‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 14 sur 38 · LA JEUNE ARTISTE · texte numérisé non relu

LA JEUNE ARTISTE

PORTRAIT D'UWE INCONNUS,

Ella se ne porté sotterra, e*ii cielo, Or'bor trionfS, ornaU dell'alloro Che mérité la saa invitta honestate.

PSTRA&CA , SOnêttO GCLXXKI.

Elle monta dn tombeau vers les cieax.

Et glorieuse , obtint de la bonté divine La couronne qu*elle destine A rètre innocent et pieux.

Sous les murs antiques de Rome,' auprès du mont Testaceo, dans le quartier jadis le plus populeux et aujourd'hui le plus désert , s'élève la pyramide de Caïus Cestius. Autour de la triple base de ce haut monument de marbre on a disposé un cimetière pour les étrangers non catholiques qui ont le malheur de jnourir loin de leur terre natale. C'est une

LA IjSVNJE AATISTE. â^f

pensée ingénietifie que celle qui a présidé à l'ârraDgemeat dç ces tombes modernes , pla* cées cpinnie sous la protection d'un tombeau aotique. Il semble qu'on ait voulu mettre plus que jamais en évidence, par un semblable rapprochement , que la mort est la seule cer« titude de notre existence. La forme symboliqiie de la pyramide offre en même temps une image terrestre de réterhité, espoir de rhorome. •

Dans ce cimetière j'ai vu déposer la dépouille mortelle d'une jeune étrangère ^ dont le sort fut digne de la compassion des cœurs sensibles.

.Pourquoi ne me serait-il pas permis d'es* quisser ici le portrait d'un être qui fut tout simplement-aimable et vertueux?La yraie vertu vit silencieuse, fait Je bien en secret; et plus elle mépite la louange, plus elle est attentive à la fuir. Il convient de la tirer, autant qu^on le peut , de l'oubli où elle se confine. Les bio^ graphies des personnages célèbres' sont sou- Tenf menteuses comme des épitaphes: Féloge y est décerné saps mesure à bien des repu ta-

tl'J% LA. i JEUNE. ARTISTE.

tions usufpéeSf et les renommées réelles n'y sont pas toujours en très bonne compagnie. Il nous ipanqiïe une Biographie des^ Inconnus : c^est xttL ouvrage à faire. On y trouverait au moins de la vérité> car la plume de l'écrivain ne serait guidée par aucun intérêt de commande, et la révélation de plus d'une vie qui s'est écoulée dans V incognito y seraAt œuvre morale et d'utile exemple.

Lisbeth Stralheim était 4kiédoise , née à Stockholm. Dès son bas âge elle perdit son père et sa mère ; à huit ans, elle était orpheline, sans fortune, sans autre protection que celle d'une tante qui , à la vérité , la chérissait comme si elle eût été sa fille. Veuve ,sans enfans, madame £xenstiem concentra bientôt toutes ses affections dans la personne de la pauvre Lisbeth. Quoique peu riche, elle-même, cette excellente femme voulut que sa nièce r^ eût une éducatiou soignée qui, sauvent pour les hommes, et trop ^arement pour les. femmes , supplée à la fortune acqyise. De bonne heure Lisbeth parlait avec facilité plusieurs langues j elle était bonne musicienne; elle an-

LA JVUNE AUTtSTE. SI73

nonçait d1i%ureudi6S diâpoi^itions pour k pein* tare 4lu paysage.

L'aadéitite des beaux^atts de Stoekholm <^tint an roi^ pour la jeime arjtiste , une pett* son payable pendant cinq annéss. La oondi«lion de cette &venr royale était cpLB Lisbeth consacrerait les cinq ans à l'étude de la pein^ tore ea Allemagne et en Italie. La tante et la litèoe^ Tnne déjà vieille et un peu infim>e, IVmlre de la plus fi^ santé , s'embarquèrent pour Dantrick; de là , traversant la Prusse, «Uoa allèrent k Dresde, où le riche nn:Kiée du roi de Saxe , et surtout la bette nat«tre d'unç contrée qu\>n a surnommée la Suisse saxomve , offrent au puceau de bons modèles; puis> pHSMit par Vienne, ellea se rendirent en Malie.

€es deux feibtes femmes qui , seules, sans

appui^, araient coumgeusement traversé jÀui

de scr cents lieues du nord au midi, ins^^irè-

i^ent un ^if intérêt au petit nombre de person-*

nesr qui les virent à Rome. Je les connus, j'o]>

tins leur amitié.. Mieux eût valu ne les ren<*

contref jamftis!

2174 ^J^ JEUNE ARTIStE.

On ne pouvait pas dire que TJsbeth fût jolie, et pourtant elle était charmante. Ses traits, quoique irréguliers , s'encadraient isivec agrément dans des cheveux Qoirs , tombant en longs anneaux , comme abandonnés à nn certain désordre d'artiste , et des yeux langùissans et pensifs donnaient une grâce toute particulière à cette irrégularité même. Toutefois y on n'eût guère distingué Lisbeth dans un salon; sa modestie extrême l'y eût retenue à l'écart , et l'homme du monde n'eut accordé aucune attention à sa figuré pâle et tiniide. Mais oette physionomie, peu remarquable au premier abord, dès qu'une fois on avait sii discerner ce qu'elle révélait au regard observateur, et si l'on s'attachait à lui faire parler un langage qui fut le sien , comme elle prenait un ascendant aimable l Alors , oui^ alors, Lisbeth devenait plus jolie que les aigres jeunes femmes de son âge. Son ingénu sourire, le son toi;^ chant de sa voix, exprimaient si bien une parfaite douceur, une grande çércnité d'aine,. un naturel angélique ! Cette bonne et infortunée créature n'avait pas une pensée qui demeurât

Page 1