H)1 MÉMO USES 1)1. MA VIK
Sainte-Barbe ou au Plessis. Une chose assez singulière, c'est que le chevalier de Parny avait aussi éiudir à Rennes, et que j'héritai de son lit dans la chambre qui me fut assignée.
Rennes lut pour moi une Babylone et le collège un monde. La multitude des écoliers, le nombre des maîtres, la grandeur des bâtiments, du jardin et des cours me paraissaient incroyables.
Je m'y habituai pourtant et je pris bientôt sur mes nouveaux camarades l'ascendant que j'avais eu à Dol sur mes anciens compagnons; il m'en coûta quelques combats : les petits Bretons sont d'une humeur fort belligérante. On se donnait des rendez-vous pour les jours de promenade dans le jardin des bénédictins appelé le Thabor; là on se battait : c'étaient de véritables duels. Nous nous servions de compas de mathématiques attachés au bout d'une canne, et nous en venions à une lutte corps à corps, plus ou moins dangereuse selon la gravité des cas; il y avait des juges du camp qui décidaient s'il éch('ait gage, et de quelle manière les champions devaient mener des mains. Pour que le combat cessât, il fallait qu'une des deux parties s'avouât vaincue. — Je retrouvai au collège mon ami Gesril,
SOrVE.MIîS ICtMANCE KT DK JEUNESSE. 1U3
qui présidait, comme à Saint-Malo, à ces engagements. Il fut témoin pour moi dans une afiaire que j'eus avec Saint-Riveul, jeune gentilliomme qui eut l'honneur d'être la première victime de la révolulion. Il fut tué dans les rues de Rennes en se rendant avec son père à la chambre de la noblesse.
Je tombai sous Saint-Riveul ; je ne voulus jamais demander grtàce, et je fus tellement maltraité que la peau de ma tète, décollée du crâne, ('tait à demi arrachée avec mes cheveux. Je rencontrai aussi à ce collège deux hommes devenus depuis bien différemment célèbres : Moreau, le fameux oénéral, et Limoëlan, auteur de la machine infernale, aujourd'hui prêtre en Amérique. Moreau avait cinq ou six ans de plus que moi et il était externe. Limoëlan, pensionnaire, était à peu près de mon âge. Saint- Riveul, Limoëlan, Gesril et moi, nous nous liâmes d'une étroite amitié. On a rarement trouvé à la même époque, dans une nièmi" province, dans une même petite ville et rassemblés sous le même toit, d'aussi singulières destinées. Je ne puis m'empêcher de raconter ici un tour d'écolier que joua au préfet de semaine mon camarade Limoëlan.
Le préfet avait coutume de faire sa ronde tous
loi MKMOfr.K.S DE MA V I F..
les soirs dans les coiiidors après la retraite, pour voir si tout ('tait bien et si nous dormions paisiblement; il regardait à cet effet par un trou pratiqué dans chaque porte. Lirnoëlan, Gesnl,Saint-Riveul et moi, nous couchions dans la même chambre.
D'animaux malfaisants c'était un fort lion plat.
Vaini'inent avions-nous plusieurs Ibis bouché le lalal hou avec dn papier; le pn'lét pous.sait le papier avec son doitit et nous surprenait sautant sur nos lits et cassant nos chaises.
