‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 9 sur 38 · LE PANTHÉON · texte numérisé non relu

LE PANTHÉON

gémissant sous des voûtes qui ODt répété les voi% de tan t de générations ; un humble moine , debout sur un chapiteau de colonne antique , et commentant , avec son éloquence vulgaire, la p^*oIe du Christ au milieu des ruines; certes un tel spectacle a de quoi confondre. Rome est essentiellement la ville des contrastes , à ehaque pas- ils n^ssenten foule.

' 11 en est un qui çhanne dans le Colysée; c'est celui de la verdure et des fleurs que la nature marie à ses décombres. Les plantes saxatttes qui y naissent sont fort variées ; il y ena qu'on ne rencontre guère ailleurs; elfes semblent appartenir à ces vieux murs , et FoiL dirait qu'elles ont pour eux de la pré« dilection. Un botaniste nbus devrait la Flore du Coljsée.

Rome est magnifique à voir du haut de ce monument : l'œil embrasse un majestueux ensemble d'édifices antiques et modernes.

Tout près est le Mont-Palatip , couvert des restes amoncelés du palais des Césars , de ce fameux palais doré qui n'a plus maintenant de forme appréciable. Sous le Palatin s'étend

FT LE COLYSÉE. inn

le Forum , témoin de la naissance, de la splendeur et de la décadence de la grande cité , pour ainsi dire , son berceau et sa tombe. Cà et là surgissent les thermes de Titus, d'Antonin, de Dioclétien, et partout, au loin', des temples , des arcs de triomphe, des aqueducs, dominant encore, quoique à demi écroulés, les palais des nouveaux Romains.

Borna qiianta fuit ipsa ruina docet.

Mais si les anciens monumens de Rome attestent sa puissance d'autrefois, leur. vue imposante fait faire un pénible retour sur Tétat actuel d'une nation dégénérée, pour qui les glorieux souvenirs du passé sont la honte du

présent.

Rome, Rome D*est plus ce qu'elle était jadis (x). Dès loDg-temps empereurs et dieux sont abolis. Dans un même néant majestés confondues.

Rome n'a plus, hélas! qu'un peuple de statues. Du Forum dégradé les sombres monumens Subissent chaque jour un outrage du temps.

Le Tibre coule encor ; mais, sur les bords du Tibre Dans une foule esclave on cherche un homme libre* Cette foule , ou Tappelle, eu de justes dédains,

(x) • Roma^ Roma non e piu corne era prima. *

DiCTOK »«s TaAiTflTiTSRiirs.

178 LE PANTHÉOIV ET LK COLYSEE.

Lu ballitftns de Rome, et non p4s |es Ram%m$!...

Ah! du moins, les beanx-arts, ainsi que la victoire Qnt aussi designers, donnent aussi la gloire: Lasse d'an glaive osé, la cité des Césars Avait su réebanger pour le sceptre des arts; Ce scqptre échappe encore k 9a nniin trop, débile. Dans le Tasse, un moment, on retrouva Virale; Michel-4nge , AriQste , et Dante , et Raphaël , Météores brillans dans l'azinr d*un beau ciel» Dissipèrent la nuit qui couvrait FAusonie:

Comme un rapide éclair a passé leur génie ; Il a fui sans retour un sol déshérité; La gloire ne peut vivre où meurt la liberté (x)...

J'ai peine à quitter le Colysée. C'est au déclin du jour qu'il faut s'y rendre; c'est surtout pendant la nuit, quand brille ta lune, astre des ruines : sa clarté mélancolique, et les fortes ombres qui se prononcent dans les anfractuosités des murs , donnept une indicible majesté à l'un des plus vastes monumens que les hommes aient laissés sur la terre..

(i) Épttre médite j à M. le baron Guéris ^ fsembre de l'Institut.

liB GO^VB DE NEFLES.

* lo otia natam

VarltbcQopeD.

OviD. Sfetam. Lib. XV. Partiiënope naquit aa sein de l'indoleiice.

Dans ces rapides jours où l'ame vierge encore.

Impatiente dn repos, Embrasse aTidement tout plaisir qu'elle ignore ,

Et dans Tardeur qui la dévore,

jL travers les monta ou les flots Appelle des destins et des climats nouveaux

Souvent je rêvai Tltalie.

Dm» les songes dorés du matin de ma vie , La cité des Césars, celle des Médicis, Apparaissaient à me$ regards surpris ;

Mon illusion vagabonde Se complaisait à voir sortantdu sein de Tonde L'étonnante Venise et ses palais flottans:

Naples surtout, son éternel printemps, De ses bords encbanfés la pompe orientale, Son beau golfe , paré d'une grâce idéale.

