LE NEZ DU BRIGADIER JAUME
Avoir du nez, ce n'est pas avoir un nez.
Anatomiquement, M. Jaume n'en a guère, quoiqu'il en ait beaucoup, — de celui qu'on ne voit pas.
Celui qu'on voit chez le brigadier Jaume est retroussé.
Par les fortes ondées, il doit pleuvoir dedans.
Cet appendice, qui flaire le crime, a toujours lair de suivre une piste.
Quand Jaume parle, le regard s'anime, le visage s'éclaire, mais le nez reste préoccupé.
Jaume peut vous serrer la main, boire un bock avec vous : vous ne l'aurez jamais tout entier, — le nez est absent.
Le brigadier Jaume débarqua un dimanche matin à Echauffour, avec la photographie d'un gredin aux trousses duquel il se disait envoyé.
Je ne l'ai jamais cru. Pourquoi? C'est une impression ; je la garde. Elle ne gâte pas Tentrevue, puisqu'elle en augmente le mystère.
Le maire d'EchaufFour accompagnait le policier.
— Je te présente M. Jaume.
— Vous venez pour m'arrêter?
— Pas encore, répondit Jaume, avec le sourire d'un homme qui né doute de rien.
Et l'inspecteur me raconta sa petite affaire avec une grande superfluité de détails; Une fable, vous savez. Les poètes ne sont pas plus bêtes que d'autres. Je ne coupai pas là-dedans. Alors Jaume, désappointé :
— Comme ça, vous ne savez rien de rien.
-Si.
-Ah!
— Je sais...
— Quoi?
— Je sais que nous allons déjeuner, je vous invite, vieux menteur.
désolation ! Vous tenez une auberge en Normandie, un des plus fins limiers du célèbre M. Goron vous tombe, par hasard, ew pleine