‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 32 sur 38 · A ROME · texte numérisé non relu

A ROME

— Od trouvera ici peu de notes concernant les mo- DumensdeRôme j j'épargne ces ddtaiisau lecteur, parce que^ aussi bien qu'à lui , les longs ouvrages me font peuFj parce que je ne veux écrire qu'un seul volume , lequel n'a point pour titre Itinéraire (Tltalie , parce qu'enfin je ne pourrais que répéter ce qui a été dit cent fois. Un tel travail serait fastidieux et inconsidéré. Je me bornerai donc à ne mentionner que ce qui commande un plus haut degré d'attention. Mes notes auront du moins lé mérite de la brièveté : le lecteur et moi nous y gagnerons du temps.

— cr Un couvent de récoUets , dit Voltaire , occupe tt la place où fut le Capitole. » Voltaire ne saurait être démenti : ce couvent , un palais dit Sénatorial , bâti sous le pape Paul III(i554*-i55o) , de chétives habitations modernes, régnent maintenant sur la colline que surmontaient l'antique citadelle de Rome et le temple de Jupiter- Gapitoiin. Là même où s'élevait ce temple renommé se voit l'église d'-</rfl-C»/ê; les colonnes qui décoraient l'édifice profane font encore le principal ornement d'une enceinte consacrée au culte du Christ , et des moines chrétiens ^nt hérité des pon-

370 W CAHfER DE ÇBOQU(3.

tifes du paganisme. Quant à la roche Tarpéienne , le sol qu'elle doàiinait s'est tellement exhaussé par des encombremens successifs , que le saut ne serait plus guère périlleux , et qu'il faudrait peut-être s'y prendre à deux fois pour y faire périr un nouveau Manlius. Voilà dope,

Voilà ce Capitule, effroi des nations !

— Si Iç Ç^^pitole n'est plu^ qu.'u^ nqw > ^ jfor^m a perdu jui^qu'au ^^^x ^ V^PP^^lepHipt^P^i^t ileampo oHi^Qçmq :. Iç Fpri;vm roumain d^f çna le m^^frché des be^tiai^x / Auprèii de^ tem^pl^a f;n ruui?^ , sous des ^rc^ mutilée, l'ai vvi 4^ boeufs run^ip^'dgns leur fumier. Voilà Qç qMe le temps a fait du Jiei^. pu CUç^rop pro- ^onç^it ses immortelles har^ngu^f * (^qnfù^ mu^atus ab illo I Vains mortels , travaillez dapç ^ yPMs .^urvivre ^ap^ dçs mopiimens fas^peu]^ ! .

. «r-i{^ TilM'e n'^ p^ipt chaogé : Cf$t ^oujoui^s ce fleuve lintoa^ux , ce Ffavuni Tib^tim d[opt parle

£((^^ftQ9 > et l epithète^^a:Ka*«f , qu^ lui donnait Vi*'gU^i lui pst epqçM^e applicable. Le Tibre coulç toujours |ç l^étpet couftpie au tiewp« de la répul^Uque romaipe ; ^^i% \U ao^t, biep diff^f ns )ea tomme? q^i le regardent çpulw. Qijiçi M xi<h^sfsg de l'ait çoç^t prç4>ab|<?<pepl fofQuies cktpii œ Tibre fap^içvT \ Qft a proposé d§ détouiMior acm eouvs , entre|Mnaeoâ^lo$M)Q, mais ^e i'pp Qras^ail paiiaibh^ qM^iqiè'«He pa lût pa$ sapsipoon^ë-

LE CAHIER DE CROQUIS. 3y I

nient pour la salubrité de la ville. L emploi de la ma^ chine à draguer offrirait , ce me semble , un moyen plus simple; et mil» en œuvre dans les moi^ d'hiver, ce mobile puissant pourrait amener des r^ultats avanta-r geux; mais on n'ose rien dans ce pays dfe routine. Le Tibre continue donc et continuera de charrier son limon sur tant de trésoi^ caches : la nature s'oppose i ce qu'on puisse les reconquérir. èH plus encore Tindolenœ d'un gouvernement qui n'a d'autre ressort que la force d'inertie.

— On ne saurait , pour ainsi dire , faire un pas dans Rome , sans rencontrer quelque débris qui parle des temps passés. Dana des rues sales et misérables , où végète la population héritière de ce sol éloquent , on découvre inopinément , avec une surprise sans cesse renaissante, le reste d* un temple, un tronçon de colonne qui sert de borne; on foule aux pieds des pavés de marbres précieux. Ailleurs ce sont des fragmena de sculpture , sur lesquels s'étend et se vend le poisson. Il faut qu'il y ait eu dans Rome une quantité prodi« gieuse de temples et de palaia dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous, car il n'y a guère maintenant d'églises, et même de maisons un peu considérables, qui ne soient ornées de colonnes dérobées à l'antiquité. Le n<mà^re en est incroyable , et tous les jours on en trouve d'autres en fouillant la terre. N'est-elle. pas affligeante, la réflexion de ce que serait Rome, sans

les déirastations qui ont devancé ce que le temps n'eût pas fait enoora ? Rome survivrait presque entière, et l' imagination ne serait pas contrainte' d'en rechercher à tâtons les traces.

— ^ Une des poYtes', celle dite la porta- Pinciana^ actuellsment murée, est, assure*t-on , celfe où Bélisaire demandait Tauraône, si tant est que cette anecdote ne soit pas '.controtl^ée. J'y ai découvert une pierre à demi ensevelie , sur laquelle j'ai vu , lisiblement écrit , le fameux Date oboluni Belisario; mais cela ue prouve pas' suffisamment lauthènticité du fait.

