‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 108 sur 134 · ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ORDRES RELIGIEUX

Toutes les institutions que la religion donna au monde et qu elle y maintient encore de son principe de vie ont eu l'insigne honneur d'être l'objet constant des calomnies et des attaques de l'impiété. Ce fut surtout aux seizième et dix-huitième siècles, siècles de passions haineuses, que l'ignorance et la mau%aise foi s'efforcèrent de nier les bienfaits de ces instituts et de dénigrer les services qu'ils avaient rendus.

C'est la polémique usée, suivie encore de nos jours par tous ceux qui ont besoin d'étouffer les cris dune conscience reveillée par le contact continuel avec des vertus héroïques, ornement principal des ordres religieux. La vie d'abnégation des couvents contraste avec l'orgueil du siècle : leurs mœurs pures sont la condamnation de limpudicité. le fléau lo plus cruel, la plaie la plus profonde de la société.

Mais rénumération des bienfaits si \ iolemment attaqués suffit pour défendre les cloîtres et détruire tout l'échafaudage de ces calomnies si péniblement élevé.

Pour nous en convaincre ouvrons avec impartialité les annales de tous les peuples, sachons y lire sans prévention comment les ordres religieux, en portant le llambeau de la foi à la main, cixili-

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sèrent des pays immenses, plongés dans la plus profonde ignorance, dans rabrutissement le plus dégradant.

Et d'abord, l'homme le plus profondément sceptique pourrait-il nier combien les ordres religieux se sont toujours distingués dans les arts et les sciences? N'embrassèrent-ils pas dans leur amour pour les lettres toutes les branches de l'instruction? N'est ce pas parmi ces enfants du cloître que nous trouvons de savants chronologistes, de profonds philosophes, des historiens célèbres, d'ingénieux physiciens, de grands mathématiciens, des poètes heureusement inspirés, dont les ouvrages arrachent souvent à leurs détracteurs plus d'un cri d'admiration? Et si nous voulons y ajouter encore la plus belle science qu'il y ait peut-être au monde, où trouvera-t-on plus de ces hommes véritablement éloquents, de ces hommes dont la parole est toute puissante sur les cœurs de leurs auditeurs?

C est qu'à 1 ombre du sanctuaire et loin des troubles d'un monde corrompu qui font languir l'esprit, en même temps qu'ils dessèchent le cœur, les religieux^ excités au travail par un saint devoir, apprenaient dans le silence à connaître Ihomme par la connaissance d'eux-mêmes et se livraient, pour la gloire de Dieu, aux entreprises les plus courageuses et les plus susceptibles d'éclairer le monde. Les philosophes les plus célèbres de la Grèce payenne avaient conçu l'idée d'un état où l'on put vivre en paix ; mais leurs théories parurent ioujours de vaines spéculations, parce qu'elles n'avaient pas reçu leur sanction du grand Dieu, qui seul est le principe de Tordre. On croyait donc leurs pensées stériles, lorsipiau commencement du sixième siècle un législateur nouveau s annonça. Dans la petite ville de Subiaco, ce législateur forma une petite réunion d'hommes qu'il lia entre eux par les conseils que le divin Maître flonne dans l'Evangile. 11 assit la base de ses lois sur la pauv^eté volontaire, sur la chasteté perpétuelle et sur une obéissance aveugle. Cet homme sa|)pelait Bcnnil.L'arbiistc^ qu'il avait |)lanté dans le rliamp du Seigneur, si faible (luil l'iit à .sa Mai.ssaiice. ne (arda pa.s à .se {'(tiiilier et bientôt il eleiidil ses rameau \ Iniillns sur lonlela lerie

OKUnilS UKI.IGIKLX. IM

Tous les membres de cette nouvelle société, présentant dans leurs mœurs le beau spectacle de la vie des anges, édifiaient les personnes qui les approchaient par un heureux accord de toutes les vertus. Cest surtout à l'ordre de saint Benoît et à toutes les congrégations, qu'on comprend sous le nom de contemplatives, que la mauvaise foi a adressé les reproches d'inutilité et de fainéantise avec lesquels on parvient si facilement à duper les ignorants et les sots, dont le nombre s'est accru de nos joui'S dans des proportions vraiment effrayantes. Rétablissons les faits dans leur vérité historique. La sainte Eglise, guidée par la sagesse' qu'elle tient de son divin Epoux, a approuvé tous les ordres et les a toujours encouragés, parce qu'elle a fort bien compris que ces institutions ne peuvent que l'aider à étendre la Foi et le bonheur. Et en effet, qu'on nous permette d'avoir recours à ce moyen de défense, ne sont-ce pas les âmes privilégiées qui peuplent les cloîtres qui, levant au ciel leurs mains pures, désarment par leurs prières et leurs supplications le bras vengeur d'un Dieu que nos iniquités sans fin provoquent sans cesse à la vengeance ? Tranchons le mot : que de nouvelles Sodomes auraient peut-être été englouties sous des pluies enflammées de la colère céleste, si la présence de dix justes navait arrêté leur condamnation? Mais peut-être les esprits prévenus ne goûteront pas un argument qui par sa solidité milite fort en faveur des ordres monastiques? Appelons donc l'histoire à notre secours ; elle nous démontrera ce que les religieux ont fait pour la société: elle nous fera voir les enfants de saint Benoit cultivant la terre à la sueur de leurs fronts, desséchant les marais, défrichant les landes stériles, fertilisant nos coteaux, convertissant les forêts en gras paturi^ges et excitant par leur exemple les populations agricoles, à faire fructifier la terre. Par leur influence on vit les lieux les plus sauvages, les plus affreuses retraites de bêtes fau^"es se changer à force de travail en campagnes riantes. Qu'a-t-on objecté aux couvents lorsque plus tard ils jouissaient en paix du fruit de leui hiboiu'? On les accus(M|(> \'\\\r dans uur sainte insouciance (^t i]r

