LYON — DE LYON A LAUSANNE
Nous arrivâmes à Lyon sans autre accident que la nécessité, où nous fûmes souvent sur la route, de rendre quelques < Vive la Nation ! » à plusieurs corps de gardes nationaux qui nous y invituient, dun ton à nous faire juger (ju il n'eiU pas esté prudent de les refuser.
A un événement près qui m'arriva, dont je parleroy tout à l'heure et qui, heureusement, neut aucunes suites fdcheuses, nous passâmes nostre hiver à Lyon assez tranquillement. Nous n'y formâmes aucune liaison et nostre société se borna à deux ou trois personnes qui venoient, de temps en temps, passer la soirée avec nous.
Sur la fin de l'hiver, un de mes amis, appelé M. Imbert et mon collègue dans la commission que j'avois, vint à Lyon. M. et Mme Perroni, chez lesquels je demeurois, voulurent bien le loger chez eux. Cet homme, dont les principes s'accordoient avec les miens, parfaitement aimable d'ailleurs et d'une gayeté soutenue, fit, pendant deux mois qu'il resta avec nous, le charme de nostre société qui ne fut troublée que par l'événement suivant.
Il se faisoit à Lyon de fréquentes visites domiciliaires, auxquelles j'avois toujours échappé, quand, un matin, je fus réveillé par l'entrée subite de deux
hommes dans ma chambre que je jugeoy, aux premières questions qu'ils me firent, estre deux commissaires. L'un d'eux me demanda qui j'estois, je répondis que j'estois marchand de tabac. « Où sont vos certificats de résidence? » — « N'ayant, luy dis-je, aucune rente ny pension sur l'État, je n'ai pas cru estre dans la nécessité d'en prendre. » D'après mes réponses il me jugea suspect et me dit de me lever pour qu'il visitât mes papiers. Je n'en avois aucun qui pût me compromettre. Après les avoir parcourus, il me demanda si je n'en avois pas d'autres. « Non », lui dis-je. — « Cela ne suffit pas, me répondit-il, habillez-vuus pour nous suivre à la municipalité. »
Ils me laissèrent pour monter chez M. Iml)crt à qui ils firent le mesme compliment; ils avoient eu soin de mettre deux sentinelles à la porte d'entrée de l'appartement.
Dès que je fus habillé, je passoy chez M. et Mme Perroni, (ju'on juge bien que je dus trouver très affectés de nostre arrestation, et, en efl'et, il y avoit tout à craindre pour moy si j'estois reconnu pour ce que j'estois.
M. Imbert estant descendu avec les deux commissaires, nous fûmes placés dans la cour, au milieu de vingt gardes nationaux qui nous attendoient et, dans ce cortège, nous fûmes conduits dans une des salles de l'hôtel de ville., que nous trouvâmes remplie de personnes qui y avoient esté conduits de la mesme manière que nous.
Après nous avoir fait signaler, les commissaires,