SÉVILLE AU TEMPS DES ARABES
La ville, qui porte aujourd'hui le nom de la Perle de l'Andalousie et qui en est aussi la capitale, oflFre, à côté de son aspect tout moderne, de si imposants restes de l'antique domination
des Almohades, que les yeux sont, à chaque instant, charmés par ces gracieux vestiges qui s'élèvent de toutes parts.
Les constructions religieuses s'ajoutèrent aux édifices civils et militaires pour faire de la cour des Almohades l'une des capitales les plus intéressantes et les plus belles de l'Espagne, et on croit que les sultans Abbadites, Almoravides et Almohades y eurent tous de somptueux alcazars et palais : on est certain que sur le lieu où se trouve aujourd'hui le couvent des religieuses de San Clément étaient les alcazars de Bib Ragel, et les modernes archéologues sévillans ont reconnu qu'il y en avait d'autres qui les précédèrent sur l'emplacement -où se trouve aujourd'hui le superbe alcazar du roi Don Pedro.
Quelques-uns tiennent pour œuvre d'architecture arabe la maison qui porte le nom del Oleo, calle hotica de las Aguas, ainsi qu'un autre fragment d'une maison particulière qui est située calle de los Abades, Cependant, il semble que ces opinions ne sont pas complètement exactes, carie précieux salon de la maison de Oleo, ainsi que les pièces adjacentes, appartiennent au style mudejar, c'est-à-dire à cette architecture particulière, si surchargée d'ornements et qui fut fort à la mode en Andalousie du XlIIe au XVe siècle. L'art des Mores Almohades, si on le compare avec le style mudéjar, est moins précieux, moins charmant dans son ornementation, plus sévère et plus noble.
Comme ces réflexions me porteraient précisément à décrire aussitôt le somptueux Alcazar de Séville, si ce fameux monument, en son état actuel, n'appartenait pas précisément au style sarrasin, pratiqué au XlVe siècle par les alarifes mudéjar, il ne sera donc question dans cette étude que des parties du palais qui paraissent les plus anciennes.
La fable qui attribuait à Abdalasis la construction de cette magnifique forteresse est déjà totalement discréditée, car la demeure du célèbre et malheureux gouverneur se trouvait dans le Prado de Santa Justa, dans une église qui y existait à cette époque et qui était dédiée à sainte Rufine. A Séville,
les Sarrasins ne possédèrent précisément aucun alcazar de grande importance jusqu'à ce qu'elle devînt capitale d'un royaume indépendant, à l'époque du fractionnement du khalifat de Cordoue.
Ce fut alors que les Abbadites, qui furent si enclins au luxe et à la mollesse, construisirent cette luxueuse résidence qui devait causer une si haute admiration à l'africain Yusuf Ben- Texfin, chef des Almoravides, qui y apprécia hautement les délices de tous genres dont jouissaient ses heureux possesseurs.
On ne sait pas au juste sur quel point les fondateurs de la dynastie de Ben-Abbad fondèrent leur palais, mais comme il parait évident que la situation des alcazars actuels est la plus favorable que puisse offrir Séville pour une vie commode et facile, il paraît évident que ce fut dans ces li^ux mêmes qu'ils furent placés. Celte idée est assurée par l'existence, au milieu de toutes ces constructions hétérogènes qui composent ce vaste édifice, de certaines parties d'une œuvre magnifique de la bonne époque arabe, et par conséquent antérieure à l'arrivée des Africains en Andalousie.
La Torre de Oro, dont la forme architecturale est si belle et si pure, fut très vraisemblablement construite pour fermer et défendre le passage de Tallada à l'Arenal. On croit que les ornemenls d'azulejos qu'elle possédait autrefois, qui ont été détruits par le temps, et qui étincelaient lorsqu'elle était frappée par les rayons du soleil, lui valurent le nom qu'elle a conservé jusqu'à nos jours. Il en était de même pour la Torre de la Plata, située un peu plus en arrière de la même muraille, à l'embranchement del Carbon, dans la calle de AtarazanaSy et que sa brillante blancheur faisait ressembler à de l'argent bruni.