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mener une vie oisive, mots pleins d'envie par lesquels on a pallié linjustice quon fait aux religieux, tandis qu'on accorde à la lie de la société de vivre dans une juste jouissance de ses biens. Lorsque les Bénédictins se renfermaient ensuite dans leurs cellules, ils sacrifiaient tout le temps, qui leur restait après la prière, à compiler et à transcrire de vieux manuscrits et à conserver par un patient travail les chefs-d'œuvre de l'antiquité que la barbare ignorance se plaisait à dérober aux siècles à venir, Virgile, Cicéron ne sont parvenus jusqu'à nous que grâce à ces moines si décriés ! C'est par les beautés que ces auteurs renferment, que nous comprenons le prix de leurs ouvrages. La possession de ces œuvres excite en nous le juste regret d'autres ouvrages qui ne nous sont plus connus que par leur nom. 0 vous, qui attachez du prix aux beautés de la littérature ancienne, levez-vo'us pour défendre, contre la stupide ignorance, les moines vos bienfaiteurs : vengez cette dénomination plus stupide encore d'êtres inutiles ; et vous calomniateurs impudents, qui avez acquis par l'étude des anciens un nom dans le monde littéraire, songez que vous devez ce nom aux religieux, que ces douces heures que vous passez à savouier les beautés des chefsd'œuvre de l'antiquité, vous en êtes redevables aux moines ; flétrissons encore ces minutieux commentateurs qui n'ont trouvé d'autre nom que celui de l'ignorance pour qualifier cette inadvertance dans la copie de longs textes où peut être notre propre ignorance do la langue latine, de la langue grecque nous fait voir des fautes qui, si réellement elles sont échappées au scribe diligent^ ne i)roiivent qu'une fois de plus la faiblesse de la nature humaine. Dans d'immenses bienfaits, c'est s'arrêter à de bien grandes minuties.

Telle était la vie austère et uniforme des enfants de saint Renoil que les laborieux Trappistes, glorieuse branche de cet ordre justement célèbre, mènent encore ; de nos jours ces hommes s'épuisani dans leurs saintes retraites par leurs pénitences, cultivent encore nos bruyères et l'expérience prouv(> tous les jours que leur tra\ail assidu nous profile plus que toutes les hautes spéculations et les son-

OltDRES UKI.I(;iF,l X. i'-VJ

ges creux de nos économistes modernes. Passer des champs à la prière, de la prière à létude ou à la transcription des manuscrits, civiliser par le flambeau de la doctrine évangélique les populations qui se pressaient autour de leurs couvents, les rendre bon fils, bons sujets, paisibles citoyens, voilà les titres que ces religieux ont eu au mépris de notre siècle ingrat.

Plus juste et en même temps plus véridique que nos beaux esprits, un écrivain protestant s'est déclaré l'apologiste des moines : «La plupart des religieux, dit-il, élevés aux dignités ecclésiastiques, avaient des connaissances, des talents et des vertus, dont il n'y a que peu d'exemples. Je ne saurais trop le répéter dans tous les bouleversements [lolitiques, quand l'empire romain croula tout entier, l'étude et la civilisation se réfugièrent dans les cloîtres et c est aux ordres religieux qu'on doit d'avoir défriché le champ des connaissances humaines, en même temps qu'ils défrichaient la plus grande partie du sol Européen. Ces deux faits, attestés par tous les monuments historiques, montrent évidemment que dans un état il faut qu'il y ait de ces corps indestructibles, qui lui donnent de la fixité, qui conservent le même esprit et restent toujours les mêmes lorsque tout s'altère et se métamorphose autour d'eux, qui entreprennent ces grands et utiles ouvrages, dont le premier auteur ne peut ajourner la fin qu'après plusieurs générations. Quel est le particulier qui se condamnera à entreprendre ce que ses petits fils et ses arrières-neveux pourront à peine finir? Une hérédité si longue ne se trouve que dans les congrégations. Là rien ne meurt, ni l'homme, ni les entreprises, ni les travaux qui se continuent sur le même plan. Les individus même n'y changent que par une succession graduelle et ce n'est que peu à peu que se renouvellent les collaborateurs. C'est là, enfin, c'est dans les congrégations qu'à l'exemple de la nature, tout se conserve sans vieillir et que tout se reproduit sans être jeune (*). »

i*) Fprr.'inrl, ospril do lliisloiro.

