‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 23 sur 38 · HISTORIETTE · texte numérisé non relu

HISTORIETTE

Lftitions, si toqs Tonlcs, Torigme à port r et pesQiis le mérite.

i^. RousuAU, Non», HUvùê, L. uai,

Uoé lenle ▼ertn Tant mîeax qa'i» siècle (Taienx.

Stutislas LiCKznrsKi, roi de Pologne.

La Toscane est un charmant pays. Groldoni a dit avec raison : « Si l'Italie est le jardin de « l'Europe , la Toscane est le jardin de llta- «lie (i). » La capitale de cette heureuse contrée , la belle Florence, est à son tour TAthènés des Italiens; mais quelcjue amateur que soit un étranger des arts et de la nature, force lui est de quitter Athènes et ses jardins» Je

(i) Mémoires de Goldoniy tome I, chap. i^

3o2 hh. VXYJUWXM BA&T£VOS«

partis de Florence avec le comte T jeune

Polonaise fort aritnable, qwe'j'avaiR con»u à Kome. Bon gré mal gré je retournais en France, et le comte devait m'accompagner jusqu'à Gènes. Comme rien n# nous pressa»!, nous résolûmes de faire ce voyage à petites journées, dans une sedia^ cabriolet découvert à la mode du pays. Nous allâmes d'abord à Livourne, puis à Pise, à Lucques, à Massa, à Sarzane, etie sepHèmejournous étions dansGénes, après ViWt: QKoployé uoe semaine à parcourir une poote 4e cinquante lieues. C'est assurément la lueUUure maniera de voyager.

Livourne est un point maritime important; mais livourne est un réceptacle de juifs a^oteurs et de contrebandiers. A peine entré dans cette ville , on désire d'en sortir.

A Pise nous vîmes la fameuse tour pencbée, û campanile torto. Si son inclinaison est due

à une fantaisie d'architecte , et non pas (ce qui pourtant est plus probable ) à un affaissement du sol, la pensée de Fartiste fut saugrenue, et son prétendu tour de force est passablement ridicule.

. La Campo Sanào à^ Vhn e^t tout wtT^D(ieïk% digne d'une attontio» aérieuse. Get Aôcîe» cî^ iDetière de^ Pisaos: eat entouré d'un i;loîlre à longs pojrtiques d'archîtectnre moresque ^ dont le dessin est d'une élégance et cf une légèreté qui chwment Ïsl irucu On se croit transporté à Y^ihenièra, I^ea tours sent revêtus de fr ësqu«i dégradées par le taiaps, n^ais qui offrent de curie03( dQçumens pour l'histoire de l'art, car ^k^ SQnt lés fAw vieux monintoeiis de h r^ nai9$$i»Qe, dms s^ prédeuse naïveté. Le dnie-^ tiiw proprement dit est formé , à ce qu'on assure» de neuf p\e^ de terre sainte appértéq de la Palestine^ et qui avait , assure^t-on én<oore , la propriété de consumer les coirps en Tingt-quatre henrea. Parmi les tombeaux qui om^t les portiques , j\ii reinarqué celui dur disert et spirituel Algarotti; j'y ai lu cette inr* seriptif» :

ÀLGAKOTTO, OVCDII iBMUKOy

Frédbaicus MAGzrus.

Ne voilà-t-il pas ime bizarre agrégations d^

3o4 l'A PAYSkWE PARVENUE,

noms dans un cimçtière catholique? Âlgarotti, Ovide, Newton , et Frédéric II !

Les Pisans jouissaient, au moyen âge , d'une grande prépondérance commerciale. Leur cité, si florissante alors, est maintenant comme à l'abandon. Elle a pourtant des palais et un potit de marbre. C'est une belle ville , à laquelle ilne manque que des habitans.

Lucques , à quatre lieues de Pise, est la capitale d'un petit duché, miniature de royaume. Elle est ceinte de remparts plantés , agréable promenade d'où la vue s'étend sur une campagne fertile , et va se reposer sur des collines qui renferment des bains renommés. Le palais ducal est orné d'un luxe proportionné aux ressources de la principauté. Il paraît que son altesse s'ennuie dans son Baratarta^ car elle court souvent le monde , au grand déplaisir de ses cent trente mille sujets contribuables.

