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10 SOUVKMKS D'FDMK DK LA CHAPKM.K
d'aoïlt, do nous occuper des préparatifs de nosln* d<'parl, je n'y mis aucun obstacle et peu de jours aprèz nous partîmes Je ramonoy avec moy mon fils ayné que j'avois relire^ du collège de Pontlevoy (i), il y avoit deux ans, pour le mettre dans une pension à Paris.
Les enfants, dans ces moments de troubles, estoient presque abandonnais à cux-mesmes. Les maîtres de pension, presque tous jet«''s jusipTaii col dans la Hévnlution, ne pouvoient leur incubjuer que de mauvois principes; d'ailleurs plus occupés à jouer un rôle dans leur section et dans la garde nationale que de l'éducation qui leur estoit confiée, je crus sage et prudent de rappeler mon fils auprès de moy. 11 y perdoit bien peu de cbose du côté de l'instruction; elle est en général si peu soignée, dans la plupart de ces pensions, qu'il faut aux plus beureuses dispositions une volonté déterminée pour que les enfants y apprennent quelque chose.
J'eus lieu de m'apercevoir souvent sur ma route Ct^mbien l'esprit du peuple y estoit cbangé, il, estoit dj^enu insolent à l'excès; partout où je passois^ le mot aristocrate, avec le ton le plus arrogant, frappoit mes ^\ oreilb s, Kn changeant de chevaux à Murterrolles (i) en Limousin, un homme, en jetant les yeux sur mon ruban de Saint-Louis, s'approcha de la portière de
(1) Ancienne abbaye de l'ordre de Saint-Beooit Atijourd'hni commune du Loir-el-Cher.
(2) MorUToIlrg, liain«>au commune de Ladignac. arronditsement de S&int-Yrieix (Haute-Vienne).
ma voiture ci, m'adn:staiit la parole, me dit en asM^s mauTou françaiâ : « Et moi autni. j'ay »€nri ; mais li je puis rrncuntn*r un lirutcnant et un «crgrnt que j'avoift. ib ne périront que de ma main! • Il vuulut, sur cela, entrer dans le détail de quelques reialionii qu*il dUoit avoir éprouvées, je cherchoy à 1rs eirtiM-r quand j 'aperçu» le vi<aK«* de cet homme ««'ennainmiT Il M rimmbUit du monde autour de ma xtiiturc. on te parloitA l'oreille en me regardant; li('ureu>emciit les chevaux ettoient mit, on pcn^e bien que je ne m'oppoaoy paa au coup de fouet de départ tlu |>oii* Ullon.
J'avoiii Uisêé, en partant, la ville de llergerar que j'habite, en Périgord, àAêéê diapos^fe aux impre«i»iont r<fvululionnairet, amiai, ne fua-je paa étonné, à mon retour, de la trouver h la hauteur den ciramutancetf t*.ette ville mf^ritc cependant une place honorable dans la liévolution , en en adoptant les principc^s. elle a eu au moins le bon euprit de ne iv laisser jamais influ«*n(*er dans lea élections de ten officiera municipaux Xu^-i par les bont choix qu'elle a toujours faits, s • préservée jusqu'à ce jour de ces scènes d'horreur dtiot plusieurs autres villes n'ont esté que trop souvent le théâtre Ce n'est pas qu'elle ne renferm^^t dans son sein des meneurs tout comme ailleurs, qu'il n'y eût motme des gens qui n'y préchaasent le désordre et le meurtre . on en a mesm* > 'est pas dans
la classe du |K'upte). qui. luuuniaui pieds tout principe d'humanitr. pr • ■ *. comme mesure iudispeiisal)*- *'• ^'orgemt.... vv ;..^* les U"*-!- - mcsmes da
22 SOUVEMUS DKDMK DE LA CHAPELLE
celles de leurs femmes qui se trouveroienl enceintes, pÔïïF^elndre la race. Une telle proposition auroit fait rcôUlcr dTi'ôrreur un cannibale, elle ne put produire que cet elTet dans une ville sagement gouvernée et dont la grande masse, excellente, avoit toujours scu contenir cette poignée de scélérats qu'elle renfermoit dans son sein.
Deux de ces derniers, tenant à toute la ville, admis dans les sociétés où ils n'avoient reçu que des honnêtetés, jouant un rùle aujourd'hui où tout est en sens , inverse, n'avoient jamais pu supporter l'idée qu'un / homme pût estre né dans une classe supérieure à la leur. Le poison de l'envie et d'une basse jalousie avoient rendu ces deux hommes féroces et sanguii naires, qui sans cela eussent peut-estre été d'houle nestes gens.