Un soir Limoëlan, sans nous communiquer son projet, nous eni;age à nous coucher et à éteindre la lumière. L'instant d'après nous l'entendons se lever, aller à la porte et puis se remettre au lit. l'n quart d'heure après, voici venir le préfet sur la jtoinic du ]»ied. (iomnie avec raison nous lui étions fort suspects, il s'arrête à notre porte, écoute, regarde, n'aperçoit point de lumière, croit le trou bouché, y enfonce imprudemment le doigt Qu'on juge de sa colère! (' Qui a fait cela? » s'écrie-t-il en se précipitant dans la ctiambic. Limorlan d'éclater de rire et Gesril de dire en nasillant av!'r un air moilii'' niais, moitié goguenard : « (Ju'esl-cc donc, monsii.'iu'lf pri'lél? ))
S()UVE^MRS D'ENFANCE ET I>E JEUNESSE. lu,")
Quand nous sûmes ce que c'était, nous voilà, Saint- Riveul et moi, à nous pâmer de rire comme Limoëlan, à nous Ijouclier le nez et à nous cacher sous nos couvertures, tandis que Gesril, se levant en chemise, otïrit tiravenient au préfet sa cuvette et son pot à Teau. On ne put rien tirer de nous : nous fûmes hi'l'oïques. Limoëlan, en vrai conspirateur, avait bien }\v^r nos caractères. Il ne nous avait pas l'ail paii de son dessein, dans la crainte que nous ne l'eussions di'sapprouvé. Mais il é'tait sûr qu'une fois ex(''culi'' nous embrasserions sa fortune. Il n'afllecta point non j)lusde se dénoncer lui-même, conmie en pareil cas, si nous eussions été coupables, il se serait laissi'' soupçonner pour nous sauver. Il liouva tout simple que pour lui rendre le même service nous attii'as- >ions sur nous une partie du soupçon. Nous fûmes mis tous quatre en prison, au caveau, espèce de cellier humide et noir. On fut bientôt obligé de nous rendre la liberti''. Saint-Riveul lit un trou sous une porte qui communiquait à la basse-cour, et engagea sa tèt(^ dans ce trou sans pouvoir la retirer. Un cochon accourut et pensa lui manger la cervelle, (iesril S8 glissa dans les caves du collège et mit couler un tonneau de vin, Limoëlan démolit un mur, et moi,
lue. .MKMoir.Ks iti; ma vik,
firimpé comme Peiiin Dandin dans un soupirail qui donnait du caveau sur la rue, j'ameutai la canaille par mes harangues. Le terrible auteur de la machine infernale, jouant ce tour de polisson à un préfet de collège, ne rappelle pas mal Gromwell barbouillanl d'encre la ligure d'un autre régicide qui signait après lui l'arrêt de mort de Charles I".
Quoique l'éducation fût très-religieuse au collège de Rennes, ma ferv(3ur se ralentit. Le grand nombre de mes maîtres et de mes camarades multipliait les occasions de distraction et de chutes. Je me perfectionnai dans l'étu-de du latin et je montrai encore plus de penchant i)Our la langue grecque. Je devins foi't en mathématiques, pour lesquelles j'ai toujours eu beaucoup de goût. J'aurais fait un bon ofticier de marine ou de génie : en tout j'étais assez heureusement organisé. Sensible aux choses sérieuses comme aux. choses agréables, j'ai prouvf'^ que je pouvais écrire sur la politique comme sur les passions, j'ai commencé par la poésie avant d'en venir à la prose. | Les arts me transporlaient, j'ai surtout aimé passionnément la nuisique et l'architecture. Quoique prompt à m'ennuyerde tout, j'étais capable des plus petits détails, étant doué d'une longue patience.
Quoi({iic fatigué de l'objet qui m'occupait, mon obslination était plus forte que mon dégoût. Je n'ai jamais abandonné une affaire quand elle valait la })eine d'être achevée. Il y a telle chose que j'ai poursuivie quinze et vingt ans de ma vie, aussi plein d'ardeur le dernier jour que le premier.
Celte souplesse de mes facultés intellectuelles se retrouvait à tout. Je jouais bien aux échecs; j'étais adroit au billard, à la chasse, au maniement des armes; je dessinais passablement, je dansais de bonne grâce : j'aurais chanté agréablement si on eût pris soin de ma voix. Tout cela joint au genre de mon ('duralion, à une vie de soldat et de voyageur, fait que je n'ai jamais senti mon pédant, et qu'avec les facultés d'un homme de lettres je n'en ai eu ni l'air In-bété, ni la gaucherie, ni les habitudes crasseuses, ni les rnceurs bourgeoises, ni encore moins la triste envie et la solte vanité.