Voici le relevé des forces militaires de l'état lucquois , d'après des renseignemens que je

dois à la complaisance d'un fonctionnaire public :

hh. PAYS4HNE PARVENUE; 3o5

Fantassins « 5oo hommes.

Carabiniers à pied. .... « lao

Cavaierie 3o

Artillears.: 3o

Quatre canons »

Total. . . 680 hommes.

Lie duché de Lacques est un état fi3nnidable, si an le compare à celui de Massa, où vivotent vingt mille habîtans. Que la duchesse fie Maaia ordonne à Tun de>es sujets de ^or* tir de ses ^tatS).deux heures peuvent rigou* Musement suffire à l'exilé, pour déménager iPt jMisser la finpiiti^e. « Lltalie est une mosaïque tt d'états » a dit spirituellement kdy Morgan. Cela n'est que trop vrai ; aussi le défaut de 4iationalité est-il la plaie de la péninsule italienne: indè mali labcs.

Après avoir vu le golfe magnifique de la Spezzia et la jolie ville de Chiavari , nous péjaétràmes dans les montagnes où est pratiquée lu route hardie connue sous le nom de passage de la Bcccketta.

Par une belle et fraîche matinée de mai ^

3o6 LA PAYSANNE PA&V£NU£.

nous gravissions à pied l'une des sommités de ce chemin pittoresque. Non loin d'un méchant cabaret qui occupe le point le plus élevé du passage, une petite fille vint au-devant de nous, et nous offrit des fruits et des fleurs entremêlés dans une corbeille. Nous fumes comme stupéfaits de l'extraordinaire beauté de cette enfant. Des haillons , la malpropreté même , n'avaient pli la déparer. C'était une de ces têtes Raphaëlesques > dont on ne trouve plus les types que dans les Madones- du divin peintre d'Urbino : le contour du visage inimitàblement dessiné ; le froùt, tous les traîts d'une merveilleuse perfection ; les yeux surtout admirables 9 et un regard d'une candeur , d'une suavité angéliques; en un mot , une de ces pures créations que l'imagination même a. peine à concevoir dans ses rêves. Nous demandâmes à la petite son nom ? elle s'appelait Giulietta; son âge? elle avait huit ans. Arrivés au cabaret tenu par sa mère , tout en buvant du lait 9 nous continuâmes de causer avec la gracieuse enfant, qui nous amusait par la gentillesse naïve de ses reparties.

LA PAYSANNE PARVENUE. 3o'J

— ei Est-ce que vous consentiriez à me donner cette petite , dis-je à la mère ? je ne suis point marié; je prendrais soin de votre fille , je l'adopterais conrnie mienne.

— « Pourquoi pas , répondit-elle ?

— «Mais, songez-y, je remmènerais dans mon pays ; vous ne la reverriez peut-être plus : pourriez-vous donc consentir à vous séparer pour jamais de votre enfant?»

Voici sa réponse :

— « Bah ! dit-«lle, j'en ai encore deux autres.

J^en ai encore deux autres! Ce mot dans la bouche d'une mère vint tout gâter à l'instant : il fut pour nous comme le rideau du théâtre , lorsqu'il tombe inopinément sur une scène intéressante. Nous payâmes le lait , les fruits et les fleurs , npus donnâmes une petite pièce d'argent à Giulietta , et nous remontâmes dans notre sedia , suivis d'un long regard étonné de la charmante créature. Un rocher nous la fit perdre cle vue.

— a Vous êtes surpris et indignécomme moi, cher comte , de l'insensibilité de cette femme.

— u Plus indigné que surprix. La misère...

ao.

3d8 LA PATSAlTNfi PARTEHUE.

— «Oui , mais le sentiment maternel, cet instinct de nature....

— ce La misère^ mon cher, la misère ét6uffe parfois jusqu'au cri du cœur : elle endort bien le reitiords. Les négresses vendent leurs enfans. Allons de suite au fond des choses :

Après tout ^ cette malheureuse qui nous irtîte n'est peut-être pas aussi dénaturée qu'elle le paraît; elle a pu voir dans votre proposition un grand avantage pour son "enfant, et..»

— « Je vous entend»; mais une telle perspicacité ne saurait être spontanée; ce n'est ^as là un preràier mouvement che2 une IDère> dans le cas dont il s'agit.

