LE GOLFE DE NAPLES
maginatioD, devient Tun des plus nobles mo- * numens que les hommes nous aient transmis;
Immédiatement sous le tombeau de Virgile s'ouvre la curieuse grotte du Pausilype. Cette route souterraine 9 ouvrage des anciens, es% creusée dans la Pouzzolane, et traverse la montagne dans une longueur d*un mille. Mes pas sont souvent attirés vers I^ grotte du Pau* silype, car elle est le passage aux merveilles du lac d'Agnano et de la Solfatare; mais je n'ai à décrire ici que les parties du tableau qui frappent en ce moment ma vue.
Au pied ^e la colUive consacrée par .le tombeau du chantre des héi!Os et des bergers, re* pose la dépouille mpr4elle d'un poète 'que les Napolitains nomment aussi leur Virgile. Sur la rive séduispiite de Mergellinaje chercfaeét je découvre le couvent de Santa^ Maria- del- Parto : Sannazar y dort de l'éternel sommeil, ce Sannazar qui eut la gloire de faire revivre 30US le ciel de TAusonie le goût élégant, et presque le génie des antiques muses latines.
Un peu plus loin j'aperçois le palais déia reine Jeanne , masse ruineuse d'un effet imposant;
IQQ L£ GOLWE DE NAPLEB.
Toute cette plage de Mergellioa est d'un agrémeot infini ; on ne peut rien imaginer de plus attrayant que cette portion dé Naples y qui , pour être déjà plus solitaire, n'en est que plus aimable. Les jii^rdins et les habifations s'y entremêlent d'une manière tout? à fait gra^ cieuse , en s'élevant par gt*adins sur les flancs du Pausilype. Ia vigne, qui court suspendue en festons sur chaque terrasse, forme autant de berceaux, dont les lignes verdoyantes se marient singulièremiçnt bien avec celles de l'architecture, de telle sorte qu'on dirait que l'art seul a dû présider à cet arrangement si pittoresque, tandis qu'il n'est que le produit d'un goût naturel. Çà et là croissent l'olivieri le cotonnier, le figuier d'Inde, le palmier; au dessus d'eux le pin maritime, cet arbre superbequi décore si bien les paysages dltalie, étend ses Vastes rameaux protecteurs. Quel artiste n'a pas été frappé , épris de la beauté originale de ce site , et n'a pas tenté de le reproduire à l'aide de ses crayons ? Pour moi « dans mes spéculations niélancolique$ , j'aime à m'y choisir par la pensée une retraite mo-
LE GOUre DE VAPLË3. igi
deste, où je pourrais esisterà la napolitaine , c'est-à-dire respirer et rêver, où je trouverais enfin ta paix , sinon le bonheur.
Illic vivere vellem , GfeUtMque aifiorapi , oUîtiiccimIus et iUv, Xi^epluanin procùl è terrA spectare fiirentcm (x).
3 abandonne, à regret la rive poétique de Mergellina, et oses regards^ traversant de nouveau l'espace qa'ils ont déjà parcouru, rencontrent le Vésuve, ce Vésuve si redoutan ble et si peu redouté^ grande et iiùposant^ leçon que la nature donne continuellement à rhomroe , et doat il profite si peu. Les voyageurs qui ont écrit n'ont pas manqué d'eicpri^ mer leur étonnement au spectacle singulier d'une population immense qui, tout entière, dovt insouciante ou s'enivre de voluptés , au pied même du volcan qui demain peut l'en-»
gloufir. Cette idée ^ on effet , e^t saillante $mr les lieux, et e}l^ oppressé la pensée de Fétran'» ger. L'indolent Napoliliiin » quoiqu'il s'épargne i^olop tiers la fatigue de penser, n'est probai* blement pas sans songer quelquefois M dan»
(i) HoRAT. £pist XI; tib. I.
igi LE GOLFE DE lfA.PL£S.