— A une lieue de Rome, après avoir :pa8sé le Teveronc sur un pont antique j on est 'au pied du Mont' Sacré* Sur cette colline historique , où jadis se réfugia le peuple romain en rébellion contre le sénat, et où Ménénius Agrippa , smvi de dix députés consulaires , vint lui adresser cette fameuse allocution allégorique dont rbistoire nous a conservé la tradition , j'ai cueilli des violettes et rencontré une vipère. Le serpent parmi les fleurs , cela est en harmonie avec le désert si caractéristique de la campagne de Rome qui , du Mont- Sacré, se présente dans toute la mélancolie do ses

— Autant Rome est resplendissante , quand le soleil

brille sans nuages,- autant elle- est triste , quand le temps est mauvais. Les monumens dt: l'Italie ontbesoin de leur soleil accoutumé; sans lui leur couleur est

terne, et n'inspire que le respect monotone qui eSit dû i la vieillesse.

— Ce sentiment de respect pour les monumens ^'augmente en raîsonde leur ancienneté : major è longîn</uo rcverenUa. Il faut bien qu'il soit naturel chez les hommes, car il est général. Presque toujours mécontens du présent , à tort ou à raison , nous sommes

enclins à vanter le passé.

— Le Vatican est une des merveilles du monde. J'entends par le Vatican cet ensemble qui onnprend la basilique de Saint^Pierre v avec sa vaste place circulaire,- admirablen^ent décorée de ses colonnades , de son obélisque égyptien , et de ses fontaines si bien jaillissantes^ le palais, demeure du pape^ où se trouvent la. chapelle Sixtine, la fameuse bibliothèque vatiT cane, les galeries, remplies d'un nombre infini de statues et d'autres objets d'art, les iogeset les chambres, dites de Raphaël, que les peintures k fresque de ce grand homme ont rendues si célèbres. Je ne pense pas qu'il y ait rien d'exagéré à dire que l'on fait une lieue à parcourir le Vatican. Aucun lieu , ce me semble, ne renferme :Un tel amas de richesses ^ il y a là de guoî payer un royaume.

— Les voyageurs n'ont pas manqué d'outrer les dimensions et la beauté de la basilique de Saint-Pierre. Il faut , sans dénigrer , ramener les choiies à leur vérir t^le expression.,

3^4 LÉ <:aHIëR D£ CKOQtJlS.

' Saifit-Pierre est un édifice colossal : on le sait d'avance, et cette prévention nuit néoesfôirettient k Yefkt attendu. Ce n'est qu'en détaillant les diverses parties, qu'on reconnaît la gi'andeur des proportions. Il est sûr qtte chacune des ailes de la croit serait une église considérable ; la coupole est étourdissante à voir, et le tout forme sârts contredit le plus vaste temple qui eiiste. Toutefois, si les connaisseurs accordent que l'ensemble est imposant et grandiose , ils accusent le défaut d'unité', ils censurent le goût et la multiplicité dés ornemens qui arrêtent Toeil et rétrécissent en ap« parence l'étendue. Plus d'un étranger a été surpris disant : « Ce*qui me frappe et ce que j'admire dans Saint-Pierre , c'est l'habile combinaison de toutes ses parties, de laquelle il résulte que l'église ne parait pas, à là première vue , aussi ^pacieu^e qu'elle Test réellement. — Mais, peut-ob répondre, votre admiration est une critique 3 les architectes , en effet , ont pt^tendu composer de l'extraordinaire en fait de dimensions , et si votre observation est vraie , leur biit u'a été atteint qu'à demi. » C'est là le défaut saillant , que l'espace dai|^ ce moOument n'est pas compris dès l'abord : ail demeurant , une religion ne saurait avoir un plus majestueux sanctuaire.

La projection perpendiculaire de l'édifice est de 4o8 pieds, suivant la mesure la moins forcée. Les deux tours de la cathédrale de Paris sont hautes de :3to5 pieds :

placez^ pàt k pensée , Tune de ces tours sur Tàufre, et vous aurez , à deux pieds près, réiëvatioh dé Sttitit- PieiTe. La pei*speet2ye dont oô jouit de là balustrade dii dôme est étoti Dante : on découvre à k fois la tillê et le désert qui lentôui*» ^ l^borizoti n'est borné que l^ar la mer d'un coté, et de Tautre par une ckaine de inontagneSy parmi lè^ueiles se distingue le Sotacîe»

Yides Ht alU Blet nite otpdidbm Soracte (i).

Dé I& Rothé s*étalé entière souS leéyeuit, singulier assemblage de paganisme et de papauté, d*ântique et de moderne.

Hinc flcpteih domÎDOA videre tbokitesi Et totam licet lestimare Romam (9}.

— Point dé tableaux dans Saint-Pierre, et pourtant on y voit des chefs-d^œuvre de la peinture i ce sont des copies en îriôsaïques, si ingénieusement travàilléeèr, ^ue l'œil y est trompé. Les copies pài* ce procédé de Id TtansJlgUtation^ de Raphaël, de la Càmtnunion de Saint'JMmt^ du Domlniquin, et surtoilt de X^Sainte- Péir*ônillt, duGuerchiii, surpassent toUt ce qu'on peut voir en ce genre. (Jue cette invention ést belle, appli-

(i)HoRÂl». Od. VIII, libl.

(a) Makt. Epigr, Ca , lib ly.