— «J'en conviens : le premier mouvement devait être bon ; il a été mauvais , détestable. Je le répète, la misère, l'abrutissement qui en est la suite , et l'indignation que cause le dénûment du nécessaire, corrompent trop souvent jusqu'à leur source nos sentimen!» natifs. Cette femme en est la preuve,

— «Cela est bien triste pour l'humanité.

-— «Fort triste as^urèttient.

— «Tranchons cette qtiestion , car elle nous

LA PATSAfTNE PARVENUE. . SoQ

mènierait plus loin et plus vite que la sedia qui nous porte. Maintenant je song^ à Tave*nir de cette pauvre enfant. Dans sept ou huit années elle épousera un grossier manant; tant de charmes seront peut-être la proie d'un bandit : e'est grand dommage.

— «Tçl est son sort probable; une destinée fîijeill^ujre est possible. Nous ignorons ce qui est écrit pour Giulielta. Savons-nous si un autre voyageur n'exécutera pas ce que vous projetiez tout-à-^l'heure en plaisantant?

— «Quand j'y pense, une semblable idée n'est pas si folle. En vérité, si j'étais riche, tout-à-fait libre de ma personne et de mes actions, il me semble que j'aurais pu prendre la chose au sérieux. L'enfanta de l'intelligence ; une éducation saine la développerait. Figurezvous, à dix-huit ans, cette beauté, ornée encore d'un bon cœur et d'un esprit cultivé. Voyez-la unie, de son plein gré, à un galant homme...

A moi, qui ^it? Et mon sentiment pour elle, imitateur d'abord de la paternité , mêlé, fondu dans la tendresse conjugale ; et AOtre bonheur commun résultant de ma bonne action.

3lO . L4 PATSANITE PARVENUEf.

— (rAimable roman ! vous feriez précisément ce qui advint à quelqu'un de ma connais-^ sance.

— «c Vrai ! Contez-moi donc cela.

— «Volontiers. Le prince polonais Stanislas Lowinski (i) a fait plusieurs voyages en France; Fauriez-vous connu à Paris?

— «J'en ai entendu parler; je ne le vis jamais.

— « Voici le fait : je le tiens de source certaine 9 et je vous en garantis les particularités.

(c Héritier à vingt-cinq ans d'un beau nom , et d'une grande fortune que ses pères ( chose assez rare en Pologne) n'avaient point dilapidée , libre et nourrissant de fortes préventions contre le mariage, le prince Stanislas entreprit, au commencement de ce siècle, le voyage d'Italie. Il passa l'hiver de 1 8oa à Rome. De là il faisait , ainsi que nous les avons faites nous-mêmes, les excursions obligées dans l'an-

(i) Ce nom et ceux qui suivent dans le cours de ce récit sont supposés.

L\ PAYSANNE PARVENUE. 3lî

tîque Latium. Il vit tour-à-tour Tivoli, Frascatly Albanoy Nenii, et les autres points in té' ressans de cette terre illustre. Il se trouvait un jour à Frascati , et s'acheminait vers les ruines de Tasculum , quand il rencontra y coinnie nous, une petite fille dont les traits singulièrement beaux le frappèrent. Le prince l'interrogea : Paolina avait dix ans ; sesparens, pauvres cultivateurs, tandis qu'ils allaient demander au travail de la terre un salaire insuffisant, envoyaient leurs plus jeunes enfans mendier sur les chemins où passent les étrangers. En un niot , Paolina tendait sa main a l'aumône trop souvent refusée ; mais la surprenante beauté de Giulietta peut seule être comparée à celle de la petite mendiante frascatane. Stanislas avait un cœur sensible et généreux; son imagination d'ailleurs était vive et romanesque. Soudain il prend la résolution de s'approprier cette jolie créature; il se fait conduire à l'humble demeure de ses parens.

Geux-cî, étonnés de la proposition, y opposent d^abord une résistance toute naturelle ; ils ne disent pas de prime-abord, comme la mère

3ia LA PAXSAITNE PARVENUE.

de Ciulietta : PiQurquoi.pas? fen ai d'autres ; cependant ils m. laissent vaîpcre par Içs ins-. tances du prince, accompagnées de la promes^ 4'unei pension ^ et plus encore dans doute par l'idée des avantages que leur enfant devait retirer un jour d'une telle adoption. Les conventions ^ites, Stanislas revint trois jourS: après* Paolina fut vêtue d'babille-. n\eu$ neufs , appropriés à sa npuvdle condition ; et il fallait voir comme elle était charmante, ainsi parée et débarrassée deslambeaui^ de la misère. J'abrège les détails. Paolina fut emmenée dans une brillante calèche 9 suivie des bénédictions de ses parens et d'adieux ijui ne furent pas sans larmes.