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Voilà un argument neuf, trouvé par un auteur protestant pour défendre les religieux.

Dans chaque couvent le voyageur était le bienvenu et on lui brisait le pain de la charité : n'avait-il pas d argent pour continuer sa route, il recevait l'aumône pour l'amour de Dieu, et souvent touché par la grâce il se soumettait à la règle et promettait de vivre, tout le cours de son existence, humble, chaste, pauvre, obéissant, laborieux, saint. Alors comme aujourd'hui se pressait autour des couvents une population d'artisans auxquels l'on donnait du travail, et auxquels on procurait tout ce dont 1 homme a besoin pour les nécessités de la vie. Parmi ces moines laborieux et savants, nous nous contenterons de citer les infatigables religieux de saint Maur (ils donnèrent une édition complète des Pères de l'Église en cent cinquante volumes in-folio), les Cénobites du mont Cassin, les Camaldules.les Solitaires de Vallombreuse et de Citoaux parmi lesquels brille comme un soleil de gloire le grand saint Bernard.

Ces moines se renfermaient dans les murs de leurs couvents, et le bien qu'ils prodiguaient ne brillait pas devant le monde -. les peuples avaient encore conservé une certaine ferveur, parce qu'ils n'étaient pas fortéloignés dutempsoii l'Evangile les avait régénérés.

Mais peu à peu 1 ennemi du genre humain commençait à semer l'ivraie dans leur cœur; le débordement des mœurs. Icsjjrit d orgueil étendaient leurs tristes ravages : les religieux pour y mettre une digue se firent missionnaires et le douzième siècle vit naître, presqu au même temps, deux ordres qui embrassèrent cette nouvelle carrière. Raviver la Foi dans les ùmes, rappeler parmi les homnjes la sainte chasteté, apaiser les querelles, terminer les discordes, faire voir la lumière de la véritable r.'liiiion aux nations plongées dans lesténèbn's delà mort, sceller IKvangile de leur sang ; xoilà la gloire (|ue se sont partagée les enfants de siiinl I)nniini(|ue et ceux de saint François.

Les frères prêcheurs debulereni p.u- l'oudinver les .\lbigeois

ORDRES REI.iGIEL'X. 441

puis se faisant un marche-pied de leur vaste science, ils montent dans los chaires des universités [)our répandre de là les lumières de la saine doctrine qu ils puisaient dans 1 étude et dans la méditation. Parmi les plus beaux ornements de cet ordre on compte Albert le Grand, ce colosse de savoir et maître de saint Thomas : saint Kaymond de Pcnnafort, successeur de saint Dominique et auteur des Décretales ; Sà'ml Thomas, \q docteur aïKjélique ; Visconti. depuis Grégoire X ; le cardinal Henri de Suzequi écrivit, la Somma aurea; le cardinal Hugues de saint Cher, qui fit la prcmioie concordance des Ecritures.

L'ordre séraphique ne compte pas moins de savants : Bonaventure, que l'Eglise honore comme saint et qui mérita le nom de doctenr séraphique , éclaire le monde par ses ouvrages profonds ; Alexandre Halès, (*) le docteur irréfragable, et Jean Duns Schot, le docteur subtil, sont encore des oracles dans les chaires de théologie ; Roger Bacon, le docteur admirable, né Tan 1214, étudia avec tant de succès les mathématiques, qu'au jugement du savant De Feller, sa gloire ne s'éclipse pas devant celle d'un Leibnitz et d'un Newton, surtout si l'on fait la part du siècle où il a vécu.

L'ordre de saint François était une institution dont l'Eglise n'avait pas encore eu de modèle. Ce paraissait être une entreprise téméraire que de donner pour base à une congrégation le renoncement absolu à toute espèce de possession temporelle. Le sacrifice était grand ; cependant grand nombre de victimes volontaires l'acceptèrent avec joie et jamais religion n'a compté plus d'hommes dans son sein. Sur cet arbre immense sest formé une belle branche, digne d'y avoir germé ; les Capucins, tout en conservant l'esprit des règles de saint François en ont encore restreint la pauvreté primiti\e.

Cependant l'Eglise, lorsque les tempêtes suscitées par l'hérésie

(*) Ce docteur olail Ani;lais. Pierre Galesinius en ddinie reloue suivant : crat Alexaiider Aleiisi.s jiiri.s-coiisii!tu.s sapienlissimiis, liietilojiiœ .scientia clarissimii.s. (ui vila saiioli Hoii.iveiiHira'.)