Je ne saia^^uei attrait d'amour et de bonheur. Flattaient mes sens, intéressaient mon cœur.

Le» voilà donc ces rivages fortunés ! Enfin je vois cette Parthénope favorite de la nature!

l8o LE GOLFE DE jXAPLFS.

Ce n'est' plus un vain rêve de mon imagination , e^ la réalité vaiit presque mes e^érances.

Monté sur une barque légère, dont un frais zéphyr enfle la voile, je suis mollement bercé sur les flots du golfe napolitain.

La vue de la mer m'a toujours transporté d'aise et d'admiration : quel mortel peut rester froid devant cet imposant spectacle ! Dans son calme comme dans ses fureurs » la mer offre à nos faibles regards une image de l'immensité, et à notre ame un emblème de la puissance divine. J'aime le destin aventureux du navigateur ; je me plais dans l'émotion que donne la vague bondissante qui soulève et abaisse à son gré mon esquif. Que de fois, assis sur une grève isolée , l'œil fixé sur le flot qui venait mourir à mes pieds, ou suivant au loin les hardis vaisseaux , j'ai doucement oublié les heures dans de molles rêveries! Ici c'est encore la mer, et c'est la mer Tyrrhénienne , célébrée autrefois par les poètes de Rome. Salut, tranquille océan , toi qui baignés avec amour le plus magnifique pays du monde !

LE COLFE D£ l^APLEfi. l8i

' C'est surtout de la mer qu'il faut voir Naples , car l*aspect extérieur de cette ville est encore plus singulier que l'intérieur même :

c'est vers le milieu du golfe que l'œil embrasse un ensemble d'objets dont on ne peut , du rivage, se figurer qu'imparfaitement Teffet général. Quelle nature à 1% fois riante et porïipeuse! Que de contrastes frappans, et eu même temps que d'harmonie dans ce tableau !

Qui peut avoir vu , senti cela , et dire qu'il n'a pas goûté un Instant de bonheur? Ah! c'est plus que du plaisir qu'on éprouvera naviguer le matin sur cette mer paisible qui étincelle des feux du soleil , à savourer la fraîcheur balsamique de lair , à contempler ce ciel où flottent de légers nuages pourprés sur un fond d'un si bel azur , à s'emparer à la fois de tous les charmes d'une nature privilégiée. Oui, c*èst bien à tort que l'Italien exagérateur a dit : Veder Napoli^ e poi morire; disons, disons plutôt : Foir Naples et vwre. A Naples, en effet, l'homme ingrat que fatiguait son exis-» tence, s'y rattache, et y découvre des attraits jusqu'alors méconnus; il semble qu'il reprenne

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des sentiment plus caliaes avec Tair suave qu'il respire ; malgré des espérances trop souvent déçues, presque en dépit de lui-même^ il ressaisit encore d'anciennes illusions qu'il croyait écihappées pour toujours. Telle est la salutaire influence du climat napolitain; elle agit d'une manière indicible sur nos sens^ imprime une diversion favorable au cours de t)os idées , nous modifie à notre insu , et ce n'e^t pas un médiocre bienfait de cette admi«rable nature , de nous réconcilier avec notre propre cœur.

• Heureux poète, 6 Casimir! II t'appartenait de célébrer dignement les souvenirs et les tner^ veilles de l'Italie : tu sentis se féconder fou imagination au tombeau de Virgile, où ta main pieuse a redressé l'immortel laurier; dans l'antre de l'antique sibylle de Cumes, tes vers se mirent facilement à la hauteur de ses inspirations ; l'harmonie de ta lyre fut d'ac*^ cord avec cette mélodieuse contrée. Moi , dont le seul avatitage fut d'habiter en même temps que toi la délicieuse Parthénope, et de com* prendre ce que tu sus exprimer, sa je dois re-

hE GOLF£ DE BrA.PLSS. l83

fioncer à peindre poétiquement ee qui m'en* chante ^ ne puis-je essayer d'en tracer l'iroparlaite esquive? je donnerai, pour ainsi dire»

la carte du pays dont le peintre nous offrit ielableaii revêtu des couleurs de la nature (i).

Je suis au milieu du golfe. Bateliers, détendiez cette voile latine ; ne vous courbez plus sur vos rames; laissez la barque voguer à l'a* yenture ; donnez au repos que vous aimez les in^taOs que je vais consacrer à la contempla- .tion de Tbârizon qui m'entoure.

