufs, do chevaux et do moulons. Ce n'est pas que les Indiens aient déserté on masse, niais ils furent décimés par une maladie inexpliquée; la mortalité doubla parmi eux, en mémo temps que diminuait le nombre des naissances. Le phénomène s’est produit ailleurs : il semble que la race rouge no puisse vivre
1, ItovcE, American Commonxealihs ; California.
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12 souvKNins damkhiquiî bt ob giikci;.
au conlact do la race blanche, même quand celle-ci un lui apporte que la paix et le bien-être.
Lorsque le Mexique devint indépendant, le salaire des religieux fil défaut, ce qui 11 c contribua pas à les rendre républicains. Dos tiraillements s’étaient produits entre eux et les militaires chargés d’assurer leur sécurité. L’élément civil avait pris parti pour les militaires; l’oeuvre se désagrégeait de toutes parts; on sentait la sécularisation prochaine. Les Cortès l'avaient déjà demandée pendant les derniers temps ilo la domination espagnole : elle larda à s’accomplir; l’état de choses auquel elle mil fin ne subsistait plus qu’en apparence.
Los souvenirs de celte époque tranquille et poétiquo sont restés chers aux cœurs des Californiens; mais je gage que du haut du ciel, oh ses vertus et scs bonnes intentions l’ont certainement conduit, le l’ère Junipcro Serra a refusé de regarder les lampions allumés en son honneur, le jour do son centenaire.
La période qui s’écoula de 1810 à 18 Î0 vil se former, sur la cèle du Pacifique, une société aimablement paresseuse, élégante, naïve et brave comme les aristocraties coloniales essaimées par la vieille Kspagnc dans les solitudes, du nouveau monde. Étant pour la plupart de sang très pur, ces Californiens méprisaient un peu la République mexicaine devenue leur mère patrie, mais ils obéissaient à scs lois sans résistance. Ce qu’ils aimaient surtout, c’étaient l’ai-
Suit I.A COTE DE CAUFOIIN1K.
niosphèrc cristalline, les soirs embrasés, rallernancc heureuse des plaines, des bois cl des monts, la grande houle do l'océan sur les grèves dorées et celle effervescence joyeuse do la nature «pii, chaque printemps, revêt le pays d’un manteau de fleurs aux nuances triomphales. Eparpillés sur ce vaste territoire, se grisant d’air irrespiré, adorant le sport et la musique, ils se donnaient les uns aux autres une hospitalité charmante. t,c galop et la sérénade rythmaient leur vio.
Point d’industries, bien entendu ; pas même le désir d’en établir. Les objets manufacturés leur arrivaient à de longs intervalles : ils les payaient fort cher et n’eu prenaient nul souci. A partir de 1822, il y eut un commerce régulier avec Boston, par la voie de Panama. Puis, vers 1820, les premiers trappeurs apparurent, venant des montagnes Rocheuses, de ces profondeurs inconnues et terribles vers lesquelles on ne tournait que des regards craintifs, comme les cnfanls qui ont peur des recoins obscurs. Bancrofl estime qu'en 1830 il y avait quatre mille blancs en Californie, et qu’en 1810, h la veille de la conquête, ils étaient environ dix mille.
Les troubles commencèrent en 1829. Le ranclicro Solis, ancien convicl, groupa quelques soldats dont la solde était en retard; il y eut un petit combat près do Santa Barbara, une de ces batailles honnêtement inoffclisivcs oii l'on brûle beaucoup de poudro cl à la suite desquelles on publie un grand nombre d’ordres du jour. En 1830, une sérieuse tentative d’émancipation força le Mexique à reconnaître pour gouver-
H SOUVKNIUS D'AMÈRIQUIÎ BT DK GllfcCE.
ncur le chef du mouvement insurrectionnel, Alvarndo. O» prévoyait déjà que les Etats-Unis entreraient bientôt en scène. Celte mémo année 1830, le Texas s’était révolté. — Dans la nuit du 0 mars, 170 Taxions assiégés depuis onze jours dans l’église de l’Alamo par 1000 Mexicains avaient péri jusqu’au dernier, Santa Ami, vainqueur, avait fait amonceler leurs corps sur un bûcher monstrueux et avait froidement contemplé la llanunc qui les dévorait. Do ces cendres immortelles la République texienne était sortie. Mais on savait qu’elle ne durerait pas. A Washington, l’annexion du Texas était décidée, en principe, mémo au prix d’une guerre avec le Mexique. Aussi une frégate américaine croisait-elle sur les côtes do Californie : son commandant devait, à la première nouvelle des hostilités, débarquer cl prendre possession du pays en arborant le diapeau étoilé.
