‹ Souvenirs d'aubergeChapitre 21 sur 31 · L.\ LUZERNE · texte numérisé non relu

L.\ LUZERNE

las, un laboureur que j'aime bien, parce qu'il fouille rudement la glèbe.

Nous avons parlé de la sécheresse. Pas d'eau ! Pas d'herbe ! Avec quoi nourrira-t on les bestiaux ?. C'est enrageant. Si, seulement, on avait de la luzerne.

— C'est tout de môme un temps à faire des vers, observa Nicolas, que les effluves des vergers rendaient poète.

Comme je suivais ma pensée, Pierre ajouta, en me serrant la main :

— Enfin, vous allez voir ce que vous allez décider.

Ce qui revenait à dire : Que vous fassiez de la prose ou des vers, moi, je m'en fiche.

Ni prose, ni vers. Je me suis décidé à regarder le paysage, tout bonnement.

Depuis le xiv*' siècle, jamais peut-être le clocher du village n'a eu pareille ceinture de fleurs. Sur les pommiers qui escaladent le coteau, c'était comme une cendre ; les maisons qui se pressent contre l'église, semblaient sortir d'un bouquet, d'un bouquet d'avril aux blancheurs adoucies.

Je voyais cela des Coud?naux, — une terre

de famille où je voudrais dormir le grand sommeil. Excusez cette note funèbre.

Autrefois, j'ai aimé le matin bavard et lumineux ; maintenant, j'aime le crépuscule, Taube triste ; plus tard, nous entrerons dans la nuit.

Elle est venue, la nuit, avec ses fleurs de feu.

Le clocher n'est plus qu\me masse sombre.

Je vois la planète Mars ; elle est perpendiculaire au coq. Du seuil de ma porte, j'examine cette terre lointaine. Tout à coup, la voix de mon beau-père retentit :

— Ah I Ah 1 Vous voilà de retour. Est-ce que la luzerne a poussé?

Nom d'une pipe à tabac, je l'ai oubliée^ moi, la luzerne ! Le paysage m'a pris tout entier. J'ai oublié la vache et son veau, j'ai oublié ma promesse, j'ai oublié mon beau-père, j'ai tout oublié.

Comment répondre? Un homme qui perd la boule, parce que les perdrix chantent, devient légèrement ridicule.

Mais, je me suis rappelé le temps où jd dirigeais une troupe, et j'ai rejoué la comédie :

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