se furent calmées, veillait en paix sur son rocher, quand toutà-coup les vents du schisme recommencèrent à souffler plus fortement et amoncelèrent un orage d'autant plus terrible qu'il se levait sur trois points presque à la fois. L Eglise tourna les yeux vers le ciel ; elle pria son Epoux de la secourir ; et le Christ se préparait à la défendre ; au siège de Pampelune il dirige une balle qui fracasse la jambe d'un gentilhomme et l'étend sur un lit de douleur : sa grâce descendait dans le cœur du guerrier et bientôt elle en fit l'homme de ses desseins. Ce gentilhomme était Ignace de Loyola. Il reçut sa blessure le jour où Luther, ce moine ambitieux et rebelle, leva contre l'Eglise létendard de la révolte et sépara lAllemagne de lunité catholique en abandonnant le frein aux passions des princes et des particuliers. Le plan d'un nouvel ordre conçu dans la grotte de Manrèse ne demandait plus d'Ignace pour être réaliséque quelijues années d'études préparatoires et bientôt la Compagnie de Jésus n'était plus un rôve. Tout ce qu il y a\ait de |)lus élevé dans les sciences, tout ce qu'il y avait de plus héroïque dans le courage et de |)lus sublime dans la vertu, fut prescrit à ceuv ijui demandaient à être reçus. Il fallait toujours combattre les ennemis de l'Eglise aux avant-postes et monter le premier sur la brèche pour la défendre, «i Je les ai vus de près, a dit Lalande, c'était un peuple de héros. » (*) Et cependant ce fameux astronome prétendait ne pas croire à l'existence de Dieu et se déchuiiit lii réconciliable ermemi de l'Eglise et de ses ministres. Les armes des nouveaux athlètes étaient le glaive de la parole et de la science et le boucliei' des saintes mœurs. L'enfer frémit à la naissance de cet ordre et s'efForca de l'étouffer au berceau ; ses suppôts déclarèrent aux courageux enfants de saint Ignace une guerre à mort et voilà poiu'tpioi pas un seul ordre religieux n'a (Hé tant att.Kpié ; on les caloinnir sans les coniiiiitrc ; on les caloiMiiic parce (pinn les entend ciiloinnier, et Ion se cntit sage, comme si le cnnible de I InilitM ilile |)ou-

(') Ami. i'Iiil. tdiiio I.

(tiiuHEs ui:lh;ii:i x. i \:\

vait jamais paraître sagesse: grand savant, où sont les raisons quo vous avez de vous poser en ennemi dos Jésuites ? ou croyoz-vous faire preuve de courage en conib;itt;int des relii<ieu\ (jui ne vous re- [)OUSseront pas ! ah non, mais telle est la mode ! ! !

Nous n'entre] )rendrons pas de nommer tous les travaux littéraires et artistiques qui ont glorifié cette Société. L'impie d'Alend)ert lui-même n'a pu lui refuser le savoir ; <; ajoutons, dit-il, car il faut être juste, qu'aucune société religieuse, sans exception, ne peut se glorifier d'un aussi grand nombre d'hommes célèbres dans les sciences et dans les lettres. Il n'est presqu'aucune classe d'écrivains où elle ne compte des hommes d'un premier mérite. » (*) Nous aimons A enregistrer cet aveu, que la force de la vérité peut seule avoir arraché à un esprit fort ; ces quelques lignes écrites dans le calme des passions sont plus précieuses pour la Compagnie de Jésus, que les panégyriques les plus brillants de leurs admirateurs. Et en effet pour ne parler que d'un seul ouvrage conçu , entrepris, élaboré, continué par des Jésuites, où trouvera-t-on un répertoire aussi complet de toutes les sciences que les Acta sandorwn ? On i encontre dans cet important ouvrage, dit le savant Berger, des traits qui intéressent non seulement, l'histoire ecclésiastique, mais l'histoire civile, la chronologie, la géographie, le droit et les prétentions des souverains et des peuples. (**)

Lalande regrettait vivement la destruction de cette Société célèbre. <i Le nom de Jésuite, dit-il, intéresse mon cœur, mon esprit et ma reconnaissance. Cavalho et Choiseul ont détruit sans retour le plus bel ouvrage des hommes dont aucun établissement sublunaire n'approchera jamais, l'objet éternel de ma reconnaissance et de mon admiration. » (***)

Or. on n'a de la reconnaissance que pour ce dont on a reçu des

(*) Deslructioii des Jésuites par DAloinhort. (**) Dictionnaire théoiosique.

(***) Rullcliii do lEurope.

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bienfaits et. pour qiion conserve éternellement ce sentiment, il faut que les services rendus aientétébien grands. L'admiration que Lalande avait pour les Jésuites ne pouvait avoir d'autre source que dans les vertus héroïques de ces religieux et les constitutions qui les gouvernent : aussi les appelle-t-il un peuple de héros. (*)

De Pradt lui-même, livré à tous les emportements d'une liberté mal entendue, De Pradt, se trainant aux pieds d'un tyran, persécuteur de l'Eglise et faisant métier, pour obtenir les bonnes grâces du colosse, d'attaquer partout l'Epouse désolée de Jésus Christ, se forgea le triste et ignoble devoir de citera son tribunal la chimère qu'il ■dY)])e\A Jésuitisme. Cet homme, tout prévenu contre les pères de la Compagnie de Jésus, se sentit pourtant frappé, dans les recherches qu'il dut faire pour soutenir son texte, en voyant tout le bien et toutes les merveilles qu'ils avaient faits et dans son enthousiasme il s'écrie -. « Qui pourrait dénier à saint Ignace et à son institution, le titre de grand ; dans l'ordre de la puissance du génie humain, il y aurait une grande injustice à leur refuser une première place. Ignace fut un grand conquérant; il eut le génie des conquêtes: oui Ignace fut grand, grand d'une grandeur inconnue jusqu'à lui, conquérant d'une espèce nouvelle : avec des moines désarmés, il s'est approprié le monde pendant deux cents ans, il a planté au milieu du monde un arbre aux racines éternelles qui se régénère sous le fer qui le mutile. Si ce n'est pas là de la grandeur du génie, (ju'on dise en quoi elle consiste ! => (**)

Croira-t-on que ces paroles d'admiration sont tirés dun livre, où l'on attaque ex-professo^ où Ion calonmi(; des honunes (|u on avait loués avec tant d'enthousiasme?

