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LES ARCHIVES DES INDES A SEVILLE

Entre la magnifique cathédrale de Séville et les murailles dentelées de créneaux de TAlcazar se dresse un vaste édifice à l'aspect sévère, et qui n'est autre que la Casa Lonja, ou de la Contratacion, dans laquelle ont été placées les Archives des Indes.

Tout d'abord, le lieu officiel des transactions si nombreuses auxquelles donnèrent lieu l'actif commerce de Séville et de l'Andalousie se tint dans les murailles de PAlcazar et porta pendant longtemps le nom de Casa de la Contratacion.

La tendance naturelle qu'avaient les Sévillans, tendance commune à tous les habitants des pays chauds, d'aimer à se réunir dans des locaux découverts et aérés, les portèrent à se transporter dans le beau patio de las Naranjas, ou cour des orangers, de la cathédrale. A la porte se placèrent les courtiers et agents de commerce, fatigant de leurs cris et de leurs discussions les gens qui se rendaient aux offices divins. C'était en l'année 1572, où le fameux Thomas Gresham venait de faire ériger à ses frais le luxueux édifice de la Bourse de Londres, aussi appelé Royal Eœchange, lorsque, suivant cet exemple, l'archevêque de Séville, Don Cristobal de Rojas, demanda à Philippe II la faveur de l'imiter, en ordonnant la construction d'un monument destiné aux transactions commerciales, afin de débarrasser le parvis du temple des gens de négoce qui s'y rendaient tous les jours.

La construction du nouvel édifice fut confiée au célèbrç

architecte Juan Herrera, dont les plans coûtèrent mille ducats, et la majestueuse et monotone Lonja fut construite de 1595 à 1598, c'est-à-dire en trois années seulement.

Le caractère architectural de cet édifice forme le plus frappant contraste avec l'Hôtel de Ville, que l'on pourrait appeler un chef-d'œuvre d'orfèvrerie. Il est d'une grande régularité et forme un carré parfait, ses façades sont uniformes et son ornementation extrêmement sobre. De bons esprits ne peuvent attribuer cette curieuse absence de toute sculpture qu'à cette idée de réaction qui ne tarda pas à s'élever en Espagne contre ce qu'on appelait le style plateresque, et qui avait pour objet de fouiller les façades des monuments comme le filigrane le plus délié. Ici tout est régulier : pilastres toscans, fenêtres rectangulaires, portes sans sculptures, balustrade supérieure régulièrement ornée de boules, voilà la Casa de la Contratacion vue de l'extérieur. L'intérieur est d'un aspect un peu moins sévère : le rez-de-chaussée possède un patio orné de deux rangs de galeries; au centre se trouve une'jolie fontaine de marbre. Mais les négociants de Séville jouirent peu de temps de cette belle construction, car Philippe II réunit leur Consulat à celui de Cadix, et cette incorporation dura plus d'un siècle. Charles III, par une cédule royale, datée du 24 novembre 1784, restitua au commerce de Séville toute son indépendance et, pour l'indemniser en quelque sorte de son ancienne exclusion, il lui octroya de nouveaux privilèges. Mais les dépossédés ne devaient pas revenir seuls dans l'édifice qui avait été construit pour eux et où ils avaient été les maîtres : ils devaient y trouver les témoins écrits des vastes entreprises qui leur avaient ouvert les deux Amériques. Depuis cette époque, les Archives des Indes vécurent côte à côte avec le Consulat et le Tribunal de commerce dans le somptueux palais édifié comme Bourse ou Lonja ou Casa de la Contratacion.

Les documents qui sont conservés dans ces Archives étaient autrefois disséminés un peu de tous les côtés. Les

principaux, ceux surtout relatifs aux époques de Magellan et de Colomb, étaient aux Archives de Simancas ; quant aux autres, on les trouvait soit au secrétariat de la Nouvelle- Espagne et du Pérou, au greffe du conseil supérieur des Indes, dans les sections des colonies de tous les ministères, soit dans les Archives de l'ancienne amirauté de Gadiz, et enfin dans l'antique Casa de la Contratacion. En 1784 parut l'ordre royal de les réunir tous à la Lonja, et on forma à cet effet une commission composée du grand Inquisiteur de Séville et d'un chanoine de Guenca, nommé don Antonio de Lara, qui s'était déjà fait remarquer par son immense savoir. Aussitôt que ces précieux documents furent réunis à Séville, on travailla à tout disposer pour les bien recevoir. Le spacieux escalier qui donnait accès dans le local qui leur avait été destiné fut décoré d'un beau jaspe de Moron. Les appartements furent divisés en trois salles vastes et spacieuses, garnies de superbes armoires d'acajou et de cèdre affectant l'ordre dorique, et surmontées d'une frise sculptée sur laquelle on représenta les usages, les coutumes des Indiens, leurs armes et leurs embarcations. Grâce aux travaux du chanoine Lara, les tablettes ne tardèrent pas à se remplir de dossiers bien constitués ; mais telle était l'abondance des documents, qui affluaient de toutes parts, que l'on fut encore obligé d'agrandir le local des Archives des Indes en leur affectant les galeries intérieures.

