I.i: SAI.M SIKCK. LKS SCIENCES ET LES BEVLX-AUTS
L un (les homnios les plus remarquables de ce siècle fut sans conliedif licnoît XIV (*) qui avait cultivé avec succès les lettres avant (le monter sur le trône pontifical; il les protégea dès qu'il eut ceint la tiare. Il fonda des académies à Rome, donna des subsides à celle de Bologne, honora de ses lettres divers savants, les encouragea, les récompensa et enrichit le Vatican de la précieuse collection du cardinal Ottoboni. de la bibliothèque Capponi et de plusieurs autres trésors littéraires.
Clément XIV (**) aimait les arts et les lettres et les protégea libéralement : le musée Clémentin. commencé au Vatican par Clément XIII, fut continué par lui avec magnificence. La littérature italienne prit alors un essor inattendu. L'académie des Arcades se montra avec éclatet réunit les plus illustres savants de cette époque.
Tel était l'éiat des belles lettres au moment de l'avènement de Pie VI, (***) dont le règne vint jeter un dernier rayon de gloire sur cette brillante époque. Partout alors , en Italie , on entendait vibrer la lyre. C'était à Rome que se rencontraient parfois AlFieri, Monti, Visconti, le savant cardinal Gerdil et l'infatigable biographe Sorassi, noms illustres et pleins de souvenirs.
Parmi tous ces génies, arrêtons nos regards sur celui qui dirigea cette société brillante, sur le courageux pontife que le monde entier révère. Sous son règne, les places et les monuments de Rome reçoivent des embellissements nouveaux ; l'antique obélisque solaire s'érige devant le palais de Monte Citorio : l'obélisque des jardins de Salluste, qui depuis quarante ans gisait dans un coin de la place de samt-Jean-de-Latran, se relève tout-à-coup au haut du magnifique escalier de la Trinité du Mon^- le musée du Vatican sagran-
(*) De Bolop;ne, élu on 1710, otrupa le In'tno pontifical pendant près (le dix-huil ans.
(*") Né à Sanl-Angelo-in-Vado. en Italie, iionnné en ITfiO, il tint le Saint Siéjîo plus de einq ans.
(***) Il naquit ;H ésène; noniniéen I775.il gouverna l'Eglise pendant vinL:l-f|iialre ans.
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dit avec une somptuosité royale et Pie VI l'enrichit de plus de deux mille statues.
Le célèbre Cano\'a fut noblement encouragé par cet incomparable pontife. Le premier ouvrage du grand artiste fut le tombeau de Clément XIV, qu'on admire aux saints Apôtres : Tartiste avait alors vingt-cinq ans. Le second fut celui de Clément XIII. à saint Pierre, avec ses lions superbes qui révélèrent, chez le jeune sculpteur, une étendue de pensée dont l'élévation pouvait aller quelquefois jusqu'au sublime. Ce tombeau fut livré à l'admiration publique, le mercredisaint de Tannée 1795 ; une foule immense était accourue pour les offices de la semaine sainte et la grande croix de feu illuminait la Basilique. Or, lorsqu'on vit tout-à-coup ces lions d'une attitude si grandiose et ce pontife à genoux, si pieux et si saint, ce ne fut pas le nom de Canova que l'on répéta, ce furent ceux de Sansovino et de Michel-Ange.
Les dernières années du dix-huitième siècle furent les plus calamiteuses. Quand Pie VII (*) retourna en triomphe à Rome, nous voyons aussitôt noblement encouragés les arts et les lettres , comme dans toute l'histoire de Rome chrétienne. Ici ce sont des écoles de clinique, des salles d'opérations , remaniuables entre toutes celles de lEurope , qui s ouvrent à la voix de Pie VII. Là ce sont de vastes appartements au Capitole, qui sont consacrés, par le pontife, à recevoir les bustes de tous les hommes célèbres de l'Italie. Des écoles du soir sont fondées pour les ouvriers et les enfants et un nouveau musée est établi au Vatican avec cette splendeur que les Papes savent toujours apporter à tout ce qui peut activer le travail et l'intelligence.