La Congrégation de saint Philii)pe de Néri rivalisait de zèle avec les Jésuites dans l'enseignement et dans l'éducation iW la jeunesse. Comme eux, elle enseignait non soulcinciit la scifiicc div inc,

(*) .Ami l'Iiil. iDiiic i.

(**) Uu Jrsiiilisrnc ancien cl nmijciiM' |i,ir I.iIiIm' de l'nnll.

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mais encore les langues anciennes et les belles lettres, la rhétorique, la philosophie, toute la science humaine. Klle compte parmi ses religieux plusieurs évt^ques, des cardinaux et des écrivains célèbres, entre autres :1e savant cardinal Baronius dont nous avons les annales de l'Eglise, Thomassin et François Bosius.

Ainsi s'accomplissait la mission que les ordres religieux s'étaient donnée, d'approfondir toutes les sciences pour dissiper l'ignorance ; ils évangélisaicnt en mémo temps les peuples ; mais quand l'Europe eut assez de rjiissionnaires, la charité chrétienne comprit qu'elle pouvait aussi faire du bien ailleurs et ce fut alors quelle songea aux peuples qui languissaient encore dans les ténèbres de l'idolâtrie.

Aussi depuis saint François la plupart des ordres que TEglise vit naître, embrassèrent-ils les missions lointaines chacun dans le plan de son institut. C'est depuis lors qu'une foule innombrable d'hommes obéirent avec un courage héroïque à cet ordre émané de la bouche du divin Missionnaire lorsqu'il avait accompli la rédemption du monde «t Allez, instruisez toutes les nations delà terre. >

Ce fut un spectacle bien consolant pour la Religion de les voir partir successivement, se dévouant pour le reste de leurs jours à combattre sans relâche les obstacles sous mille formes que l'esprit de l'erreur mettait sur leur passage. Il fallait pied à pied lui disputer, lui faire perdre le terrain -. il fallait dissiper l'ignorance et déraciner dans les cœurs la racine de tous les vices qui s'y était affermie par le culte et les exemples des dieux, par la superstition et la plus dégoûtante de toutes les passions. 11 fallait à travers les tempêtes et au milieu des écueils croiser en tous sens la vaste étendue des mers, traverser les déserts arides, s'enfoncer dans des forêts immenses, dont on ignorait l'issue ; franchir des montagnes où la glace menaçait de donner la mort à chaque pas et puis, quand on était arrivéàsa destination, supporter les plus violentes persécutions, s'exposera la rigueui- des saisons et à toutes sortes de privations, bien sou\enf même courber la tète sous la massue le\ée du barbaie. et tout cela sans autre désir que de dissipei' lignoranee

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et de régénérer des hommes à la vie céleste, des hommes qui leur étaient complètement étrangers par les liens du sang, de la patrie, des hommes qui leur étaient même inconnus. Le cardinal Baronius enviait la destinée de ces hommes apostoliques ; il leur adressait ces paroles profondément senties. « Vous m'inspirez une sainte jalousie, heureux candidats du martyre, désignés pour cette noble pourpre : je ne puis mempècher de dire quand je vous regarde : que je meure de la mort des justes et que mes derniers moments ressemblent aux leurs ! (*)

Lorsque ce feu de la charité évangélique se fut déclaré au monde. tous les ordres religieux se sentirent subitement pressés du besoin de convertir des âmes ; les missions dont lorigine remonte à la fondation du chri.stianisme s'étendirent sur une plus large échelle. L'Angleterre, la Frise, l'Allemagne reconnai.ssent les Bénédictins pour leurs apôtres ; nations barbares et cruelles dans leur barbarie, elles placèrent souvent la couronne du martyre sur la tête de ceux qui les évangélisaient. La Grèce, l'Afrique et IWngleterre devinrent le glorieux champ que le zèle des Frères-Mineurs entreprit de défricher. Saint François d'Assise s'était réservé la Syrie et l'Egypte : mais deux fois Dieu prouva à lévidence qu'il se contentait des désirs de son serviteur.