376 LK CAUIËR D£ CROQUIS/

quée ii augmenter la durée d'ouvrages si digues d'être immortels ! *

— La basilique de Saiut-Pierre occupe remplace- Trtent d'un cirque de Néron : elle fut commencée en i5o6, sous le pontificat de Jules II, et d'après les dessins du Bramante ; MicheL Ange osa la fameuse coupole en iSâS^ le portail fut fait en 1610 par Maderno , et sous Clément XI , en 1 720, le Bernin acheva la place et la colonnade. Il fallut ainsi plus de deux siècles pour parfaii*e ce monument. On sait que les deux- cents millions qu'il coûta furent Tune des causes de la rëformation : sous ce rapport, il a plus nui à la religion catholique qu'il ne l'a servie.

—* Les fonctions religieuses de la Semaine-Sainte attirent tous les ans à Rome un grand concours d'étrangers , surtout d'Anglais , et presque tous sont désappointés. J'ai vu et partagé quatre fois leur décon venue. Ce qui est trop prôné à l'avance fait nécessairement fiasco ^ suivant l'expression piquante des Italiens , Timagination dépassant toujours les bornes du réel* Quelle que soit la disposition admirative qu'on apporte au fameux Miserere de la chapelle Sixtine , malgré «le prestige des localités et de l'heure nocturne , les sensations espérées sont peu vives. Cependant les morceaux chantés sont d'un style large et sévère 3 l'accord des voix , sans le soutien d'aucun instrument y est aussi fort remarquable ^ mais les castrats gâtent tout. Ces voix, qui

LE CAHIKR DK CROQUIS.' 877

pi*oduisent de l'effet dans les morceaux d'ensemble , où dominent parfois avec bonheur leurs intonations extraordinaires , souvent fausses dans les solos, y sont généralement médiocres. Quand la voix du castrat s'élève a la singulière hauteur qu'il lui est donné d'atteindre , ces sons aigus, acérés , causent un malaise physique , une irritation nerveuse , qui les rend très.pé-. nibles à entendre.

— Après avoir assisté au. Miserere , le pape vi^nt , d'ordinaire , à nuit close , faire sa prière dans Saint- Pierre. Ainsi vu dans une demi -obscurité, l'édifice est étQnnant : ses dimensions paraissent plus hardies encore j la coupole surtout semble agrandie d'.un. tiers, ^ et devenue tout-à-fait aérienne. N'apercevant plus les détails multipliés, qui nuisent à l'effet général du monument, on n'est plus frappé que de sa grandeur colossale , et l'ame reçoit alors une impression qui la met en rapport avec la Divinité.

— A la solennité de Pâques , le pape est conduit processionnel lement dans Saint-Pierre* Yétu de ses plus riches habits pontificaux . coiffé de la triple couronne , il est porté dans un palanquin , d'où il envoie de continuelles bénédictions^ la foule. Un dais de soie blanche , brodée en or, «st déployé au-dessus de sa tête j à ses côtés s'agitent un parasol blanc et deux grands éventails de plumes qui figurent parmi les indignes de sa dignité. Les cardinaux raccompagnent ,

378 LE CAHIER DE CROQtJIS.

eseoHéê eux-mêmes de leurs acolytes et porte-qtiéUes. Vienhettt les gârdeS^tiûblê», et les Suisses^ avec leur bî- 2ai*i^ costume du moyen âge. A son enh'ée dans la basilique , ce ccîrtégè fdt^me un groupe fort pittoresque, assez bizarre pourtant , carie pape, ainsi accouti-ë et porté , son palanquin , son parasol et ses émentails, reSseihblent un peu à une pagode indienne. Tout cela manque de la grayité nécessaire. On ignoré en ce pays ce que c'est que là vraie dignité. Au fait , à quoi Sefvirait-'elle , puisque desoripeaut suffisent pour imposer aux Italiens ?

•^ J'ai vu dit fois Id Célèbre bénédiction papale , donnée du balcon de Saint-Pierre. Le pape est pi*éâqile toit jours fort vient , et un vieillard qui bénit cause de réfnolion. S -il était d'une grande taillé , et s*il portait une longue barbe , à Finstar deS prélats grées , l'effet serait plus imposant , puisque , a|)rèStout, c est de l'effet qu'il s'agit ici de produire. Quoi qu'il en soit, la cérémdtiie est majestueuse. Lé pontife est porté en palanquin jusqu'au balcon : là , il s'agetiouille , et demeuré quelque temps ed méditation. Alors un silence religieux règne dâtift l'immense {^l^c^é du Vatican, rem*plîé d^uné foule proëterùée. SoUdàiU le saint^'père ^é lève j aut bruits mêtés du canôti, des trompettes et des tânibdurs , d'un geste bien ccmi|)osé , il impose léS mains, et donne une triple bénédiction. Ce moment est solennel 3 Tensemblé de la scène a de la grandeur ;

LK GÂIIl£R DE CROQUIS. 879

it y enauk*ait plus encore^ 8i Ton ae tentait qu*il y itiâYique Uû6 conviction plus intime de la part de& principaui acteurs. N'allai-je pas m*aviser tiàe fois d'Une phrase de Voltaire , qui nie gâta tout TefFei de la bénédiction ^ ce fut éntis doute un mauvais tour dé Satan : « Lorsqu'on eut bien chanté , dit le malicteut 8 patriarche , le vieut des sept montagnes alla en « grand cortège à la porte du temple; il coupa Tair « en* quatre avec le pouce élevé, deui doigts étendus « et les autres plies , en disant ces mots dans une lance gué qu'on ne parlait plus: urbi et orbi! Le Gangàu ride ne pouvait entendre qUf des doigts pussent at- « teindre si loin(i). »

— On avait annoncé une béatification 5 je m'attendais & des merveilles ; sans doute , pensais-je , une telle circonstance fournit à l'église romaine l'occasion de déployer toutes ses pompes. La réalité n'a nullement répondu à mou attente. Le chœtir grandiose de Saint-Pterre était mesquinement illuminé ; on a prononcé un discours noii écouté ) les castrats ont chanté ; les saints canons du fort Saint- Ange ont ronflé 5 à un signal convenu , un voile enlevé a laissé voir un tableau pitoyable , représentant le saint de nouvelle fabrique, montant au ciel, comme on y monte i l'Opéra 3 et puis voilà tout. J'espérais plus

{i) La Princesiede Babyîone,

38o LK CAHIER DK CROQUIS.

