J MKMUIIIKS DE MA VIE
lui ce qui me perdit. Le préfet ne m'avait pas vu sur l'arbre, je lui cachai assez bien mon sang, mais il n'y eut pas moyen de lui dérober la belle couleur d'or dont j'étais ])ar])oiiillé. c( Allons, me dit-il, monsieur, vous aurez le fouet. )^
.le no doute pas que si cet lionune m'eut annoncé à l'instant qu'il commuait la peine du fouet en celle de la mort, je n'eusse éprouvé une véritable joie, .lamais, dans mon éducation sauvage, l'idée de la honte n'était approchée de moi. A tous les âges de ma vie, il n'y a point de supplices c[ue je n'eusse préféré à l'horreur d'avoir à rougir devant les hommes. L'indignation s'éleva tout à coup dans mon cœur; je répondis à l'abbé Égaux avec l'accent, non d'un enfant, mais d'un liomme, que jamais ni lui ni personne ne lèvciait la m;iin sur moi. Celle réponse l'anima; il m'appela rebelle et promit de faire un exemple. i< Nous verrons! » répliquai-je, et je me mis à jouer à la balle avec un sang-froid qui le confondit.
Nous retournâmes au collège; le régent me fit entrer chez lui et m'ordonna de me soumettre à la punition si je ne voulais pas la rendre plus sévère. Mes sentiments exaltés firent place à des torrents de larmes. Dans aucun temps de ma vie,
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je n'ai élé plus ('loqueiil; ji.' repivsenlai à Tabbé Ëtiaiix qu'il m'avait appris le latin, que j'étais son écolier, son disciple, son enfant; qu'il ne voudrait pas déshonorer son élève, me rendre la vue de mes compagnons insupportable; qu'il pourrait me mettre en prison, au pain et à l'eau, me priver de récréations, tripler mes devoirs; que je lui saurais gré de celte clémence et l'en aimerais davantage. Je tombai à ses genoux; dans mon désespoir, je joignis les mains et je le suppliai par Jésus-Christ de m'épargner. 11 tenait sa verge levée et, sourd à mes prières, il me criait de me soumettre. Je me relevai plein do rage : « lié bien! lui dis-je, voyons! vous êtes le jikis fort, mais c'est égal. >> Et en même temps je hii lançai dans les jambes un coup de pied si rude (ju'il poussa un cri. Il court à la porte de sa chambre et la ferme à double tour, il revient sur moi pour me saisir; je me retranche derrière son Ut et lui jette à la tète son bonnet de nuit, son oreilk-r et son pot-à-l'eau. Il m'allonge de grands coups de verge sur les mains et sur le visage ; je m'entortille dans sa couverture, et m'animant au combat je m'écrie :
Macte aninio, goiierosc puerl
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C-cllc (''niditioii de Liiiiriaiid si ])izai'roiïienl })lac('L' lit lire, malgré lui, mou euueuii : il paila diuiuislicc et de suspensiou d'ai'mes. Nous conclûmes un liaiti' ])ai' lequel je convins de m'en rapporter an principal. Celui-ci, sans me donner gain de cause, voulut bien me soustraire à la punition du fouel. Quand cet excellent homme me remit ce honteux châtiment, je lui baisai les mains avec une telle etVusion dccicur et de reconnaissance qu'il ne put s'em- ))rclier de me donner sabén(''diction.
Tel fut 11' premier combat qm- rue fit rendre cel hdniicui' ([ui est devenu ridolc de ma vie cl au(|U('l j'ai laul de l'ois saci'il'n'' mon l'epos, mon bonheur cl ma fortune.
