‹ Souvenirs d'enfance et de jeunesseChapitre 14 sur 36 · fi M. f)F. f.HATKAUP.RIANn · texte numérisé non relu

fi M. f)F. f.HATKAUP.RIANn

tt'ikc (le la iiiuiiaiiliit' sciait en jeu. En gardant tMitro les lieux aveugiemenls une neutralité dictée par son dévouement à la cause royaliste, il eût appoi'lé aux tendances du prince de Polignac une heureuse entrave, et il eût offert un point de ralliement honorable et sûr aux hommes qui voulaient résister à la marche de plus en plus révolutionnaire de Topposition.

Mais M. de Chateaubriand était destiné à ne fairo ces réflexions ({iic quand il n'ainait plus qu'à se frapper la poitrine; quant à .M. Guizot, sa position bien plus nette ne lui laissait aucune hésitation : il lui suftisait de se maintenir avec loyauté sur le terlain de la résistance légale; aucun lien particulier ne le lattachait à la monarchie : si celle-ci était décidée à se perdre, il calculait d'avance quel serait le jfoini (Tappui que l'on trouverait pour s'opposer à rentraînement révolutionnaire. On conspirait ouvertement pour M. le due d'Orléans, et le chef des doctrinaires, tout en s'abstenant avec soin de toute participation à ces entreprises illégales, trouvait dans sa religion, dans ses études et jusque dans ses succès littéraires, des raisons pour ne pas trop s'effrayer d'un second 1088- .Vprès tout, c'était peut-

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être à ses yeux un pas nécessaire vers la perfection du système constitutionnel, système dans la pure conception duquel n'entre pas une charte octroyée, mais une charte imposée.

Le réveil de juillet ISoO fui terrible pour M. de (^liateaubriand; dans son discours d'adieu à la chambre des pairs, il exhala son trouble tout en cachant ses remords. Rentré dans la vie privée, il ne pouvait se dissimuler qu'il avait contribué pour phis de moitié au succès de la conspiration orléaniste; comme il était importun à ceux même dont il avait involontairement secondé le triomphe, on laissa passer le moment décisif sans même lui demander la permission de se séparer de lui, et cet inexplicable dédain lui creusa dans l'àme une blessure qui ne se referma plus. Pour résister à l'amertume de sa position, il lui aui-ait fallu la patience (Tun saint; du moment qu'il ne put remporter sur lui cette victoire, son habitude invétérée d'isolement devait le })Ousser et le poussa en effet aux derniers excès d»; l'invective . (Ju'on ne lui reproche pas d'avoir mis dans cette querelle plus ou moins d'amour-pro})re : en fait d'ainour-piopre, j'attends que, la main sur la conscience, on lui jette la pre-

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niièie pienv. Il fut injuste, il outra les expressions, il accueillit sans examen les plus mauvaises inventions de la presse; il reprocha à M. Thiers l'orgie de Giand-Yaux ; il tonna contre les massacres de Lyon et d<' la rue Transnonain ; il jugea, comme le faiiboui'g Saint-Gerrnain, cpie M. Louis Blanc avait très-irnpartialement raconte la révolution de juillet; il gémit sur la presse muselée, sur Tétat de siège et sur l'abaissement de la France. Mais n'avait-on pas vu, dans la discussion des lois de septembre, M. Royer-GoUard, qui pourtant avait prêté serment à la nouvelle monarchie, tonner avec presque -autant d'exagération contre ces mesures, trop justifiées aujourd'hui par ce qu'on a été obligé de faire depuis que nous vivons en républicpie? C'est qu'au fond do l'àme M. Pioycr-Collard ne se pardonnait ] pas plus que M. de Chateaubriand d'avoir travailli', par la roideur de son opposition, à la chute de la monarchie : le vieil agent royaliste se trouvait sous le législateur de la doctiine.

Que M. de Chateaubriand, dans ce déluge cf invectives, ait laissé voir un certain degré de faiblesse sénile ; qu'avec une puéi'iliti' qui n'est pas rare chez les homme? h imagination vive, après avoir cédé à

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l'attrait du pouvoir, il ait rnal supporté le vide qui se l'ait autour des liouuui'S dont la puissance s'est évanouie; qu'il ait jugé avec d'autant plus de rigueur tout ce qui se faisait sans lui; qu'après avoir vu à l'ieuvre dans sa jeunesse les grands diseurs d'injures de l'école anglaise, il se soit encore une l'ois trompé sur le génie français, en ornant sa polémique de cette malheureuse importation, je no connais personne qui puisse contester de tels reproches. Mais quelque regret poignant que j'en éprouve, comme attaché par un devoir d'admiration et de reconnaissance à la mémoire de M. de Cliateaubriand, si je laisse de C(jté les blessures des vivants, hélas! bientôt fermées par la mort, ce qui absout à mes yeux l'homme d'État, c'est la hauteur de ses vues, c'est l'incroyable sûreté de son jugement. Je n'hésite pas à l'avouer aujourd'hui : quand je lisais ses brochures politiques publir-es après 1830, quand dans les parties que je connaissais de ses Mémoires je trouvais l'expression encore plus marquée de ses anathèmes, je m'inquiétais pour lui du contraste fâcheux qui ne pourrait manquer de s'établir entre les événements et ses prédictions. Mais aujourd'hui, retrouvant toute notre histoire

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