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A SÉVILLE

Le visiteur étranger qui se décide à explorer l'Espagne et qui a mis dans son programme l'étude des plus beaux monuments, a de la peine à se faire à ces pertes de temps qu'il est obligé de subir sans cesse, même lorsqu'il s'agit d'édifices voués au culte public. C'est ainsi qu'en pénétrant dans le Patio de los Naranjos, qui précède la cathédrale de Séville, j'appris avec un sentiment d'ennui, d'un de ces guides permanents qui se trouvent toujours aux portes des monuments, que l'église était fermée de midi à deux heures; il est vrai qu'il me proposa, en guise de compensation, de me faire visiter la maison de Pilate, qui est l'un des palais les plus curieux de Séville.

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Nous voilà en route : l'air, qui était encore très frais le matin môme, était devenu embrasé, et un soleil de feu me criblait de ses flèches; je marchais rapidement à côté de mon guide, dans ces rues étroites et tortueuses dont je parlerai plus longuement. On n'y est pas, d'ailleurs, gêné par les voitures, et les principaux moyens de transport se réduisent en partie à ces beaux et grands ânes andalous, forts comme des mulets, et qui vont tout chamarrés de rubans et de pompons. Ces murailles blanches, ces fenêtres rares, et, au fond de tous les corridors, ces grilles de bronze doré et à claire-voie, à travers lesquelles on aperçoit les fraîches verdures des patios, montrent que la vieille cité arabe n'a pas changé de coutumes, tout en ayant depuis si longtemps changé de maître. Je traverse la calle Abades, puis me voici dans la calle del Rey Don Pedro, où j'aboutis enfin après avoir traversé un dédale de petites rues. Ici mon guide m'arrête et me fait remarquer, au coin de la calle del Candilejo, ou du Chandelier, un buste du roi Don Pedro, dans le style du XVIIe siècle, et qui le représente le sceptre en main, la couronne en tête. Cette sculpture est appelée par le peuple la Cabeza del Rey Bon Pedro, la tête du roi Don Pedro, et mon petit jeune homme murmure à mon oreille je ne sais quelle histoire confuse que j'écoute à peine, mais qui me remet en mémoire une curieuse anecdote qui donna naissance à cette statue. Elle a, d'ailleurs, été racontée par Ayala, le chroniqueur castillan, et, après lui, par Mérimée, dans son Histoire de Bon Pedro le Cruel,

.Le roi aimait fort, pendant les premières années de son règne, et à l'exemple de khalifes Omniades, à parcourir, la nuit et déguisé, les rues de Séville. Or, un soir, comme il se trouvait seul dans la calle del Candilejo, il eut un duel avec un gentilhomme qui lui était inconnu, mais qu'il eut le malheur de tuer d'un coup d'épée. Une vieille femme, qui s'était mise à la fenêtre, avait reconnu le roi malgré l'obscurité de la nuit, car Don Pedro était affligé d'une infirmité qui faisait que ses genoux craquaient en marcïiant; elle fit son

rapport aux alguaciles et, le lendemain, en se présentant devant le roi, le corregidor lui annonça qu'on avait trouvé le cadavre d'un homme tué en duel dans la calle del Candilejo, et lui demanda ce qu'il fallait faire. Pon Pedro avait rendu des édits très sévères contre les duellistes, et il ordonna que le coupable fut exécuté. Qui fut bien embarrassé ? Ce fut le magistrat sévillan ; il s'en tira cependant avec esprit : il fit couper la tête à une statue du roi et ce dernier, après avoir récompensé la vieille femme, fit placer son buste dans une niche pratiquée à l'angle de la maison. La statue primitive a été détruite par les années, et remplacée par une plus moderne, mais il a fallu protéger les traits augustes du justicier par une grille de fer, aux barres très rapprochées, car les gamins de la ville s'amusaient à prendre le buste pour cible, et le criblaient de cailloux. On voit encore la petite fenêtre à laquelle la tradition assure que se plaça la vieille pour assister au duel.