«Cet incident fit sensation dans la société de Rome. Les uns approuvaient le prince et exaltaieot sa générosité; les autres le blâmaie&t hautement et le traitaient d'original , nwt <le convention qui, dans ce qu'on nomme le monde, sert à qij^ilifiei: toute action qui s'é«* carte de la routine; mdh le plus grand ncœbre , émerveillé des charmes de l'enfant et des heureiiitses dispositions qu'elle annonçait, 3'in*

hA. PAYSANNE PAftVKfTUB. 3l5

léressait.du sqceè^ de réntrepriie. Cette question s'agitait un $oir à[ la conversation' de la spirituelle duchesse Amati :

«c Le sang ne peut mentir, dit le prince de a CastelnUovo ; M. de L'O'vrinski * aura beau « faire, il perdra son temps et sa peiné. L'é* c< ducation, le contact du monde, tous les « effprts possibles pour ef&cer la tache primi*» i< t^ve, ne feront poipt qu'on prenne un jour « Paolina pour une femme comme il faut. En K admettant même (ce qui est une hypothèse a bien gratuite) qu'elle lisse un mariage dans « une sphère élevée, elle ne sera encore que «Paolina, et Ton discernera toujours en elle* « une paysanne parvenue.»

7- « Sans aucun doute, s'écrièrent , faisant « chorus, le cardinal S^** et la marquise de Bic-r c âoli, la petite est née de payaans, son ori* (c gine âe laissera sentir en dépit de tout. »

r-r a Le roi de France Henri IV jHrétendait « que la caque seni toujours le harengs ajouta c monsignor Bernola , enchanté de glisser un « trait d'érudition»»

« La duchesse Amati prit ia parole.

3r4 l'A PAYSAI^E PABVËÎIUE.

«Eh! messieurs, dit-elle avec un peu de flc véhémence , usons des privilèges que nous et a conférés le hasard de la naissance , ou plu* « tôt la volonté divine; profitons d'une telle « faveur, mais sans nous en fsiire des argu*- (( mens exclusifs; ne portons point des conte clusions extrêmes , injurieuses pour l'humace nité. Soyons de bonne foi , nous pouvons (c l'avouer à portes closes, il y a de bien laides « figures parmi nos nobles romaines , témoince ( j'allais dire une méchanceté); cependant ff les environs de Rome nous offrent des (c femmes d'une beauté à faire envie. Il y a 'oc des sotsdans notre noblesse (je neprendsper- « sonne à témoin ); cependant on rencontre , n dans le faubourg populacier des Transtévé- « rins , des êtres dont l'esprit naturel est sin- « gulier, et n'attendait peut-être qu'un peu et de culture pour briller d'un grand éclat, et Dieu me. garde de toucher à l'arche sainte! «t mais y a-t-il une sérieuse inconvenance à et rappeler quelle fut Textraction de plusieurs « de nos meilleurs souverains , de quelques « éminences d'un mérite notoire ? Ces person-

tA PAYSANNE PARVENUE. 3l5

« nages partirent de fort bas, s'élevèi-ent très « haut; en forent-ils moins illustres? Qu'on a me pardonne cette digression ; je reviçn$ à cc.Paolina. Je maintiens, moi, que si le prince a Lowinski sait s'y prendre (et il a certes plus « d'esprit qu'il n'en fout pour cela), sa fille « adoptive deviendra parfaite de toutes les cr manières. Je parie pour Paolina. Laissez vef< nir seulement six années, et vous m'en di- <c rez des nouvelles. On parle d'origine; une a origine céleste n'est-elle pas empreinte sur • « ce délicieux visage? et les vertus et la beauté c( ne sont-elles pas aussi des titres de noce blesse ?

— <c Bien dit, duchesse, insinua un prélat « qui, sans se mêler de la discussion, n'avait if fait jusque-là que sourire malicieusement ; a bien dit , et vous parlez avec la facilité du « révérend prédicateur Gozzi ; mais , belle M dame , votre éloquent langage sent quelque a peu l'opposition.»

a La conversation de la duchesse Amati avait pris ce soir-là, comme vous voyez, une tournure fort sérieuse à propos d'un enfant.