Entre temps, le nombre des Américains augmentait. Des négociants de l’Est, gens entreprenants, quelques-uns fort distingués, s’étaient établis aux environs de Yorba lîucna, le minuscule petit village qui allait devenir San Francisco. Dans la vallée do Sncramcnlo, il y avait tout un « seulement » d’aventuriers ou, comme l’on disait, de « pionniers », et. parmi eux, quelques impatients qui s’avisèrent un beau jour rie peindre un ours sur un drapeau en manière d’armoiries et do proclamer une République indépendante. On rapporté à ce sujet une anecdote assez typique. Ces néo-républicains, désireux de so procurer quelque otage do marque, descendirent pompeusement à Sonoma, le bourg voisin, pour
SUU LA COTK DF. CALIFORNIE. U>
s’emparer du général Yallcjo qui y vivait Iranquillcmcnl en militaire devenu planteur. Le général reçut fort bien ses visiteurs et fit apporter des rafratchissenionls pour aider leurs délégués dans la rédaction do l’acte do capitulation. Ce fut un peu comme dans l’arche do iVoé. Délégués sur délégués pénétrèrent dans la maison et ne reparurent plus. Un patriote indigné et incorruptible, entré le dernier, les trouva tous ivres morts dans le salon.
Des rumeurs absurdes circulaient dans le pays. On prêtait aux représentants du gouvernement mexicain des projets sanglants cl on interprétait la présence de l’amiral anglais Seymour dans les eaux californiennes comme une menace éventuelle de conquête de la part de l’Angleterre. Un jeune officier des lilals-Unis, le capitaine (depuis général) freinent, qui dirigeait une expédition topographique dans la Sierra Nevada, eut le tort d’ajouter fui à ces racontars cl de se donner A lui-même la mission de conquérirla Californie sur un ennemi imaginaire. Comme un fruit mflrse détache de l’arbre, la Californie allait paisiblement tomber entre les mains du consul Larldn qui représentait les lilals-Unis avec aillant de zèle que de mesure cl de tact. Les violences inutiles de Freinent, les ridicules rodomontades du commodore Slocklon, la loi martiale établie sans motif furent autant do maladresses dont les conséquences devaient être graves b 11 y eut une rébellion dans le Sud; il
1. C’est le " juin fs if) que les tètals-Unis s’emparèrent de la Californie. Cette prise lie possession ne devint régulière que par le traité de Queretaro, signé !c 30 mai IStS.
ifi SOlIVE.NIItS D’AMÉRIQUE ET DE GRÈCE.
fallut Évacuer Los Angeles et Santa Barbara, et Je général Kearny, qui venait d'accomplir en se promenant la facile conquête du Nouveau-Mexique, se fit battre par les insurgés. Les Américains étaient évidemment les plus forts; ils n’eurent pas de peine à reprendre Los Angeles et le bon sens leur dicta ensuite une amnistie générale. Mais les haines de races étaient nées; jusqu’en 1858 elles devaient occasionner des crimes dans les comtés du Sud et la guerre sociale ne devait plus cesser qu’après la disparition définitive des vaincus. Ils avaient perdu leur indépendance, ils allaient perdre leurs fortunes. Les vastes domaines qu’ils tenaient do la métropole avaient des limites vagues et la propriété en était fixée par des titres incomplets. Le flot montant des émigrants empiéta sur eux : des procès sans nombre s’engagèrent. Ils les perdirent ou se ruinèrent pour les gagner et bientôt il n’y eut plus pour eux d’autre alternative que do quitter te pays ou de tomber dans la misère. Quelques-uns de leurs descendants y sont encore.
