CIVITA CASTELLANA
Il CI- son culte, si à l'aide de son secours il parvenait à s'emparer de la ville et à la détruire de fond en comble. Sa dévotion ne se borna pas à cette déesse ; il crut aussi devoir se rendre favorable le dieu (le Pythie en lui promettant la dixième partie du butin. Ayant obtenu la victoire, il s'acquitta de son vœu, en choisissant dans son armée des jeunes gens qui, après s'être purifiés et revêtus d'habits blancs, devaient transporter à Rome l'image de la déesse. Le dictateur lui fit bâtir, sur le mont Aventin, un temple magnifique qu'il lui dédia sous le nom de Mafri Matutœ ; il fit ensuite porter un décret qui accordait au peuple romain sept arpents (*) de terre sur le territoire des Véïens. Dans le partage il exigea qu'on eut égard au nombre des personnes qui composaient chaque famille. Cette décision fut prise pour que le peuple put recueillir plus facilement les dépouilles de la nation vaincue. (**)
Les Véïens avaient vaillamment repoussé le joug des Romains pendant plus detrois siècles; ils ne leur faisaient jamais une guerre ouverte, et cette tactique fut longtemps leur salut. Lorsqu'ils voyaient approcher ces légions redoutables de l'ennemi, qui tirait toute sa force de sa discipline et de la science des combats, se sentant alors trop faibles pour se mesurer avec lui sur le champ de bataille, ils se débandaient par lignes, pour se replier aussitôt sur la ville ; mais une fois que les Romains avaient repris le chemin de Rome, les terribles fourrageurs de Véïes sortaient plus acharnés de leur retraite et se répandaient sur le territoire ennemi, pillant et ravageant tout ce qu'ils trouvaient sous la main, et ne revenant qu'après avoir fait un immense butin, ou lorsqu'ils se voyaient de nouveau poursuivis.
Aujourd'hui encore les habitants de cette contrée, fiers de la bravoure de leurs ancêtres, montrent près du pont, sou.-^ loque!
(*) L'arponI ôtail la mesure de surface chez les ancieu.s ; il avait iîiO pieds (le lonj^çsiir HO de large, ou 128, SOO pieds carri>s. (**) Tile-M\e, liv. V.
38 SOUVENIRS DITALIE.
coule la Cremera, appelée vulgairement, il fosso di Formello, la place où les trois cents Fabius perdirent la vie en un seul jour, et furent les glorieuses victimes de l'amour héroïque qu'ils portaient à leur patrie. (*)
La situation de Civita Castellana semblerait justifier l'opinion de ceux qui la croient être l'antique Yéïes que Tite-Live désigne comme entourée de bons murs, et défendue par sa position même. (**)En effet, la ville moderne est adossée d'un côté contre une montagne escarpée, tandis que les autres sont défendus par les rivières, comme par autant de remparts ; on conçoit qu'une ville ainsi fortifiée par l'art et par la nature, est capable de soutenir un siégo de longue durée. (***)
Néanmoins d'autres auteurs pensent avec plus de fondement que la capitale des Véïens répond au bourg d'Isola, ou à celui de Martheniano, ou de Pontiana, et ceux-ci retrou^ent dans Civita Castellana l'antique Fescennia, ville principale des Falisques.
Si cette conjecture est meilleure, Civita Castellana n'en brille pas moins d'une immense gloire: les Falisques aussi furent pour les Romains des ennemis acharnés et redoutables. Ils durent cependant reconnaître la générosité du peuple-roi, lorsque le dictateur Camillus leur renvoya leurs enfants, qu'un maître d'école lui avait livrés par trahison.
(*) Métastase dit nel catone :
E di cremera e l'acquc, Di saiigue, di sudore baj^iiali c liiili. Trecenti Fahii in suoi f^ioriio estiiili.
■> Et les eaux de la (Iremcra rougies par le sang el goniléos onl vu mourir en un seul jour trois cents Fabius.
(**) l rbs valida inuris ac situ i(tso niunila.
(***) Le lerriloire de Véïes ne rappmiail qu'un vin fort médiocre, Marliai en parle ainsi : (l^il). 1 Kp. H'ô.)