On me fit sentir, en arrivant chez moy, que l'inténH de ma tranquillité et de ma famille demandoit que je me fisse inscrire dans une compagnie de la garde nationale. Je ne m'y refusoy pas, sachant bien que ce ne seroit pas long, d'après le projet que j'avois d'émigrer.
Je montoy deux gardes et pris des arrangem<mts pour faire monter les autres. Dans une de mes gardes, je fus nommé pour une patrouille de nuit, commandée par un homme que j'avois engagé autrefois et qui avoit servi huit ans avec moy dans le régiment de Lyonnois. Nous n'avions, ny l'un ny l'autre, l'habitude du rôle que nous avions à jouer, mais à coup sûr il estoit plus embarrassé du sien que je ne l'estois du mien.
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Cette patrouilla', faite dans la campagne, se réduisit à nous faire bien mouiller, d'autant qu'à chaque pas nous faisions de« pauses dans le plus grand silence et en prêtant une oreille attentive, pour rn' pa.s nous laisser surprendre par quelques détachements de Tarmëe ennemie qui. à cette époque, ne devoit pas estreà plus de deux cents lieues de nous.
Knviron deux mois après mon admission dans la garde nationale, on renouvela les officiers et bas ofHciers et, coomie je ne pouvois mettre aucune imiM)rtance à tel ou tel choix qui pourruit estre fait, je ne me Irouvoy pas A cett»* nomination où j'espérois bien qu'il ne seroit pas question de moy. Je me tronipois J'avois été ce jour-là dtner cher un de mes amis à la campagne; je ne fus pas peu surpris d'apprendre, à mon retour, que j'avois Hé nommé caporal de ma compagnie. Je ne me mépris pas sur les motifs qui avoient ^éterminë ce choix; j'eus bientôt pris mon party, je fus chez le capitaine, ancien soldat du régiment de l'Ilede-Francc, et luy dis que j'acceptois en attendant que je pujise estre remplace. Je fis cette démarche parce que j'avois appris que plusieurs personnes, nommées caporaux ainsi que moy, attendoient le i»arty que je prt- ndn»i> pour «b-lermintr le leur, me promt'ltant bien de réclamer le lendemain contre celle nomination J'en parloy en effet aux chefs de la garde nationale . je leur Ils sentir que. commandant un corps qui n'avoit pan encore subi la réforme, je ne pouvois servir dans la garde nationale que comme volontaire, que je ne pouvois pas plu» y estre caporal que colonel lli parurent
U SO!;VKMRS DKhMK I)K I,.\ CIIAPKLLK
tous cojivonir de la forer He mes niisons, mais n'osèrent les faire valoir que foiblemenl dans un conseil de guerre qu'ils assemblèrent et (jui décida que je resterois caporal, plusieurs des honorables membres de ce conseil ayant mesme adjouté que je naurois pas fait tant de façons si javois esté nommé capitaine.
Ma compagnie s'assembloit le lendemain pour recevoir ses nouveaux officiers; je la trouvoy mieux disposée que le conseil de guerre, elle écouta mes raisons^ convint que ma nomination avoit esté influencée et, comme elle avoit le droit de d«''faire ce qu'elle avoit fait, elle en usa en ma faveur en nommant sur-lechamp, ainsi que je le désirois, un autre caporal.
(Juclque temps après, trois de mes concitoyens, patriotes bien prononcés, dont l'un estoit mon c^ipitaine, vinrent chez moy sonder mes dispositions sur mon admission au club. (Juelques personnes, un gentilhomme mesme, s'y estoient fait présenter et avoient esté refusés. Ils m'assurèrent que je ne courois pas les mesmes risques, par l'influence qu'ils y avoient et par les précautions qu'ils prendroient pour s'assurer la majorité des sufl'rages. Je leur respondis qu'il me seroit insupportable d'estre admis dans une société dont un des membres ne me verroit pas avec plaisir et qu'une seule boule noire m'en seroit la preuve, que, prévoyant au surplus que mes affaires m'appelleroient incessamment à Taris, je préférois attendre à mon retour et que je profiterois alors avec plaisir des bonnes dispositions qu'ils me témoignoient.
