‹ Souvenirs d'enfance et de jeunesseChapitre 6 sur 36 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

Voici niaintriiant le poi'lrait du couile tle Clialeaubriaiul.

Mamisnit île 18:26.

Mon père élail jirainl l'Lsec ; il avait lo nez aijuilin, les lèvres pùles, les yeux hleiis elpelils.

Édition (le 1819, page 3-2.

M. (le Chateaubriand était grand et sec ; il avait le nez aqiiilin, les lèvres minces et pâles, les yeux enfoncés, petits et pers ou glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares.

Je n'ai jamais vu un pareil Je n'ai jamais vu un pared regard : dans la colère ses veux regard : quand la colère y monlançaient vèrilaltleineal ' des '-^i', 1^' prunelle étincelante llammes. semblait se détacher et venir

vous frapper comme une balle.

Ine seule passion le dominait, celle de son nom : il ne vivait que pour rendre à sa famille l'éclat qu'elle avait perdu ; son orgueil blessé par sa première position, par le sentiment de rinjuslice humaine, df'généra dans une .tristesse profonde que l'âge ne lit i[u'augmenter, et dans un silence dont il ne sortait que par des explosions de colère ; du reste, les qualité-s du gentilhomme, le courage, la probité, riionneur, brillaient chez lui au suprême degré, .\vare dans l'espoir de rétablir son nom et de laisser à sa famille une vaste fortune, il avait dans l'occa.sion, et tout naturellement, les plus grandes manières; il

I lie seule passion .dominait mon père, celle de son nom.

Son état habituel était une tristesse profonde que l'âge augmenta, et un silence dont il ne sortait que par des emportements. Avare dans l'espoir de rendre à sa famille son premier éclat; hautain aux états de Bretagne avec les gentilshommes, dur avec ses vassaux à Combourg, taciturne , despotique et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le vovanl, c'était la crainte.

IMIEFACI:;,

était presque toujours magnifiquonient vêtu. Hautain aux états de Bretagne avec les gentilshonmies, despotique avec ses vassaux, taciturne et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le voyant, c'était la crainte.

La naissance de l'auteuf

Enfin, ma mère accoucha d'un troisième garçon, qu'on appela Jean-Baptiste; c'est lui qui devint dans la suite le petitgendre de I\l. de Malesherhes et qui a eu l'honneur de monter sur l'échafaud avec cet homme illustre. Après Jean-Baptiste, (|uatre filles : Marianne, Bénigne, Julie et Lucile; toutes quatre d'une rare beauté, et dont les deux aînées ont seules survécu avec moi aux oi'ages de la révolution.

Eiilin ma mèremilaunîondc un troisième garçon, qu'on appela Jean-Baptiste ; c'est lui qui dans la suite devint le petitgendre de 31. de Malesherhes.

Après Jean-Baptiste naquirent quatre filles : Marianne, Bénigne, Julie et Lucile ; toutes quatre d'une rare beauté, et dont les deux aînées ont seules survécu aux orages de la révolution. La beauté, frivolité sérieuse, reste quand toutes les autres sont passées.

Je fus, dans Tordre de la naissance, le dernier de ces infortunés.

Je fus le dei'uier de ces dix enfants. 11 est probable (jue mes quati'c sœurs durent leur existence au désir de mon père d'avoir son nom assuré par l'arrivée d'un second garçon; je lésistais, j'avais aversion pour la vie.

^Vl l'UËlACE.

Voici enlin un dernier exemple :

J'étais donc réduit à mon- .l'étais réduit à monter à la ter à la dérobée de grosses dérobée deux grosses juments juments de carrosse etun grand de carrosse ou un grand cheval cheval pie extrêmement nié- pie. — La Pie n'était pas, chant à qui j'aimais à faire comme celle de Turenne, un sauter des fossés au risque de de ces destriers nommés par me rompre le cou. ■ les llomains desultoi'ios cquos

et façonnés à secourir leur maître ; c'était un pégase lunatique quime mordait les jambes quand je le forçais à sauter des fossés.

Nous ne pousserons pas plus loin ces coiTiparaisons de lexles. Le lecteur iiilolligenl pi'éférera les Taire lui-iuèine. 11 coiislalcia assez sans nous quels devinrenl, dans la rédaclion lardivenient remaniée, l'afcliaïsme du laiigaiic, Fabus des mots vieillis et soiiveiU bizarres, la passion des termes teclinicpies.

Il verra l'expression de stindcrèses rhyctienncs remplacer celle de « sentiments relii;ieu\ ». Décaler le IroHC mis pour c se laisser glisser le long du tronc ». Tailh(de.si)om' « étroites ouvertures ». Johiiif des deux tours pour a qui liait les deitx tottrs ».

Eoxaver pour << creuser ». Dodiner pour a sommeiller ». Mon père me faisait éprouver les affres de la vie remplaçant c< mon père me faisait trembler );. Le laboureur germé à l'ombre des épis, au lieu de v né à Fombre ». Blandices pour «jouissances ». Charmeresse, etc., etc. Nous n'en liniiions point si nous voulions enregistrer tous les mots plus ou moins étranges dont une déplorable manie vint de la sorte altérer le charme souverain du texte primitif. Ces différences entre les deux rédactions successives, ainsi que la supériorité de la première, ont été déjà signalées par M. de Loménie, qui avail eu connaissance de noire copie.

Nous avons cru compléter l'inlérèt de celte publication en l'aisanl suivre les trois premiers livres des souvenirs de M. de Cbaleaubriand par la très-remarquable étude que Charles Lenormant consacra en 1850 aux Mémoires d'outre-tombe. Les hommes de génie rencontrent rarement des juges équitables parmi leurs contemporains. Les admira-

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leurs comme les détracteurs sont Irop passionnas dans leurs appréciations; mais le temps amène l'arrêt impartial et (lélinitil\ et si nous ne nous trompons, un des mérites du travail de M. Lenormant fut d'avoir devancé la postérité.

Nous avons publié ailleurs, dans les Souvenirs cl Correspondances tires des papiers de madame Récamier, la plupart des lettres de M. de Chateaubriand à sa noble et fidèle amie. Cette publication ne comprenait guère pourtant ({ue la correspondance des années brillantes de la vie publique de l'auteur du Génie du christianisme.

En mettant aujourd'hui sous les regards du public une œuvre de la jeunesse du gi'and poète, la pensée nous est venue d'y joindre les lettres de ses dernières années : on les trouvera à la fin de ce volume. Les infirmités avaient rendu la vieillesse bien lourde à M. de Chateaubriand et ajouté leur tristesse à sa mélancolie native, mais le vieux lion

PRKIACE. XiK

blessé n'était pas devenu insensible au\ beautés de la nature, il en recevait toujours une impri'ssion vive et vraie : l'empreinte indélébile de son génie ne s'était pas effacée.

On trouvera encore, dans les lettres et les billets que sa main tremblante était souvent hors d'étal de tracer, l'allure pittoresque de sa phrase avec plus de sensibilité' et une grâce exquise.

lîossicii, 1" soplcmbio 1873.

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