UNE VISITE A L'ESCURIAL
Huit jours s'élaient déjà écoulés, et quoique à peine au commencement de juillet, la chaleur était presque intolérable.
De onze heures â quatre heures, il ne fallait pas songer à la promenade, à moins de se trouver sous l'ombrage des grands arbres; je résolus donc de quitter Madrid pour une journée et d'aller respirer un air plus frais à l'Escurial, au milieu de la chaîne du Guadarrama.
C'est à la gare du Nord qu'il faut aller prendre le train qui vous conduit au monastère-palais. . A peine la locomotive a-t-elle fait quelques tours de roue que nous voilà déjà au milieu de cette campagne aride et désolée qui entoure Madrid de toutes parts. Les routes qui conduisent à la capitale sont couvertes de paysans montés sur de solides mules ou sur des ânes énormes.
Les stations qui nous séparent de l'Escurial sont assez promplement franchies. Voici Pozuelo et Plantio, Las Hozas, Las Matas, Torrelodones, La Navata, Villalba, Las Zorreras. et enfin l'Escurial.
A peine avions-nous quitté Madrid, que la température s'était très sensiblement rafraîchie : un air frais et délicieux, qui pénétrait par les fenêtres ouvertes, caressait agréablement mon visage. Nous étions presque au complet, et à chaque station le train déposait quelques voyageurs qui, armés de fusils et de carniers, allaient faire une partie de chasse dans les sierras giboyeuses des environs de Madrid. A l'Escurial tout le monde descend, car la petite ville, construite auprès du célèbre couvent, a une certaine importance. Des omnibus, qui stationnent à la gare, nous mènent assez rapidement le long de la côte 'fort raide qui conduit â la ville et qui est distante environ de 1,500 mètres de la station.
Je vais déjeuner à la Fonda de Miranda, où une table d'hôte est toute prête pour les voyageurs arrivant de Madrid. Pour la première et unique fois je vois, clouée à la muraille du comedor, une défense expresse de fumer dans cette salle, mention qui fait aussitôt fuir, avec des imprécations, trois vieux Espagnols qui ne peuvent comprendre qu'il ne soit pas permis de fumer, même en mangeant. Du reste, peu de
monde au déjeuijei*, un Français, qui paraît ne pas savoir un seul mot d'espagnol, un jeune polio dé Madrid, accompagné de cinq ou six jeunes filles point jolies, et qui ont encore aggravé ce tort physique eu abandonnant cette mantille nationale qui donne du piquant aux plus laides, pour se coiffer de ces chapeaux à plumes qui leur donnent un faux air de chiens savants. En face, deux jeunes femmes n'avaient pas commis cette faute, et cette dentelle noire, au milieu de laquelle se détachaient de pâles et doux visages, leur donnait un charme encore plus grand. D'ailleurs, les dames de l'aristocratie n'hésitent pas à reprendre de temps en temps cette coquette coiffure, principalement pour certaines solennités religieuses, et surtout pour les corridas de toros. Mais alors c'est une mantille noire de fine dentelle et bien différente de la mantilla de tiro, qui se porte surtout en Andalousie. Le fond de cette dernière, tantôt en soie, tantôt en laine, est bordé d'une large bande de velours que l'on appelle tiro. La mantilla de tiro, dit un autour qui a bien étudié toutes les provinces de l'Espagne, est réservée aux tnajas, aux cigarreras, qui savent la porter avec une crânerie et une désinvolture particulières, ce que Ton appelle enfin la soltura andalouse. Il existe une curieuse chanson sur la mantille, que l'on me permettra de reproduire ici :
Con la sargua malaguena Mas gorpe doy en Seviya Que toita una Senora Con sombrero y papalina ; Cuando voy por esas cayes Con la mantiya é tira No hay ojos que no me miren Ni corazon que résista ;
Y si encuentro argun Franchute
Y a enamorarme se arrima.
Le jago perdos el pesquis
Y cantar las letanias.