ger perpétuel qui le menace, et le Vésuve lui donne d'ailleurs de temps en temps des.avertissemens terribles; mais le Vésuve se caliûe, et le Napolitain retombe dans son apathie :
les villes qu il avait bâties près du volcan sont emportées par les laves, il les reconstruit avec ces laves elles-mêmes , aussitôt qu'elles sont refVoidies : les ruines de trois vitles ensevelies par les irruptions sont là pour donner
à l'avenir de Nî^ples les enseignemens du passé; n^ais à Naples le présent est tout, et l'on ne tient aucun compte ni du passé ni de l'avenir. Pourquoi s'étonner de cette, heureuse insouciance? Pourrai t-on la blâmer? Nous sommes tous Napolitains en ceci : la mort est la condition nécessaire de notre existence ; chaque jour elle nous menace; nous savons qu'elle doit nous atteindre inévitablement, et cependant la pensée de^notre fin ne fait, qu'effleurer par intervalles notre imagination ; nous formons de longs projets ; nous vivons 9 .en un mot, comme si nous ignorions qu'on
meurt.
En suivant cette plage, qù furent jadis
Lfe GOLFE DE NAPLKS. 1^3
Herculanwn ^ Pompeï e\ Stabia^ je reconnais le site riant de Castèlt -^à-Mare ; plus loin sont Sorrente et Massa; Massa , qni se glorifie d'avoir vu naître le Tasse ; Sorrente , où ce poète sublime el infor-tuné trouva, près d'une soeur cbérie , le peu de repos qui lui fut départi pendant sa vie agitée. Là finit , de ce côté /la Terre de Labour, Tanclenue Campahîe, dont la dernière limite est le promontoire de Minerve. J'embrasse alternativement et ce promontoire et le mont Pausîlype ; d\ine part , le tombeau -de Virgile! dé Taufre, le berceau du Tasse ! îeur gloire est partout ; 'mais ici on croit voir leur génie éteint se rallumer et rayonner dW* plus vif éclat.
Tandis que^e mé livre a'ux pensers divers que fait naître en moi la Variété de tant d'objets , ma barque où> à demi coucbé , je suis à
la dérive le caprice des flots , se retourne , et me montre les îles dont la rade de Naples est parsemée. Les rochers sombres de Ccipri se prononcent fièrement sur l'azur du ciel ; leur
configuration bizarre a quelque chose de farouche et de heurté: on conçoit qu'un Tibère
,qA LE QOLFE DE MARLE^f
4^t sfi plaire ei» V» t^ séjour. Çg Jyraa 4^ Romain» tenait 4e ^ les rçqps d'wqe sçrvitud? bontpuse; ap.!^ il *?»?»* s^^ oydfçs, sapguf- ^res à m sénat «vSi. Air^i l'aigte b^tit.spo ,ire a^ sein des rQ|ÇS ip^çffçasi^le? • d'où il ïflesure sa p^ie, e^gJ^Ç.»^ ^e^r**. H»»» ^«î»*
ljadéç)ÛRer* Plus mpies ?ont les îles dV^^w, de pror
c^ et de iVw^. ïsçlïi^. l^ pl«^ gr3«dç,«ïe?
tiroir, n'eçt ^utw que le HJQftt ^jimfO^yQlr cnuéitmX dpwt ips b^ses seylepapnt sppt h^bitéps; elle ç^t d'uq^ fertilitp exjr^e , et Von ï trouve des demeures et de^ «ites àé\iàfiiix, Prôçtd^ et Ni^i.ta. $m *Vj^si M prpdjictip^is volcaniques. Les feipnaes, deçes Ues^t, d«.«? leufS traits et dftos leur ch^riqapt co^mpe,
be^flcpiip # i«asena>larice ^yep \^ feçrwpç?