Kl soudain, comme la Californie cherchait fi se pacifier et il s’organiser, le cyclone do l’or éclata. Nulle météorologie n’avait pu le prévoir. Le 19 janvier 1818, un ouvrier qui travaillait à la construction d’une scierie hydraulique à Colonia, dans la région de Sacramento, trouva les premières pépites. Il les porté ii San Francisco 1 oh elles furent exposées aux
1. Yci'ba Biiclin avait reçu ofltcic l Ionien t, l'année précédente, le nom de Sali Francisco et ne comptait encore que fort peu d’haliilanlsi
sut! LA 0)11; DE CALlI'OllMi:.
regards de tous. En un clin d’œil, !n ville se vida. Le 29 mai, le journal le Californien suspendait sa publication, faute do lecteurs. Dès la fin de juillet, les mines avaient produit 230 000 dollars cl la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre. On arrivait do partout, do Los Angeles, de l'Orégon, des îles Ilawaï, du Mexique, du Chili. Annoncée le 20 septembre à Baltimore, la découverte de l'or provoqua d'abord des sourires d’incrédulité, mais bientôt le doule no fut plus permis; le cyclone arrivait.' Août et septembre avaient produit C00000 dollars (3 millions de francs). Une folie spéciale s'emparait de lotis : on vit des mariages se rompre, des familles se désorganiser et des agences d'émigration se fonder. Des prédicateurs, qui montaient en chaire un dimanche pour analhémaliscr le culte idolâtre du veau d’or, étaient en route le dimanche suivant. En quelques mois, le cliiflrc de la population, en Californie, tripla. A la fin de janvier 1819, quatre-vingt-dix vaisseaux chargés de monde avaient quitté les ports de l'Est et soixante-dix autres se préparaient à les suivre. Cette môme année 1819 produisît 1800000 dollars cl amena 1Q000U émigrants. En 1830, on compta 3 millions de dollars. En 1881, on passa à 31 millions et, en 1832, à 10 (230 millions de francs). A la fin do celte année-là, la population s'élevait à 288000 âmes. Entre temps, une constitution avait été votée et la Californie avait pris rang dans l’Union, malgré la violente opposition des sénateurs sudistes, lesquels voyaient s’augmenter ainsi le nombre des Etats autiesclavagistes,
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SOUVENIRS D'aMÉHIQL’E ET DE GRÈCE.
San Francisco 11 ’avait pas do trottoirs, mais possédait un grand nombre de criminels, repris de justice, échappés du bagne, qui multipliaient les mauvais coups. L’émigration avait amené deux catégories do citoyens : une élite d’hommes énergiques, intelligents et tenaces, et une élite d'hommes débauchés, paresseux et malhonnêtes. Les premiers se réunirent pour pendre les seconds. C’est ce qu’on a appelé le « Comité do Vigilance » de 1851. Il y client un second en I8G0. L'un et l’autre furent absolument remarquables pour l’esprit pratique qui présida à leur organisation, la correction des enquêtes, la fermeté cl la modération des jugements. 11 y cul peu d’exécutions : elles suffirent à inspirer aux criminels une salutaire terreur.
Dans les mines, on jouait volontiers du couteau. Des campements étranges, sommairement établis dans un repli de montagne, réunissaient les Européens décavés cl les Yankees avides. Des fortunes se faisaient et se défaisaient nu jeu. La bête humaine se montrait dans toute sa sauvagerie, salis frein cl sans loi.
Couvre Californie! Les véritables richesses de son sol privilégié demeuraient inconnues, attendant la fin du mauvais rêve cl la venue du bon ouvrier.
Ici se place un incident qui intéresse trop directement la France pour qu'on puisse le passer sous silence. La fièvre «le l’or avait sévi, comme une véri-
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Si;n LA COTK Dlî CALIFOnsm.
table in fluctua, sur les deux rives de l'Atlantique, dans le. vieux monde comme dans le nouveau. I.cs agences d’émigration do Bordeaux cl de Paris n’étaient pas les moins actives et, vers 1881, il y avait tout près de 8 000 Français en Californie. Disséminés dans les campements miniers, où d’abord ils avaient été accueillis comme do bons et joyeux compagnons, leur présence n’avait pas tardé il susciter des jalousies cl dos rivalités haineuses. Mal protégés, parce que leur esprit do retour demeurait intense et les empêchait de demander la naturalisation, ils finiront, par être en bulle à l'hostilité des Américains qui les chassèrent brutalement dos mines.
