‹ Souvenirs d'aubergeChapitre 4 sur 31 · UNE PRINCESSE RUSSE A ÉCHAUFFOLR · texte numérisé non relu

UNE PRINCESSE RUSSE A ÉCHAUFFOLR

Je n'ai pas le don de prophétie, mais j'ai tout de même chanté Talliance franco-russe bien avant qu'elle existât.

Dans les premiers jours de l'Exposition de 1889, je rencontrai, au buffet de Sainte-Gauburge, le docteur H***, médecin en chef de l'un des grands hôpitaux de Paris. Aimable et savant, le docteur H***. Il fit cette année-là, devant un auditoire exclusivement féminin, une conférence sur le Cœur et il en parla avec tant d'exquisité que toutes les dames présentes lui firent une ovation.

Comme je l'en félicitais au buffet de Sainte- Gauburge, il m'interrompit avec cette question :

— Êtes-vous pour l'alliance franco-russe?

— Oui.

— Bon. Nous donnerons prochainement à Paris, aux médecins russes qui viendront visiter

TExposition, un banquet au Lion d'Or. Je vous invite. Arrivez-nous avec un toast. Quelque chose de vibrant, du lyrisme...

— Et du cœur, fis-je?

— Et du cœur, répéta le souriant docteur, en sautant dans l'express, qui venait d'arriver.

A travers la vie, il y a des gens qui s'en vont en « Express » en « Rapide » en « Eclair » Moi, je suis resté fidèle à ce train mixte, où, blotti dans un coin, je fis mon toast aux Russes, en sept minutes de trajet, greffées sur une demiheure de retard.

Le soir même, j'expédiais mes vers au docteur H*** qui me répondit, cinq semaines après : « Mazette ! Aïe ! Aïe ! C'est trop vibrant ! Trop de cœur, mon ami, trop de cœur! Figurez-vous que beaucoup de médecins russes sont déjà partis dans la crainte qu'on ne fît la plus petite allusion à l'alliance. Défense gouvernementale et absolue de parler de l'alliance, de célébrier l'alliance, de boire et de trinquer à l'alliance. Venez quand môme. »

Venez quand même ?

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