àejiocchi. La foule des spectateurs formait un plus beau spectacle que la cérémonie elle-même: Timmepse basilique contiendrait , je crois, la population entièi*e de Rome. L'ex- Jupiter de bronze , ou ex-consul romain, qu'on a transformé en Saint-Pierre, était .affublé de riches . habits pontificaux 3 il avail en tête une thiare éblouissante de pierreries. Dieu sait s'il y a eu des baisemens de. pieds ! Les Romains n'oât pas renoncé au culte des idofes.

— La bibliothèque vaticane a d'autant plus de célébrité qu'elle est moins, connue. Sa publicité a beaucoup de cas réservés. Qn peut la parcourir entière, sans apercevoir un seul manuscrit ou un seul livre , attendu, que le tout est enfermé dans des armoires hermétiquement closes. On peut dire que la lumière est sous le boisseau.

— Quand on a vu l'incroyable quantité de statues amoncelles au mus^e du Vatican , on s'étonne d'en rencontrer encore un si grand nombre au Capitole et dans les autres palais publics et particuliers. C'est comme une seconde population dans Rome.

— La basilique de Saint-Jean-de-Latran , dont l'origine, remonte au berceau de la chrétienté, est Tobjet de vives critiques de la part des architectes. Cependant l'ensemble de l'édifice est noble j les statues colossales des douze apôtres , qui le décorent , ne manquent pas de caractère.

Tous les ans, le i4 décembre, od y chante- une messe solennelle, où lambassadeur de France repré- • seote.S. M. T..C. en. qualité de pre#7ii«r chanoime de Saint' JeanrderLatrmi, J*y ai vu figurer, dans les fonctions du canonicat , l'auteur du Géfiie du christianisme.. CtXie cérémonie a été instituée en commémoration de la naissance de Henri IV . d'autres disent de son abjuration 3 elle est payée par un tribut annuel de vingt-quatre mille francs. Si un trône vaut bien luie messe, une messe vaut bien jnilie louis (1).

— Près de Saint- Jean de-Latran est le Baptistère de Constantin, petit monument bien ajusté. Près de là aussi est la célèbre Scala-Santa , qui fut , dit lachro^ nique 9 apportée (J^ Jérusalem. Elle faisait partie du palais de Ponce-Piiate^ et le sang de Jésus-Cbrist l'a sanctifiée. On ne monte qu'à genoux la ScoXa-Sanla-^

mais il y a deux escaliers latéraux pour ceux qui n'aiment pas les génuflexions.

— L'église de Sainte-Marie-Majeure est un. édifice sans majesté , ma^s dont l'élégance étudiée, flatte les yeux. Sa double colonnade intérieure , composée, de fûts de cipollin d'une bonne proportion ,lut donnent un aspect très sédui:»ant. Saiote-Marie-Majeure est dépourvue de ce, caractère de gravité, qui. convient à un sanctuaire chrétien \ ce n'est donc pas une belle église, mais c'est un très joli temple.

(1) Cet usage est probablement aboli depuis i83o.

382 L£ CAHIER DE CAOQUtS.

Dans la nuit de Noël le pape Tietit à Sainte-Marie- Majeure. L'dglise est tendue de soie de diverses couleurs-, des lustrés occupent chaque entre-colbnneraeiit: Cette illumination' et ces oristtfùicëtincelans, ces oripeaux suspendus m festonis^ la Ibule qui va , rient, se croise dans tous les sens, les reneetttreft, les couversat&3»ns bitiysntes , Pont oublier le lieu , l'autel , le souverain pontife et la cérémonie. L'église de Sainte- Marie-Majeure ressemble tellement alors à une^salle de bal , qu'oja ne se croit plus du tout à la messe de minuit.

— L'église française de Saint-Louis fut construite vei*s la fin du seizième siècle. On y voit des peintures du Diominiquin, auprès desquelles celles de Parocel et de Natoire produisent un assez pauvre effet. En cherchant dans cette église le tombeau d*un de mes parèns , mort en i8o4 à Rome, où il était premier secrétaire de la légation française près le saint-siége , rai trouvé d'autres toitibeaut intéressans , notamment celui du savant Séroux-cl'Agîncourt qui , en écrivant son histoire de tari par les monumens , a lùî-méme érigé à Fart un monument durable. Un sarcophage en marbre y consacre aussi la mémoire du cardinal de Bêràis, de ce poète diplomate qui , duiant vingtcinq années fut ambassadeur, et non sans gloire, dans la capitale du monde chrétien. Un autre monument funéraire porte cette inscription :

LE CAHI£ll DE CROQUIS. 383

« Apr^ avoir vu périr toute sa famille , sou père, K 8« mère , ses deux frères et sa sœur , Pauline de « Mpptmorin , consumée d'une maladie de langueiir , « est venue mourir sur cette terre étrangère. » -

^ f. A. de Chateaubriand a élevé ce monument à fc sa Ktfémpire. »

-^ Nipolaa Pouaain mourut à Rome , où il avait passé quarante années de sa vie. Les Komiains revendiquent ce gtand homme j Pun d'eux disait d'un ton comiquement Siérieux : « s'il naquit en France , ce fUt par une fc erreur de 1? nature* n Quoi qu'il en soit , Lé Poussin D'ayait* qu'une tombe presque inaperçue dans l'église de San-LorenzQ in Li4cinii i c'est un Français , M. de Chateaubriand, qui l'a vengé de cet oubli, en lui élevant un monument plus convenable.