Le comte de Raoussel-Boulbon so mit fi leur tête. Il était lui-même un naufragé de la vie et avait passé, en Californie, par les plus durs métiers. Coureur d’aventures plus que de dollars, ambitieux de gloire plus que do richesse, il entrevit la possibilité do venir en aide à scs compatriotes malheureux, tout en dotant la Franco d’une colonie nouvelle. Il s'agissait de la Sonora à laquelle on attribuait, à tort ou A raison, un sous-sol minier d’une grande étendue. Un tout cas, cos mines existaient, car leur exploitation n’avait cessé qu’avec la domination indienne.
Baousset-Boulhon so rendit à Mexico et, appuyé par le ministre do France et par une puissante maison do banque, il acquit à ses vues le président Arista. Revenu à San Francisco, il y organisa son expédition et, le 10 juin 1852, il débarquait à Guaymas avec 280 Français. Dans l’intervalle, les intrigues de l’Angleterre avaient arraché au président du Mexique
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SOUVBXinS ll’AMKRiqur. BT I>E GIlfcCK.
le rclrnil de la concession, Le général lilaneo, gouverneur do Sonora, reçut fort mal la pelite Ironpo cl fit il son chef des offres inacceptables. Ce dernier se décida il marcher de l’avant. Après un nm'l îi Magdalcnn, où ils assistèrent il de grandes fêles religieuses et devinrent en peu île temps les amis de la population indigène, les Français, arrivés devant Hermosillo, en chassèrent le général lilaneo et ses 1200 soldats et s’installèrent dans la place. Par malheur, Hnousscl-Houlbon tomba dangereusement malade et fut pour do. longs jours réduit à l’impuissance. Sa troupe, découragée, prêta l’oreille aux propositions do lilaneo. Les Français reçurent quarante mille piastres il la condition d’évacuer le pays. Ils regagnèrent Gunymns, transportant leur chef dans une litière, et se rembarquèrent pour San Francisco. Or, en Californie, la prise d’Ilcrmosillo avait eu un retentissement considérable; un renfort do G00 Français allait partir et les capitalistes sc préparaient à soutenir l’entreprise. Revenu à la santé, Rnoussel-Roulbon résolut d’organiser une seconde expédition.
Do nouveau il se rendit il Mexico. A la suite do trois pronunciamcntos successifs, Santa Ana s’était installé dans le fauteuil présidentiel. Un traité fut conclu entre le chef d’iïlal et l’aventurier pour l'établissement eii Sonora do 500 Français. Mais, comme lîaoussçl-Boidbon se préparait à quitter la ville , Santa Ana, toujours sous l'influence do l’Angleterre, le rappela, reprit sa parole, et, par compensation, lui offrit, le commandement, d’un régiment mexicain,
le de France
SI' H l,A r.OÏB DR CAUFOHXIK, a).
Rnousscl-Roulbon refusa en termes linulnins H parlib
Son idi'e lui avait suscité des rivaux. Un corps do « flibustiers «américains, sous la conduite d’un certain Wnlker, s’organisait en Californie et fui bientôt en route pour la Sonoro. Ce qu'apprenant, Santa Ann, inquiet el préférant les Français aux Yankees, revint îino troisième fois sur sa décision, lîaoussct-iîoullion fut autorisé à s’établir en Sonorn avec trois mille do ses compatriotes. On touchait au but; à San Francisco, 300000 dollars furent souscrits par des banquiers français ou amis do la Franco. Personne ne doutait du succès do l’entreprise, lorsque le gouvernement des Ktats-Unis intervint à son tour : sous le fallacieux prétexte do violation des lois de neutralité, les Français furent arrêtés et désarmés : on ne laissa partir que trois cents colons sans défense et sans ressources.