dç l'arçbippl gr^v
' Il n^ me reste plu?' k e^plorçr qu'uRÇ Rarv tifid^T^a^te panorama qui menvirônî^ç :, c>s,t li plus, fertile en souvenirs,, et., d^ng.l'çtal
ipçrne dç dégfa^*»'^'? "^ *^ ^^^^'^^ ^'^ '^î' duite, l4 Pl"s ricbe pour, le sentiment, et 1? penÇfe. Sur le territoire qui^Rilw^?^ W W
LE GOLFE DE H AMPLES. igS
demi -cercle la baie de Poiizzuoles sont rémiift cCétonnans phéfiomènes de la nature, des prodiges célébrés par le génie , des débris iserveilleux de la puissance hupiaine. La poé^ sie et la feble , la philosophie et l'histoire s y donnent la main. Là on peut , jusqu'à un certainpoint, s'initier aux combinaisons raysté<rieases des volcans , en foulant un sol coa<sumé par leur feu interne, en sondant les fournaises de la curieuse Solfatare 9 en obserr vant d'tin œil scrutateur des monts et .des lacs produits par. de grandes convulsions souterraines (i). Ce même sol calciné fut habité par tout ce que Tempire romain eut de rénommé dans sa décadence^, et c'est en même temps le domaine Vir^ilien , la terre classique de VÉnéide. Qu'il est intéressant de suivre pas à pas Virgile , à Cames et dans \ Antre de la Sif^jrtte, à VApeme et à VAchéron , aux^n^ /ers et aux Champs-Elysées! L'imagination
(i) Le Monte iViwo, qoi sui^t soudaÎDement en i5B8, à la suite d'une riolente commotion ; les lacs A'Averne et à'Agnano y qui ont évidemment remplacé d'anciens eralères.
198 LE GOLFE DlL NAPLES.
pine sa mère; la débauche, compagne dn crime , sY livrait aux excès les plus effrénés ; les femmes les plus galantes y transportaient fout le libertinage de Rome; les Pénélopes , au dire de Martial, y devenaient des Hélèries; mais ni tant de forfaits ni tant de turpitude ne sauraient faire oublier que ces mêmes bords donnèrent asile à de véritables grands hommes, et à des poètes aimables dont t'heu- Feux épicurisme nous a valu des écrits quir charment ou Consolent.
Tout a disparu. Où César , Crassus et Pompée arrêtèrent leur* ambitieux triumvirat , il ne survit plus que des souvenirs. Caton s'écriait alors : « Nous avons des maîtres, c'en est fait de la république : » depuis bien des siècles , c*en est fait de Rome elle-même. De cette Bayes si somptueuse il ne reste que de vains débris. Ces temples éclatans de Mercure , de Vénus, de Diane; ces théâtres magnifiques ; ces innombrables palais, bâtis jusque dans la mer qu'ils semblaient soumettre ;. ces bains où la luxure, se parant du nom de la mode, avait rassemblé les inventions les pins raffi-
tfi GOLFE DE iSlPLES. Ï99
nées d'ttri Fàâte înoUï; tout cela h*éfet jilui ijù'iiilë èôtltUdë t)rofohde, pestilfenfcfeUe, et abandonnée aux reptiles.
Colline de Bain 1 poétique séjour î ^oliiptaéuk vâltbh 4ù'KabitA tdur-à-tottt
Tout ee qui fut grand dans le nfonde , Tu ne retentis plus de gloire ni 4*an)onr :
ths liâë voi^yjui tac répiondé,
Qiie le tiruit^ilaintif de cette onde, oii récho réveillé des débris d'alentour.
Âidsi tooC ciiaiige, ainsi tout paske; Ainsi nous-mèn^es nous passons , Hélas I sans laisser plus de trdce Que cette barqqe où nous glissons Sur cette mer où tout s'efface (t).
Lçis enfin d'errer sur tant d'objets , mes re» gards se fixent , mon attention se concentre. Voilà ce Cap de Misène , à qui les chants de Virgile ont décerné une immortalité que les improvisations de Corinne ont rajeunie' de nos jours. A l'aspect de ce promontoire inspirateur, je me figure la sibylle moderne assise sur le trépied de l'antique prophétesse, et comme elle agitée d'un délire sublime; sa lyre frémit d'accord avec son ame : bientôt
(i) A. PB Lamai^tike , le i^olfe de Baïa.
aoo
LE GOI.FE DE NAPJLEjS,.
elle livre aux airs émus des aççens. passionnés , nouvelle .névélatioçi dçs d^stinéç^ de rhomme. . ,
Réveillez-vous , mes bateliers ! Le vent fraîchit et nous seconde ^ livrez-lui la YPilei; que la barque glissé rapidement vers Naples.
Pour uji jour c'est trop d'émolions àja fois : mon cœur a besoin de repos, il va lel retrouver au milieu de l'agitation des hommes, dans leurs plaisirs turbulens qui" ne laissent ni contentement ni peine. -