Aucui^ biographe, si ce n'est Texact et savant Félibiep, na donné, que je sache , la date précise de la mort du Poussin. Le hasard m'a procuré à Rome un renseignement curiei^x : c'est un double extrait mortuaire, légalisé en i8o5 par le curé de Saintrl^aurentin-Luciuîi, constatant le décès du Poussin et celui de aa femme. A ces i^c^es sont joints d'autres extraits , aussi authentiques, des regisitres de la paroisse, le tuut concernant la personne du Poussin. Le résumé de ces divers documeps est que le Poussin épousa , le 9 août 1 65o, Anne-Marie Dughet , demoisellç rQ^i^jùne, laquelle décéda le 16 octobre 1 664; que lui-même,

384 I^K CAHIKII DE CROQUIS.

JVicoias, fils de Jean Poussin , du diocèse d'Andely , en Normandie , mourut le 1 9 novembre 1 665 , à Rome, dans lamaisonqu*il habitait depuis 1657 , ruePaoiina, présentement Bi^^uina, >

— ^ li y a dans le Corso une très petite église - où je suis entré, attendu que je furète partout. J'y ai trouvé la tombe intéressante, du peintre Drouaîs^ enlevé on 1 788 , dans la fleur de son âge. Ce ttionument fut érigé à D rouais par ses camarades de. l'académie de France à Rome. Des regrets sont dus à la mémoire de

cet artiste dont la jeunesse brillante donnait l'espoir d'une féconde maturité. On peut croire que 'la célébrité commencée de son nom aurait eu un grand accroissement dans l'avenir. Digne élève de.David , l'auteur de la Samaritaine eût noblement marché sur les tracés de son maître. Qui sait s*il n'y avait pas dans ce jeune homme un nouveau Lt Sueur , ou unr nouveau Poussin ?

• — Les devoirs de la papauté sont fréquemment inconciliables , car la religion et la politique s'y trouvent en perpétuelle contradiction. Ce que veut le temporel , le spirituel le défend , et vice versa. Il en résulte que, presque toujours , un grand prince sur lé trône pontifical , sera un pasteur indévot , et que le bon pasteur sera un pauvre monarque. La papauté est une véritable anomalie. <

— Voici un dicton communément répété en Italie :

« Un pape ne voit la vérité que lorsqu'il lit rÉvangile. »

— Le pape régnant Grégoire XVI ( Capellari ) passe pour être fort érudit j on peut lui appliquer ce que les Romains disaient de Benoît XIY : magnus m

/blio ,' parvus in solio»

— Au déclin de l'âge, monter en chancelant les degrés d'uti trône ; cacher sous la soie, l'or et Thermine les infirtnités de la vieillesse , et sous une tfaiare un front sillonné par les soucis^ végéter captif clans un palais 5 être condamné par Tétiquettè à prendre ses repas tout seul , sans avoir un visage ami en face du sien 5 pour dédom«[iagement à tant d'ennui , quelques jouissances de vanité , le digîto monstrari dans des cérémonies d'apparat j mais sans cesse du respect sans attachement, et de l'isolement sans consolation ; avoir tous ses jours comptés un à un par l'ambition 5 souffrir «ans être plaint , et mourir sans être regretté : cela s'appelle être pape. Triste condition !-

Chaque pape a dû souvent se répéter à peu près ce

que l'auteur du Paria fait dire en très beaux vers au

grand-pretre des Erahmes : '

Le voilà donc ee trône où j'ai voulu m'asseoir \ Composer ses j'egards, veiller sur son visage , Affecter la froideur d'une insensible image, O'tonrmeni! que mon front, lassé de ses splendeurs , Se coarb'e avec dégoût sous le poids des grandeurs! Que le temple, et sa pompe, et sa triste harmonie, Ont fatigué mes sens de leur monotonie !

On pourrait appliquer à presque tous les papes ce

366 %M CA.fiiEa*i>x caoQunsk

que Voltaire adressait au duc Âmédée de SaToie, qiiî 66 fît sacrer sotis le nom de Félix :

Tu voulus être pape, et cessas d'être sage.

— Les principales ressourcei» de r£tat romain lai Tenaient des tributs coi^ntis par les rQjnaumos catholiques. La machine gouvfernemeiitale de&onK) au fur ^t à mesure qu'elle n'est plus «otiirée ^ar ees resS(MtlB étran^^rs , se relâche ^ et teiid à se dissQudre. L'élise romaine ^ vo^lu s'élev)çr par hs richessesv elte périra par oà eUe a péché, et le catholicisme ^ra entraîné dans Ijai ruine des finances. Rome a yui d'une opulence proportionnée à la croyance. religieuse j mais suivanjt la remarque d'uo écrivain igfnevois fovt j^di^cieuK; ■H Sa prospérité n a jamais été qu'un embosipoint £acj» ti<ae »(*)>

•— Les cardinaux, en jeurqualité de piùices rt^mim» et de princes héréditaii^es (car ilà le sont tous) , ont e? privilège de la «ouveraineté que ^ lorsqu'ils trouvent aur leur diemiii un criminel que l'tui i^nduit ap supplice, leur présence porte grice. Sien entendu que cette rencontse ^oit avoir lieu .fortuitenient et sans préméditation. Les diastes vierges de Vesta joctidsaient jadis de la même prérogative. Il est assez bizarre que des cardiiialaa: .aic*t aîiiocédé &.uiidts>it qutappastenait 2i des vestales.