Les vacances où j'entrai dans ma douzième année l'uient tristes. L'abbé Leprince m'accompagna à Combourg [)our me fortifier dans les mathématiques. Je ne jouis plus de ma liberté. Je ne sortais presque plus qu'avec mon précepteur, je faisais avec lui de longues promenades dans les bois. Il se mourait de la poitriut'. il ('tait triste et silencieux, je n't'taispas beaucoup pins gai; je le suivais en rêvant cl, pendant des heures entières, nous marchions à la suite l'un de l'autre sans prononcer une parole, l'n
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joui' nous nous (''^arAiiies flans une InnM. )i. I.rpiinco se tourna vers moi et me dit : « (Juel chemin laut-il prendre? » Je lui r/'pondis sans hésiter : « Le soleil se eoiiclie ; il rra])pe à prs'sent la fenêtre de la presse tour : niarebons par là! » M. Leprince fut rliarmé, et raconta le soir ce Irait à mon pèie. Le futur voya;ieur se montra dan- cr jniiemcnl. flus d'une fois, en voyant le soleil se couclier dans le^ d(''seils de rAmi'riijue, je nie suis souvenu de la petite aventure de la forêt de Combourii',
M. Leprince aurait bien di''sirê que l'on me donnât un cheval ; mais dans les idées de mon père un officier de marine ne devait savoir manier que son vaisseau. J'étais donc réduit à monter à la dérohé'e de grosses juments de carrosse et vm prand chmal ]iie, extrêmement mi-chant, à qui j'aimais à faii'e sautei' des fossés au risque de me rompre le col; au reste, je ne me suis jamais beaucoup soucif'- des chevaux, quoique j'aie mené la vie d'un Tartare, et contre l'effet que ma première éducation aurait dû }iroduii-e, je monte à cheval avec plus d'(''lé'jiance que de solidili''.
La fièvre tierce dont j'avais apport»' le penne t\ij:i: marais de L>ol me débarrassa de M. Leprince.
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Pour mon iiialliciii' un marchand d'orviélan passa dans le village. Mon père, qui ne croyait pas aux médecins, croyait aux charlatans; c'est l'histoire de bien des hommes. Il envoya cliercher l'aventurier; celui-ci m'examina et déehu'a qu'il me yui'rirait dans vingiqnatre heures. Il revint le lendemain, comme on en élait convenn. Je le vois encore entrer dans ma chambre : il avait un lia])it verl, galonné en or, une large pei'ruque poudi'é'e , de giandes manchettes do monsscline sales, de l'aux hi'illants aux doigts, une culotte de salin noir, des bas de soie d'un blanc bleuâtre et des sonliers avec des bondes énormes. Il ouvrit mes rid(3aux en pr('sence de mon père en faisant mille singeries, me tàta le pouls, me ht tirer la langue, baragouina avec un accent iîahen quelques mois sui' la nécessité de me purger, et me donna à manger un petit morceau de caramel. Mon père était charmi'; il prétendait que toutes les maladies venaient d'indigestion, et que pour toute espèce de maux il fallait purger un homme jusqu'au sang. Les principes du signor lui parurent excellents, et il me laissa entre ses mains. Il n'y avait pas une demiheure que j'avais mangé le caramel que je fus pris de vomissements elTroyables. On avertit mon père,
sorvENins d'enfance et de jeunesse. 91
qui voiilail faire jeter le pauvre diable parla fenêtre (le la tour. Celui-ci, épouvanb', perd la tète; il jette son habit, retrousse les manches de sa chemise et se met à faire les gestes les plus grotesques. A chaque mouvement sa perruque tournait en tous sens; il ri'pétait mes cris et ajoutait après : Che, monsou Larandier? Ce monsou Lnvandier était l'apothicaire du \ illage qu'on avait appelé au secours. Je ne savais, au milieu de mes douleurs, si cet homme ne me ferait pas mouiir à force de rire. On arrêta enlin les vomissements.
Je fus renvoyé au collège. Je passai l'hiver uniquement occupé du latin et du grec; ce qui n'était pas donné k l'étude était consacré à ces jeux du commencement de la vie pareils en tous lieux. Ces jeux m'ont lait faire par la suite des réflexions tristes et ([ui n'étaient pas sans charme.
Partout où j'ai voyagé, chez les peuples civilisés comme chez les peuples sauvages, j'ai retrouvé chez les enfants les mêmes amusements : j'ai vu le petit Anglais, le petit Allemand, le petit Itahen, le petit Espagnol, le petit Iroquois, le petit B(''douin rouler le cerceau et lancer la balle. En reconnaissant les amusements de mes premières années, je me demandais
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pourquoi je me rapprochais si fort de ces enfauls dans mou eniance, et pourquoi, dans mon âge nuu-, j'avais si peu de rapports à ce qu'ils seraient un jour. Frères d'une grande famille, les enfants sont insti'uils par leur (•(niinuiiic iiiriv, la nature. Ils ne ees- .sent de se ressenililcr ([u'cn perdant l'iimoeenee, la même en tout jiays et le signe ))riiiiilil' de l'iionmie. Alors les passions modilit'es ])ai' les climats, les gouvernements, les mo'urs, font les nations diverses; le genre humain cesse de s'entendre et de parler le inèini^ langage. C'est la société qui est la véritahie tour de Babel.