Je passai deux ans au collège de Rennes; Gesril le quitta dix-huit mois avant moi, pour entrer dans la marine. Ma troisième sœur se maria dans le cours de ces deux années. Elle épousa le comte de Farcy, capitaine au régiment de Condé in(\mterie, et s'établit avec son mari à Fougères, ou déjà liabitaieni
mes deux sœurs aiiK-es, uiesdames de Manp:nyct de Guébriae. Madame de Farey (Mail charmante et ])leine df talents, surtout pour la poésie; c'rtait après Lucile eellc de mes sceurs que j'aimais le mieux. Elle est devenue une sainte, après avoir été une des femmes les plus a^iréables de son sièele; ralilii' Cairon a iMiil sa vie.
On me lit vciiii- à (loinhouig' pour le maria^i' d»' .lulic. Je vis là pour la première fois cette comtesse de ïronjoli, jeune rlianoinosse,qui se fit remarquer par son coura;je sur r<'clial'au(l. Cousine du maicpiis de la Rouerie, elle se trouva impliquée dans l'affaire de ce rival de la Ho(lii'ja(|ii(;lein. Je n'avais encoi'e vu la lii'auli'- qiK.' dans ma l'aïuille ; je restai dans une sorte d'étonnemenl inexplicable en l'apercevant siir le visage d'une femme l'-trani^'ère. (Iliaque jtas que je faisais maintenant dans la vie m'ouvrait un<' nouvelle perspective. J'entendais la voix lointaine et séduisante des passions qui venaient à moi, je me précipitais moi-même au-devant de ces sirènes, attiré })ar riiaimonie inconnue qui troublait mon cœur et m'appekiit pour me perdre.
l'eu di' teuqtsaprè- le mariai^e de Jidi'', je jiarlis pour Brest.
En qiiiltaiit le grand colli'ge de Rennes, je n'éprouvai point le regret que je sentis en sortant du petit coUéiie de Dol ; il en est peut-être des études comme des amours : ce sont les premières qui sont les plus belles. 11 est probable aussi que, sans m'en apercevoir, je n'avais déjà plus cette fleur d'innocence qui nous fait trouver un charme à tout ce qui est innocent comme nous.
Mon frère m'embarqua dans la diligence de Rennes ; on m'adressa à Brest à un de mes oncles maternels, le comte de Ravenel de Boisteilleul, chef d'escadre, qui n'est mort que depuis quelques années. Il a laissé deux fds, dont l'un, officier d'artillerie très-distingué, a épousé la fille unique de ma sœur la comtesse de Farcy. — En arrivant à Brest, je ne trouvai point mon brevet d'aspirant; je ne sais quel accident l'avait retardé. Je restai donc ce qu'on i\^l>d-dil soupirant et, comme tel, libre de toute élude régulière. Mon oncle me mit en pension à une table d'hôte d'aspirants et me présenta au commandant de la marine, le comte Hector.
Maître de moi-même pour la première fois, je m'abandonnai à mon instinct solitaire. Je ne voyais que mes maîtres d'armes, de dessin et de matlif'-
matiques. Les trois quarts du jour je m'enfermais dans ma chambre, ou j'allais parcourir le port et me promener au bord de la mer.