(i) AI. I» BoiSTfiTvs» , V<tya§9 dp^tU Leitmm.

M C4HIER PE CtOQUIS. 3^7

r^A ^Wk^,, trdse miUe piéUes et mpioesi Le diiièfoe de la population ! Si.rop armait ces prâtrcs et ces mollir , on aurait, d'e^jt pliis que à0 parole, 119e Eglise militante, «

ÉooutoDS Montesquieu parlant dej» mçîne$ : « Ces diir^ « W f99t troÎ9 iioeuz | d'obëitnnce , de pauvreté et de 4c chasteté. On dit que kf preiiierest le mieux^bserYé M de tous ; quant au /iecood, je te réponds qu'il ne l'est « ppiut; )e fce laisse i jugek* du troisième. j> (i).

«r- ta saintje Vierge, que Ton appeUe ici la Madone, e#t inSpiment plus vénérée qu'en France. Son culte est partout et à toQ(Le beiire } ses images sont sur Les routes /et sur les ponti ; duftfles villes, à eba^fue^earrefour ; 4w9 les cksifoot^pê , ay x^hevet du lit, avec un petit rideau....... L'Italie eUt bien son royaume ici-bas. C^at

Ja Madope qu on intercède dan^ la douleur î ^ est en^ core elle qu'on invoqua dans la )oi0* Tel est son crédit, ^e sact^ cesse il eat question d'elle , et que Ja SaJAte* Trinité eu paraît quelquefois négligée. Â Bologne;, j'allai entendre un prédicateur : il n'était poijirt eo chaire ; il débitai,t son sermon en ae promenant ;ivec vébémence le long du maitre^^uteil. ^'ai regretté de n'avoir pas compté comb^n de foi^ il prononça le mot Santa-ifariaj le nombre tro^ cents ^'est point assez. A Florence, j'allais habituellement, au café du pont de la Tiinité. J'y ai vu des femmes faire le signe de la

(i) Lettres Persanes, 56/

388 LE CAHIEH Z>£ CROQUIS.

croix en prenant un sorbet: une Madone est au-dessu» du comptoir de ce café.

. — A Rome, sur les murs des églises^-sousles portiques des palais , dans les boutiques , jusque dans les cabarets, presque à chaque coin de rue ,'on remarque ces .mots tracés en gros caractères : Iddio ci yedcy e/er/u/À/ (Dieu nous Voit, éternité I.) Ne dirait-on pas qu'un peuple qui ne peut faire un pas sans penser que Dieu le regarde, et sans être constatnthent ramené à ridée de son néant parcelle de Téternité, doit être le peuple le- mieux faisant de la terre ? Et pourtant , Dieu qui Toit tout sait à quoi s'en tenir.

. —-La déYOtion italienne, non éclairée par le flambeau

de la raison , est toute en pratiqi^e extérieure , et pour

ainsi dire matérielle. Les Italiens fdjnt comme ces enfàns

qui d'un livre ne regardent que les images 1 Au fait, on

ne veut pas que leur attention aille au-delà. Aussi que

d'abus , et pour trancher*le mot^ que de crimes ! On se

confesse, on est absous ,^ on est impuni; Le sacerdoce

fait la législation, c'est tout dire, ce Ils sont si dévots,

« dit Montesquieu , qu'ils sont à peine chrétiens (i). »

Ce grand publiciste a écrit une phrase hardie : « J'ose

« le dire : dans l'état présent où est l'Europe , il n'est

«pas possible que la religion catholique y subsiste

« cinq cents ans » (2).

(1) Lettres Persanes, 76.

(i) Ibid., le'ttre ii3.

— La charité des Italiens n'est pas mieux raisonnée que leur croyance, religieuse. Libérale sans discernement, elie nourrit moins le pauvre quelle n'entretient la pauvreté.

— ^ On voit.encore au Gapitôle et sur quelques édifices publics un écusson décoré des fameuses lettres S. P. Q. R. Senatus populusque Romanus, Âmère dérision ! Des malins (il y en a même à Rome) traduisent de ia sorte ees initiales : Semprè Preti Quï Regneranno ( toujours I«s prêtres .régneront ici).

— On compte à Rome trois acadéi^iies, celle de Saint-Luc,.t;onsacrée aux beaul-arts j celle des Arcades, contre laquelle on a tant fait d'épigrammes ; Taçadémie du Tibre, contre laquelle je n'en ferai point, et la raison en est au titre de ce livre.

— On sait; à Rome^ spéculer habilement sur le passé et l'avenir j car les antiquités y sont; objets de. négoce , et Ton y.trafique des promesses de la vie future; mais le présent, qu en sait-on faire ? « Chaqu'un, dit Mon- «taigne, y prend sa part de l'oisifveté ecclesiasti- » que (i), »

— Des mœurs , des habitudes, rapportées par des Toyageurs qui écrivaient il y a un demi-siècle, se retrouvent encore. les mêmes; à peijue ont-elles subi de légères modifications. Nous voyons Rome telle que nos

(j) yç^yage iP Italie ^ édit. pet. in-ia^de 1774» ^^^^ ^*

dgo L£ GAHiHH DB GA0QI7IS.

pèret Tant vue^ gothique et Hurannéè pàrtoitt en!i dlle s'est pas antique. Sl^ conrersanht areo des iRomaifis,

on 8*ëtODne d'un ^us, ils répondent t Cest l'usagé ; si l'on demande pourquoi telle chose n'est pas ItûSs/^ etk prstique , leur réponse est \ Ce n*est pas tusage. Le rê8{^Gt dé laÉige, bon en soi, n'est plus qu'un préjugé rfdlciile , alor^ qu'il »op^se A ré^idsfà^ éa WkitÈXé Quand tout marche skideurs^ tout ici deffietire stârf lôn* saûrçii et rester en pkèe^^ Iitfsque tout avaUêè , e'est comme rétrograder. On a déji dit qtte le goUTerUefiàettt ptfpdl p^end l'itïttmobiliié pour de là dignité.