Un matin que j't'tais très-animi' à une partie de l)arresdans la grande cour du collège, on vint me dire qu'on medemandait. Jesuivis le domestique à la porte i eNli'iieure; je vis un gros homme, rouge de visage, les irianières hi'usques et impatientes, le ton farouche, ayant un bâton à la main, portant ime perruque noire mal Irisée, une soutane déchirée et retroussée dans ses poches, des souliers poudreux, des bas perci's aux talons. « Petit polisson, me dit-il, n ètesvous pas le chevalier di^dhaleaubriartd de Comboui'g? ■ — Oui, monsieur, r<'[)ondis-je tout étonni'de l'aposlioplie. — Et moi, reprit-il presque en fureur, je suis
SOLVEMliS D'E.NFA-NCE El DE .IE^^EsSE. 03
le dci'ni(.'r aîné de votre l'aiiiille. Je suis ral)l)é df Ciialeaubriand des Roches Barriteaux. Ret:ardez-moi liien ! Souvenez-vous que vous êtes aussi noble ([iie \o roi ! » En disant cela, le fier abbé lève un coin de sa soutane, met sa main dans la poche d'une vieille culolle de panne, tire un écu de six francs moisi, env<3loppiî dans un papier crasseux, me le jette au nez et continue à pied son voyage en marmottant ses matines d'un air t'uriliond. Je ne l'ai jamais revu. J"ai su depuis que le prince de Condé avait t'ait otTiir à ce pauvre abbé d'(Mre le précepteur du duc de Bourbon. L'orgueilleux genlilhonune répondit insolem- )iienl que le prince qui }>ossédait la baronnie di' Chaleaubi'iand devait savoir qu'un Chateaubriand ))0uvait avoir des préce})ti'urs, mais f[u'il n'était le précepteur de personne. Celte hauteur était le défaut de toute ma famille : elle dominait dans mon père; mon IVèi'e la poussait jusqu'au ridicule, et je ne .suis })as bien sur, malgré- mon ])eii(liant pour les idées républicaines, d'y avoir com})létement échappé.
L'é'|ioque de ma ])i'c)nièie (■(iiiiinunion était ai rivée; c'était ordinaii'cment le moment où l'on décidait dans la famille de l'état futur de l'enfant .
Cette cérémonie religieuse remplaçait pour les
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jeunes chrétiens la prise de la rol)e virile pour les Romains. Madame de (-hateaubiiand était venue de Combourg à Dol pour assister à la première communion de son fils, qui, après s'être uni à Dieu, allait se séparer de sa mère. Que de sentiments réunis pour une femme chrétienne !
On entrait dans la semaine sainte ; ma piété paraissait sincère; j'édifiais loiil le collège. Mais mes regards étaient ardents et mes abstinences assez répétées pour donner de l'inquiétude à mes maîtres. On craignait l'excès de ma dévotion, et une religion éclairée cherchait à tempérer ma ferveur.
J'avais pour confesseur le supérieur du séminaire des eudistes. C'était un homme de cinquante ans, d'un aspect rigide. Toutes les fois que je me |)résenlais aulril)nna! de la pénitence, il m'interrogeait avec anxiété. Surpris de la li-gèreté' de mes fautes, il ne savait comment accorder n]on trouble avec le peu d'importance des secrets que je déposais dans son sein. Plus le moment de la communion approchait, plus ses prières étaient pressantes. « Xe me cachez-vous rien? » me disait-il. Je répondais : « Non, mon père. » — « X'avez-vous pas-fait cette faute? » — <-( Xon, mon père », et toujours, non mon père. Il me
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renvoyait on doutant vl soupirant, en nie retiardant jusqu'au fond de rmne, et moi, je sortais de sa pri'sence pâle et défiguré comme un criminel. Je devais recevoir l'absolution le samedi saint. Je passai kl nuit du vendredi au samedi en prières et à lire avec les plus é-tranges terreurs le livre des confessions mal faites. Le samedi h trois heures de l'après-midi, nous partîmes pour le séminaire. Nos })arents nous accompagnaient. Je marchais au})rès de ma mère. Toute la vaine gloire qui s'est depuis atlaclK-e à mon nom et dont cette sainte mère n'a }>as été le témoin, ne lui aurait pas donné un seul instaiit de l'orgueil qu'elle éprouvait connue chn'"lienne et comme mère en voyant son tils pièt à participer au grand mystère de la religion.