Je n'avais encore vu qu'au lieu de ma naissance celte mer que je devais tant de fois traverser et rencontrer sur tant de rivages. En la retrouvant à Bresl, je fus transport!' ; elle était plus vaste qu'à Saint- Malo, elle se brisait à l'extrémité de la Bretagne; après ce cap avancé, il n'y avait plus rien qu'un océan sans bornes et des mondes inconnus : ma jeune imagination se jouait dans ces espaces immenses. Souvent, passant à Recouvrance et m'asseyant sur quelque mût qui gisait le long du quai, je regardais, la tète appuyée sur ma main, les occupalions de la foule et les mouvements du |K)rt. Constructeurs, matelots, militaires, douaniers, forçats passaient et repassaient devant moi. Je voyais des voyageurs di'barquer ou s'embarquer, des pilotes commander la manœuvre, des charpentiers équarrir des pièces de bois, des cordiers filer des cables, des mousses allumer des feux sous des chaudières de goudron. On portait et l'on rapportairde la marine aux magasins et des magasins à la marine des balles de marchandises, des sacs de vivres, des trains d'ar-
lillerie. Ici des charrettes s'avançaient dans l'eau pour recevoir des chargements, là des palans enlevaient des fardeaux, tandis que des grues descendaient des pierres et que des machines creusaient le port. Les forts répétaient des signaux, des chaloupes allaient, venaient, de grands vaisseaux appareillaient ou rentiaient dans les hassins.
Mon esprit se remplissait alors d'idées vagues sur la société, ses biens et ses maux. Je ne sais quelle tristesse me gagnait; je quittais le màt sur lequel j'étais assis, symbole d'une vie qui devait être, «"omme ce mât, battue parla tempête, et qui, comme Jui, ne devait reposer qu'un instant au rivage. Je .remontais l'espèce de torrent qui (X)ule dims le port lie Brest. J'arrivais à un d(''toui" où le port disparaissait : là, ne voyant plus rien qu'une vallée soli- Jaire, étroite et stérile, mais entendant encore le murmure confus de la mer et la voix des hommes, .je me couchais au bord de la petite rivière. Tantôt regardant couler l'eau, tantôt suivant des yeux le vol de la coineille marine, jouissant du silence autour de moi, ou prêtant l'oreille aux coups de marteau du calfat, je tombais dans la j)lu> profonde rêverie; si le vent m'apportait le bruit du canon
\l'l MÉMOnu:S DE MA VIE.
lointain do quelque vaisseau qui mettait à la voile, je tressaillais et des larmes tombaient de mes yeux. Un jour j'avais dirigé ma promenade vers l'extrémité du port, du côté de la pleine mer. Il faisait chaud : je m'assis sur la grève et je m'endormis. Tout à coup je suis réveillé par des coups de canon; j'ouvre les yeux et j'aperçois la rade couverte de vaisseaux. C'était la grande escadre qui rentrait après la signature de la paix, .le restai ébahi du magnifique spectacle. Les vaisseaux manœuvraient sous voile, se couvraient de feux, faisaient des signaux, arboraient des pavillons. Ils présentaient la poupe, la proue, le flanc. Ceux-ci, jetant l'ancre, s'arrêtaient au milieu de leur course, comme par enchantement ; ceux-là continuaient à se jouer sur les flots où ils hiissaient une trace brillante. Rien ne m'a donné, dans ma vie, une plus haute idée du génie de l'homme. Il semblait partager en ce moment une partie de la puissance de Celui cpii a dit à la mer : Tu n'iras pas plus loin : Non 'procèdes amplius. Tout Brest accourut sur le rivapc; bientôt des chaloupes se détachent de la flotte et aliordent au port. Les officiers dont elles étaient remplies, le visage brûlé ol noirci parle soleil, avaient Pair étranger qu'on
apporte des pays lointains, el quelque chose de gai, de content, de fier, de hardi comme des homnles qui venaient de rétahlir l'honneur du pavillon blanc C'était ce corps de la marine si méritant, si distingué, si illustre, qui, échappé aux coups de l'ennemi, devait périr sous ceux des Français.
Je regardais passer la valeureuse tioupe, lorsqu'un jeune officier perce la foule et se précipite dans mes bras, je reconnus Gesril. Il était singulièrement grandi, mais faible et languissant d'un coup d'épée qu'il avait reçu dans la poitrine. Son projet était de quitter Brest dès le soir même pour se rendre dans sa famille. Je ne l'ai vu qu'une fois depuis ; c'('tait peu de temps avant sa mort héroïque : j(; dirai à quelle occasion. L'apparition de Gesril et son départ me firent prendre une résolution qui a changé le cours de ma vie, il ('tait ('crit que ce jeune homme aurait un empire singulier sur m;i destinée.