Avec une grossière (5toffe, malaguenUj — : je frappe plus de coups à Séville, — qu'une dame, — avec chapeau et bonnet. — Lorsque je vais par les rues, — avec la mantille de tira, — il n'y a pas d'yeux qui ne me regardent, — ni de cœur qui résiste, — et si je rencontre quehjue Français, — qui amoureux s'approche de moi, — je lui fais perdre l'esprit et chanter les litanies.
Cependant, le repas s'achève au milieu des cris et des éclats de rire de la jeune bande, qui produit dans l'hôtel une véritable révolution : ils ne semblent guère s'apercevoir qu'ils ne sont pas seuls et agissent comme en pays conquis. Le Français, qui est au bout de la table, paraît écouter avec stupeur tous ces noms de femmes qui s'appellent les unes les autres, car si les Espagnoles ont perdu leurs costumes nationaux, elles n'ont pas oublié leurs noms si gracieux et si pittores- (|ûes. Beaucoup d'entr'eux sont empruntés aux idées mystiques ou à la religion, tels que : Carmen (du Mont Carmel), — Dolores (de Notre-Dame des Sept Douleurs), — Trinidad, — ConcepcioUy — Encarnacion, — Rosario (de Notre-Dame du Saint-Rosaire), — Pilar (littéralement : Pilier, de la célèbre Notre-Dame del Pilar, de Saragossc), — Bélen (c'est-à-dire, en espagnol, Bethléem), — lîeyes (des trois rois Mages), — Asuncion (Assomption), — Am^paro (de Notre-Dame de Bon Secours), — Alegria (allégresse), et bien d'autres.
Un certain nombre d'autres noms de femmes sont pris parmi les saints et les saintes ; je citerai : Pepa, Pépita* Pepiya, qui viennent de Joséphine, — Inès (Agnès), — Raw^ona (Raymonde), — Paca ou Paquita (Françoise), — Manuela, Angela. — Puis viennent ceux plus pittoresques de Concha, Conchita, Luz, Flor, Luna, Sol, etc.
Au bas de l'escalier de la Fonda, je trouve une foule de petits garçons qui se précipitent vers moi en m'offrant leurs services avec volubilité. Il s'agit de me guider dans l'immense édifice qui se dresse devant moi et de m'amener, pour ainsi dire, au pied de toutes les curiosités.
Quoique la température soit beaucoup moins élevée qu'à Madrid, le soleil darde encore ses rayons avec tant de force, que c'est avec un soupir de soulagement que je pénètre sous la voûte fraîche du bâtiment extérieur qui entoure complètement le célèbre monument, à la fois palais et couvent.
Le Real Monasterio de San Lorenzo a été construit tou t entier par Philippe II. On sait que c'est à la suite du fameux siège de Saint-Quentin qu'il fit vœu à saint Laurent de construire sous son vocable un couvent magnifique pour remplacer celui qu'il avait été obligé de démolir, parce qu'il gênait les travaux d'approche de la ville qu'il assiégeait.
Le choix du site dans lequel il voulait le placer ne fut exécuté qu'après de longs tâtonnements, et il se décida enfin pour PEscurial, petit village situé au pied de la montagne et où se trouvaient des scories de fer, traces d'une très ancienne exploitation.
On a attribué les plans du célèbre couvent à plusieurs architectes français ou étrangers, car on assure que ceux de l'église ont été faits par Vignole, et on cite aussi Paladio ; Voltaire dit d'une manière très expressive, dans son Essai sur les mœurs, que « l'Escurial fut bâti sur les dessins d'un Français ». Il est question ici du fameux Louis de Foix, qui construisit la tour de Cordouan et fit dévier l'embouchure de l'Adour. La vérité est que cet architecte séjourna pendant quelque temps en Espagne, où il se conduisit assez mal, puisqu'il fut môle à l'affaire de l'infant Don Carlos, trahit sa confiance et aida à le faire arrêter, mais il ne fut pour rien dans la construction de l'édifice, dont les plans furent exécutés par Juan Bautista de Toledo, qui, en présence du roi, en posa la première pierre, le 23 avril 1563.