3l6 LA PAYSANNE PAllVfifrUE.

Il ne s'agissait pas, coaime de coutume, de sujets rebattus , d^ l'éternelle promenade au Corso y du ténor, de la prima donna éwoluta , et des ballerine du théâtre ûe Tordinone. Une question gravç ^'élèvç rarement dans un salon de Rome , et pour cause ; celle-ci était déli«licateyardue^et ses développemens pouvaient mener loin , quand on annonça, heureusement^ l^mbâssadeur de France : il. était suivi du prince Lowinski. Leur arrivée fut la clôture d'une discussion qui aurait peut-être égaré quelques uns des interlocuteiurs à des propositions mal sonnantes.

<c Cependant , critiqué par les uns , loué par les autres , et se souciant aussi peu du blâme que Ae Téloge, Stanislas allait son train , et défà le succès commençait à répondre à son espérance. Après avoir pris des arrangemens pour que la pension viagère des paréos dç Paolina fût régulièrement payée, le printemps venu , il partit pour Varsovie

aviW /sa pupille.

« I) n'^st besoin de vous dire que les mai- Irefi Us plus habiles furent appelés; rien ne

LA PAWAWNfe PARVËl^UË. Sîy

fut dmis de tout ce qui peut compléter une éducation saine et forte : aussi , chaque année amenant de rapides progrès , toyait Talipable en&nl croître en grâces ; en esprit , en vertus. Une iâdtruction tolide âans pédantîsme, les tâlëns les plUè àgi^blés sans prétention , un cûeiùt' pur et un jugemem sain , à dix^huit ans, Pàolùia possédait ces précieuses qualités ^ fefaaus&ées d une beauté ràVièsàute. La petite pàyisâïiâe de FVàscati était devenue ^n ino*dèle accompli de tôUt ce qu'on peut souhaiter d^m^s tine femme, et k ph>phétie de là duchesse Âmati <)'éiait té^\isêéi L'udmiration gé^ nérale > excitée dans les cerclés par ta présence de Paolina, tarda peu à faire place à un sen^ timféAt plus lendï^e dans l'anie de quelques jeunes iseigneurs. Oubliant la naissance de la Fmscàlâne , et n'étant plus frappés que de son rare mérite^ ils aspiraient ouvertement à sa main ; mais le cœur de Torph^ine ne parais^it point encore acèessible aux impre»- 9tons de l'aii^ur. Cependant Stanislas éprouvait , sànis trop s'en rendre compte , un secret iJlép4aiiErir de ces pourdait(^s. Il s'aperçut enfift

3l8 LA PAySAWNE PARVEirUE.

que son dépit était de la jalousie, et partant qu'il était amoureux à son tour. Éclairé sur son état , il en conçut d^abord de Tefifroi : ce Après tout , se dit-il , qui a su aimer , qui aimera mieux que moi cette fille enchanteresse? qui mieux que moi Fapprécie? qui mieux voudra se ^onçacrer à son bonheur ?

3 'ai quinze ans déplus qu'elle, il est vrai, mais cette différence est-elle donc si grande ? Oui , je lui parlerai ; mon cœur lui sera ouvert : si le sien a parlé pour un autre.... eh bien!... je ne contrarierai point son inclination.... cet heureux mortel sera son époux.

Si mon hommage est accepté, j'y suis résolu , Paolina sera ma femme.»

« Tout résolu qu'il se disait, le bon Stanislas gardait pourtant le silence. Le tiiteur était devenu timide et embarrassé devant sa p>upiile. Â chaque occasion favorable pour s'expliquer , l'aveu expirait sur ses lèvres , et sa délicatesse surmontait son desu*. Avec un homme aussi loyal et aussi franc, une telle situation ne pouvait se prolonger beaucoup.