Séville, cela est douloureux à dire, paraît professer très peu de respect pour ses antiquités, et la manie dangereuse de vouloir rivaliser avec les villes modernes l'a, petit à petit, dépouillée de ce beau caractère monumental qui formait sa
principale adraction. Aujourd'hui, les environs de TAIcazar n'ont même déjà plus la belle physionomie romantique qu'ils possédaient il y a moins de vingt ans. Les choses anciennes disparaissent et perdent même leurs noms ; et il arrivera sans doute bien promptement, le jour où la belle reine du Guadalquivir ne conservera plus rien qui rappellera les jours glorieux de saint Ferdinand, t Dans notre premier voyage à Séville, dit Pedro de Madrazo, le savant écrivain espagnol, nous décrivîmes de la manière suivante ce cadre mélancolique des environs de TAlcazar :
€ Au pied de la Torre de Oro, tu peux voir dans le Guadalquivir la rivière de Tagarete, l'un des trois cours d'eau qui fertilisent le campo del Tablado; cette large plaine était couverte, du temps des Arabes, d'un bois épais de pins, de cèdres et de mélèzes. Le Tagarete lèche le pied des murailles de l'Alcazar et de la ville, depuis la porte de Jerez jusqu'à l'Arenal, mais près du point où s'élève aujourd'hui la tour de la Alcantarilla, quelque ouvrage devait servir à refréner les débordements de la perfide rivière. En effet, sur la muraille se voient encore des traces de la porte par laquelle la tradition assure que pénétra le roi saint Ferdinand pendant le siège de Séville, afin d'aller vénérer l'image de Nuestra Senora de la Antigua, conservée à l'aide de l'intercession divine dans l'intérieur de la mosquée principale ». Jointe à la tour de l'Or, il y avait une petite muraille en étrier, à laquelle correspondait une autre tour placée de l'autre c6té de la rivière, et l'une et l'autre étaient réunies par une grosse chaîne de bois boulonnée de fer, et qui servait à protéger le pont de bateaux qui, depuis l'Arenal, se dirigeait au château de Triana. Par le moyen de ce pont, lequel servait d'ouvrage fortifié au château déjà mentionné, la ville était en communication avec el Ajarafe, district vaste et fertile, dont la populeuse Ishbiliah recevait toutes sortes de secours, et où les grands seigneurs sarrasins avaient leurs maisons de campagne et de plaisir.
t L'Ajarafe de Séville, ce délicieux paradis dont un grand
nombre d'écrivains arabes ont dépeint les charmes, a été décrit par un poète anonyme qui s'adressait ainsi au sultan abbadite Almutamed : « Séville est une jeune épouse : son époux est Abbad, son diadème el Ajarafe, son collier un fleuve profond •.
El Ajarafe, en effet, dit le poète Ibn Safer, surpasse en beauté et en fertilité toutes les terres du monde; l'huile de ses olives arrive jusqu'à Alexandrie; ses fermes et ses granges sont supérieures à celles des autres pays par leur extension et leur commodité, ainsi que pour les belles lignes et les ornements de leur construction; toujours blanches et propres, elles ressemblent à autant d'étoiles au milieu d'un ciel d'oliviers. Les historiens arabes rappellent avec complaisance la citation de cet Andalou qui, après avoir visité les villes du Caire et de Bagdad, et comme on lui demandait laquelle de ces cités si vantées était supérieure à Séville, répondit : El Ajarafe est une forêt sans fauves, et son Guadalquivir un Nil sans crocodiles. Un des auteurs cités par Al-Makkari fait de l'Ajarafe l'exacte description suivante : t C'est upe contrée étendue qui mesure 40 milles de longueur et presque autant de largeur; elle est formée de belles collines de terre rougeâtre, dans lesquelles il y a des bois d'oliviers et de figuiers qui offrent au voyageur, pendant les plus brûlantes heures de l'été, la plus délicieuse fraîcheur. Cette contrée contient une nombreuse population disséminée dans de belles granges ou jointe dans des métairies. Partout il y a des marchés bien pourvus, des bains d'une grande propreté, de jolies constructions et autres commodités qui ne se rencontrent généralement que dans les villes de premier ordre ».