Les Frères Prêcheurs, les Carmes et les Capucins se consacrèrent à l'instruction des Caraïbes, des Nègres et des colonies naissantes de saint Christophe, de la Cuadeloupe, de la Martinicjue et desainJ Domingue. De là ils paitirent pour des contrées plus lointaines, chez les peuples les plus sauvages, s'estimant suffisamment récompensés de leurs peines, s'ils avaient, au prix de leurs longues souffrances, conquis une Ame à Dieu, soula.iré un malade, essuyc' les lainies d un malheuieux

(*) .T.inulor vo.s saiii- Pci .LMiiiilalioiic, ciiiii vos inarlMii (MUtliilali» ac nohilissiiiia' piirpiinr iiiarl\ ifs (Icsj^ii.iIms ,is|ii(-ii). (•(•inpcllor cl tli- (oro : niorialiir aiiiiiia iiiea iiiurlc jiislitniiii cl liaiil mn issinia inca ImriJtn siinilia. (\»tl. ad inarhr. \\l\ "icccmhns

OUDllKS llELItllELX. i47

Un homme sest i)résenté ayant dans le cœur la charité et le courage de saint Paul, suçant les ulcères d'un lépreux pour s endurcir contre les privations de 1 apostolat, écrivant à genoux pai respect les lettres qu'il adressait à son supérieur, se sentant prêt à voler aux extrémités du monde, si saint Ignace ne lui écrivait que la petite lettre I, vas. Cet homme dans tout le cours de sa vie n'altéia pas la belle fleur de son innocence, de sa pureté. Il est vjai qu'avant d'avoir embrassé la pauvreté du Christ, il nourrissait dans son cœur noble des idées d ambition ; mais, après sa conversion, il renversa cette idole et tourna ses pensées vers le ciel. Qui ne retrouve dans cette esquisse les traits du plus glorieux des enfants d'Ignace, de l'apôtre par excellence, du grand saint François Xavier. Ce zélé missionnaire convertit aux îles du Japon des milliers d'àmes. Après des travaux que l'imagination a de la peine à embrasser, lesaintabordaenChinepoury mourir aussitôt. Quelques années après les Jésuites purent comme mathématiciens, artistes et mécaniciens pénétrer les premiers jusque dans la capitale de la Chine.

Les empereurs leur firent un accueil bienveillant. Ils leur permirent d'ouvrir des cours de sciences exactes et ces maîtres savants surent faire tourner leurs leçons au profit de leurs auditeurs en mêlant des idées de religion aux enseignements profanes.

L'empereur de la Chine nomma le père Yerbiest (*) président du tribunal des mathématicpies. Les plus savants professeurs de Paris proposaient aux Jésuites de la Chine des questions difficiles que ceux-ci s'empressaient de résoudre.

(*) Ce savant religieux iiaquil près de Courtrai en 1630 et inourul, après plusieurs aiuiées d'apostolat, entre les bras de Jacques llho ei de Trosper Inlorcclla, les deux pères qui avaient partage ses travaux ai)oslo!iques.

A celle époque, les Jésuites avaient sur le territoire de la Chine lui égli.ses et '-1 résidences. Les Dominicains Hl églises el iî résidences. Les Franci.scains 5 églises el un couvent. I,es Jésuites avaient écrit 151 ouvrages sur la religion, W') sur les nialhénialiques el oo sur la pinsique el la morale.

Les connaissances étendues du père Ricci (*) dans les mathématiques, lui gagnèrent le cœur des Mandarins. Plusieurs'se convertirent, d'autres professèrent pour lui une vénération profonde. Il donnait à tous les idées les plus pures et les plus claires dune religion céleste. Au milieu de ses immenses travaux apostoliques, le Jésuite lettré trouva assez de temps pour composer des ouvrages dans la langue du pays regardés encore par les Chinois comme leurs chefs-d œuvre. Une mort prématurée enleva, en 1601, à Pékin cet homme précieux aux lettres et à la religion. Toute la Chine s'émut en apprenant cette triste nouvelle : elle crut faire une perte irréparable et elle en calculait toute l'étendue sur l'estime dont le savant avait joui dans sa vie.

L'éloge de ce missionnaire peut se renfermer en une ligne : les Chinois l'ont placé à côté de leur Confucius.

Tandis que la cruauté des Espagnols dévastait le Pérou et le Mexique, les religieux de la Compagnie arrachaient les malheureux indigènes au carnage et à la mort. En moins de cinquante ans tout le Paraguay avait embrassé la religion cathoruiuo. qui à cette époque faisait partout de rapides progrès.

Cependant l'institut de saint Ignace tomba. Alors aussi on vit disparaître cette œuvre que n'ont pu entrevoir toutes les méditations des philosophes, qui semblerait idéale, si l'on n'était convaincu de son existence ; alors on vit finir le plus ravissant des spectacles, tout un peuple vivant dans une union si parfaite, une charité si tendre qu'on les aurait pris pour des anges descendus sur la terre pour y donner une idée du bonheur du ciel. Les impies euxmêmes nont pu refuser le tribut de leur admiration à cette œuvre civilisatrice; et cette œuvre cependant était le fruit d(^s travaux des Jésuites ; elle ne devait pas leur survivre. Ecoutons les témoignages qu'a rendu aux pèresde la Compagnie 1 un des plus fougueux philosophes dn dix-huitième siècle : «; Uicn hci-mIc I;i |)iir(M(' de

(*) Il n;i(|iiil ;i M.iccr.il.i lo (i i)cli)l»re 1!»:îi.

