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S'il est vrai que les proverbes forment la sagesse des nations, l'Espagne doit être la contrée la mieux partagée de la terre, car je ne crois pas qu'il soit de peuple qui ait à sa disposition une si riche collection de refrains, proverbes, dictons ou copias, ainsi qu'ils sont appelés dans le pays. J'ai connu
des Espagnols qui en savaient un si grand nombre, qu'ils pouvaient, presrjue soutenir une conversation en cousant bout à bout les dictons ou proverbes qui s'appropriaient parfaitement à tous les sujets.
Je me souviens qu'en allant à Madrid, et quelc|ues stations avant d'arriver dans la capitale des Espagnes, un voyageur mit la tète à la portière au moment où le train s'arrêtait à une petite balte. Puis, regardant un paysage brûlé par le soleil, et à l'extrémité duquel on voyait, groupées, quelques mauvaises masures dont les murailles croulaient de toutes parts, il murmura, entre ses dents, ce dicton qui m'était inconnu, mais que je retins facilement :
Siete lodones Siete vecinos Siete ladrones
C'est-à-dire : — Siete lodones, sept babitants, sept voleurs! — Ce dicton géographique, s'il est vrai qu'on puisse l'appeler ainsi, me donna lieu de penser qu'il ne serait pas sans intérêt de recueillir tous ceux qui pouvaient s'appliquer à une ville ou à un peuple de la péninsule. Comment ai-je collectionné tous les fragments qui vont suivre? Un peu partout, tantôt interrogeant la mémoire des habitants, tantôt en découvrant un dans un livre, mais n'en trouvant nulle part un recueil bien complet.
Ce ne sonl pourtant pas les collections de copias et seguidillas qui manquent. Parmi les plus importants qu'il m'ait été donné de parcourir, je puis citer celui de Fernan Caballero et un autre, plus fini encore, qui a été recueilli par Fouquier, mais quoique on y trouve des vers remontant aux origines de la langue espagnole, sur tous les états sociaux ou physiques, qu'il y en ait qui s'adressent à la Vierge, à Dieu et aux saints, à Tamour, aux jeunes filles et aux voleurs, ceux <|ue je recherchais avec le plus d'avidité étaieni précisément ceux qui manquaient totalement. Parmi ceux (jue j'ai recueillis, il y en a de fort stupides, mais aussi il s'en trouve de fort spirituels; je
Itt
les livre tels qu'ils sont venus en ma possession, laissant à chacun le soin d'enrichir et d'augmenter cette singulière col-
Dicen los Catalanes
De las piedras sacan panes.
On dit des Catalans que des pierres ils savent extraire du pain.
Esta la Eulalia, la de Barcelona De la rica ciudad, la rica joya !
Celui-ci est relatif à la cathédrale de la capitale de la Catalogne, et signifie : — C'est la Eulalie, celle de Barcelone, de la riche cité le riche joyau.
Pour la ville d'Albéric, riche, mais insalubre :
Si vols vivre poc, y fer te rie Ves ten à Alberic.
Si tu veux vivre peu, mais te faire riche, va-t-en à Albéric.
Puis la fertilité d'Orihuela :
Llueva 6 no lliceva, hay trigo en Orihuela.
Qu'il pleuve ou non, il y a du grain à Orihuela.
La richesse de la plaine de Murcie :
Tiene el Murciano en su huerto De su subsistencia el puerto.
L'habitant de Murcie possède dans sa plaine le port même de sa subsistance.
Quien no ha visto à Granada No ha visto à nada.
Toujours aux environs de l'ancienne capitale des rois arabes :
Cuando paraponda se pone la montera Llueve aiinque Dios no to quisiera.
Lorsque paraponda (la montagne) se met son bonnet, il pleut quand bien même Dieu ne le voudrait pas,
Autre du même genre :
Cuando javalcuz
Tiene capuz
Y la pandera montera
Llove>*a aunque Dios no quiern.
Celui-ci, relatif à la ville de Baeza, sonne comme un clairon de guerre :
Soy Baëza la nombrada, Nido real de gavilanes ; Tinen en sangre la espada De los Moros de Granada Mis valientes capitanes.