Le prince parla , et parla bien , parce qu'il ai-

LA PAYSANNE PARVENUE. Sig

mait avec sincérité. O douce surprise ! des larmes d^atteudrissement accueillirent ses aveux. Le prince était transporté. Un scrupule vint pourtant traverser sa joie. Il craignit de ne devoir son bonheur qu'à l'exaltation de la reconnaissance : il fut bientôt assuré qu'il le devait à l'amour; Paolina aimait Stanislas : ils furent unis.

oc En 1 8 1 3 , chargé d'une mission importante auprès de l'empereur Napoléon, le prince Lowinski vint en France : il conduisit sa femme à Paris. Aucun de ceux que leur position appelait alors à figurer dans les sa- IcMis dorés de la capitale n'aura oublié cette femme à la fois si brillante et si modesjte , dont les vertus seules «peuvent égaler les charmes.

« La petite mendiante de Frascati, Paolina, la {>rincesse Lowinski est jeime encore ; elle n'a que trente-cinq ans (i). Sa beauté plus mûre a pris un admirable caractère de dignité qui lui confère la vraie noblesse, celle que donnent, en dépit de nos mesquins préjugés^

(i) Cette anecdote fut racontée en 1826.

3aa L4 P4TSAHKE l^AftVEirUE.

là nature, et le pei*fectioimemetit qu'y sait joindre la raison. £|)oufe adorable et adorée, excellente mère y fîaolina est la gloire de son sexe» 31.

« Mjaintenant^ mon amii , que tous en sem^ble? ne pense^vous pas que le prince Lo«winski s'est conduit avec beaucoup de sa* ges^?

-«-^ Sans contredit, et û mè parait qu'il fut plus heureux encore que sage. Vainement aurki-t^on k science de ia vie, si le bonheur ne se mêle %in peu de nos affidres.

-^«v Que direz^Tous de cette union? Fut-ce \k un mariage de rais^, d'amour, ou de convenance?

«--Mt Ce que f y vois de «dair^ c'est que, pour téné foiâ ^ ia raison et l'ambiir se trouvénent putfaitement d'accord , et jeiM connais pas ^)é •cottveuanâe meilleure. Somme toute , ce fut un wiariage heureux, chose rare! »

XJTH DUEL AU MONT-iJBNlS »

ANECDOIS.

Nons ne noM coQtciitow pM da faîN éf aT«i# OM Tices et folies an moode, par reputadoB; tnti illoiwaax mâorneaCrangieres, p««rlle« leur faire Teoir eo présence.... Yousdiriei^ qtre cette pefegrinatîon est nne partie diiessee , ^av doweF aax «straofpers 1« pbîsr 4é nos tragédies, et le pins souTent i tels qni s'eionîssent'dh DO» mâolt éf q û s*ea aiod^fuerit;

UoaTMOVt; £ts0isfh^. Il, ch. lÊxyu.

Paraissez ignorer ce qa'onrfait, ce qu*oa dit; tartottt de fw fsort ta têje» totf^M I0 AaîflM» .Qni dit celui d'aotroi doit passer pour un traître. Yoti^itiks, l</ift^civr,scéoe I.

£n allsuat de Turia à Chambéiy y b àUk^ genc^ s'arrêta le soir à Siule : le» voyageut» y passent la nuit ^ et le lendemain ^ de bonne heiue, on entreprend le j^ssage du Mom^ Cenis.

Le; voilure qni me ramenait en France était am grand complet,, espèce de tour de Babel ambnlaiiie, où plnsieinrs> nations se tronvaient bien 00 moi rq)Fé8eatée8« U y avait xm Vém«-

3a a 'TIN DUEL

tien , qui portait à Yexhibition de Londres un tableau du Corrège, qu'il comptait vendre au moins trois cents guinées, convertibles en bonne monnaie de sequins ; un vieux médecin de Milan et sa mûre moitié ; une dame de Chambéry et sa femme de chambre ; ub Hollandais taciturne , morose et fumeur; un marchand de Genève; un jeune Parisien , avocat stagiaire; et moi , simple amateur.

Il restait encore un peu de jour, quand la diligence fit halte à Suze, devant Xalbergo délia posta. Je proposai à mon compatriote d'aller visiter le dernier débris antique que nous eussions à voir en Italie. C'est un arc de triomphe , érigé en l'honneur d'Auguste. Il est bâti en marbre , de bonne structure , et bien conservé, sauf les inscriptions. J'en finis , par ce monument , avec les antiquités romaines , et avec cette belle Italie dont j'allais me séparer.

Pendant notre excursion , d'autres voitures

étaient survenues à l'auberge de la poste : elle était encombrée de voyageurs, et tout naturellement / nos compagnons de la diligence

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