En arrivant dans l'église, je me prosternai sur le pavé du sanctuaire; j'y restai un moment comme ani'anti. Quand je me levai pour me rendre à la sacristie, où m'attendait le supérieur , mes genoux tremblaient sous moi. Je me jetai aux pieds du prêtre de Jésus-llhrist, Ce ne fut qu(3 de la voix la plus altérée que je parvins à prononcer mon coiifileor. « Hé bien! n'avez-vous rien oublié? « me dit Thommc de Dieu. Je demeurai muet, sns quostions
ircoiiniiriicrieill, et loiljouis le llilal liuil, iiW)l pi'fC, soiiil de ma boiKlie. li se recueillit un luouienl : il eut Tair de demander des conseils à Celui qui sonde les reins et les cœurs et qui conlT'ra aux apôtres le })Ouvoir de lier et de di'lier les Ames. Alors, taisant comme un etlbrt, il se préjiara à me donner l'absoliilloii. La foudre que le ciel eût lancée sur moi lifaurail causi' jnoins d"('})(:)uvante. .le m'écriai : « Je n\ii jias tout dit! « Le redoiitaltlc julic, le délétiué du souverain arl)ilre dont le visaye m'inspirait tant de craintes, devient le pasteur le plus tendre. Il me jette les Itras autour du col et fond en larmes. <i Bon Dieu, dit-il, c'est toi <j[ui as parlé au caHirde cet enfant ! Allons, mon cher lils, du coiU'aiic ! f Je n'aurai jamais un tel moment dans ma vie. Si l'oji m'eût déharrassi' du jjoids d'une montaiine, on ne m'auriul |)as plus soulaiiV'. J(' sanglotais de bonheur. J'ose dii'e que c'est dès co moment que j'ai iHi'' créé lioimète homme. Je sentis que je ne survivrais jamais à un l'emords. Grand Dieu! quel doit donc cire crhii (hi crime, si j'ai pu tant souifrir pour avoir cach(' les faiblesses d'un enfant! Mais combien elle est divine celte religion qui i>eut s'emparer ainsi du cœur de l'homme! Et quels préceptes de morale
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suppléeront jamais à ces iiistilulioiis eluétiennes!
Le premier aveu fait, rien ne me coûta plus. Mes fautes cachées, peu considérables aux yeux du monde, parurent r;raves à ceux de la religion. Le supérieur se trouva dans une grande jterjilcxiti' : il aurait bien voulu retarder ma commun inii: mais j'allais quitter le collège de Dol et entrer au service dans la marine. Il vit les écueils où je briserais mon vaisseau. C'est le premier homme qui ait pénétré le secret de ce que je pouvais être; il devina jnes futures passions, il ne me cacha pas ce qu'il croyait voir de bon en moi, mais en même temps il me prédit mes maux à venir, et m'annonça que je n'aurais jamais de plus grand ennemi que moi-mènje.
« Enlin, aj(»ula-t-il, le temps manque à votre |m'nitence, mais vous êtes dans ce moment lavé de vus péchés par voire repentir, par l'aveu tnifli!', mais courageux de vos fautes. Souvenez-vous , si vous oubliez jamais voire Créateur, de ce qui vous arrive en ce moment. Songez que par une grâce paiticulièie, au liiu d'une communion sacrili'ge qui aurai! pu vous jierdre dans cette vie et dans l'airtrt:, vous allez recevoir une communion qui vous tiendra toujours ouvenc:? les porte- du ciel, et continuera à faire
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(lo VOUS dans ce monde un honniMe lionnne. d Uleva la main pour m' absoudre. Cette seconde fois, le bras roudroyant ne fit descendre sur ma trie que la rosée céleste. J'inclinai mon iront })Our la recevoir, elle pi-m'lra dans mon cœur; ce que je sentais participait de la If'licité des anges. J'allai me précipiter dans le sein de ma mère qui m'attendait au pied de l'autel. Je ne parus plus le même à mes maîtres et à mes camarades; je marchais d'un pas levier, la tète haute, l'air radieux, dans tout le triomphe du repentir.
