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Le Poète, graisseur de wagons.
Il y avait uno fois un homme qui était graisseur de wagons à la gare de Vernon. Tout en faisant claquer la spatule sur le godet, cet homme était en proie au désir d'apprendre.
Pendant ses repas, il lisait ; aux heures où les autres dorment, il veillait. Il apprit ainsi à lire et h écrire. Il apprit le latin tout seul. Il s'assimila avec désordre une foule de connaissances qui firent de lui l'homme le plus intéressant, le plus curieux et j'ajouterai : le plus noble. Atteint d'une maladie d'yeux qui lui fermait les hauts emplois, il resta graisseur de wagons pendant trente ans.
Le sentiment du devoir dominant chez lui la tristesse, on le vit, courbé sur des roues de
wagon, accomplir, ponctuellement jusqu'à sa retraite, la tâche dont sa famille a vécu.
Ceci est d'un fier exemple. Toutefois, on pourra s'étonner davantage, quand on saura que l'obscur employé était un esprit Imaginatif, un rêveur, — un poète , voilà le mot lâché !
Poète ! Il l'était si bien, qu'il s'en cacha. 11 eut cette pudeur, inconnue des imbéciles : Il écrivit pour lui-même.
Après trente ans de service, la Compagnie de l'Ouest le congédia, avec sept cents francs de rentes et des certificats magnifiques. 11 se retira dans une chaumière, au pied des collines d'Aube voye (Eure). Dans les jardins qui entourent sa demeure, il se mit à bêcher du matin au soir, afin d'ajouter à ses petites rentes; H avait ainsi tout à fait l'air d'un gentilhomme de lettres, qui, délivré de sa valetaille, se promène... la bêche à la main.
Un jour, il eut Tidée de lancer un volume de vers sous ce titre : Vernon, vingt minutes d'arrêt, Heures noires et Nuits blanches.
On fit 1res peu d'attention à cotte œuvre ori-