‹ Souvenirs d'aubergeChapitre 20 sur 31 · LA LUZERNE · texte numérisé non relu

LA LUZERNE

25 Avril 1893.

L'autre soir, après souper, mon beau-père me dit :

— Vous devriez bien aller voir si la luzerne a poussé ; il n*y a pas un seul brin d^herbe dans la cour.

Pas un fil d^herbe ! C'est à la lettre. Le soleil a tout rôti.

Figu^^ez^vous que nous avonâ âur les bras une vache et son veau. Au grenier^ deux cents bottes de foin, pes plus. Ceux qui ont des bœufs, des veaux, des vaches, des bouvards et des chevaux comprennent l'inquiétude de mon beau-père.

Notre enclos est moins grand que le Sahara^ mais il est aussi cuit;

Vous devriez bien aller voir si la luzerne a poussé !

Je suis parti. J'aurais voulu siffler mon chien, mais l'arrêté de M. le Préfet contre Thydrophobie nous coupe momentanément le sifflet.

D'ailleurs , les perdrix chantaient dans la campagne, sur laquelle flottait un reste de lumière.

J'ai pris par la Butte-Blanche. Vous tous qui ne connaissez pas cette butte, venez donc me demander à souper. Je vous la ferai voir. C'est une côte crayeuse dont le ruban se déroule tout là haut, jusqu'à cet orme dominateur, planté sur la ligne d'horizon.

Autour de moi, dans le trèfle et le sainfoin, les perdrix chantaient, avec une langueur que je qualifierai d'italienne, le ciel d'Echaufl'our ayant, depuis deux mois, l'indigo du ciel de Florence.

Vous devriez bien aller voir si la luzerne a poussé...

Chemin faisant, j'ai rencontré Pierre Nico-

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