L'NE PRINCESSE RUSSE A ÉCUAUFFOUR
moi, une sorte de mouvement patriotique, très viril et pas bête du tout.
Il y avait de la poudre et des alexandrins dans Tair.
Une heure après, dans ces dispositions héroïques, je pris place à la table, dans le voisinage de la Princesse, en face de l'Italien, à côté de la demoiselle de compagnie, — une lettrée.
Elle était de Moscou. Je lui parlai de cette montagne fameuse du haut de laquelle des centaines de dômes, argent et or, rutilent sous le soleil.
Après la ville russe, le paysage russe, la littérature russe : Gogol, Tolstoï, Tourguéneff et quelques autres. Enfin, même après M. de Vogué, je parlai du génie russe, assez convenablement pour mériter Testime de cette demoiselle russe.
Les bouchons du Champagne sautèrent, les coupes furent remplies, la Princesse demanda des vers... Il y eut un petit frisson chez les jeunes filles. Par la porte entrebaillée, des têtes apparurent. On écoutait sur le palier, de la cuisine et des salles. La vie de l'auberge était suspendue.
Alors, nouveau d'Artagnan de la poësic, au-
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tre Skobeleff du Champagne, deuxième Vatel du toast, debout devant Tltalicn sombre, entrant d'ailleurs par la pensée au cabaret du Lion d'Or^ d'oii s'étaient enfuis ces couards de méde* cins, je commençai :
Messieurs,
Sans nous vanter, les Gaulois et les Slaves Sont des gens fort courtois, très généreux, très braves, Qui peuvent dire ensemble, après avoir lutté. Le couplet fraternel où chante leur gaîté.
L'accord mystérieux de leur double génie, Fait qu'une race à l'autre est forcénient unie. Messieurs, quand de Paris à votre Pétersbourg Le bruit de la trompette et le son du tambour Et des cris belliqueux montent dans l'air qui tremble, Nos soldats savent bien qu'ils marcheront ensemble !
Deux peuples, désormais, vers l'avenir humain, Deux nations, s'en vont par le môme chemin.
Eprises d'idéal, vaillantes, point sévères, Formant leur alliance au cliquetis des verres. Préférant aux boulets rouges des noirs canons La tlamme des grands vins et l'éclat des grands noms, Mais prêtes à marcher, si l'orage qui gronde Jette enfin son éclair sinistre sur le monde !
Frères, en attendant l'aube des mauvais jours,