A peu près à la mesme époque, on s'occupoit à dési-
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gner le iiuiirr \i) qui tucc^croit à cvluy qui estoit on place , on me me ttoit fort sur les rang*, on vint mVn parler a!»»cz %érieu»anient pour me faire craindre que le choix f>ourroil bien tom)>er Hur moy Je «entii qu'il ••toit plun que tempa Je faira retraite, pour ne pa» ••tre forc<^ à de nouveaux refus (|ui auroient flni par indisposer contre moy et qui auraient pu attirer liur moy el ma famille mille désagrénenta que ie vouloist ifvilrr.
Je venois de perdre |>ar un décret cent pisttiles de pension, un autre décrut venoit de supprimer mon bataillop et le traitement de MU) livres qai y eMoit attaché, j'avois un enfant à rKci»le militaire qui alloit m'eatre renvoyé, en perdant mon état je pcrdoiA en me^me temps Teapoir d'en procurer un à roea enfanta; mon l»eau-pére venoit de perdre le t>ien par la hupprcjiaion de la ferme du tabac, notre fortune trèn réduite par cea pcrtea accumuléas. il eatoit tout naturel que nou.4 noua occupaaaiona à en ramasser les débriit Mon beau-p^re avoit un remlK)ursement à toucher à Paris, j'avois moi m<^me à y recevoir quelqucji arrérages de |K*nsion et de rentes, ces coniidérations déterminèrent mon départ et en rendirent le prétexte plausible aux yeux de mes concitoyens J'avoin mes vue5 particulières, je voulois émigrer et me soustraire à une foule de désagn^menta. auxquels j'aurois esté en traite si je fu^se resté plus longteropi* dans ma pro-
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i<i SOU Vi: NI US D'KDMK IM*: I.A Cil APK LLK
vince.Je partis donc pour Paris après avoir pris congé «le mes amis, ou du moins de ceux qui se disoient tels, et avoir assuré mon retour comme très prochain. Je conviens que j'estois si peu sincère dans cette assertion que je m'eslois au contraire bien promis de ne jamais remettre les pieds chez moy, tant que l'ordre de choses du moment subsisteroit.
Je ne parle pas des regrets que j'eus de quitter ma famille, jamais ils ne furent plus vrays, ny plus sincères, je la quittois peut-estre pour toujours. J'avois toujours aimé ma femme tendrement et je ne scavois pas encore ce dont elle estoit capable pour justifier les sentiments que je luy avois voués. On verra dans la suite tout ce que sa tendresse et son courage luy ont fait faire pour moy, on verra que si j'existe c'est par elle. Dieu veuille que les circonstances me rapprochent d'elle et me mettent à portée de vivre pour elle et pour son bonheur! C'est mon vœu de tous les instants.
J'arrivoy à Paris la veille de la journée dite, très improprement, des « Chevaliers du poignard » (1). Je n'avois pas pu estre instruit du rassemblement qui se faisoit au château des Thuilleries, aussi ne m'y trouvoy-je pas, mais un militaire décoré portant mon mcsme nom s'y estant trouvé et ayant esté mis sur une liste envoyée en province, on n'y mit point en
(1) On doDna ce nom à des gentilshommes et h d'anciens oftiriers, accourus de divers points de la France pour dtfendre le roi. Ils furent expulsés du château, le 27 février 1791. mais restèrent, po' r la plupart, aux environs, pour porter secours à la famille rovale, en cas de busoin.
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(louUr que ce ne fût moy et que ce D*eût e«t^ le but de mon voyage Je ne me »erois pas mis fort en |>eine de d<ftruire ces bruiU, i»i, par des lettres que je reyus, je n'avais e«tê fondé â craindre ({u'ils pourroient compromettre ma famille.
J'avois fait le voyage de Taris avec M. Pi»nleric, président du district de llergerac (i », homme (|ue j'ay toujours cru |Mirfaitement honneste, quoyque, «lous le rapport des affuires du itutment, grandement en oppo'^ition alors de principes avec les miens; j'aime à croire qu'il n'en seroit pas de mesme aujourd'hui Je le prioy. quand il écriroit en province, de dissuader mes concitoyens, ce qui luy fut plus facile ({u'à un autre par le degré de confiance dont il jouissoit parmi eux.
Par toutes les démarches qu'il me fallut faire et les longueurs que j'éprouvoi, je fus plus de trois mois avant de pouvoir terminer les affaires d'inti^rest que j'avoiji à Paris; je no tongeoy plus alors qu'à me pré pan*r au voyage de Coblentz Je correspondois régu lièrement avec quelques personnes qui y estoient mais plus particulièrement avec M. le comte de (!la rat' (2V marédial •!• < tmp. qui y commandait le corps
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