Je suis Baëza la bien nommée, — royal nid de faucons; — l'épée est teinte du sang — des Mores de Grenade — mes capitaines vaillants.
Puis la richesse de l'Andalousie :
Cuando Ahneria era Aimer in, Granada era su alqueria.
Quand Alméria était Alméria, — Grenade était sa métairie.
Las Malaguenas Son halaguenas.
Les femmes de Malaga sont séduisantes.
Puis la sobriété des serenos de Malaga :
En Maluga los serenos Dicen que no hehen vino Y con el vino que beben Puede moler un molino.
Les serenos de Malaga disent qu'ils ne boi\'x?nt pas de vin, — et avec le vin qu'ils boivent, pourrait moudre un moulin.
Mata el rey et vête à Malaga !
Tue le roi et va à Malaga, dicton satyrique sur l'impunité
dont on jouissait autrefois dans cette ville, où il se I plus que partout ailleurs un grand nombre de gens mal Kn Ronda Ion hombres A Gchenta xonpollones.
A Ronda, les hommes A qualre-vingts ans soni de
Un autre sur les jeunes (illes :
Para alcayreuax Chiclana.
Para trîgo Trebiijana, Y para ninas bonitas San Lucar de Barrameda.
Pour les al&traxas (1) Ghidana, — pour du blé Tré
— et pour de jolies filles, — Saint I.ucar de Barramede Un village des environs do Séville possède une joli
talion de valeurs :
Una parcion de civitsa Han xalido de Moron En busca unos ladronen Mi nina, tus ojos son.
Un parti de gendarmes — sont sortis de Moron recherche des voleurs ; — ma petite, ce sont tes yeux. Puis, sur la grâce Sévillane ;
Tiene la Sevillana En su mantiila Un tetreso que dice Viva Sevitla.
La Sévillane porte, — sur sa mantille, — une devise i
— Vire Séville.
Puis un dicton lopograplii<|uc, aussi relatif à la cap l'Andalousie :
(l) VaKi en lem poreux.
(j> Petit* ville prèi de Cadii.
Desde lu catedral hasta la Magdalena Se almuerzay se corne y se cena ; Desde la Magdalena hasta San Vicente Se corne solamente ; Desde San Vicente hasta la Macarena Ni se almuerza, ni se corne, ni se cena.
Depuis la catliédrale jusqu'à la Madeleine, — on déjeune, on dîne et on soupe. — Depuis la Madeleine jusqu'à Saint- Vincent, — on dîne seulement. — Depuis Saint-Vincent jusqu'à la Macarena, — on ne déjeune, ni dîne, ni soupe.
En voici un sur l'état social d'une rue de Séville :
En la calle de los Ahades Todos han tiosj ningunos padres, \
Los canonigos no tienen hijos : i
Los que tienen en casa son sobrinicos.
Il paraît douter très fortement de la chasteté des prêtres espagnols, car la traduction exacte est la suivante :
Dans la rue des Abbés — tous ont des oncles, aucun des pères. — Les chanoines n'ont pas de fils. — Ceux qu'ils ont dans leurs maisons — sont des petits-neveux.
Celui-ci peut se passer d'explication, car il est universellement connu :
Quien no ha ris ta à Serilla No ha iHsta à mararill t.
A quien Dios quiere bien En Sevilla le da de conter.
La ville d'Ecija sera appelée, avec raison, la poêle à frire de l'Espagne :
Una sola sera llamada la ciudad del sol.
Une seule sera appelée la ville du soleil.
En remontant dans le centre de la péninsule :
En la Mancha, Uts chiquillas Se lucen con seguidillas.
Dans la Manche, les jeunes fiilea, — IriompliGiil séguidilles.
La richesse fabuleuse du couvent des moines Hiéro dans la sierra de Guadalupe, a donné lieu à ce dicton Quien es conde y desea ser duque, Matan fra'ite en Guadalupe.\ Qui est couilc et veut ^Ire duc, qu'il tue un frère è lupc.
Sur te sol rocailleux de ce pays :
Por do qiiiera que à TrujUlo entraxes, Andaras una légua de bei-rocales.
De quelque cùté que tu entres dans Trujillo, tu lieue au miliou des rochers.
Celui-ci est stupide :
De Madrid à Totedo Hay doce léguas Todo camino Uano...