Ce fut dans l'église provisoire du monastère, car les travaux ne marchaient pas aussi vite (jue la volonté du puissant roi, qu'il reçut la nouvelle de la bataille de Lépante. Parmi les trophées militaires qui furent pris sur les Turcs se trouvait l'étendard royal, un Koran admirablement écrit, les quatre
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anaux de la galère capitane ennemie, qui furent déposés à la bibliothèque.
Juan Bautista de Toledo mourut en 1567, au moment oii les fondations étaient presque terminées; son œuvre fut continuée par l'architecte Juan de Herrera et par l'ingénieur italien Pairiotto, qui tous deux y apportèrent quelques modifications. Avant la fin de la construction, un incendie allumé par la foudre dévora la tour appelée de la Pharmacie, et y fondit onze cloches superbes qui y étaient enfermées. Cependant le travail continuait avec la plus fiévreuse ardeur, toutes les carrières de marbre de l'Espagne et de l'Italie furent fouillées jusqu'au cœur pour l'enrichissement de l'édifice. Enfin, après' l'avoir orné de peintures et d'objets précieux, le monastère ne fut complètement terminé qu'en 1583, c'est-à-dire l'année même de la mort de Philippe. D'après les comptes qui ont été publiés, on dépensa, pendant 21 ans que dura la construction de l'édifice, une somme de 6,000,000 de ducats, c'est-à-dire 17 à 18,000,000 de francs.
A partir de Philippe II, tous les rois d'Espagne se plurent à habiter l'Escurial pendant quelques mois de l'année, et l'augmentèrent ou l'ornèrent en y faisant élever diverses constructions. Philippe III, entr'autres, offrit au monastère royal 222 vases en métal et pierres précieuses. Je citerai aussi une statue en costume oriental, appelée la Mora, qui représentait la ville de Messine : elle avait une hauteur d'un mètre et demi, à peu près, était en argent et pesait 220 livres. Elle était ornée de colliers, bracelets, et portait une ceinture garnie de rubis, de perles et de diamants, d'une valeur inestimable.
Ce fut aussi sous le règne de ce monarque que la bibliothèque de l'Escurial fut enrichie de près de 4,000 manuscrits arabes, turcs ou persans, composant la bibliothèque de Muley- Zidan, roi du Maroc, et qui étaient à bord de deux navires qui furent pris par Pedro de Lara, en face de Salé.
Le panthéon des rois fut continué sous Philippe IV; parmi les joyaux dont il enrichit le monastère, les historiens citent
une custodia, en forme de soleil, ornée de diamants et de perles, et qui fut, dit-on, enlevée par les Français, en 1810. Sous Charles II on plaça dans la tour de gauche du Pa^tio de los Reyes un jeu de cloches magnifique, cloches fondues en Flandre. Enfin il fit construire l'autel dit de la Santa Forma, dans la sacristie, dont j'aurai à parler plus loin.
Les deux premiers rois de la maison de Bourbon firent moins pour TEscurial que leurs prédécesseurs. Charles III fit cependant construire plusieurs couloirs de communication. Quant à Charles IV, on sait que ce fut à TEscurial qu'il fit arrêter, en 1807, le prince des Asturie.^, accusé de complot et de conspiration contre son père. Quelque temps après, le palais tombait entre les mains des Français; plusieurs objets précieux furent, dit-on, transférés à Paris, mais les envahisseurs y furent bientôt remplacés par los troupes alliées, qui y commirent de plus grands ravages. Lorscjuo Ferdinand Vil monta sur le trône d'Espagne, il offrit pour le service du tabernacle des objets d'une grande richesse; la reine Dona Amalia de Saxe donna aussi une custodia en or, brillants el rubis, estimée, dit-on, deux cent cinquante mille francs.
Cependant l'Escurial était entré dans une voie de décadence de laquelle il paraissait ne plus pouvoir sortir, lorsqu'enfin la reine Isabelle II, par décret en date du 3 mars 1854, rétablit la communauté de Sainl-Jérôme, qui a eu du moins pour propriété de donner un peu de vie à cet immense édifice.
