HO
Del rey Don Pedro mi hermano
— Mantengaos Dios, el buen rey, Y â todos de cabo d cabo.
— En mal hora vengais, maestre, Mae&tre, mal seais llegado :
Vices Ira cabeza, maestre, Mandada esta en agxUnalda.
Venid aca, mis porteros Hagnse lo qiœ han matidadOy — Aun nolo hubo bien dicho La cabeza le han cortado.
DniiH lc8 ainjartemeuts supérieurs, on fait voir, sur la muraillo, le» pointures de quatre tètes de mort,, représentant les (jualre juges prévaricateurs que Don Pedro surprit, qu'il fit décapiter, et dont il fit accrocher les têtes aux parois, afin qu'elles servissent d'exemple.
Parlerai-je de la sala de Jiisticia, du patio de la Monteria, où se réunissaient les veneurs sous les rois de Castille, des salons de Philippe II, du dormitorio de los reyei Moros, du salon de Charles-Quint, de la sala del Principe et de V Oratorio ? Il faudrait un volume pour les décrire, et le moindre guide vous les indiquera bien mieux que moi.
A partir du commencement de ce siècle, il a été exécuté des œuvres de restauration qui ont eu pour résultat de doter le splendide Alcazar d'un grand nombre d'hérésies architecturales ; ce n'est que depuis le règne d'Isabelle II que de véritables efforts intelligents ont été entrepris et très souvent menés à bien, ainsi qu'on peut s'en assurer de nos jours.
DE MADRID A TOLEDE
Je ne pouvais inoins faire, nie trouvant à Madrid, que de pousser jusqu'à Tolède, lors môme que cela n'aurait été que pour y passer une seule journée. Il me semble qu'un jour bien employé doit suffire pour voir bien des choses, eh bien ! dans la vieille cité impériale, je n'ai même pas eu le temps de visiter la moitié de ce qu'il y a réellement à voir: c'est une année qu'il y faudrait employer, et encore chaque jour amènerait-il sa trouvaille historique ou archéologi<jue.
Je me rendis à la gare de las Delicias, qui est un bâtiment petit, mais très élégant, tout entier construit avec des briques et du fer. Le train à destination de Tolède est déjà formé et se compose d'un petit nombre de voitures, car il paraît y avoir peu de voyageurs; le temps est très beau, la température d'une fraîcheur délicieuse, et tout me fait présager une journée agréable.
Bientôt le sifflet retentit, le train s'ébranle, et me voici assez confortablement étendu sur les coussins bien rembourrés de la Compagnie du Midi de l'Espagne. Je suis seul et rien ne va me gêner pour étudier et observer le pays que nous traversons. Nous passons le Mançanarez sur un pont de fer, et la vue du mince filet d'eau cjui coule dans son lit, me remet aussitôt en mémoire les mauvaises plaisanteries des auteurs de toutes les nalions.
Nous traversons une campagne très étendue, sans habitations et sans arbres, mais recouverte de champs de blé qui s'agitent et frissonnent au souffle léger de la brise comme une mer dorée. Nous passons successivement les stations de Getafe, Parla, Torrejon de Velasco : ici, mes regards sont attirés par des norias, situées dans les champs, à peu de distance de la voie. Ce sont des puits, au-dessus desquels
tourne une grande roue de bois, muuie d*uue chaîne sans lin de poU de terre, qui vont clienrher l'eau a une grande profondeur; une auge garnie de tuyaux conduit celte eau dans \en cultures, qu'il faut irriguer sans cesse, sous peine de les voir rapidement se dessécher. Une mule au dos rasé tourne mélancoliquement et suffit pour mettre en mouvement cette machine, léguée par les Arabes.
Cependant, le train marche avec une sage lenteur : nous passons Yoles et Esquivias, au milieu de campagnes complètement désertes ; le cahotement de la voiture me plonge dans une rêverie qui touche presque au sommeil. La campagne est inondée de lumière, et le ciel est d'un bleu tendre et presque transparent qui dénote son extrême pureté. Je peuple en imagination ces vastes plaines des lourds escadrons de la chevalerie castillane, bardée de fer, ou bien de légers cavaliers arabes, revêtus de leurs hauberts damasquinés. Dans mon esprit passent successivement toutes les grandes épopées de riiistoire d'Espagne; je vois cette longue route brûlante et poudreuse, et il me semble suivre du regai-d les colonnes des années françaises arpentant péniblement ces immenses étendues sous un soleil de plomb. Les dragons de Monlbrun font manger les blés en herbe à leurs chevaux affamés, et des rayons aveuglants arrachent des gerbes lumineuses à leurs ca'sques polis. C'est sous ce climat dévorant, au milieu de ces populations fiêres et féroces, que se fondirent à la fois les armées et la gloire militaire de Napoléon.
Comme pour me donner une illusion plus grande encore, je vois s'élever à droite, et à une assez grande distance de la voie, deux collines crayeuses, qui ont une hauteur qui les fait paraître presque inaccessibles et sont toutes deux couronnées des murailles grises de deux petils villages. Est-ce la distance ou bien le mirage qui leur donne l'apparence de villes fortes du moyen âge? Je ne puis résoudre le problème, (juoi(iue mes yeux soient grands ouverts. Le pays paraît toujours d'une uniformité et d'une sécheresse désespérantes; il
n'y a plus de trace de culture, et cependant nous commençons à nous approcher sensiblement de Tolède.
