LETTRES DE M. DE CHA). £ AUBRI AND
rtMnpirc, cl des ullras les regardaient en haussant les épaules.
Ici j'ai été servi le premier jour par une petite paysanne, a D'où ètes-vous? de l'Auvergne ou du Berry? — Je suis de Xéris, monsieur. — De ce village là-haut, où il n'y a qu'une église et deux maisons? — Non pas, monsieur; je suis née chez ma mère, à la campagne, et je suis venue à Néris; ce pays-ci est bien triste. » Et la jeune fille a ri et soupiré. — Cherchez donc à rétablir la société dans un pays où une paysanne de Néris trouve que Néris est triste? Il est vrai que je n'ai vu dans ce village qu'une chèvre qui est venue me demander du pain, une église déserte où il n'y avait pas une Ame, et un presbytère délabré où je cherchais le vieux curé, qui me cherchait en même temps à l'auberge des eaux.
Les eaux sont limpides, douces et brûlantes. On m'a frotté les mains et les pieds, en attendant les bains, avec une espèce d'herbe qui croît au fond des sources. Cela ne m'a fait ni bien ni mal. J'espère sortir d'ici plus incrédule en médecine que je ne l'ai jamais été. On dit qu'on vient ici appuyé sur xiTie béquille et que l'on s'en va sans bâton : si je
laissais ma béquille partout où j'ai porté une infirmité, j'aurais de quoi former le plus riche musée du monde. Mais le dernier appui ne me manquera pas : j'aurai votre bras. Je m'ennuie de dicter si longuement et de me trouver si bête.
A propos, ne connaissez-vous pas madame de Vatry, mademoiselle llainguerlot? Elle prétend que je l'ai fait danser sur mes genoux lorsqu'elle était petite fille. Mes genoux sont bien glorieux! Je croifi l'avoir rencontrée autrefois aux eaux de Cauterets, lorsqu'elle était une vraie lionne, alors que je donnai si stupidement ma démission pour plaire à des hommes qui sont devenus mes ennemis.
Me voilà au posl-scripliou. Je reviens de chez le curé, que je n'avais pas trouvé hier. Même désolation. Pour tout être vivant, deux bœufs à l'ombre sous les noyers de la place, la jolie chèvre n'y était plus. J'ai sonné à la porte du presbytère; le curé est venu lui-même m'ouviir, et m'a conduit à sa maison, à travers un petit enclos. Je me suis assis dans une chambre où il y avait deux ou trois fauteuils de paille. Je suis reçu comme un frère par ces prêtres, qui m'ont adopté et qui sont si
accoutumés à mon nom, qu'ils me traitent comme une vieille connaissance. La servante et moi nous sommes les familiers du curé. Il y a seize ans que ce prêtre vit seul, et il n'a aucun voisin à chercher dans la campagne; les paysans ne paraissent presque plus à l'église : c'est un gardien laissé au bord de la foi et placé auprès de l'autel auquel il a survécu.
Samedi 7.
J'ai attendu l'arrivée du courrier ce matin pour fermer ce fatras. Il ne m'apporte rien de vous et j'en suis tout triste, comme si je m'étais attendu à quelque chose. Voilà les herbes qu'on m'apporte pour me rendre l'usage de ma main. En se frottant avec certaines plantes, les fées allaient par l'air où elles voulaient. J'aimerais à pouvoir me transporter auprès de vous. Respectueux hommages à madame de Boigne, mille amitiés au philosophe de Lyon. Avez-vous des nouvelles des jeunes Grecs ' qui font un voyage dans leur patrie? Il fut décidé par l'aréopage que les abeilles du mont Hymotte avaient droit
t. MM. Lenormant, Ampère et M-rim.k, partis ensemble pour la Grèce.
A MADAME RÉCAMIEPx. 34:3
de butin sur toutes les fleurs : on était bien jeune et bien bel esprit à Athènes.
Néris, lundi 9 août i.Sil.
J'ai voulu faire disparaître le tiers entre vous et moi ce matin même; j'ai essayé d'écrire quelques mots, ils sont illisibles. Vous aurez vu par la grande lettre que j'ai dictée avant-hier, que j'ai remidi votre intention. Je n'ai plus rien à vous dire aujourd'hui que mon attachement, ce qui est toujours fort court et fort long-. J'ai pris ce pays-ci en horreur. Les eaux et les médecins me sont odieux. Cette grande chaudière que le diable fait perpétuellement bouillir et où l'on puise de l'eau chaude pour les remèdes et pour la cuisine, me gâte tout, il me semble que nous avons pour cuisinier un pharmacien. Je souffre comme un enragé; je passe les nuits à tousser, et je me lève brisé pour me jeter sur un vieux sofa. Des vieilles femmes que je ne