onuiu-s HKi.it;iEi'x. ii9

mœurs, le zèle doux et tendre, les soins paternels des Jésuites au Paraguay. Lorsqu'on 1786 les missions sortirent des mains des Jésuites, elles étaient arrivées à un point de civilisation le plus grand peut-être, où l'on puisse conduire les nations nouvelles^ et certainement fort supérieures à tout ce qui existait dans le reste du nouvel hémisphère. On y observait les lois. Il y régnait une police exacte ; les mœurs y étaient pures ; une heureuse fraternité y unissait les cœurs ; tous les arts de nécessité y étaient perfectionnés et on en connaissait quelques-uns d'agréables .- l'abondance y était universelle. » {*)

Montesquieu (**) dont le témoignage est ici bien loin d'être suspect en a tracé le tableau suivant, k Le Paraguay peut nous fournir un exemple de ces institutions singulières, faites pour élever des hommes à la vertu ; on a voulu en faire un crime à la Société des Jésuites, mais il sera toujours beau de gouverner les hommes, en les rendant heureux ; il est glorieux pour elle, d'avoir été la première qui ait montré dans ces contrées, l'idée de la religion jointe à celle de l'humanité. »

L'anglican Robertson (***) dans son histoire de Charles-Quint dit que les conquérants de cette malheureuse partie du globe (l'Amérique) n'avaient eu d'autre objet que de dépouiller, d enchaîner, d'exterminer ses habitants : les Jésuites seuls s'y sont établis dans des vues d'humanité.

L'homme (****) qui par ses ouvrages impies entraîna la société dans un abîme d'irréligion, qui s'attaquait à tout ce que le catholicisme avait produit de plus merveilleux, le patriarche des philosophes et des prétendus esprits forts, Voltaire, pour le nommer., fut une fois juste et ce fut envers les Jésuites, tant l'héroïsme exerce

{*) Raynal, hist. polit, et phil. des Indes, tome II, pag. 289. (**) Esprit des lois, liv. IV, chap. VI.

(***) Hist. de Charles-Quint, tome II, pag. 229. •

(****) Essai sur les mœurs, œuvres de Voltaire, tome X, pag. 59.

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son influence, même sur les esprits les plus prévenus et les plus fanatiques. «; L'établissement dans le Paraguay, dit-il, parles seuls Jésuites espagnols parait à quelques égards le triomphe de Ihumanité. :>

Oui les Jésuites, n ayant qu une croix à la main, furent des conquérants civilisateurs : leur zèle ne se bornait pas à la Chine et au Paraguay, ils parcouraient, entraînés par une impulsion sublime, tous les pays d'un pôle à 1 autre : le Canada, la Louisiane, la Californie, rindostan, les Manilles, les Nouvelles Philippines, llslande, les Nègres d Afrique, la Syrie, l'Arménie, tous les peuples idolâtres éprouvaient les heureux effets du saint enthousiasme qui animait et anime encore ces dignes apôtres de 1 Evangile.

«t Les missions, dit Buffon, ont formé plus d'hommes dans les nations barbares^ que n en ont détruit les armées victorieuses des princes qui les ont subjuguées. La douceur, la charité, le bon exemple, lexercice de la vertu constamment pratiqués par les Jésuites ont touché les sauvages et vaincu leur défiance et leur férocité. Ils sont venus deux-mêmes demander à connaître la loi qui rendait les hommes si parfaits ; ils se sont soumis à cette loi et réunis en société. Rien n'a fait plus d honneur aux Jésuites que d avoir civilisé ces nations et jeté les fondements d un empire sans autres armes que la vertu. (*) »

Le courageux Lazariste de son côté travaille sur les rivages de la Turquie à détruire cet ignoble fanatisme qui est le principal obstacle à la conversion des sectateurs de Mahomet. Faire une guerre incessante aux passions les plus brutales, déraciner les vices qui s attachent au cœur de l'homme avec le plus de force, telle est la rude mais noble tâche que s impose dans ces contrées barbares le saint religieux, que la soif des âmes y a poussé.

Quelle longue énumération ne pourrions-nous fiiire ici de tous ces saints hommes (jui ont illustré l'Eglise de Dieu pai- leurs travaux

{•) llisl. ii.ilur. lomo \\, paj;. 'i,S:>. niilioii <Jc Paris 179S.

OnOIŒS 11ELI(;IELX. 4o<

upostoliques ? Les annales delà Foi, le martyrologe romain, l'histoire ecclésiastique ont transmis leurs noms à la génération la plus reculée. Les persécutions, les tourments n'ont pu encore les flétourner de la grande œuvre civilisatrice qui se poursuit de nos jours avec non moins d'ardeur et non moins de gloire. (*) Il n'est dans l'océan ni lie si éloignée, ni écueil si âpre qui échappe au zèle des missionnaires et comme autrefois, ditun auteur moderne, les royaumes manquaient à l'ambition d'Alexandre, la terre manque à leur charité (**).