Raoussel-Boulbon leur avait promis do les suivre : son découragement élait extrême, mais il n’iiésita pas. I.e 24 mai, dans la nuit, il s’embarqua secrètement. A Guaymas, la trahison l’attendait. Santa Ana n’avait plus peur do Walker el de sa bande déjà dispersée, et scs dispositions étaient prises pour anéantir les colons. Dès la première rencontre, une centaine d’entre eux périrent. Les autres refusaient do se rendre tant que leur chef ne serait pas compris dans l’amnistio qu’on leur offrait. Les Mexicains ayant cédé sur co point, ils se rendirent. Mais, au mépris de la parole donnée, Raoussel-Boulbon fut exécuté le 12 août ! 853. Napoléon III, sollicité d’intervenir, .avaijl refusé.
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le de France
52 soi vkniiis d’améiuqui: irr ni: ohkck.
La colonie française do Californie a décru en richesse cl en nombre : son patriotisme est encore vibrant, lin 1870, 1 oOÛOOO francs sont vernis de San Francisco adoucir les maux de nos soldats,... mais notre place est prise. Kncore un pays que la nature et le hasard avaient orienté vers l'influence et le génio français et que nous avons maladroitement perdu! Noua devrions nu moins honorer une grande pensée et un noble caractère en élevant un petit bout do statue ru comte de Raousscl-Boulbon.
11 vous est loisible de relire ces choses en visitant vous-même les lieux qui en furent le théâtre : Ce récit sera autrement éloquent que le mien.
Toutes les missions ne sont pas ruinées : il y en a dont les chapelles, à demi restaurées, servent de paroisses. On y voit encore des peintures enfantines et dos statues contournées représentant la Vierge en robo à paniers ou les saints en abbés de cour. Quand, au matin, par une aurore empourprée, ou bien à l'angélus du soir, la cloche, apparente au-dessus de la façade dentelée, so met à tinter doucement, elle évoque les pauvres Indiens raclant le sol avec leurs instruments primitifs, les lourds chariots aux roues massives, la sentinelle montant, autour de l'enceinte,' une garde fantaisiste, et les longues processions avec les cierges de ciro ot les imagos do bois doré. Vous trouverez la mission de Monterey discrètement cachée derrière un repli de terrain et se mirant dans un étang
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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bordé do roseaux ù fleurs blanches; celle du Carmel, proche do la baie où, comme au temps des Franciscains, les vagues caressent sans contrainte la belle plage arrondie sans que mil bruit humain interrompe leur rythme musical. Dans les chemins poussiéreux, vous croiserez des hommes à cheval qui chantent des paroles ynnkccs, sur dos airs espagnols, et poussent devant eux dos bestiaux. Ces hommes ont la chemise ouverte sur la poitrine mto : leur déshabillé est artistique et chacun de leurs mouvements charme par la grrtco inconsciente dont il est empreint.
Quand vous aurez passé les montagnes do Santa Ynez et aperçu la plaine de Sanla Barbara et l'océan Pacifique semé de grandes lies lumineuses, ce sera la Californie du Sud, plus exubérante, plus chaude do tcinlcs, presque tropicale par endroits. Vous irez visiter la mission do Sanla Barbara qui seulo est inlaclo, elle vieux franciscain irlandais qui cntr'ouvro d’un air bougon la porte vermoulue sourira presque, s'il sait que vous venez de Paris. Vous attacherez votre cheval à l'ombre d’un poivrier cl vous écoulerez la fontaine qui joue dans le grand silence de midi, tandis qu’une avalanche de soleil tombe sur la terrasse blanche et que les cactus et les aloès détachent sur les murs do pisé leur dentelure bleue.
' Autour de Santa Barbara il y a beaucoup do ranchs pour la culture des citrons, des olives, des orangés. Les citronniers sont plantés en quinconce, espacés respectueusement comme de grands personnages. Entre eux circulent les tuyaux d’irrigation : sous les feuilles vernissées se cachent les gros fruits d’or.
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• Ij'cmi vifint du In monlagnc où sont aussi lus rar/uems préposés à la garde des animaux. Vous irez les voir : ce sont de beaux gars mexicains, linrdis cavaliers el joyeux clianlcurs. Ils passent, ta-haut, des nuits musicales, la guilnro à la main, sous la surveillance d’un vieux patriarche qu’ils appellent <( l'oncle » el donl ils suivent les instruclions au pied de la lettre. Quand l’oncle est soiil, les vaqueras so grisent pour lui tenir compagnie. Ils no parlent qu'espagnol el so marient entre eux. Us descendent de temps eu temps à Santa lîurbara pour un grand liai qu’ils organisent et dans lequel ils exécutent, au travers des danses, mille tours d’adresse que leur suggère leur imagination fertile do séducteurs. Us prennent aussi leur part du carnaval fleuri qui so déroule, une fois l’an, par les rues de la ville.