Don José Villa-Amil y Castro, archiviste -bibliothécaire, publia, en 1884, un curieux opuscule non signé, dans lequel il fait une rapide description historique des Archives et dit quelles furent les som.r.es dépensées pour leur établissement. Il ajoute que, lors du dernier recensement qui fut fait de cet important dépôt, il consistait en 26,000 dossiers placés en 158 arnjoires; les plus anciennes sont, ainsi que je l'ai déjà dit, d'acajou massif à l'extérieur et de cèdre à l'intérieur; les autres sont tout simplement de bois de pin.

Dans de belles vitrines on a placé un certain nombre de

documents visibles pour quiconque parcourt ces galeries, et contribuent à lui donner line très haute idée de la valeur de ces collections. Ces pièces sont au nombre de trente-six, parmi lesquelles je citerai principalement : la précieuse Bulle du Pape Alexandre VI sur la division de la terre après la découverte du Nouveau Monde sous les rois catholiques; la Lettre de Vasco Nunez de Balboa au roi Ferdinand le Catholique, lui rendant compte de ses découvertes ; le Testament de Jean Sébastien del Cano, le fameux navigateur basque ; des lettres de Fernand Cortés, de Pierre Albarade, de Pizarre, de Diego de Almagro, de Pierre de Valdivia, de F. Bartolome de las Casas ; la couverture de la Relation de la captivité de Michel Cervantes à Alger, par lui-même ;. de curieux dessins représentant les contrées nouvelles découvertes par les Espagnols, avec figures enluminées des hommes, animaux, outils et édifices de ces pays nouveaux, ainsi que tant d'aulrcs qu'il nous faut passer sous silence.

Il est cependant une partie de cette collection sur laquelle on me permettra d'appuyer quelque peu : je veux parler des cartes et documents nautiques qui y sont conservés en si grand nombre. Et ceci s'explique aisément parce que tous les pilotes qui faisaient le voyage des Indes ou des autres contrées d'outre-mer tenaient à honneur de tracer les routes qu'ils avaient suivies et les pays qu'ils avaient découverts. Je me contenterai cependant de citer seulement quelques pièces à titre de simple curiosité :

La Carte générale du Nouveau Monde, feuille en parchemin, de la première moitié du XVIe siècle et grossièrement dessinée. Elle contient les routes tracées depuis San Lucar à la Terre-Ferme, Rio de la Plata et détroit de Magellan. Au revers, on peut lire l'inscription suivante : « Veuillez me pardonner ce dessin, car je n'ai jamais fait l'office çle peintre; mais cependant on pourra, à l'aide de ce tracé, faire exécuter une bonne carte par quelqu'un d'entendu.

Tracé de la rivière de la Plata et de ses principaux

affixtents^ îles, populations, etc., par Fr. Jean de Rivadeneyre, en 1581.

Capitulation faite par Jean de Borjas sur la pacification des Indiens Paezes, de la province de Popayan. Elle accompagne d'autres papiers relatifs à la guerre faite aux Indiens Pijaos, ainsi qu'une description avec carte de cette province.

Plan du Rio Negro des Patagons, dessiné par le pilote D. Basilio Villarino, dans son voyage de 1782-1783.

Voilà dans leur ensemble et en quel(|ues lignes ce que sont ces fameuses Archives des Indes, qui jouissent d'une réputation si justifiée parmi le monde savant. Dans ces armoires magnifiques, sur ces planchettes de cèdre incorruptibles, gisent les illusions, les .découvertes, les désespérances et aussi les triomphes de ces hommes énergiques qui dot^îrent l'Espagne des plus riches colonies : ils attendent patiemment les efforts des travailleurs qui doivent les mettre en lumière pour la plus grande gloire de leur pays.

- L'une des plus belles vues de Séville est celle dont on jouit de la terrasse de la Casa Lonja. Mais aussi de cette môme terrasse on découvre, au milieu des masses de verdure qui ombragent l'autre rive du Guadalquivir, les murailles blanches de Castillejo où mourut, en 1544 et dans la plus profonde ïTiisère, le célèbre conquérant qui avait nom Fernand Certes. La pauvre maison qu'avait habitée le vainqueur de Montézuma fut achetée, en 1855, par le duc de Montpensier, qui la fit restaurer afin que la demeure du grand capitaine fût à l'abri de la ruine. Dans une salle qui porte le nom du héros ont été rassemblés quelques objets lui ayant appartenu, des portraits et des vues du Mexique. On n'y a pas oublié des rameaux de cet arbre qui croît encore dans les environs de la capitale et au pied duquel il passa la dernière nuit, au moment où il allait abandonner l'immense empire qu'il avait donné à son ingrate patrie.

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