Lenomde Léon XII (**),cepontifeà In xolonic si foi le et si féconde.
(*)ll \il le jour à (;»\si'-iic; clii en I.SO(),il oc(ii|)a le Iroiic ponliliial pendant vingt-trois ans.
(*♦) DeSpnlèlc, nnmiiip en I8'2:î,il lin( le Saiiil Siéneeinq ans qtiaire mois, treize jours.
LE SAINT SIÈGE, LES SCIENCES ET LES BEAIX-AUTS. iijl
qui eu tant fait pour la religion ot pour Rome, si Dieu lui eût prêté vie, demeura attaché à toutes les institutions de bienfaisance et d instruction publique de la ville éternelle. La générosité pontificale n'oublia pas la célèbre université de la Sapienza et une intelligente administration présida partout au développement de la science et de la charité. Léon XII enrichit la bibliothèque du Vatican des ouvrages d'art du comte Cicognara.
Nous arrivons maintenant au règne de Grégoire XVI (*). de cet humble et savant Camaldule qui dota Rome de nobles fondations^ parmi lesquelles nous remarquons le musée Grégorien, qui est le trésor le plus inappréciable du Vatican, car il révèle, à lui seul, toute une civilisation dont le secret était demeuré enfoui avec les siècles dans les nécropoles des cités étrusques. La décomerte de ces nécropoles, à Vulci, Cornetto. Bomazzo, Coere, est un des grands événements scientifiques de notre époque. Elles étaient remplies, non seulement de sarcophages, mais aussi d'une étonnante quantité de vases peints du plus beau travail, de statues représentées avec tout le luxe de vêtements des anciennes mœurs étrusques, de morceaux de plastique, de candélabres, d'armes, de bijoux d'or et d'argent , ouvrages d'une exquise délicatesse, tels que fibules boucles, colliers, agrafes, miroirs, et d'insignes des dignités civiles et militaires. Tout cela recouvrait ou entourait les cadavres qui conservaient, jusque dans la tombe, les pompes de la vie. Ce sont ces mille objets, ces mille souvenirs d'un temps oublié, que Grégoire XVI a rassemblés dans la partie du Vatican qui fut le palais de Pie IV.
Sous le règne glorieux de cet illustre pontife apparut un phénomène de science, le cardinal Mezzofanti (**), que Grégoire XVI
(*)Né à nollune, nommé en 1831, il occupa le trône pontilical pendant quin/c ans.
(*')11 naquit à Bologne le 19 septembre 1774 et mourut à Rome le 14 mars 1819, à la suite d'une longue et cruelle maladie, qu'il a supporté avec un courage admirable.
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sut apprécier et noblement encourager. Ce célèbre savant, l'admiration de l'univers, témoigna, dès sa plus tendre jeunesse, une intelligence prompte et vive, une prodigieuse mémoire et une si rare aptitude pour l'étude des langues que, sans être jamais sorti de sa ville natale, il était déjà, à l'àge de 25 ans, versé dans la connaissance de presque tous les idiomes, et, ce qui est plus étonnant, de presque tous les dialectes qu'il apprit dans la suite avec une si admirable perfection. C'est en soignant, au milieu des ambulances, les soldats des armées européennes, que se révéla chez lui la facilité surprenante dont il était doué pour parler toutes les langues. A peine s'était-il trouvé quelque temps avec un étranger, qu'il était en état de comprendre son idiome et de se faire entendre de lui.