Nous allons pénétrer maintenant dans le monument qui se dresse devant nous et dont les murailles grisâtres forment une première barrière le long de la rue. J'entre à la suite de mon petit guide dans un premier bâtiment que l'on appelle la Lonja et qui contenait les offices. Du côté du Midi sont de petits jardins suspendus arrosés de fontaines qui y entretiennent partout la fraîcheur.
En débouchant sur la vaste esplanade qui, de toutes parts, entoure l'Escurial, un vague sentiment de tristesse me saisit
tout d'abord. La tonalité générale de l'édifice est d'un gris bleuâtre dû à la couleur de la pierre avec laquelle il a été construit. En face de moi, la large cour est inondée des rayons du soleil, et de tous côtés on ne voit que la pierre; le sol est pavé et propre; en face, des pierres; autour de moi, des pierres; les montagnes elles-mêmes ont un ton granitique. L'aspect est sévère et monotone, et les détails d'architecture se perdent dans la masse énorme du monument.
Je suis devant la façade principale. Elle est composée de deux immenses tours carrées, et au milieu se trouve l'entrée qui conduit à l'église. Au-dessus, une statue de saint Laurent, de cinq mètres de hauteur, en pierre, à l'exception de la tête et des mains, qui sont en marbre; plus haut encore, un large écusson aux armes rovales.
On sait que Philippe II avait voulu donner à son œuvre la forme du gril sur lequel saint Laurent fut martyrisé : on ne peul guère se faire une idée de cette disposition qu'en examinant le plan même de l'édifice. Le manche du gril est figuré par l'habitation royale, les quatre pieds par les tours, qui ont plus de cinquante mètres d'élévation; les barres transversales sont représentées par des bâtiments.
Lorsque nous entrons par la porte principale, nous nous trouvons sous un vaste vestibule voûté : 'à droite, l'escalier, où l'on me délivre \ai papeleta de rigueur pour visiter toutes les parties si diverses du monastère royal. Deux employés ont disposé sur une petite table des livrets, des albums et des vues de l'Escurial; l'un d'eux, coiffé d'une casquette à large galon d'or, écrit péniblement, avec une plume qui crache, la date et le jour, et, revenant sur mes pas, je suis bientôt dans le Patio de los Reyes, qui s'ouvre énorme en arrière du vestibule.
Ce sont les six énormes statues des rois de l'histoire juive fini lui ont fait donner ce nom de Cour des Rois. Elle est très vasle, parée de grandes dalles et entourée de fenêtres protégées |)ar des grilles de fer (|ui lui donnent un aspect lugubre.
L'église est surélevée par des degrés de pierre, et sur la façade, sur six piédestaux, se trouvent les statues des /ois. Elles jDiit plus de six mètres de hauteur, et, comme celle ^ de .saint Laurent, elles sont en pierre, avec la tête, les mains et les pieds de marbre : elles furent tirées loutes les sept d'un seul bloc, dont on retrouve. les restes au village de Peralejo, et ([ui sont considérés comme un souvenir historique de la construction de l'Escurial. On y a môme gravé l'inscription suivante :
Seis reyes y un santo Salieron de este canto Y queda para otro tanio.
Avant de pénétrer dans cette église qui contient les restes de tous ces puissants rois d'Espagne, je me repose un instant sur un large banc de pierre placé contre la muraille, lorsque en ce moment la cloche, qui sonne onze heures, me fait tressaillir. On ne peut exprimer le son lugubre do co bronze fôlé qui résonne a mes oreilles et qui n'a rien du bruit argentin des cloches de nos églises françaises. C'est un timbre lourd et sans éclat, qui paraît plutôt j)rovenir d'un ressort monstrueux sur lequel frappe un marteau colossal.
Devant moi l'église aux sombres profondeurs : un silence de niort règne dans l'édifice, la cour est déserte, et deux minces lumières brillent à peine au-dessus du maître-autel. Les portes sont très belles, et au-dessus se trouvent des inscriptions en lettres de bronze, dans des médaillons de marbre.