Nous passons sur la rive droite du Tage, dont les nombreuses petites lies plantées d'ormes et de peupliers sont tapissées d'une verdure charmante. Toute celte nouvelle vallée est très bien cultivée, et après avoir puasse Algodor, à un détour, je vois Tolède devant moi, perchée sur ses collines comme un véritable nid d'aigle.
Mais je vais profiter des instants qui me restent pour dire quelques mots sur l'histoire de cette ancienne ville, qui fut pendant si longtemps le séjour des rois.
Les nombreux historiens qui ont écrit sur cette ville n'hésitent pas à faire remonter son antiquité jusqu'aux temps les plus reculés; l'un d'eux va même jusqu'à dire qu'Adam fut le premier roi de Tolède; cependant, il est prouvé qu'elle existait déjà deux cents ans avant Jésus-Christ, ce qui, pour une ville, est une assez haute noblesse pour qu'elle puisse se dispenser de réclamer quehfue chose de mieux. Elle fut prise, en 492, par le proconsul Marins Fulvius, et fut placée sous la domination romaine; les nombreux vestiges des monuments de l'époque impériale indiquent d'ailleurs d'une manière absolue l'importance qu'elle eut à cette époque. Elle tomba successivement au pouvoir des Alains et des Golhs et devint le siège de l'empire visigoth.
Après la bataille de Guadalète, elle tomba entre les mains des Arabes jusqu'au moment où l'un d'eux se déclara indépendant et roi de Tolède; ce nouveau royaume dura jusqu'en 1085, où il tomba de nouveau sous la domination des chrétiens. La ville fut encore assiégée deux fois par des armées arabes, qui ne pouvaient se résoudre à laisser entre les mains de leurs ennemis un de leurs principaux boulevards en Espagne; mais ce fut en vain. Vers la fin du XVe siècle, la reine Isabelle de Castille y ayant mis au monde la malheureuse princesse qui fut depuis Jeanne la Folle, fonda à cette occasion la merveilleuse église qui a nom San Juan de los Reyes.
On sail que Tolède devint le centre du soulèvement des comuneros, et Juan de Padilla y lutta conrageuseinent, en 1520, contre la royauté; il fut vaincu et paya de sa 'tête sa malheureuse tentative. Lorsque, en 1560, Philippe II résolut d'enlever à Valladolid le titre de capilale, il flotta longtemps entre Madrid et Tolède; le renom qui s'était attaché à cette dernière dans la grande révolte des comuneros la fit écarter dans la pensée du roi, et elle perdit à jamais l'espoir de se relever de sa prospérité détruite. La cité impériale qui compta, dit-on, jusqu'à deux cent mille habitants, en a aujourd'hui à peine quinze mille.
Tolède, a dit un historien, n'est plus que les archives des vieux souvenirs, l'honorable Panthéon des anciennes gloires : on n'y trouve plus ces ateliers populeux d'où Padilla tira 20,000 hommes en un seul jour; toutes les classes sont devenues pauvres, et sans une industrie qui leur promette une ressource pour l'avenir.
A la gare, des omnibus, qui méritent à peine ce nom, attendent les voyageurs bien peu nombreux. Ils ne sont pas confortables, les omnibus de Tolède, et sont décorés de coussins crasseux sur lesquels on est durement cahoté. Malgré tout, le cocher lance ses chevaux au grand galop sur la côte infernale qui conduit à la ville, car Tolède, comme Rome, a la prétention d'avoir été construite sur sept collines. Voici le célèbre pont d'Alcantara, qui se trouve le premier sur le passage des voyageurs, pour leur donner une idée des merveilles qui vont défiler sous leurs yeux. Il est couvert par deux tours élégantes et hardies, sous les arcs desquelles passent voitures et piétons. Puis, par une montée assez raide, bordée sur un de ses côtés de maisons basses et couleur de craie, on laisse à droite la Puerta del Sol, le plus pur spécimen de l'art arabe à l'époque de la domination, et on ne tarde pas à arriver sur la place du Zocodover, p lacfuelle on a naturellement donné le nom de Plaza de la Constitucion. Il semble qu'une ville espagnole ne saurait exister si elle n'avait une place avec cette
— us —
déiioiiiinatioii. Après avoir ti-averssé plusieurs voies élroiles, la vieille guimbarde, qui me secoue horriblement, me dépose à la porte de la Fonda del Lino, où je dois déjeuner.
L'hôtel est assez confortable et le repas assez bien préparé, mais sans excès. Un sorte de patio intérieur est pavé de carreaux de faïence qui lui donnent plus de fraîcheur et forment de jolis dessins.
Mais un jeune garc^on d'une quinzaine d'années, qui s'est offert pour me servir de guide, m'attend à l'entrée de la fonda et me conduit, à travers un -dédale de rues, A la porte de la cathédrale, qui s'élève non loin de là.