^ On est frappé ièt de» dispdi'ateê le» plù^ ét^attgM. KotÉie a de quoi életei* l'auie^ et de ^ud* fbire rit^ de pitié. Si l'on fait trôiè dèntft lieues {>oUi' f tenir, on recule de trois siècles»

^^ Petite scène de tûoemtè i une mère et M fitle ont rêncootré daiis k rue tm grund moine Même , ddût la tournure hét^oelite me rappelait deim^-Bakile. Ëtlég lui ont baisé dévotement Ift tdhe et les maÎBé^ Le frà« card se laissait faire d'un air béat» Des lèvres de âèize ans sur la main sèche et noire d'un moine ... !

^ Que dkie du Romaltièë? Ett partes peu, pndur ne pas encourir i» repr^he d'indiserétloâ. J'ai dul â^é qu'elles s6nt fort ignmfMttes^ et l'on préteilrd pis eneoiie i k médisaucfe peut fiiiré papier àintl. Je mu

borne à assurer , parce que c'est un fait qui saute aux yeux , qu'elles soht généralement fôi't belles^ et d'ube

LE CARIER t)£ GROQVIS; Sgi

beauté sëvife qui rappelle les feinmef de l'ancienne Rome : Tanalogie die lears traits avec ceux des bustes antiques de femmes est , en effet*, digne de remarque. On admire surtout le cou et les épaules des Romaines. Des gens qui ne s'arrêtent pas à des jngemens super-

ficiels ont ose arancer que la beauté, chez elles , finit au buste. Un tel dire semble téméraire; et dénote une grande présomption : sui* un sujet si délicat il est bon de garder pour soi son opinion.

Que dire des Romains ? Dudos les a résumés en deux mots s lia sont ies hahitans de Rome,

— Sur la hauteur du Janicule est le couvent de Sam* OnoJHo (Saint-Onufre ) qui appartient h Tordre des Hléronymttes, Dans un coin obscur de la tris petite église de ee couTent ) sur une pierre sépulcrale sans ornemens, on lit ces simples âi^ts : Torquati Tassi û8$a Me faoenîm Ce monument plus que modeste recèje , egi ^ÊhX , la cendre du Tasse , mort à Saint- Oniifre , en iSgS, lot*squ'il allait enfin recevoir au C^pitole une palme trop tardive. On devait ad moins à ses mines un asile dans le Panthéon , auprès de Raphaël (i). Dans le* jardin du couvent est un vieux diéne, contemporain du chantre de la Jérusalem di* livrée y et ton assure que le pofeté allait volontiers s'y asseoir et méditer. Sans ce tombeau, si précieux dans sa

(i) Une êouicription a été ouverte récemment , i Rome» pôttT életef aa Tasse un monomefit plut digne de lot.

39^ '^ CA^^ER DE GBOQUfS.

fiUnpticité tuénf^e^ qiû SQjDi^erajt à troubler la. soUtudL". des-moines de Saint. Onufre ? M»s ils possèdent: la re-, lique d'un grand homme , et, leur couvent, tii^ dësorr mais de L'obseurité , devient le but d iin ^ péierioagei ol^ligépQur tout ami fervent des Muses;.

-^ Nqi^loin de la porte du Peuple , àcotë de la villa Borgbèsje , est une habîjtatioo modeste , ayee un petit oocloa^ cest le casip de Raphaël. Ce grand homme, aimait à s'y délasser de ses travaux^ il y ^ laisse d'agréables fantaisie» de son pinceau. Passionné pour les femmes, laquelle eût résisté à cet homme presque dir vin, en qui la nature s'était plu à réunir une beauté rare, un cœur tendre, un génie unique l Açissi Riiphaël abusait-il sing^lièrement du don d'aimer et de plaire. C'est à cette cause que l'on attribue»8a mort. S'étant ua )0ur livré, immqdéréng^nt aux plaisirs de l'amour, il fut saisi d'une fièvre violente. Les méde^ns, tronipés aur la cause du mal , ordonnèrent une' saignée qui apçrut Tépuisement , et le prince de la peinture expira le 7 avril 1 530. Si cette anecdote est ^raie , de coiubien de chefs-d'œuvre n'avons- nouB pas été privés par une erreur de la mécjlecin^ 1 Raphaël, n'avait que, trentesept ans.

— La villa Medicis , très agréablement située, au mont Pincio (l'antique ColUs hortuloruni)^ domine le quartier qui était jadis le Champ-de-Mars. Elle fut construite au seizième siècle. On aw dit, mai» sans

LE CAHIER DE CROQUIS. SgS

preuve, que la décoration de la façade éuit due i^ MidieUAnge.

