N ITALIE
cette lettre, craignant de m'inquiéter, il gardait le silence sur la fuite de son vâlet-de-' diambrë; il ne me disait pas non plus que sa maladie eût empiré.
« Eugène avait plus compté sur son courage que sur ses forcés. Le second jour après son départ de Florence, il fut absolument hors d'état de supporter la voiture. On se trouvait alors au pied de la montagne de Radicofani.
Il y à là une hôtellerie isolée , où les voyageurs passent ordinairement la nuit> quand il est trop tard pour gagner la cime. Vous avez suivi cette route, monsieur, et vous vous rappelez peut-être cette chétive auberge.
— « Bien chétive en effet, et donner le nom d'auberge à cette infâme baraque, c'est lui faire honneur. Je la connais, etjedois'm'eh souvenir , car j'y ai passé une nuit d'ouragan^ et 'Dieu sait ce qu'est un oUragan dans
l'Apennin ! Après un prétendu souper devant
lequel je restai à jeun , je fus conduit dans une soi-disant chambre dont la fenêtre était brisée, et je m'y couchai, sans dormir, enveloppé dans mon manteau.
•;^« l^h bien ! monsieur, c est dans ce caba*^: rat que iutdépQ$é mon pauvre frère mourant.
Pas un ^eul des voyageurs qui T^ccompa-^ gnaient ne proposa de demeurer auprès de lui; il3 repartirent le lendemain matin ^ en. le recommandant vaguement aux soina de Tau^ l^ergiste; quels soins ^ juste ciel I ïls ne durent yoir pourtant que trop da^a qu^l é|at défiom rable, e* à la merci de quelles gens Us hàa^ saient qe malheureux* Ils faisaiœt en Italia un yojage^ de plaisir, et. ne comprirent paa que c'est aussi un plaisir bi^n grand de r&asn plir les devoirs de Thumamté, En pareil cas ^ Eugène n'eût pas hésité à auivre l'élan de soii coeur généreux. Dieu garde ces étrangers de se trouver jamais dans une. situation aussi ac< ^^ante !
« Cependant, j'étais à Rome à l'époque in* dîqnée itar Eugène, et je l'attendais avec anxiété. Quatre jours s'écoulèrent ainai, aana que je Jle visse arriver. Etonné d'un tej retard, je commençai à concevoir de cruels pressons Umens* J'envoyai mon valet pr^adre desinfor^ mations en ville sur les voiturins nouvellement
Yfsum de Florevce. Lçu^ conducteurs» pour ainsi dire à Taffiit des voyageurs , savent ordi* iMtîremwt ce qui Içs concerna, eA ne ^<mt c|ue trop au coumirt de tout ce qui se passe dan& les auberfi^s* Mou valet déti^rra le vaiturier qui avait conduit Eugèue jusqu'à Radicofaoi, et il me ramena* Cet hoB9iiiie^m'a(>prit tout; il V» éài qae mon Crere avait été port4 sans conoaiMoiee diQs l'aub^pge ; que^ rQveuu à lui pendaut la nuil; , il avait téoioigué Fiatention d'écrire à Rome; mais qu'il était presque siustfitiQd; retombé en feiblesse, et qu'au moment du départ de la voiture il n'avait pas mfiMe r^^pria^ sea sens.
« ^pauv»rié V }e coimoaadai sur-le-x^hamp deSi cbfivaitt de poste, et je fis ^ sans m'arrêter 4 et dans noe hovrifale' agitation d'espiit, les Ivente^ Ueticb quî $ép<irei»t Ronoe de Radico-. fiuù* DescendM^à Fa^^berg^, je trouvd da?]^ «ne salle basse quelq/ues bomme» de mauvais laÎM, qm a& ebauffaleat tranqwUemenii aasià autoiiK dm tayer. Gel ait de calme me rassin^a^ iHi peu.
•^cOiiCAt^dis^pirécipilaiiiroent à l'hôte, le
!ràd LB POITRINAIRE
vo3rageur malade qui s'est arrêté dans votre maison ?
ce Lui , se levant de son siège , et me conduisant vers le seuil de la porte :
— « Il est là , me répondit-il froidement, en me montrant le sommet de la montagne.
— « Là ! Que voulez-vous dire ?
— « Oui, ajouta cet homme du même ton, c'est sur la montagne qu'eât le cimetière.
— « U est mort! m'écriai-je, la pâleur sur le front.
— 'c Mort' avant-hier, dit l'hôte, et hier enterré
<c Ce coup imprévu , porté à mon cœur d'une manière si cruelle , m'anéantit. Je restai long-temps immohile et frappé de stupeur, sans pouvoir verser une larme. A la fin , le sentiment des tristes devoirs qu'il me restait à remplir me rendit à moi-même, et jetant
un coup d'œil sur le lieu, et sur l'aubergiste
dont le maintien me parut embarrassé, un sinistre soupçon vint traverser ma pensée. Il n'était pas naturel , me dis-je , que mon frère eût trouvé une fin si prompte ; sa maladie de-