Devant moi , au centre du bassin , s'étale tout entière la va^te cité , répapdue en amphi* théâtre sur de verdoyantes collines* Les mai-

(i) J'étais à Naples et à Rome, lorsque M. Casimir Deinvigne visitait ces villes renommées , etTuti de mes plus doux souvenirs dltalie est d'y avoir vu cet aimable poète, en qui Ton se plaît à reconnaître

L'accord d*un beau talent et d'un beau caractère.

A Naples 9 M. Delavigne a planté de sa main un jeune laurier sur le tombeau de Virgile : cet arbre croîtra respecté de tous les voyageurs français. L'auteur des Messe" /u>7z/z£f a noblement réalisé le^ espérances que son voyage en Italie avait fait naître chez tous les vrais amis des Muses.

l84 LE G0LFJ2 UE HAPLES.

sons 9 au lieu de ces toits monotones dont no^ climats septentrionaux font une nécessité, 6e terminant psir des terrasses, où Taloës, le myrte, le jasmin, le citronnier, confondent leur verdure et leurs parfums. Là se réunissent le soir les familles, pour respirer la fraîcheur dé la nuit, si douce après la chaleur accablante du jour ; là , quand la brise de mer vient ré* gner sur la plage, quand la terre envoie aux aii^ embaumés les émanations de mille fleurs, les Napolitains vont écouter , en prenant des sorbets, les sons de la guitare et du tambour de basque qui accompagnent la voluptueuse tarentèle (l); ils savourent alors dans sa plénitude cette contemplation indéterminée, ce bonheur négatif, pour eux si réel, qu'ils nomment avec délice leur benedetto farniente. La ville de Naples, couronnée de jardins^

(i) Danse du pays, qu^ilne faut pas confondre avec la tarentule, La tarentule est une espèce d*araignée, fort commune dans la Pouille, et particulièrement à Tarente. Sa morsure venimeuse produit , dit-on , un mal appelé tarentisme , qui ne se guérit qu'à l'aide de la musique et de la danse. C'est là une de ces traditions populaires dont le temps et la raison fouf justice.

LE GOLF£ DE IfAPLES. «85

présente à.l^traoger un spectacle neuf dont rien encore en Italie n'a pu lui donner l'idée. Rome y en effet , Florence, et lès autres villes, ont leur caractère propre , absolument distinct. Le style même de l'architecture, déjà moins pur à Naples , et d'une autre manière , contribue , avec le ton local de la verdure et du sol 9 à dénoter un état intermédiaire. On reconnaît , en un mot, qu'on est aux lieux où finit l'Europe , et qu'on touche aux limites de rOrient. Aussi la vue de Naples a-t-etle été souvent comparée à celle de Constantinople , et, entre ces deux sites admirables, plus d'un voyageur a préféré le golfe napolitain aux riyfes même du Bosphore.

Parmi les innombrables édifices qui pyramident les uns sur les autres, se distinguent les égliiàes, généralement plus singulières que belles^ sans en excepter celle que le nom et les miracles annuels de saint Janvier ont rendue si célèbre. Le tout est dominé par le château royal de Capo-di-monte , par le fort Saint- Érme (i), et par la magnifique chartreuse dé

i(i)Le$ voyageurs s'accordent à donner à celle cita-'

]86 tE GOtiFfi DE Jr AILLES.

Saint-Martin, où l'on trouve un étonnant ^itit de vue, contiu sous le nom de Minztodos. De cette hauteur si maintenant Fœil s'abaisse, il rencontre le port, la plate^forme du Mole, et les tours menaçantes du Château* Neuf; puis , se détouriiant à gauche , il glisse sur le palaii du roi et sur le fameux théâtre de Saint-Charles^ il suit le quai populeux de Sainte-Luciè , que terminé le château de rOEuf, erre sur la belle plage de Chiaja^^ et s'àrrèie avec complaisance sur la ^itta-Realé. Cette promenade publique , plantée immédiatement au bord de la mer, et peut-être, à cause de sa position unique, la plus délicieuse qu'il y ait en Europe, est surmontée par la colline du Fometù^ parsemée de casino aussi élégatis que pittoresques.

LeYômerô, eii se prolongeant^ s'unit au mont Pausiiype. Li se conceùtrent mes regards , là est un tombeau , lé tombeau de Vir-* gile ! . . . Lorsque j'y fis mon premier péleri-

delle la dénomination de château Saint-Elme; c*esl une erreur ; les Napolitains rappellent U Castello Sant'^ Ermo f 4îvainuiï( de Saut* Brasmo (Saim Ërasme ).

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