On voit déjà comme mon caractère se formait et quel tour prenaient mes idées. Si, au lieu d'être abandonné à moi-même, j'eusse été, comme les enfants du jour, conduit par un gouverneur, aurais-je été ce que je suis? Jeté dans un moule commun,
lU MÉMOIRES DE MA VIE.
n'aurais-je pas pris les formes communes? Mon liouverneur m'aiirait-il donné les leçons que je recevais seul dans le poit de Brest? n'aurait-il pas regardé comme des bizarreries faites pour être corrigées les premières atteintes de mon génie, car j'en puis parler comme d'un in;d, quel qu'ait été ce génie, rare ou vulgaire, méritant ou ne méritant pas le nom que je lui donne, faute d'un autre nom pour mieux rn'exprimer? mais aussi plus semblable au reste des hommes, j'eusse été beaucoup plus heureux. Celui qui, sans m'ôter l'esprit, fût parvenu à tuer ce qu'on appelle mon talent, m'aurait rendu un grand service.
Lorsque mon oncle me conduisait chez M. Hector, j'en revenais tout bouleversé. Je ne pouvais entendre sans agitation les jeunes et les vieux marins raconter leurs campagnes, parler des pays qu'ils avaient parcourus : l'un anivait de l'Inde, l'autre de l'Amérique ; celui-là devait appareiller pour faire le tour du monde ; celui-ci allait rejoindre la station de la Méditerranée et visiter les côtes de la Grèce. Puis venait le récit des combats anciens et nouveaux : les noms des du Couëdic, des d'Estaing, des Suffren n'étaient pas oubliés. J'écoutais tout sans mot dire^
le visage rouge, le cœur palpitant. C'en était fait de mon sommeil pour la nuit, je la passais à livrer en imauination des combats, ou à découvrir des terres inconnues. Quoi qu'il en soit, en voyant Gesril retourner chez ses parents, je pensai que rien ne m'empêcherait d'aller retrouver les miens. J'aurais assez aimé le service de la marine, si mon esprit d'indépendance ne m'eût éloigné de tous les genres de services: j'ai toujours eu horreur d'obéir; les voyages me tentaient, il est vrai, mais je sentais que je ne les aimerais que seul, en suivant mes volontés et mes caprices.
Enfin, donnant la première preuve de ma facilité à me dégoûter de tout, sans en avertir mon oncle Ravenel, sans écrire à mes parents, sans en demander la permission à personne, sans attendre mon brevet d'aspirant, je partis un beau matin pour Combourg, où je tombai du ciel.
.(e m'étonne encore aujourd'hui qu'avec la frayeur que m'inspirait mon père j'eusse osé prendre une pareille résolution, et ce qu'il y a d'aussi étonnant, c'est la manière dont je fus reçu. Je devais m'attendre à sa colère : je fus accueilli doucement : mon père se contenta de secouer la tète comme pour
dire : Voilà une belle équipée ! Ma mère m'embrassa de tout son cœur en grognant, et ma Lucile aver un ravissement de joie. C'étaient désormais les seuls habitants du château.
LiMii: m
Quatre années se sont écoulées depuis que le livre précédent est écrit. Les dernières lignes de ce livre furent tracées sous la tyrannie expirante de Bona-. parte; je commence les premiers mots du livre actuel sous le règne du roi *, après la seconde restauration ; ces quatre années du règne des Bourbons m'ont ramené sur la scène du monde. J'ai vu de près les rois, et mes chimères politiques se sont évanouies, comme ces chimères plus douces dont je vais continuer le récit. Je dois dire d'abord ce qui me fait reprendre mes mémoires. Le cœur humain est le jouet de tout, et l'on ne saurait prévoir quelle circonstance frivole va causer ses joies