Tant que les ducs de Toscane furent en. possession dexette villa , on y voyait la Vénus et lé beau vase , tous deux célèbres sous le nom de Médicis, l'admirable tragédie en marbre de Niobé, le Mercure de Jean de Bologne, un grand nombre de statues. et de fragméns précieux. Elle fut cédée en 1 802 à la France, qui y transféra son école-des bèaux-arts. Le gouvernement y entretient cinq peintresd'histoire et un paysagiste,cinq sculpteurs, cinq architectes , deux graveurs en tailie-doucè , et deux musiciens* compositeurs. Le renouvellenient a lieu par cinquièmes, pour les peintres d'histoire , les Aculpteurs et les architectes; le paysagiste et les graveurs séjournent à Rome pendant quatre années j les musiciens n'y restent que deux ans. Tous ces pensionnaires sont soumis à des règlemens placés sous la sauvegarde d'un directeur nommé pour six ans. Le directeur actuel est M. Horaoe Yernet , dont la renommée est sanctionnée par les suffirages de l'Europe entière;

L'école des beaux-arts de Rome fut une pensée du peintre Le Brun 3 Colbert la proposa à Louis XIV, et l'institution eut lieu en 1666. Elle est devenue, dans ces derniers temps,' l'objet de vives attaques : on lui i*eproche le peu de progrès qu'elle' a fait faire aux arts du dessin 5 on va même jusqu'à, réclamer sa suppression ^ comme d'un luxe inutile. Je n'ai nulle envie de

39$ I^ CAHIER DE CSiOQVlS.

■n'engager dans une disousMon it oe«ujet j }t me borne à une seule remarque. Il suffit de parcourir, tiomme j*ai ët^ à portée de le faire, la liste nombreuse des artistes qui furent pensionnaires k Tacadémie de Rome, depttîJs sa fondation, pour se -convaincre que TéGole françaite lui a dû bonne pari de son illustration. Ce bel établissement , d'ailleurs , coûte à peine à TÉtat cait mille fr.ancs pur an j il honore ainsi à l>on marobié notre générosité nationale f et ne saurait donc , sous au^un rs^port, être regardé comme une superfâatioB l*éeUe, .

. Il y.,a sans doute. quelque chose d'irréfléchi dans ce a^te.av^qgle qui menace toutes les intitulions , dont plusieurs n'ont d'autre tort que d'être avw^enncs. CfErt^ il £aut b^tti*e les i^bus en mines ; mais pour les d^mce, il ne faut pas abolir sans choix tout' ce qui s'esl^ fait. Pourquoi oe dédain absolu des mutres de jios pèces 7 JNos gloires présentes ue sont-elt^^ pas tïià9 de V^ gioires passées? Lfk desti^ucfion , tOMJonrs trop facile, n-aiteste le plossonvent qme Ja haine ou l-impuis» sano6«<:

-r^ Lés viile de &one mécktnt leior ollébrité. ht^ vtUa Mbami possède une cRlpevbe'OolIficSîmi desculp'* lares antiques, digne encore d'hêtre attentif ement en-i ndttét'v n^e aiprès fes mnsrfee 4u Capitole et*da Vatiisqn. ID'aiittM» sefootretnarquer , sok pair de^tféeieuse» peintures^ soil par la Mrycture'du oa^în, ou par

LE CAHIER DE eROQUlft*^ 896

certaines disparitions locsies plus ou moins bien en* tendues. Mais , poui" la btiautë dés jflittiiis, il n'en est point qui remportent sur les ville Pamfitt et Bor^ ghèse. Ce n'est pas la symétrie classique de ce qu'on nomme les jardins fraiiç*is ^ ée n'est pé« non phis la nature étudiée des jardins anglais; ce sont dés jardins romains , tenant , comme ces derniers , le milieu entre le laissé-aller de la nature, et l'art qui souvent dépare en voulant corrigei'; mais oà Von tbic deé ruines réelles , où des eaux ^ures jattlissent, sans être économiquement distribuées, où enfin la verduue est éternelle. Ces cyprès, ces lauriers et ces lièges j ces pins maritimes, de îotm& »( Majestueuse, eci& lirbr^â^ toufours verts, ont^ à la vérité, quelque chose de bien sérieux ;* ces jardins sont habituellement dés«rts et même tristes ^ mais vient-on chercher à Rome ce qui est gai ; et la solitude n'à-t-ellé ^as aussi des charmes puissans? Austère villa Pamâli , \q pe saurw oublier mes promenades dans ton allée dé vient tthèttes , SOmb^e comme une nef antique ; toi surtout , je te regretterai , villa Borghèse, où je vins si souvent lire Ou rêver ; c'est sous tes oçibrages c^e je dî* adieu à cette Romfl que je quitte , et que je ne reirerrai p^ùt^étrè jâtnais.

Aux dernières dartés dont le ciel se colore.

Je te vois encore une fois , Solitaire villa 1 pour cette fois encore

Je puis méditer dans les bois.

Contre les feux du jour ib étaient mon asile ,

J'y fuyaU un monde imposteur , Et je Tenais souvent sous leur ombre tranquille

Reposer mes sens et mon cœur.

Je Tenais admirer , du haut de la colline ,

L^ splendeur du soleil couchant Qui sur la Tieille Rome et sa vaste ruine

Projetait un reflet mourant.

• Sur moi le chêne Tert et le pin dltalie

Balançaient leurs dômes épais ; J'aimais à contempler, dans ma mélancolie»

Les lauriers unis aux cyprès.

Mais j'errai quelquefois aTec indifiérenoe , .

Même sous des bois d'oraogers , Car ces. arbres si beaux n'étaient pas ceuj^ de France,

Leurs parfums étaient étrangers.

Je TOUS regretterai , silencieux bocages^

Bientôt Ta Tenir TOtre tour ; Je TOUS regretterai , même sous les ombrages

Témoins de mon premier amour.

Ainsi nous épuisons notre Tie incertaine En Tains regrets , en Tains désirs ;

L'aTenir est douteux , le présent compte à peine , Et ne Tant pas nos souT^nirs.

LE GiLHlER DE CROQUIS. 897

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