Ce fertile territoire, appelé par les anciens Huerta de Hercules et par les Sarrasins Xaraf surtout à cause de sa conformation, car ce vocable arabe signifie terres hautes ou collines, s'élève en efl'et graduellement à l'occident de Séville, après avoir étendu sa vega spacieuse sur la rive droite du Guadalquivir. Ses hauteurs étaient couvertes de métairies et
de villages qui se rapprochaient tellement que, d'après les indications de l'écrivain arabe, elles formaient comme une sorte de grand village, abondant en tout, et duquel Séville recevait ordinairement ses riches provisions. Ses quatre principales agglomérations étaient : Aznalfaralhe, aujourd'hui San Juan d'AIfaralhe, Arnalcazar, Arnalcollor et Solucar de Albayda, toutes places fortes et bien pourvues de murailles, et dans lesquelles les musulmans recueillaient les impôts de la contrée. On donnait aussi le surnom de montana de la Merced ou montagne de la grâce (Jebb arramah), à cause d'une extraordinaire fertilité, à ce merveilleux rideau formé par les hauteurs de l'Ajarafe, produisant avec la plus surprenante fertilité ces fameux figuiers de Barbarie appelés gotica (Al-Kutli) et veluda (Ash-shari).
Je terminerai ce tableau de Séville au temps des Almohades par un léger résumé de ses anciennes grandeurs, qui existent encore en quelques vestiges malheureusement bien dispersés. Cette ville, qui fut considérée pendant des siècles comme le siège et le cœur de l'empire des musulmans d'Espagne, figure assez bien, par son plan, un pavois ou écu tendu du N.-O. au S.-E. La tète et le côté droit formaient la muraille avec les tours, défendues par des barbacanes et des fossés, et huit portes dont les accès étaient des plus difficiles. Parmi celles-ci on remarquait principalement les portes de Bib- Ragel, de la Macarena, de Cordoue, la porte del Sol, celle de Bib-Alfar ou de l'ossuaire, parce que tout près de là les Mores avaient leur cimetière, celles de Carmona, de Bib-Ahoar, dans le district de laquelle se trouvait la Juderia, et qui fut plus tard appelée de la Carne ou de la viande, parce que l'abattoir en était voisin, et une autre qu'il y avait tout près de l'abattoir et dont le nom n'a pas été conservé.
Ces portes étaient par elles-mêmes de véritables forteresses. Elles étaient défendues par des tours et des ravellins, leurs sorties étaient périlleuses et jamais en face, car le chemin extérieur de la ville formait toutes sortes de coudes et do
détours : très souvent le premier passage conduisait à une place d'armes carrée, munie, de l'un et de l'autre côté, de portes d'un accès très difficile. Les portes de Séville, dit Morgade, étaient renforcées de clous et doublées de fer placé sur des cuirs garnis de clous très acérés. Mais leur meilleure défense était encore assurée par le fleuve du Guadalquivir qui, du côté de l'Occident, entoure et défend la moitié de la ville avec les six portes qu'elle présente.
Le côté gauche de la figure à laquelle je viens de comparer le contour extérieur de la cité est formé par la courbe majestueuse de la rivière l'Arenal et une autre série de murailles et de portes; mais cette partie était dépourvue de fossés et de fausses braies, parce qu'existait en face la puissante protection des châteaux de l'Ajarafe. Les portes, de ce côté, étaient seulement au nombre de quatre, sans compter celle de Bib-Ragel ou de la Barqueta, qui occupait l'angle nord de la ville. On ne connaît plus les noms qu'elles portaient à l'époque des Arabes, mais dans les premiers temps de la conquête on les appelait : la porte del Ingenio ou del Engano et, plus tard, de Saint-Jean, à cause de l'église voisine de Saint-Jean-d'Acre; la puerta des Goles, plus tard porte royale, parce qu'on croit que ce fut par là qu'entra triomphalement le roi saint Ferdinand; la porte de Triana ou de Trina et la porte de l'Arenal ; en plus, on croit qu'il y avait une poterne qui reçut plus tard le nom de las Atarazanas, car on suppose que ce fut par là que sortit Ataxaf pour recevoir le saint roi et lui remettre les clés de Séville. La porte de Vlngenio était ainsi nommée à cause de l'ancien port dans lequel les navires déchargeaient leurs marchandises et qui, à ce que l'on croit, a été édifiée par un grand personnage more, fils de Ragel ; celui-ci avait un palais bien près de là, et la porte prit aussitôt le nom de Ragel (Bib-Ragel). Ces palais sont nombreux dans la répartition faite par saint Ferdinand des propriétés ayant appartenu aux Mores, et quoiqu'il y ait des auteurs qui affirment qu'ils furent construits par Yacoub,
