‹ Souvenirs d'Edme de la Chapelle de BéarnèsChapitre 4 sur 15 · Il : ■ !M« Il avait · texte numérisé non relu

Il : ■ !M« Il avait

avait tar^i capitAin*

28 SOUVENIRS D'KDMK Df- I. A rilAPIIJJ-:

des gens d'armes et des chcvau-lëgers. Mon projet cstoit de l'aller joindre, jr le lui avois mandé, et j'estois convenu avec un inililaire de mes amis que nous partirions enseml)le au mois d'octobre. J'en écrivis à ma femme, je luy en parloy comme d'une chose arrc^tée; elle se borna à m'en présenter les inconvénients, mais elle ne sentoit pas moins que moy (ju'il estoit des circonstances où Ton ne devoit pas s'y arrtHer.

Dans mes diirércntcs courses à Paris, j'avois eu occasion de voir un jeune homme que je n'ay connu que sous le nom de M. Siblot. La conformité de nos principes eut bientost établi entre nous une assés grande confiance pour que nous nous fissions part, toutes les fois que nous nous rencontrions, de ce que nous avions appris des affaires du moment. Il m'avoit dit avoir esté présenté à la reine et en avoir reçu un accueil favorable. L'ayant rencontré quelques jours aprèz, il me parla un peu en l'air d'un projet de départ, qu'on s'occupoit des préparatifs et que j'en sçaurois davantage avant peu. J'avoue que je ne donnoy pas à ce qu il me disoit un très grand degré de confiance; sans cunnoistre autrement celuy dont je tenois cette nouvelle, je ne le jugeois pas, par la seule confidence quil m'en faisoit, propre à estre initié dans des mystères de cette importance. La seule précaution qu'il prit fut de me recommander le secret. Assurément cette recommandation estoit inutile; je conviens cependant que, quelque peu disposé que je fus à adjouter foy à ce qu'il m'avoit dit, cette idée me travailloit; j'en estois

iDf'dine occupé un matin que je pai»»oi9 aui Thuilifrics. quand je fus accosté p4r M le comte de Durfort-Boissièr« (I I qui me dit arriver d*auprès des princes et chargé par eux d'une mission secrète AuprAs du roy et de la reine, dont il avoit déj.i eu dtnit ad ' Il

entra avec moy dans quelques iliHaiU sur I.m.j. i .1.- ha mission, birn propn»s à confirmer mes doutes sur ce que je devuis rn)ire de la confidence qui m'avoit e*.t«« faiii* par M Sihlot Toujours en causant nous ^'.tipiames hm lioulevards ort je rencontroy ce mesme M Sihlot. donnant le bras à une femme et qui ne »*arr*ta que pour me dire A Toreillc : * Le départ est arrêté, le jour à peu près fixé, il aura lieu dans la semaine, ne vous écartez pas. on aura peut-estre Ik*soin de vous; mais, en tout cas. vous n'avez aucuns préparatifs k faire, on aura pourvu à tout > Depuis ce moment, je n'ai plus vu ny entendu parler de M Sihlot r.e (|u'il venoil de me dire s'accurdoit si peu avec ce que me racontoit M le comte de Durfort de l'ohjrl de *.i mission et des suites qu'elle de voit avoir, que j#» ne • plus un instant (|ue Pun ou l'autre n'aluis a

de mon apparente crédulité

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ao sorvKMHs d'i'.dmi: di: i.a <:iiai'i:ijj-:

.Ir fus (Hncr, ce mosme jour, chez M. Thierri (1) (jui cstoit dans sa belle maison de Ville-d'Avray. L'on ne s'y mettoit à table qu'à six heures du soir. Me trouvant seul avec luy dans ses jardins, la conversation me conduisit à m'ouvrir avec luy sur ce qui m'avoit esté dit d'un prochain départ et dont je le croyois instruit, d'après le degré de confiance où je sçavois qu'il cstoit auprès du roy. Je ne luy en parloy mesme que pour qu'il sciU que le secret n'en estoit plus un pour tout le monde. Il me protesta qu'il n'en sravoitrien, mais que, combinant re que je luy disois avec quelques ordres qu'il avoit reçus la veille et qui pouvoient avoir trait à un projet de départ, il ne seroit pas éloigné de croire qu'il n'y eût quelque chose de vray dans ce qui m'avoit esté dit. Et, en eflet, ce fameux départ, dont les suites ont esté si malheureuses, eut lieu trois jours aprez (2). Je l'appris chez un député que j'avois esté voir, le matin d'assez bonne heure^ par un jeune homme qui l'avoit appris luy-mesme en passant sur la place du Carrousel. Je ne m'estois pas éloigné en supposant qu'on eût le projet de m'employer, mais l'ordre de

(1) Marie-Antoine Thierry, baron de Ville-d'Avray. (1732 f 1792), premier valet de chambre du roi, commissaire général du Garde-.Meuble, chevalier de Saint-Louis, massacré à l'aris, a l'Abbaye, le 2 septembre 1792. « ... Après M. de .Montinorin, vint le tour de M. Thierry de Ville-d'Avray, premier valet de chambre du roi : « Tel maître, tel valeti .^e hâta de dire Mail- • lard, je demande qu'on fasse transférer monsieur à la Force. ■ « On poussa aussitôt M. Thierry hors du guichet; il tréburha sur le cadavre de M. de Monlnjorin, pousse le cri de : Vive le roi! et meurt en le répétant à demi-voix. ■ (Mortimer-Ternai x, Htttoire delà Terreur, t III, p. 239.)

