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LA CINQUANTAINE

dix SOUS au fin fond de son chapeau et, malgré la descente du tramway, j'ai tendu Toreille au motifs — un air qui lit la joie du second Empire. Les quartiers aristocratiques ne goûtent pas la musique du plein air, Tartiste en loques ne dit rien du tout aux gens emmitouflés ; il faut être mélomane et psychologue pour braver Tonglée au profit d'un loqueteux qui cherche à vous fendre l'âme à l'aide d'une musique désespérée.

Sous ses haillons, le musicien de l'avenue Marceau cachait une vanité d'Espagnol ; il n'a pas voulu croire à ma pitié, il m'a pris pour un admirateur d'Offenbach et m'a ofl'ert des partitions. L'une d'elle portait ce titre : La Cinquantaine. Rien d'Offenbach. Je l'ai achetée, à cause de la gravure qui montre une bonne femme au bras d'un bonhomme dans un paysage champêtre. Les vieux sont en habits de fête, — la toilette fripée des noces d'or. Ils ont l'air d'écouter la cloche qui chante, là-bas, au-dessus des arbres ; le clocher, qu'on entrevoit dans la perspective est trapu comme celui d'Echaufifour.

En plein quartier de l'Etoile, j'ai la vision de mon village.

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La Cinquantaine^ paroles d'Henri Boisseaux, musique de Glapisson. Où ai-je entendu cela ?

Tout à coup, le premier couplet me ramène à dix ans en arrière ! Je retrouve le soir d'hiver où le vent soufflait comme aujourd'hui, secouant les croisées de Tauberge, activant la flamme du brasier clair auprès duquel, après souper, un voyageur sentimental me chanta cette romance.

On a remplacé la romance par des choses qui sont certainement plus bêtes qu'elle.

La romance est faite de rêverie naïve, de sentimentalité berceuse, de mélancolique tendresse. La forme en est légèrement poncive et ia gamme un peu molle, mais elle a des chefsd'œuvre qui font pâlir l'hymne patriotique et qui enfoncent la gaudriole.

Ecoutez la Cinquantaine :

Pour fêter notre Cinquantaine, Suzoti, pressons nos pas tremblants.

Allons à réglise lointaine Faire bénir nos cheveux blancs.

Dieu sera bien joyeux je gage, Lui qui ne voit pas tous les jours Cinquante ans de pures amours Braver cinquante ans de ménage.

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