Cela, c'est lout ce qui reste delà vieille Californie mexicaine, échappée au joug des missions, non encore utilisée par rinduslricux Yankee, insouciante el frivole. lin ce temps-là, comme aujourd’hui, la «bianca llores », la fleur d’amour, modesle et pille, dont le nom revient si souvent dans les chansons des vaqueras, exhalait le long des sentiers son parfum pénétrant, les cri-cri jasaient aux approches de la nuit, les scrpenls à sonnetles sifflaient sous les herbes, et la houle balançait des bancs de varech, d’un varech très doré; doré comme le sable do la plage. Elles yeux d’alors pas plus que les yeux d’aujourd’hui ne pouvaient, la nuit, fixer la lune, éblouissante comme un soleil dans celle atmosphère si pure!
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
sni la corn ni: califounir.
Uno Californie moderne n pris naissance : l'histoire rie sa formai ion n’est pas faite pour inléressor l'Européen; c'est une histoire rie crises locales; on peut In résumer en quelques lignes. Il y eut tics spéculations folles, ries paniques absurdes, voire même, uno émeute socialiste organisée vers 1877 fr San Francisco par l’agitateur Kcnrncy. Un moment on crut avoir trouvé des diamants, et la fièvre do la fortune reprit, intense. Un flot d’émigrants, provenant do tous les coins de la terre, arrivait sans cesse; d’autres quittaient le pays, enrichis ou définitivement ruinés. Jamais on ne vit, nulle pari, semblable instabilité sociale. Comment faire uno nation avec ions ces éléments irréiluclibles! On n'y songeait même pas. El pourtant la nation s'est faite, toute seule. Le passé a pris sa revanche. Les envahisseurs avaient conquis le sol; le sol, fi son tour, a reconquis ses vainqueurs, il a eu raison de leurs habitudes nomades, de leur scepticisme do vagabonds. Il les a fixés, disciplinés, domptes. Oh! comme ils l'aiment maintenant, ec sol divin! Cela se voit môme dons la capitale restée cosmopolite malgré tout; le sentiment est bien plus fort dans les villages et dans les campagnes. Ils font des affaires parce qu’ils ont cela dans le sang. Mais ils subissent aussi l’influence de ce clair soleil qu’ils boivent tout le jour, de ces étoiles qu’ils peuvent compter toutes les nuits. Ils ont le sons artistique et leurs ambitions sont royales :
Th y sons shall be as gods o, classic story ; fit]) regai daughters noble, fait' and slrong. l'iotn lit y n cw urorld shall rise immorlal hci'ocs, O golden land of labor, arl and song! 1
!.e pinceau et la plume sont encore un peu gauches dans leurs doigts inexpérimentés, mais la sève est vigoureuse cl son ascension rapide.
YI I
Près d'Onkland, sur les lianes d’une colline aux formes grecques, s’étagent les constructions légères, mais déjà démodées, de l’Université do Californie. Toute une génération porte déjà l’empreinte do la science acquise en ce lion. Plus californienne dans ses tendances sera vraisemblablement la nouvelle Université de Polo Alto, fondée par le sénateur Stanford sur son propre domaine, situé entre San Francisco et Monlercy. Par une heureuse inspiration, l'architecte l’a bâtie dans le stylé des missions; mais avec des matériaux précieux. Un porche surbaissé donne accès dans une cour centrale que décorent des plantes des tropiques groupées en huit massifs géants. Un cloître très vaste l’entoure, reliant les bâtiments à un étage couverts do tuiles rouges. D’autres cours et d’autres cloîtres viendront peu à peu compléter, le plan d’ensemble. Ce qui est là représente déjà une dépense de près do vingt millions de francs, et, comme les étudiants né rapportent guère, il faut, pour soutenir le train d'une pareille maison, des revenus