Mais je reprends ma route au milieu des rues entortillées comme des couleuvres, des impasses ne menant à rien, des carrefours, des petites plaztielas, et je débouche enfin sur la Plaza de Pilatos, entre les rues Impériales et de Caballerizas. Jamais place plus tourmentée et plus anguleuse que celle-là, le soleil l'inonde de ses rayons et fait reluire ses petits pavés propres et blancs. Dans un coin noyé d'une ombre violette, un grand mulet d'un blanc laiteux qui porte le harnais des époques moresques, tout piqué de paillettes, attend philosophiquement qu'on le charge de paniers remplis d'oranges. De tous côtés de brusques oppositions d'ombre et de lumière produisent des effets impossibles à décrire, mais qui auraient fait le bonheur, ou peut-être même le désespoir d'aquarellistes de ma connaissance.

Je me dirige vers la porte de la maison de Pilate, dont l'aspect extérieur n'offre d'ailleurs rien de bien majestueux. Le palais appartient au duc de Medina-Cœli, et Vencargado, bel Andalou de bonne mine, reçoit une peseta que chaque

visiteur est obligé de donner : ces sommes sont appliquées aux travaux de restauration de la cathédrale.

La porte aussitôt ouverte, Penchantement commence. On raconte que la construction de cette maison, commencée par Don Fadrique Enriquez de Ribera, premier marquis de Tarifa, fut due à un voyage en Terre-Sainte, et qu'il voulut élever un édifice reproduisant exactement le plan de Tancienne maison de Pilate à Jérusalem. Le rez-de-chaussée, qui forme un grand patio, au milieu duquel est une belle fontaine, se réduit à un vaste salon et des galeries entourant la cour intérieure ; la décoration est moresque et montre une visible tendance à l'imitation de l'Alcazar de Séville ou de l'Alhambra de Grenade, tout en notant quelques ornements appartenant au style plateresque et même à l'art ogival. Le tout est orné de bustes et de bas-reliefs romains venus d'Italie. Les ciceroni habituels ne manquent pas de vous signaler le prétoire de Pilate, la colonne où Jésus fut fouetté et le puits sur lequel saint Pierre était assis lorsqu'il renia le Sauveur. Le beau patio ou galerie supérieure, aussi entouré d'arcades et de galeries, est une merveille de conservation. Au centre de la cour est une large vasque de marbre soutenue par des dauphins et, aux quatre angles, quatre belles statues romaines. Mais ce qui donne à ce palais un charme et un aspect tout particuliers, ce sont les azulejos ou carreaux de faïence, polychromes ou irisés, qui garnissent les parois des galeries et des chambres, et montent même quelquefois jusqu'au plafond.

La chapelle offre un très curieux mélange des styles plateresque et ogival, les petites fenêtres sont repercées à jour comme un ouvrage de filigrane, puis, partout, des arabesques, des ciselures, qui ressemblent à la plus délicate orfèvrerie.

Un portique soutenu par des colonnes de marbre de la plus grande noblesse conduit dans le jardin, où les orangers, les lauriers et les myrtes font éclater les tons si divers de leur verdure semée de fleurs et de fruits. C'est un enchantement sans pareil, et il est impossible de voir un endroit plus frais et plus charmant.

Quoiqu'il fasse chaud dans les rues de Séville, on ressent je ne sais quelle impression glaciale en passant dans ces vastes salles et dans ces escaliers gigantesques; il est certain que cette maison, comme toutes celle» de TAndalousie, est admirablement disposée contre la chaleur. Les galeries sont d'une hauteur démesurée; les murailles, revêtues de faïences, les parquets, de mosaïques, et les escaliers, de marbre : les lueurs du jour ou des lumières font miroiter ces surfaces polies, comme si Ton se trouvait dans un immense aquarium. On sent qu'il est possible d'y braver les quarante degrés de chaleur que chaque été jette sur Séville. A l'extrémité d'une galerie, à l'angle d'une terrasse, le gardien de la Casa de Pilatos me fit voir un endroit où, cette année même, il avait fait cuire des œufs, tout simplement en les exposant au soleil; en revanche, ajoutait-il, le froid était mortel pour eux, et cela se comprend de reste après un séjour de quelques heures dans une de leurs maisons.