(2) iU juin 1791.

ItKIU'.FIl \(' — P\lMv; 1789-1795' .H

départ ii\oii |>rui>ai>lomcnl c<i»U- changi% puisque le roy ne mena avec luy que Iroin anciens .:;arde8 du corps.

Je sortis, un moment apnVs, de chez le d^putt^ pour me rendre chex muy , j'aperçus déjà du mouvement dans les mes, quelqu'un me^me, en pa<*iant sur le iHiulevard. rae conseilla obli^'eamment de caoh.T m..!» ruhan de Saint Louis

Jus4|ues à midy on eut tout à craindre des excès du peuple, il s'armoit tlv toutes parts et menaçoitdese porter au\ «lernières extrémités. A celte matinée qui annonçoit les plus grands désonlres succéda le calme le plus parfait. <^)ucll(^ furent les causes d'un changement aussi inattendu? je l'ay toujours ignoré. (!et exemple n'a fait que me confirmer dans l'idée où j'estois <|ue le peuple n'agit jamais que d'après l'impulsion qu'on luy donne, niais je ne me persuadois |>as qu'une fuis nii^ vn mouvement il fiU aussi facil»* À ramener.

Paris fut tranquille jus<]u'au jour de l'arrivée du roy. Presque tout le monde s'accordoit à le croire Muvé quand on apprit son arrestation à Varennes. Je renconlroy sur les boulevards, à neuf heures du soir, les quatre courriers qui vcnoient en porter la nouvelle et qui la dirent en p^L^sant. J'en parloy dans une maison où j'alloy. personne ne voulut d'al»ord y ajouter foy, on ne tarda pas à en avoir la malheureuse conviction

Tout le monde connoit rbî-'-î--.. j^. l'arrestation du roy, les cirron^tances qui j . rent et suivirent son

retour à Paris, je reviens A ce qui me reL'nrde.

3^ S(M'\r.MKs hr.DMi: dk i, \ niAi'KMJ':

.l'oslois toujours occupe de mon départ, les préparatifs en estoient faits, l'époque n'en estoit mesme pas très éloignée, quand un événement en suspendit, au moins pour un temps, l'exécution.

Je voyois toujours beaucoup M. Thieiri, il ♦^[(jit alors de service auprès du roy et domicilié, pour trois mois, au château des Thuilleries. Un soir (fue jestois chez luy, il me tira à part pour me dire qu'il voyoit avec peine l«' party que je prenois d'émi.^rer, qu'il i\o chercheroit cependant pas à m'en détourner s'il n'en avoit un autre à me proposer, qui me mettroit peut estre plus à mesme, sans m'éloigner, d'estre utile à la cause que je voulois servir. 11 me parla alors de la nouvelle garde du roy (1) qu'on alloit former et m'ajouta que si, comme il me le conseilloit, j'entrois dans ses vues, il en parleroit et se faisoit fort de m'y faire avoir le mesme grade que j'avois. Mes principes estoient trop en opposition avec tout ce qui tenoit au nouvel ordre de choses pour ne pas rejeter cette proposition, quoyque mise sous mes yeux de la manière la plus séduisante.

Knlin M. Thierri, toujours dans la vue de me servir

(1) La garde constitutionnelle fut créée par la loi du 10 octobre 1791 et licenciée le 29 mai 1792.

Son eirectif était de vingt-quatre compagnies d'infanterie et de douze compagnies de cavalerie.

Parmi les officiers attachés à ce corps, il faut mentionner le comte de Précy. lieutenant-colonel de la garde à pied, sous les ordres duquel la Chapelle contribua à la défense de Lyon en 1793, et le comte d'Hervilly, maréchal de camp, commandant la garde à cheval, qui donna à la Chapelle, en 1794, une compagnie de son régiment, Royal-Louis; la Chapelle la commandait, lorsqu'il fut fait prisonnier à Quiberon en 1795.

et lie duniirr au ruy quci(|u un duni i aiucliemciit u sa personne ne pouvoit t'8lre équivoque, fut jusqu'à me dire qu'il m'en feroil donner Tordre. Je le prioy de n'en rien fuire et de ne plus songer à moy pour cet ol>jet, que mon party estoit irrévocablement pris comme celuy que me dictoient et mon honneur et mon devoir. Il insista toujours en me disant de faire mes réflexions, qu'il me donnoit huit jours. Au bout des huit jours ma réponse fut la mesme.