Menas las ciiestas.
De Madrid à Tolède, — 11 y a douze lieuow, — tout plat, — si ce ne sont les côtes.
Les deux suivants sont peu faits pour attii-er l'éti Madrid :
El aire de Madrid es tan suUl Que mata à un hombre Y no apaga à un candil.
L'air de Madrid est si subtil, — qu'il tue un lioini: n'éteint pas une lampe.
Avn las personas mas sanas.
Si en Madnd son natidas,
TietMi qne de hacmr sus eomiéUis De pildoruê y ti9a9ias.
Si les personnes les plus stines, — à Madrid sont nées, — il leur faut faire leurs repas, — de pilules et de tisanes.
Et encore sur sa température :
Très tneses de inviemOy Nueve tneset de in^rno.
Trois mois d'hiver, — - neuf mois d'enfer.
Enfin :
Bonde esta Madrid calle el mundo.
Où se trouve Madrid s'arrête le monde.
Tabaco, toros, naipes y vino, Llevan el hombre à San Bernardino.
C'est-à-dire le tabac, les taureaux, les cartes et le vin mènent l'homme à Saint-Bernardin, — ou l'hôpital.
Sur les charbonniers de Salamanque :
Como quieres que tenga La cara blanca Si soy carbonerito De Salamanca.
Comment veux-tu que j'aie — le visage blanc — du moment que je suis charbonnier de Salamanque.
Pour l'ancienne capitale de la Castille :
Villa por villa Valladolid en Castilla. .
Les Hvières de la Castille font aussi parler d'elles :
Duero tiene la fama
Y Pisicerga lleva la agita.
Le Duero a la renommée, — et le Pisuerga porte les eaux.
Antiquité du royaume de Léon :
Tuvo veintt y cuatro feycs Anles que Castitla hpes.
J'eus vingt-quatre rois — avant que Castilie eut des lois Pour le genre de beauté spécial de trois églises célèbre: Toleâo en riquexa, Compostela en portaleza, Léon en sutileta.
Tolède en richesse, — Compostelie en force, — Léo: légèreté.
Sur les travaux des femmes dans le royaume de Léon : Sace la muger en Léon Del hombre la obligacion.
Le suivant raille les amples vêtements des Maragatos : En la Maragateria No kay en pnilo economia.
Xi&Mn la Maragaleric, — il n'y a pas dans le drap d'écono Le chemin de Compostelle et la manière avec laqucll nourrissaient les anciens pëlerins, a fait naili>e celui-ci : Camino fYancés, Gatopor rés.
C'est-à-dire : chemin français, du chat pour bétail. En teniendo el Castellano Vino, ajos, trigo y cebada, No déjà la plara en juUo, Ni en enero la capa.
Pour que le Castillan possède — vin, ail, grains el avt — n'abandonne pas les champs en juillet, — ni le manteai janvier. Ce trio d'amis doit donner à penseï' :
Vuchillo Pamplonés, Y zapato de baldres,
y amigo Burgales, Guardame Dios de los très.
Couteau de Pampelune, — et soulier de basane^ — et ami de Burgos, — Dieu me garde de tous trois.
Todas las Andalucitas Van desparramando sal Las de Aragon desparraman Canela pura, y no mas.
Toutes les petites Andalouses, — vont répandant la grâce, — celles d'Aragon répandent — de la pure cannelle, et rien de plus.
Puis, sur l'attraction que Saragosse opère sur les étrangers :
Zaragozay Zaragoza^ Zaragoza de los diablos, Una vez que estuvo en ella Que bien me enzaragozaron,
Saragosse, Saragosse, «- Saragosse du diable, — une fois que je fus chez toi, — comment bien ils m'ensaragossèrent.
Malaga tiene su castillo, Granada tiene su Alhambra,
Y Zaragoza el Coso,
Y el Coso Zaragozanos,
Malaga a son château, — Grenade a son Alhambra, — et Saragosse son Cosso, — et le Cosso des Saragossans.
Il serait sans doute intéressant d'augmenter cette collection, mais telle que je la présente ici, elle suffit pour donner une idée de ce genre d'esprit populaire encore aujourd'hui si répandu dans la péninsule.