Vejentani liibilur ('(cx crassa rubelli.
« On biiil 1.1 lie «lu vin des Véies, dont la couleur est rougeàlre. »
VF.HS FESCKN.MNS. 39
Ce fut à Fescennia qu'on chanta d'abord les \eis nuptiaux ou cpithalamcs ; on y intioduisait des gens de la campagne qui se disaient alternativement et en badinant des insultes parfois assez piquantes ; ces poésies se récitaient non seulement aux noces, mais assez souvent aussi aux festins et dans certaines réunions où présidait la gaieté. Comme elles donnaient beau jeu à des hommes qui ne se piquaient pas de modestie ou de politesse de style, on appela dans la suite Fescennina carmina ou versFescennins, les vers où la pudeur n'était aucunement respectée. Ces poésies eurent une si grande vogue qu'Octavien Auguste même ne dédaigna pas d'en composer. Voici comment Horace en décrit l'origine :
Agricoles prisci fortes, parvoque beati, Condita post frumenta levantes tempore festo Corpus et ipsum animum spe finis dura ferentem, Cum sociis operum et pueris et conjuge fida, Tellurem porco, Silvanum lacté piabant. Floribus et vino genium, memores b^e^ is aevi ; Fescennina per hune inventa licentia morem, Versibus alteinis opprobria rustica fudit, Libertasque récurrentes accepta per an nos Lusit amabiliter. (*)
« Robustes et sobres, nos premiers laboureurs, quand la moisson était rentrée, profitaient des jours de fêtes pour se délasser le corps et l'esprit des peines qu'ils avaient supportées, dans l'espérance de les voir finir. Alors réunis avec les compagnons de leurs travaux, leurs enfants et leurs épouses fidèles, ils immolaient un porc à la terre^ faisant à Silvain des libations de lait, et couronnés de fleurs, ils versaient le vin en l'honneur du génie tutélaire qui nous rappelle la brièveté de la vie. Dans ces fêtes naquit la libre gaité des
(*) Epist. 1, lib. 11. V. 159- lis.
40 SOUVENIRS DITÂLIE.
vers Fescennins, dialogues plaisants, où ces poètes rustiques se disaient tour-à-tour de grossières vérités. Cette liberté qui se renouvelait chaque année, ne fut d'abord qu'un agréable amusement. 1'
Le palais, que le Pape Alexandre VI fit construire dans cette ville, a perdu tout son éclat ; il ressemble à un château fort, dont les murs, très épais, sont construits de pierres blanches très dures, mais qui ne résistent pas aux fortes gelées. Cette forteresse sert aujourd'hui de prison.
Nous eûmes l'occasion de descendre dans ce triste séjour où le crime expie par de cuisants remords les maux qu'il a faits à la société. C'était l'heure de la rentrée ; une foule de ces êtres misérables défilaient devant nous. Quelques-uns des détenus, selon la gravité de leur peine, portent aux pieds un anneau de fer, auquel sont attachées de lourdes chaînes, lorsqu'ils vont travailler en ville, où ils sont occupés soit aux fortifications, soit aux monuments publics. Quelques-uns cependant exercent encore leur profession, tel que le tailleur et le cordonnier ; leur gain se partage en trois parties égales ; la première re^■ient au gouvernement ; la seconde est laissée à leur disposition, et la troisième est mise en dépôt, pour leur être rendue, quand le temps de leur peine est expiré. Par cette sage disposition, le gouvernement pourvoit à leur avenir, et prévient les crimes qu'ils pourraient commettre de nouveau, si au jour de leur élargissement ils venaient à se trouver dans la misère et le dénuement de toutes les choses nécessaires à la vie. Pour ce qui regarde la nourriture, ils reçoivent, les jours gras, de la viande, les autres jours ils mangent des fèves, des pommes de terre, ou des légumes assaisonnés d'huile. Une administration si attentive aux besoins temporels des prisonniers n'oublie pas leurs besoins spirituels. Chaque prison a ses chapelains, qui nuit et jour sont là pour consoler, encourager et guérir leurs àmcs. Tous les matins des prières en commun, suivies du sacrifice de la messe, rappellent aux condamnés le prix de leur âme, la grandeur de leurs