L'Université de Bologne a droit d'être fièré de l'avoir eu pour professeur de langues : il y enseignait aux applaudissements universels et à l'admiration de tous les étrangers. La renommée de son immense et profond savoir, la connaissance chaque jour augmentée par un travail infatigable de toutes les langues anciennes et modernes, qu'il parlait avec une élégance et une pureté si extraordinaires, qu'on eût dit qu'il s'exprimait toujours dans son idiome maternel, déterminèrent le Pape Grégoire XVI à l'appeler à Rome et à lui ouvrir un champ plus vaste pour ses études favorites. Il s'y rendit et aussitôt il se mit à fréquenter le collège de la Propagande, cette institution vraiment catholique, qui fait tant d'honneur aux pontifesromains.il y trouva l'occasion de s'exercer dans un très-grand nombre de langues en con\ crsant avec les jeunes gens qui y sont amenés des contrées les |)lus lointaines et qui s'y élèvent dans le but de devenir les dignes jiropagateurs de l'Kvangile dans toute la terre.
Le Saint-Père, voulant récompenser Mezzofanti de ses talents éminents, le nomma premier conservateur de l.i bihliothèijite du Vatican et j)eu d'années après releva à l;i |iniirpri' romaine, le I :* février 1838.
LE SAINT SlI-lJi: . I.KS SCIKNCF.S ET LES liEM X-AIlTS. I.'i.l
Le cardinal Mezzofanti, nommé préfet de la sainte Congrégation pour la corredion dos livres de l'Eglise d Orient et président de 1 hôpital du Sauxeuv ad sancta sanctorum^ continua à rendre, avec toute la ferveur de sa piété, d'utiles services à la Religion et au Saint-Siège. Il demeura l'étonnement de tous les étrangers qui venaient de toutes les parties du monde et qui. en le visitant, le proclamaient le plus admirable et le plus savant des polyglottes. 11 parlait cinquante langues sans y comprendre les dialectes. Dans une visite que nous eûmes l'avantage de lui rendre, nous Tentendimes parler sept langues difTérentes. Il s'énonçait avec une grande facilité et même avec élégance dans notre langue maternelle, dont il connaissait les différents dialectes.
Plein d'affabilité et d'une humilité profonde, il se montra toujours, au milieu des hommages dont il était entouré, un modèle de simplicité et de modestie. On cite de lui cette réponse à S. S. Grégoire XVI. Le Pape en le présentant à un prince étranger, disait du vénérable cardinal : u C'est la Pentecôte vivante. ■> — ••A'^on, très saint Père, répondit 1 illustre savant, je ne suis qu'un vieux dictionnaire assez mal relié. )> (*)
La longue série des protecteurs des lettres et des arts est dignement close par Pie IX le Grand, aujourd hui glorieusement régnant, pontife si cher à tous les cœurs catholiques, savant distingué, homme plein de noblesse et de douceur. Il fut salué à son avènement au trône pontifical par les acclamations universelles. Grand amateur des beaux-arts, juste appréciateur des belles lettres, le monde savant reçoit de lui les plus nobles encouragements, tandis que notre sainte religion trouve en ce pontife un de ses plus courageurs défenseurs. Qu il vive, qu'il règne, toujours grand, toujours glorieux; qu'il triomphe de tous les obstacles ce Pape, que les ennemis même de la Foi ne peuvent s'empêcher de louer et d'admirer : le plus généreux des princes, le plus pieux des pontifes, vers qui
(*) \()ir rjiiii (te In lieli'giou, n. 'û'M .
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lEurope entière a tourne ses regards, que tant d'espérances saluent, qu'un immense amour environne! Que le nom de Pie le Grand, traversant les âges, soit salué par les acclamations et par l'amour de la postérité la plus reculée!...
Dans le cours de cette dissertation nous n'avons fait qu'indiquer sommairement les principaux encouragements que les Papes ont prodigués aux sciences, aux lettres et aux arts. Les limites de notre travail ne nous permettaient pas de nous étendre plus longuement sur ce sujet. Si nous avons pu démontrer que les souverains pontifes, quoique princes d'un petit territoire, ont fait plus pour les lettres et les arts que les monarques les plus puissants, notre but est amplement rempli.