Je parus le lendemain à cette d'-rémonie touchante et sublime, dont j'ai vainement essayé de tracer le tableau dans le Génie du chnstianismc. J'aurais pu y retrouver mes petites humiliations accoutumées : mon bouquet et mes habits étaient moins beaux que ceux de mes compagnons; mais ce jourlà tout fut à Dieu et pour Dieu. J'approchai de la sainte table avec une telle ferveur que je ne voyais rien autour de moi. Je sais parfaitement ce que c'est que la foi par ce ([ue je sentis alors. La présence rt'-elle dans le saint sacrement m'é'taif aussi sensil)le que la présence de ma mère à mes côtés. (Juand l'hostie fut déposée sur mes lèvres, je me sentis
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c-oiiiuie IulU ('L'Iaii'L' en dedans. Je ticmblais de respect, el la seule chose matérielle qui m'occupât était la crainte de profaner le pain sacré en le laissant toucher à mon palais comme une autre nouriilurc Je conçus encore le courage des martyrs; car j'aulais pu dans ce moment confesseï' la loi au milieu des plus cruels supplices. J'aime aujourd'hui à me rappeler ces saintes félicités cpii précédèrent de bien peu d'instants dans mon Ame les tribulations du monde
En comparant ces pieuses ardeurs aux transports insensés cpu^ je vais peindre, en voyant le même coMir éprouver dans l'intervalle de quelques mois tout ce que l'innocence et la relitiion ont de plu.s doux, de plus .<aliitaiie, et tout ce que les passions ont de plus séduisant et de plus funeste, on choisira des deux joies, et l'on verra de quel côté' il faut chercher le bonheur el surtout le repos.
Huit jours après ma première communion, je quittai le collé«>e de Dol. Il me reste de cette maison un ai^ri'able souvenir : quchpie chose de noire enfance s'attache aux lieux embidlis par elle, comme une Heur communique soni)arfuiu aux objets qu'elle a touchés.
Je m'attendris encore aujourd'hui en songeant à
la dispersion de mes premiers camarades et de mes premiers maîtres. L'abbé Leprince, nommé à un bénéfice auprès de Rouen, ne vécut que peu d'années. L'abbé Egaux olilint une cure considérable dans le diocèse de Saint-Malo, et j'ai vu mùui'ir le bon principal Porcher, clianoine de Dol, au commencement de la révolnlion. 11 étnit instruit, doux et simple de cunir; la mémoire de cel obscur RoHin me sera toujours chère el vénérable.
Je trouvai en arrivant à Combourg de quoi nourrir ma piété : c'était une mission. J'en suivis les exercices, et je reçus la conlirmation sur le perron du château, avec les petits paysans et les petites paysannes, de la main de l'évéque de Saint-Malo. Après cela on planta une croix en souvenir de la mission. J'aidai à la soulenir tandis qu on la lixail sur sa base. Elle existe encore; de tout ce que j'ai planté à Combourg, une croix seule est restée dobout, comme si je ne pouvais rien créer de durable que pour la douleur, ni marquer mon passage sur la terre autrement que par ^]Gi^ monuments de tristesse. La croix de la mission s'élève devant la tour où esl mort mon })ère. Depuis trente années, elle n'a \u jiaraiire ])ersonne aux fenêtres de cette tour, elle
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n'est plus saluée par les enfants du cliàleau. Elle attend en vain, chaque printemps, le retour du père et de la mère; elle ne voit revenir au toit de la famille que les hirondelles, compagnes de mon enfance et plus fidèles à leur nid que l'homme à sa maison. Heureux si, sans chercher ailleurs des orages, ma vie s'était écoulée inconnue au pied de la croix de la mission, et si mes cheveux n'eussent éti'' blanchis que par le temps qui a couvert de mousse les branches de cette croix !
Je ne tardai pas à partir poui' le rollé;ie de Rennes, où je devais })oursuivre mi-s (''tudcs el siiiiout me fortilier dans les mathématiques sous un excellent maître, afin de subir ensuite l'examen à Hre>l pour être reçu garde de la marin(\
M. de Fayolle était alors principal du collège de Rennes. On y comptait trois professeurs distingm's : l'abbé de Chàteaugiron pour la seconde, l'abbi' Germ('' pour la rhétorique, et l'abbé Leinarchand pour la physique.
Le pensionnat était nombreux et les externes plus nombreux encore. Les études étaient forti'S et bien suivies. Dans les derniers temps, Geoffroy et Gingueué, sortis de ce collège, auraient fail honneur à