‹ Souvenirs d'enfance et de jeunesseChapitre 26 sur 36 · Cette lettre de Clermont est perdue · texte numérisé non relu

Cette lettre de Clermont est perdue

32S LErrr.Ls de m. de chateauduiand

les montagnes d'Auvei'iine; même succès à Rodez. Ce malin je me suis trouv(' en Italie et j'ai vu à Alby une église qui ferait honneur à Venise et à Cologne. Me voilà à Toulouse, et il y a à [»eine liuii jours que j'ai quitté Paris, après avoir passé toutes les nuits et fait tant de chemin. Il est vrai que c'est pour vous revoir le plus tijt jiossible; je ne me dis pas cela, mais à vous, je vous le confie.

Ce soir M. de Lavergne, que j'ai vu, dîne avec moi. Nous avons déjà parlé bien de vous et nous allons recommencer. Demain nous comTons dans Toulouse et je partirai après demain pour Nîmes el peut-être après pour Marseille. Je veux vous raconter à la mer qui baigne les cotes de l'Italie. Trouverai-je quelque chose de vous à Montpellier, Nîmes et Marseille? Je n'ose l'espérer. Ma lettre de Clermont vous aura mise en sûreté sur ma santé. M'' pardonnez-vous cette petite gronderie? J'espère (jue M. lîallanrhc m'expli(|uera mieux son système rî que M. Ampère est revenu auprès de vous.

A MADAME RÉCAMIEIÎ. 3-2»

Cannes, fî8 juillcl 1S38.

J'ai quitté à Marseille mou brui! pour venir voir le lieu où Bonaparte en débarquant a changé la fiice du monde et nos destinées. Je vous écris d'une petite chambre sous la fenêtre de laquelle se brise la mer. Le soleil se couche; c'est l'Italie tout entière qui se retrouve ici.

Dans une heure je vais partir poiu- aller à d'Hix. lieues d'ici, au golfe Juan; j'y arriverai de nuit, je verrai cette grève déserte où col homme aborda avec sa petite flotte. Je m'arrangerai de la solitude, des vagues et du ciel. L'homme a passé pour toujours.

Il faut vous revenir : femmes, hommes, ciel, palmiers, tout ce que j'ai vu ne vaut pas un moment passé dans votre douce présence, et il n'y a de repos pour moi que là !

Mais, bon Dieu! c^uc de choses j'ai aperçues pourtant! j'en étouffe; je ne sais si je m'en souviendrai. Je vous conterai ce que j'ai fait, à Marseille, au tombeau du père de notre jeune ami*. Adieu,

1. Il fit mettre une croix sur le tombeau ciu célèbre physicien Am-

je tombe de lassitude et je vais recommencer ma course. Je serai le 31 à Lvon.

Lyon, 2 août 1838.

Je voulais que ma dernière lettre fût datée de Cannes. Je ne lie bien votre souvenir qu'à un beau ciel et à de grandes choses ; mais le moyen de passer dans la ville où vous êtes née sans vous rappeler la colline que je vois et où vous avez passé i'àge de h jjetite fille? Que vous deviez être belle! Je vous reviens le cœur plein de vous, et je vous rapporte des idées nouvelles, toutes empreintes de votre souvenir. J'ai écrit hier à M. Ampère; je ne Tai pas assez remercié! Remerciez-le encore pour moi. Le philosophe ' serait à l'aise s'il voulait vendre ce qu'il a ici. Mais voilà ce que c'est que d'être nourri par vous, on s'y plaît.

père, qui était mort à Marseille. Depuis, les soins pieux d'une amitié fidèle ont réuni les restes du père à ceux de son fils au cimetière Montmartre.

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