Une croix de marbre est incrustée sur la porte de l'édifice et rappelle la première de ces quatorze stations que fit Jésus sur son chemin douloureux, et dont le marquis de Tarifa rapporta les distances en 1521 : il voulut en fixer le souvenir en les traçant à travers la ville. Chose digne de remarque, ajoute le guide qui ne me quitte pas d'une semelle, la dernière fut aboutir à cette fameuse Cruz del Campo, ou Croix des Champs, qui avait été érigée près du canal de Carmona, en 1482, par les rois catholiques.

COUP D'OËlL SUR GRENADE

Quien no visto â Granada, No ha visto â nada.

Ce dicton populaire est sur les lèvres de tous, même de

ceux qui n'ont jamais mis les pieds en Espagne et ne connaissent pas un seul mot de la noble langue castillane. C'est qu'il est bien-peu d'esprit cultivé qui n'ait entendu parler de l'Alhambra, de ses merveilleux palais et de l'ancienne et incroyable richesse de ses rois.

On a beaucoup trop répété que, dans cette vieille ville arabe, il ne restait plus aujourd'hui un seul fragment de son ancienne splendeur moresque ; ce qui est plus vrai, c'est que ce prodigieux Alhambra efface complètement tous les vestiges qui sont disséminés çà et là dans la cité, et que les touristes impatients se hâtent de se précipiter vers ce merveilleux palais en lui accordant tous leurs instants, et négligent ainsi bien d'autres édifices qui méritent, sans aucun doute, d'attirer quelque peu leur attention.

Je n'ai certes pas l'idée de faire ici l'histoire de Grenade, pas plus que de m'occuper sous quel empereur et à quelle époque elle a été édifiée, je veux seulement promener le lecteur dans quelques-unes de ses rues, et lui montrer ce qu'il peut y avoir de curieux dans ces voies étroites et tortueuses.

Elles ressemblent, d'ailleurs, à s'y méprendre, aux rues de Cordoue et de Séville, et montrent bien la physionomie toute particulière de ces villes arabes, où tout était sacrifié pour combattre la chaleur. Mais avant de tourner et retourner sans fin dans ces murailles blanchies à la chaux, je dois dire quelques mots de cette Yega de Grenade, fameuse dans l'histoire, et que l'on commence à traverser aussitôt que l'on a laissé Bobadilla.

Après avoir quitté Cordoue on traverse plusieurs stations aux noms romantiques, telles que Valchiller, Torres Cabrera, Fernan Nunez, dont le vocable est porté par une grande famille bien connue en Espagne, puis vient la ville de Mantilîa, dont les maisons blanches et couronnées de terrasses s'élèvent sur une colline, à droite de la voie; c'est Aguilar et plusieurs autres, entourées d'un paysage des plus enchanteurs et des plus réjouissants. Après Bobadilla, la campagne devient

plus riche, laais le train, qui court avec rapidité, commence â entrer dans la Vega^ le jardin de l'Andalousie. Voici Antequera, assise sur ses collines, et qui était autrefois célèbre par ses contrebandiers; la campagne est arrosée par des centaines de ruisseaux d'une eau pure comme le cristal ; la vigne, les citronniers, les orangers, les amandiers poussent avec force dans cette terre fertile ; la voie du chemin de fer est bordée par des plantes tropicales dont les feuilles aiguës ressemblent à des lames de sabre ou à des fers de pertuisanes ; enfin la végétation déploie une force et une puissance que je n'ai pas encore trouvées dans cette riche Andalousie. Bientôt, voici le Génil, qui roule, paraît-il, des paillettes d'or; des cascades se précipitent de tous côtés en bouillonnant; au lieu de Vagua fresca, agua 7nantecada, que l'on entend crier à toutes les stations des chemins de fer d'Espagne, des petits gamins viennent offrir aux voyageurs des roses charmantes, quoique la saison soit assez avancée.