L'église est très vaste, d'ordre dorique, et produit un grand effet, mais plutôt par les pensées qui viennent vous assaillir dès le seuil que par son aspect architectural. Quatre piliers énormes, semblables à des tours, soutiennent les voûtes. Les deux orgues, qui eurent autrefois une si grande réputation, sont maintenant hors de service.
Je ne parlerai pas des chapelles latérales c|ui, ainsi que dans
toutes les églises espagnoles, sont très nombreuses. Le maîtreautel est magnifique et attire seul Tattentiou.
On y monte par douze degrés de marbre rouge, auxquels le faible jour qui vient des verrières donne l'aspect d'une sanglante cascade : Tautel est tout entier en marbre, jaspe et autres pierres précieuses. Quant au tabernacle, revêtu de bronze doré, c'est un véritable poème, et le crayon ou le pinceau d'un peintre habile pourrait seul en rendre l'incroyable beauté. Mais ce qui fait le principal ornement de cet autel célèbre, c'est ce que l'on appelle los Entierros reaies, qui sont composés de deux groupes de statues en bronze doré, de grandeur plus qu'humaine, placées de chaque côté de l'autel, sur deux arcs qui ont pris. le nom d'Oratorios reaies,
A gauche, ce sont les figures de Gharles-Quint armé de pied en cap, mais la tête nue et revêtu du manteau impérial. Il a, à sa droite, son épouse, Dofta Isabelle; derrière, sa fille, Dofia Maria, et ensuite ses sœurs. Doua Léonora et Dofta Maria; au-dessus, les armes de l'Empire.
De l'autre côté, un autre groupe composé du roi Philippe II, aussi revêtu du manteau roval et tout armé : à sa droite, la reine Aune, sa quatrième femme, qui fut mère de Philippe III; un peu en arrière, la reine Isabelle, sa troisième femme, et, à la droite de celle-ci, la reine Marie, princesse de Portugal, (jui fut sa première épouse, avec son fils, l'infant Don Carlos. Ces statues, toutes à genoux, les mains jointes, dans une attitude de prière éternelle, produisent un grand effet, car la lumière vacillante qui pénètre à peine dans cet autel obscur fait ressortir cependant les riches ornements dont elles sont revêtues. Le rétable, composé de quatre corps différents, est peuplé de statues de bronze de la meilleure exécution.
Toutes les voûtes sont peintes à fresques, mais quelquesunes d'enir'olies onl été malheiîrousoment atteintes par riiumidilé. En passant, je jette un coup d\i:;il dans une chapelle ardente, dont los mille flammes brûlent pour Tàme de la dernière reine d'Espagne, la jeune et malheureuse Dona Maria Pilar de las Mercedes de Orléans.
A droite du maître-aulel et dans un noir enfoncement se trouvent les portes de bronze du Panthéon royal où sont conservées les dépouilles de tant de rois. Ce monument est de forme hexagonale, et revêtu de marbres précieux, de jaspe et de bronze doré. Les rois sont d'un côté, les reines qui ont eu des héritiers à la couronne d'Espagne de l'autre. Une foule de princes et de princesses sont ensevelis dans le Panthéon des Infantes, qui fut construit par les ordres d'Isabelle II. A côté se trouve le podridero, dont le nom indique bien la terrible mission dont il est chargé.
Mais je ne quitterai pas l'ég'lisë de l'Escurial sans signaler le fameux crucifix de marbre blanc sur une croix de marbre noir de Carrare, et qui est signé Benvenuto Cellini. Dans une vaste salle se trouvent les 216 volumes manuscrits qui servent au chœur. C'est un merveilleux ensemble d'ouvrages, car chaque volume a un mètre de haut, et ils sont précieusement reliés en bois précieux. Ils sont ornés de belles miniatures qui furent exécutées par ces maîtres de l'art espagnol que l'on nomme Fr. Andres de Léon, Fr. Julian de Fuentelraz et Ambrosio Salazar.
L'aspect général de l'égUse de l'Escurial est semblable à tout le reste de l'édifice : noir, colossal, gigantesque ; trois siècles se sont écoulés, et il paraît encore tel que le sombre Philippe l'a laissé.