je ne crois pas cependant cette assertion très fondée. La poite del Ingenio avait une tour percée de quatre fenêtres*, et une seconde en pierre avec une belle inscription arabe. La porte de Goles (corruption d'Hercules), était ainsi nommée parce qu'elle était située en face de TAjarafe qui, ainsi qu'on Va vu, portait le nom de Huerta de Hercules,
L'ancien port de la Séville sarrasine arrivait jusque-là, et dans tout cet espace qui s'appelle aujourd'hui le harrio de los Humeros, les mahométans avaient leurs atarazanas ou arsenaux, la fabrique et la garde de leurs chaloupes, et les marins et les pêcheurs du Guadalquivir y avaient construit leurs huttes et cabanes. La porte de Triana, aussi appelée Trina dans quelques-uns des privilèges donnés par le roi Alphonse le Sage, probablement parce qu'elle se composait de trois arcs, n'était pas où on la voit à présent, mais elle avait sa place non loin de là, dans la Pajeria, Le palais dans lequel on disait qu'avait habité saint Hermenegildo lui était contigu, et il en reste quelques ruines dans cette même rue de la Pajeria, sous le nom de casa de los Leones; ce nom lui vient de deux figures de pierre qui, décorées de leurs couronnes, sont des vestiges incontestables de l'ancienne domination des rois goths.
La pointe de l'écu formé par le plan de Séville est occupée par la porte de Jerez, ainsi nommée parce qu'elle communiquait avec la route de Xiras, aujourd'hui Jerez de là Frontera. Cette porte appartenait à l'Alcazar.
Une ligne imaginaire divise en deux parties le plan de Séville. Dans la plus grande se trouvait l'Alcazar, la grande mosquée et, eu remontant jusqu'au centre, les deux autres mosquées transformées en églises sous les vocables de San Salvador et San Juan de la Palma. Les autres oratoires des musulmans étaient disséminés çà et là dans toute l'étendue de Séville.
On n'a d'ailleurs aucun renseignement certain sur la situation des marchés, écoles, académies, bains publics, hospices et hôpitaux. 13
Les palais de second ordre étaient au nombre de trois : Pun était joint à la porte de Ragel (Bib-Ragel) ; un autre, qui avait servi de demeure à Abdul-Asis, était situé sur remplacement de l'église de Sainte-Rufîne, hors de la cité, au levant, et joint au Prado de las Virgenes. Enfin le troisième palais, qui fut longtemps inhabité, était celui dit de Saint-Hermenegildo, près de la porte de Triana.
Avec les jardins et les huertas de la Macarena, qui l'ornaient au nord, la plaine et la forêt deTablada, qui l'enrichissaient de ses bois précieux et de ses céréales à l'orient et au midi ; l'aqueduc quij de Carmona, lui apportait des eaux fraîches et limpides; l'Ajarafe, qui lui fournissait des huiles exquises, des fruits et des légumes savoureux, et la mettait en contact avec les plantureux territoires de Tejada et Niella et les défenses naturelles de la Sierra; gi'àce aux puissantes murailles qui l'environnaient du côté de la tsrre, avec le fleuve qui était sa principale artère commerciale du côté du ponant, et avec les châteaux qui, du côté opposé du Guadalquivir, protégeaient le fleuve et son pont et occupaient toutes les émihences depuis Arnalfarache jusqu'aux environs d'Italica ; enfin, avec la riche mine de marbres travaillés que cette colonie voisine possédait, avec les silos et les greniers qui étaient établis partout, ses ports spacieux et ses arsenaux renfermés dans son Arenal, depuis la Torre del Oro jusqu'à la porte de Bib-Ragel,'Séville était l'une des villes les mieux pourvues, les mieux situées, les plus prospères et les mieux défendues de l'empire muslénite en Andalousie, et il n'était pas facile de tenter contre elle un coup de main. En effet, quoiqu'on eût pris toutes les villes voisines du côté du levant, elle pouvait résister encore bien longtemps, derrière ses murailles, avec les inondations et les ravins de Tagarete, et dans les défilés si difficiles et si bien fortifiés que formaient les ponts du Guadaira. A l'occident elle était rendue inexpugnable par la montagne et ses châteaux. En interceptant le fleuve et en coupant sa communication avec Triana, el Ajarafe et la Sierra,
on pouvait la mettre eu un péril mortel; mais le fleuve était défendu, au midi, par la force même de son courant, difficile à remonter, contre les assauts des lourdes nefs castillanes, et plus encore par le tir du château de Aznalfarache, du côté opposé.