Mais nous sommes toujours dans la Vega, où avaient lieu autrefois les continuels combats des Mores et des Chrétiens, et les luttes incessantes des Zégris et des Abencerrages ; c'est là que les brillants émirs Alabez et Abenamar combattaient dans les tournois, sous les beaux yeux noirs des sultanes. Après Illora, on découvre Santa -Fé, la ville que les rois catholiques avaient fait construire afin de mieux assiéger Grenade; on raconte que les soldats et les capitaines mirent eux-mêmes la main à l'œuvre, et, trois mois plus tard, le travail était achevé. Santa-Fé, dit un chroniqueur castillan, était la seule ville d'Espagne qui n'eût jamais été souillée par le pied d'un More. Il existe, au sujet de ce siège, une curieuse tradition qu'on me permettra de citer en quelques mots :

On prétend que, lorsque le siège fut posé devant Grenade, la reine Isabelle la Catholique, afin de bien montrer à tous sa ferme résolution de prendre le dernier boulevard de la puissance arabe, fit le vœu singulier de ne pas changer de chemise avant la reddition de la ville. Mais la reine avait beau être

reine, et, ce qui ne gâte rien, une femme charmante, le siège dura si longtemps que, lorsque Grenade lui fut remise, la royale chemise avait pris une teinte jaunâtre qui donna naissance à la fameuse couleur Isabelle, de laquelle elle a pris le nom. Il est vrai qu'un écrivain espagnol s'est inscrit en faux contre ce fait; mais, n'ayant aucune autorité pour cela, on peut classer ce malheureux dans la catégorie de ceux qui nient tout, même ce qui peut rendre l'histoire amusante, au lieu de la laisser aussi dure et aussi rébarbative que leurs indigestes compilations.

Quoi qu'il en soit, et malgré son grand passé, la ville de Santa Fé, après avoir logé de braves soldats et de nobles capitaines, n'est plus habitée, aujourd'hui, que par des cultivateurs et des mendiants. Et pendant que la locomotive siffle, annonçant ce nom magique de Grenade, je relis ces vers d'un vieux romancero acheté en passant chez un bouquiniste de Madrid, et dont les premiers, que je donne ci-dessous sans les traduire, disent le grand amour que portaient les Arabes à leur ville de prédilection :

Que castillos son aquellos ?

Altos son y relucian El Alhambra era, senor, Y la otra la Mezquita, Los otros los Alijares Labrados a maravillas, El Moro que los labraba Cien doblas ganaba al dia ; El dia que no labraba Otros tantos se perdia El otro es Generalife, Huerta que par no ténia ; El otro Torres Bermejas Castillo de gran valia Si tu quisieses Granada Contigo me casaria ;

Darrete en arras y dote A G)rdoba y a Sevilla, Casado soy, rey Don Juan, Viuda no lo séria El Moro que aqui me tiene Muy grande bien me queria.

Mais à la poésie succède la prose, car le train est entré en gare avec un bruit infernal, et me voilà à môme de me débattre au~ milieu d'une nuée de mozos de fonda, qui semblent vouloir dépecer mes bagages afin d'en emporter chacun un morceau.

Il y a peu de villes comme Grenade. A chaque pas que Ton fait dans ses rues, sur ses places, sur ses promenades, on a devant soi un tableau plein de poésie et de couleur, et, quoiqu'on en ait dit, on voit partout les nombreuses traces du génie des Arabes.

UAlbaycin, qui fut construit par les Mores chassés de Baëza, est aujourd'hui occupé par d'humbles masures croulantes, qui cachent à demi leurs ruines sous les nopals et autres plantes vivaces. Dans les calles de Yareguas, del Agua, de los Oidores, sur la rampe del Chapi, on trouve de fréquents vestiges d'architecture : galeries, arcs, chapiteaux etaljimez; sur les bords du Darro, on voit d'anciens bains moresques qui servent aujourd'hui de lavoir, mais à l'intérieur desquels on peut remarquer un beau patio et plusieurs salles de repos. Cependant, des nombreuses mosquées qui élevaient dans ce beau ciel bleu leurs minarets élancés, il ne reste plus aucune trace; je traverse plusieurs de ces rues, et me voici à l'hôtel de Los Siete Suelos, c'est-à-dire des sept étages, qui a pris son nom de l'une des tours de l'Alhambra.

