L ENVOYÉ J>E SATAN
bête. Le rire chez lui partait du diaphragme. Quand le rire part de là, il faut se méfier. Des yeux, je cherchai mon fusil, j'oubliai mon verre de chartreuse, mon cigare s'éteignit, l'horloge sonna onze heures et, devant le brasier clair, Méphisto se leva. 11 fit un pas vers moi et me regarda dans les yeux, comm'e autrefois DesbaroUes avait regardé Cham en lui prédisant, en pleine force, une phtisie galopante et j'entendis ces paroles :
Un jour vous perdrez la foi, Dieu merci !
Dieu merci !!!
L'homme ouvrit la porte, salua sur le seuil et s'enfonça dans la nuit. Brrr.
11 y a des années que le voyageur sombre a passé dans mon hôtellerie. Je connais maintenant les croix qui blessaient son orgueil et son épaule. J'ai rencontré cette bête immonde qui s'appelle un jaloux ; j'ai vu la sécheresse de cœur des ambitieux ; j'ai lu dans le jeu des habiles et ma gaieté s'est perdue dans une colère.
Mais j'ai gardé la foi, — Dieu merci.
Le blasphémateur est un ignorant. La mère qui prie, l'enfant qui joint les mains, le vieillard qui s'agenouille en savent plus que lui.
C'est la réponse que j'aurais dû faire à mon visiteur. Mieux vaut tard que jamais. L'autre jour, en écrivant les vers qui suivent, j'ai pensé à lui. Je les imprime avec le désir que l'envoyé de Satan les lise avant son départ pour l'autre monde.