V LETTRES DE M. DE CHATEAUBRIAND
Samedi ijuiii ISJGi.
Cette lecture fiui ne vous plaît guère m'a trotté toute la nuit dan? la cervelle. Je veux rabr('g''r. nous ne lirons que les choses jncme de Prarjuc ; y (lirai que le reste n'est qu'un voyage qui retombera dans la lecture générale : cela sera plausible. Au lait, le duc de L. n'entendrait rien ^w poète et à ses rêveries.
.1e vous préviens afin de n'être pas contrarié par vous. Vous me soutiendrez contre les compliments et regrets obligés. Bonjour à Béatrix. Dans trois \ heures, je serai avec elle d;uis le royauuie li > ombras.
Char.tiilv, 31 oclobre 1837.
,1e me suis arrêté tout près de vous, comni!' vous voyez par cette date. J'ai craint les élections de
Dieppe, et, tout compte fait, Je suis venu ici. Que n'y êtes- vous avec moi ! J'ai le cœur navré au milieu de cette belle foret, de ces eaux, de ces jardins abandonnés, remplis des souvenirs du grand Condé et de Bossuet. Si vous voyiez ces trophées d'armes, ces statues héroïques au milieu de ces bois déserts, de ces arbres marqués comme moi pour être bientôt abattus, je vous assure que vous partageriez mes regrets. C'est donc là que devait aboutir la mémoire du vieux connétable ! de Marguerite de Montmorencv, du duc son frère, du vainqueur de Lens, du père du duc d'Enghienî Ce pauvre jeune homme était né à Chantilli/, comme le dit son interrogatoire. Oh ! fi des grandes mémoires, des mentions du passé, et de cette gloire si inutile ! Madame de Feuchères au bout de tout cela et des bois du parc, que l'on vend aujourd'hui dans mon auberge à cent et un coquins qui vont m'empêcher de dormir. Je n'ai eu qu'une pensée en me promenant dans ces bois, en voyant de longues percées ti'avcrsant arbres après arbres, c'était vous. Pourquoi ma vie est-elle si entravée? Que deviendrai-je? Que ferons-nous? Je ne veux dlus m'appesantir là-dessus, car j'en crèverais. J'ai pourtant travaillé aujourd'hui et je vais travailler
32r. LETTRES DE M. DE CHATEAUBRIAND
encore une huitaine de jours, pour lever, si jr puis, les obstacles matériels.
Je vais laisser passer les six ou sept catafalques. Ensuite je retournerai à Paris. Je vous troi^verai établie, quoique bien loin de moi; mais, n'importe! j'irai vous chercher. J'espère bientôt entendre votre douce voix. Failes-moi, je vous prie, écrire un mot ici, poste restante. C'est le fidèle Achate qui va mettre l'adresse. Souvenirs aux amis.
Mardi 5 juillet I83c5.
Je devais me mettre en route à midi aujourd'hui; les embarras de madame de Chateaubriand me forcent à ne partir que demain. Puisque je dois vous quitter, je voudrais déjà avoir fait cent lieues et vous revenir ; désormais il n'y a plus pour moi de voyage. Je n'ai plus qu'un sentiment et qu'une joie : achever ma vie auprès de vous. Je meurs de joie de nos arrangements^ futurs et de n'être plus-
A MADAME RLCAMIER. 327
qu'à dix minutes de votre porte ' , habitant du passé par mes souvenirs, du présent et de l'avenir avec vous; je suis déterminé à faire du bonheur de tout, même de vos injustices. Il y a aussi un grand charme à m'en aller protégé par vos paroles et votre attachement. Et puis, Dieu, le ciel et vous par delà la vie.
Si vous voulez m'écrire, que ce soit cà Rodez et à Toulouse poste restante. Mille amitiés à MM. Ballanche et Ampère. Xe m'oubliez pas auprès de madame de Boigne. Irez-vous voir ma pauvre vallée votre voisine?
Toulouse, 18 juillet 1838.
Kn arrivant ici j'ai trouvé votre lettre du 18. Je suis bien aise que vous ayez souhaité im petit mot bien froid de moi. Je vous ai écrit de Clormonl tous mes sucrés - . .l'ai traversé depuis toutes
1. M. lie Chateaubriand venait de prendre rue du Bac ^app^rteinent où il est mort.