Il n'eût servi de rien de descendre par Italica et de s'exposer aux coups de la ville de Triana tant que subsistait le pont qui coupait la retraite et faisait des deux bords du fleuve une seule et même ville. L'unique moyen de pouvoir arriver à prendre Séville était de rompre son pont, mais cette entreprise était réputée supérieure à tout pouvoir humain.
Le nombre des fermes et des tours qui environnaient la ville et embellissaient ses campagnes était véritablement extraordinaire, si on recueille les renseignements que nous en offre la répartition faite par le roi Don Alonso le Sage. Il est regrettable que ce document n'en désigne pas la situation, car il ne fait connaître ces lieux que par des vocables corrompus. Parmi les principaux on trouve : Ben Abensohar, Espartinas, Yillamera, la tour de Ahen-Haddon, Almxiedano, Alhadis, Rostinana, celle qui était appelée Varga Sanctarem, Verrahetf Alhibein, Oliva, enfin les soixante qui furent cédées par le roi à la ville et qui sont mentionnées dans ce fameux privilège qui a été si souvent publié.
Lorsque Séville tomba entre les mains des Castillans, le douloureux retentissement s'en fit ressentir jusqu'au point de plus reculé de l'immense empire arabe, et le poète Abul-Beka- Saleh, fils du chérif de Ronda, composa sur ce sujet une romance que je donne ci -dessous tout entière, car elle représente bien l'état des esprits dans ce moment si important pour l'histoire des Mores d'Espagne :
Grande mal y sin remedio Sufre Esparia en el Islam ; A Arabia llegua el lamento, Y estremecese el Thaldm,
Sus provincias, sus ciudades Gimen en triste orfandad,
Y Guadalquivir y Turia Vuelean ruinas hasta al mar.
Valencia y Murcia, que fueron ?
Jativa y Jaen, do estan ?
Bonde la patria de sabios, Cordobay la gran ciudad ?
Que se hicieron de Sevilla La riqueza, el sin igual Decoro, de que su Betis La apacible magestad / Cual la ausencia de la amada Llora el amante lealt De su cara Andalucia Llora la suerte el Islam.
Descuella la cruz odiosa Sobre las mezquitas, ay!
Las campanas sucedieron Alpregon del almuedan; A unque de madera inerte, Llanto destila el mimbar Oprimtdo por el preste
Y huerfano de su Iman !
Sevilla, por nuestras culpas En esclavitud estas,
Y nosotros extranjeros Somos en Espana y a !
Sin ti patria no tenemos.
Que tu caida es mortal,
Y el tiempo que maies cura Este mal no curara !
Vosotros los del Besierto, Los que raudos cabalgais En corceles que asunejan
a; rayo en la tempestad ;
Lo que en los campos do el hierro
Ceba su fila mortal
Sois como enjambres de buitres
En ansia y ferocidad
Vos otvos que la india flécha
Como centella lanzais
Por entre nubes de polvo ;
Los que daïs allende el mar
A las auras de la noche
En el desnudo arenal
Libres y ardientes suspiros
Que os vuelve el vecino aduar ;
Aca^o no habéis oido
El grito de ansia mortal
Que Espana lanzo à estas costas
Dormidas en dulce paz i
Los que envio mensageros
Vuestro aux i Ho ci demandar,
No os contaron sus congojas /
Refiriendoslas no estan ?
Oh dolor, no hay quien la acuda :
Su mal se consumara,
Que en funestas excisiones
Piede el brio el musulman.