J'en a vois cependant écrit à M. le comte de (^larac a Cohlentz; tous ceux qui le connoissent ne seront pas surpris de l'abandon de confiance que j'avois en luy sur tout ce (|ui tient aux principes d'honneur et de devoir. Sa response fut que les princes désiroient que le roy restât entouré de personnes sur Irscpielles il pût compter et que luy-mesme me conseilluit de ne pas rejeter les propositions qui m'estoient faites. Dans l'intervalle, l'état-major de la garde du roy avoit esté nommé; déterminé enfin à y servir, je demandoy une compagnie, on me la donna Je ne tenois point au grade, je n'estois dirigé par aucune vue d'ambition; la grande majorité de mes camarades pensoient comme moy; nous avions tous pris l'engagement de ne tenir A D0« places qu'autant qnc les circonstances en tien* droient éloignés ceux à qui elles appartenoient; nous ne nous estions mesme peut-estre que trop prononcés sur cet article.

I^ nomination des officiers achevée, il fallut s'occuper de l'ori^anisation des corps et de la formation des compnfrnies (Ihaque département, cha4|uo régi-

3i SOUVENIRS n'EDMK DE LA CHAIM'EU:

ment, devoit en fournir un certain nomt)re pour en former le noyau. Ce n'estoit pas le jjIus sûr moyen de parvenir à une composition aussi pure que nous devions le de'sirer, mais, d'après le décret, il fallut s'y soumettre. Nous reçûmes donc les dilïdrents sujets qui nous furent envoyés, nous les dispersâmes dans nos compagnies; nous fûmes en général mieux servis que nous n'avions osé l'espérer^ la majeure partie estoit bonne, le reste le devint. Sous dillérents prétextes nous nous défîmes de tous ce que nous sçùmes connoistre de gangrené; il en resta cependant quelques uns, nommément dans ma compagnie, quelques précautions que j'aie pu prendre.

Je la voyois plusieurs fois tous les jours, j'estois sûr de mes bas officiers, ils me secondoient à merveille. Je m'estois fait une loy de ne présenter à M. le duc de Brissac (4) et de n'admettre que des hommes des principes desquels je m'estois assuré. Malgré toutes ces précautions, je ne pus me garantir de la contagion; il s'estoit présenté chez moy un ancien militaire qui avoit servi avec moy dans le régiment du Maine, il estoit porteur des plus fortes recommandations; sa taille et sa figure ne me revenoient pas, je le refusoy. 11 me fit parler par tant de gens qu'enfin je me laissoy vaincre, en quoy j'eus tort : il est des circonstances où l'on ne doit jamais s'arrêter au chapitre des considérations (2j.

(1) Louis-Timoléon de Cossé, duc de Brissac, pair et grand paniictier de France, lieutenant général, gouverneur d«' Paris, colonel (les Cent Suisses, puis conirnandaut en chef de la ^Liarde constitutionnelle, massacré à Versailles, le 9 septembre 1792.

(2) Certaines démissions furent données avec fracas. Lne des

BEIir.FHAC — PAHIS <7Sî)-1702» 35

A peine cet homme fut-il entrc^ dans ma compa:;nio que je fus averti qu'il tenoit des propos au moins (équivoques; je le fis venir chez moy, il désavoua tout; mais, peu de jours après, je fus prévenu qu'il estoit fortement soupçonné d'aller aux Jacobins (1), qu'un de ses camarades le luy avoit reproché, qu'une querelle entre eux en avoit esté la suite, qu'ils s'esloient

preuiitTe» fui celle de Jo&chiiii Mural, venu du \f réKiment à cheval. Sa tournure seule l'avait lait choisir. • J'ai <tu, rrril-il, le 6 mars ITVi. aux administrateurs du Loi. qu'il serait honteux de rester plu» longtemps parmi des jeune;* fien^, la plupart vendus a Tari stocra lie . Vous apprendnv., sans doute, ma démission par Carria à qui }o vienf» d'eciire .. Je le prie de rendre publics mes sentunents et la manière avec laquelle je me suis retiré du précipice ijuc l'on creusait sous mes pas, en me couvranlle> bords par des lleurs. • (Archives nationatet. C. IfiS, doss. 415 ) 11 en fut de même de François Fournier. que nous retrouverons. rann«'e suivante, sous-lieulenant au !»• ilragons. l'auteur du ^uet-afiens commis à Lyon le 29 mai 1793 — Knlré dans la ^anle. il ■! .on «lou après, sur les

conseils du conv. i icr. la n ' sur les senti-

ments royalistes du corps, {h^ratifois Fournîer aux hommes de bien, plaqnellé imprimée en 1796.)

Cis deux per><>iiua^'es devaient trouver plus tard leur chemin de Dam 18 L'un lut le roi de Naplcs. le second, ^'.-néral et baron de l'Lmpire, se iiata de se rallu-r à Louis XVlli qui le numma chevalier de Saint-Louis en 1814. Rrand oflicier de la Légion li* • en IS:' rai de la cavalerie légère

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