Il est trop tard pour monter au palais, dont les hautes murailles couronnent la ville, et je profite des quelques heures de jour qui me restent pour m'égarer un peu dans ces rues qui croisent dans tous les sens leurs écheveaux embrouillés.

On ne peut se faire une idée de <^e qu'était Grenade au temps

de la domination moresque : soixante-dix mille maisons étaient environnées par une muraille épaisse, kérissée de plus de mille tours. Aujourd'hui il y a quarante mille habitants à peine, mais parmi les gens du peuple, que Ton rencontre à chaque pas, il est facile de s'assurer, à leurs yeux noirs et à leur teint basané, que les fils de Mohammed n'ont pas complètement quitté le sol de la péninsule. Et, toutefois, que de ruines entassées, et que penser de ces amas de décombres qui remplacent aujourd'hui les riches habitations des sultanes et des émirs.

Passons rapidement sur les promenades de Grenade, sur lesquelles je reviendrai plus tard, pour dire quelques mots d'un palais arabe disparu, mais dont les descriptions nous ont été conservées par les chroniqueurs musulmans. Quoique jusque dans ces derniers temps son emplacement soit, resté incertain, on croit cependant pouvoir le retrouver dans le cimetière actuel, où il a été découvert de beaux restes. Une romance moresque dit que les oiseaux, trompés par l'apparence des murs lambrissés de ce ; palais, venaient se percher et faire leurs nids, sur ses corniches et ses guirlandes de fleurs, comme au sein d'une forêt, et la tradition -rapporte que,. dans la suite, plus de quatre cents esclaves, occupés sans relâche à recueillir sur le plancher des appartements abandonnés les paillettes d'or tombées des murs, rapportaient chacun à leur maître cinq réaux d'or par jour, soit au total deux mille réaux en quelques heures. Le métal employé à la décoration du château avait été primitivement extrait du sable du Génil, dont les eaux le charriaient en proportion assez notable, après l'avoir emprunté aux alluvions de la Sierra.

Cependant, au cours de cette promenade, me voici sur cette célèbre place de Bibarambla qui mériterait, à elle seule, un article particulier, et je vais terminer ces lignes par quelques mots sur la Casa del Carbon^ l'une des plus importantes de celles qui furent construites par les Mores grenadins.

Ella est située derrière l'Hôtel de Ville et fait face à la ru«

et à la porte de rAlcaïcerïë, qui était ^autrefois Panôîen ' màpché de soie. On y voit, au centre, un m'agnifique arc arabe, d'une forme pure et gracieuse, admirablement conservé et orné de la devise musulmane en beaux caractères coufiques :

« Dieu est unique, Dieu est un, il n'engendre pas et n'a pas été engendré, il n'a pas d'égaux ! »

Au centre se trouvait un autre arc déjà détruit, mais dont les traces paraissent encore ; dans le charmant vestibule qui suit la porte d'entrée, les murailles sont décorées d'arcs engagés avec des inscriptions. A l'intérieur se trouve un patio entouré de trois galeries; il ne faut chercher rien de poétique dans cette construction, car ce n'était pas autre chose que la réserve des grains, notnmée, en arabe, Gididia, et qui, selon la tradition, appartenait en propre aux reines mores ; aussi, pas d^a^ulejos brillants, pas de stuc poli comme le marbre et brodé d'arabesques. Il y avait un pont del Carbon au devant de cette maison, l'une des mieux conservées de la ville de Grenade, si on en excepte l'Alhambra.

Il n'y a pas seulement que des restes de maisons moresques dans cette ville si fortunée : pour le plaisir des archéologues et des historiens, il y a aussi des palais du commencement de la Renaissance, qui sont de véritables bijoux, A la visite de ceux-ci j'ai consacré plus d'une demi-journée; j'aurai donc l'occasion d'en causer plus longuement dans une étude qui leur sera plus pai^ticulièrement réservée.

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