LA JEUNE ARTISTE
cachée; son coeur, transparent comme le cristal, laissait aisément voir T^mpreinte des sentiroens ies plus purs. Une piété sincère et une croyance naïve dans sa religion , l'amour 4u beau et du vrai , servaient de lien à toutes ses idées. Elle était un de ces êtres rares , dont notre société tant civilisée n'a plus à nous offrir que des types altérés. Lisbeth Stralheim
avait enfin (je l'ai souvent pensé), plus d'une ressemblance avec cette douce £Usa Draper, dont deux écrivains célèbres nous ont laissé l'intéressant portrait (i).
Suivant une coutume que nous avons adoptée, imitateurs que nous sommes du nord mélancolique > Lrsbeth avait un album ^ non pas un.recueil.de dessins prétentieux, maiis un simple livret y sans ornemens superfli^s, où «e trouvaient consignés des noms amis, de belles pensées extraites des poètes suédois et allemands. Elle voulut bien que mon nom figurât parmi ses souvenirs ; j'écrivis donc quelques lignes dans l'album. Que j'étais loin d'i-
(i) Steeite» Lettres d'York^; R^tnal, Hist, philos, et poUC des étabiisscmens dans les Indes ^ tome I, Uv. nu
^•jG LA JEUNE ARTfSTR'.
h\agmer, ^n lé& traçant, que ia naort déjà se ^épamt k giacét* tin Cdeut* Isi inm et ^i éàty-
Lbb^th iàimait beaucoup la musique. Mariée «u' piatiô , sà voix, délicale et laiblé comme toute sa personne, mais ^aûieusenveut modu«iée, savBit ajotl'ter un attrait singulier aux àit% HàtionâiiX idè la iSuède et à dôb romdnc^$ fmsh çaîses^ J^»i dit qu'elle était peintre : eti rép^r^ élisant ^u^ la toile les phfe beàtiï sffes d^ k ^tùpû'ghe àé Ron^ë , elte ^Vait déjà fait des progrès marquéà dans Van ahatmant du ^ày^ge. Livrée à Tespér^be, dont la f^on^sse ^ tontes les illusions, Lisbeth alkit>u-deVAnt de sUûcès mérités , quaûd tout-à-coup , soit 4'excès dti travail, soit l'influecicé d\xtit difnat tMpt^ud pour une fleur transplantée, tioife la vîmes languir, s'indiner vers la ^ôînbe, fet cesser d'être..»*. Ainsi la ^câbleuse , qui se plaît à l'ombre, se courbe, se fane, 6t périt sous f â9*deur du soleil.
La tante de Li$J>elh, malheureuse fenmi^ !
privée du débile soutien de ses vieux jours, après avoir rempli un sinistre et der&îer de-
LA. JEUNE AUTISTE. ÛJ^
voir^ partit désespérée pour aller mourir
ailleurs!
Les -déplorahles pestes de la jeope artiste ont été déposés dans le cimetière des protesr tans , au pied de la pyramide de Cestius. Une inscription italienne ^ gravée sur un morceau de marbre blanc, constate le passage de la pauvre Lisbeth sur cette terre de misères , et le lieu où est venue aboutir sa triste destinée.
Je suis allé en pèlerinage vers sa tombe qui, après moi, n'obtiendra plus que des regards indifférens. Là, me disais-je, sous ces murs croulans de Rome, qui peut-être un jour l'engloutiront dans leur dernière chute , là est vouée à l'oubli une vierge qui n'eut sans doute jamais à rougir d'aucune de ses pensées.
Nous voyons bien souvent succomber, dans la fleur de leur âge , des mortels dont l'existence promettait d'être glorieuse et utile à leurs semblables, tandis que d'autres , dont la vie est nuisible , ou tout au moins négative > atteignent les dernières limites de la vieillesse. Cette idée est affligeante. Cependant, après tout, mourir jeune est peut-être une récom-
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pense pour l'être bon el sensible , car il ne subit pas long-temps nos douleurs physiques, il n'assiste pas long-temps au spectacle de nos infirmités morales.
LE POITRIIf AIRE EN ITALIE^