Vers cette époque de grands sacrifices, on vit partout sélever des hôpitaux, des maisons de refuge, des asiles pour les pauvres malheureux. On vit les religieux se dévouer à l'humanité souffrante, pratiquer avec un désintéressement sans bornes la sublime charité chrétienne, inconnue aux anciens, et qui prit nai.s.sance au berceau de Jésus-Christ ; vertu par laquelle le Sauveur régénéra la nature humaine. Pour tracer le tableau exact des immenses bienfaits que les ordres religieux ont rendus aux membres souffrants de la société, il faudrait pouvoir esquisser celui de toutes les misères humaines, puisqu'il n'y a aucun genre d'infirmité ou de malheur, qui ne trouve en eux son soulagement et sa consolation. Ici se présentent des hôpitaux ouverts à toutes les espèces de maladies, des asiles aux orphelins, des couvents qui distribuent chaque jour la nourriture à un nombre considérable de pauvres ; là des retraites oti la vieillesse reçoit les secours que son âge réclame, tandis que le frère des écoles chrétiennes (que la stupideet ingrate impiété poursuit de l'épithète, si facile à trouver sans esprit, du nom dlgnorantins) se voue à la tâche bien rude et bien |)énible d'instruire les enfants pauvres si grossiers dans leurs mœurs, si dégoûtants dans leur mise. Plus loin voyez-vous ces

(*) Depuis 1838, époque de ranivce dos missionnaires dans lOrô- ;on, des milliers d"àmes onl omhrassê la Foi ealholique. (**) (Ihâleaubriand, génie <lu rhrislianisme, (orne IV, pag. H.

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sœurs bienfaisantes, occupées dans leurs hospices, consacrant avec une héroïque abnégation leurs jours, leurs nuits, leur vie enfin à prodiguer les soins les plus assidus à des malades pauvres. Pendant les plus effrayantes épidémies n'arrêtez pas ces victimes de la charité dans leur course à la mort ; vous les priveriez du plus grand bonheur qu'elles ambitionnèrent jamais. Ailleurs vous découvrez les religieuses de la divine Enfance de Jésus ; elles pressent contre leur sein ces pauvres petites créatures que des mères cruelles et dénaturées ont abandonnées à leur naissance ; elles leur tiennent lieu de mères, c'est tout dire en un mot.

Voyez encore ce qu'ont fait chez les peuples barbares les religieux de saint Jean de Matha ; ils rachetaient les chrétiens qui languissaient pour leur Foi dans les fers des infidèles. Quand les moyens pécuniaires ne leur permettaient pas de payer la rançon, ils devaient pour libérer les prisonniers prendre eux-mêmes les chaînes de la servitude ; tant cet institut poussait loin l'héroïsme de la charité chrétienne.

Nous ne vous oublierons pas, o pères Crucifères, vous qui pendant les ravages causés par l'épidémie en Italie, lorsque les plus florissantes villes .se transformaient en cimetières et en hôpitaux, mourûtes au milieu des pestiférés, en donnant un spectacle digne de Dieu et des hommes. Dans cette triste calamité les religieux de la Compagnie de Jésus, les Frères-Mineurs et les Capucins portèrent partout des mains secourabies. On les vit nuit et jour au chevet des malades, infectés de la pontagion, verser d abondantes aumônes et prodiguer des paroles touchantes de consolation. Les prêtres de la Compagnie de Jésus recueillaient dans leurs maisons à Rome les enfants de ceux qui avaient succombe et leur lenaient lieu de pères.

Mais après tous ces sacrifices ne convient-il p;is de jeter aussi im moment les yeux sur ces hommes d'abnégation (jui s'abai.'i.seni à .servir la partie la plus dégradée de la nature humaine, (jut" la société a rcléguc-e de son sein au fond des prisons. Martyrs de l.t

OUDRES RELIGIF.L'X. 4o3

charité, ces religieux se mettent tout le long du jour en contact avec ces êtres que nous ne regardons qu'avec horreur et dégoût ; ils souffrent patiemment leurs injures, partagent leurs angoisses, versent la douce espérance dans leur cœur, les consolent, les encouragent, les raniment par des paroles de paix et s'efforcent de les faire revenir au Dieu dont l'oubli a été le principe de leurs maux.

Mais si la justice humaine réclame un supplice plus grand, on verra le religieux près du condamné s'asseoir sur le tombereau fatal et jusque sur le degré de l'échafaud, verser dans lame du patient le baume des consolations célestes, le fortifier contre les terreurs du supplice et le désespoir et accomplir ainsi le plus triste et en même temps le plus doux des devoirs. Oui, o monde, le religieux accompagne à la mort celui que vous ne jugez plus digne de vivre !

Gravissez encore avec moi le pic le plus élevé du Saint Bernard. Cette montagne était, il y a près de neuf siècles un séjour horrible didolàtrie et de brigandage. La divine Providence suscita Bernard de Manton (*) pour faire cesser ces horreurs. Les frimas, les obstacles sans nombre ne peuvent arrêter son courage. Dans ces lieux, où rien n'annonce l'existence d'un être humain, il bâtira un couvent ou se réuniront des religieux qui, s'éloignant de toutes les douceurs du monde, abrégeront leur existence, mettront leurs jours continuellement en danger pour conserver ceux de leurs semblables.

Sur cette hauteur, d'environ 8,715 pieds au-dessus du niveau de la mer, le froid est si vif que le thermomètre y descend régulièrement chaque hiver de vingt à vingt deux degrés au-dessous de zéro. 'J'rès souvent la neige s'élève jusqu'au toit du couvent hospitalier et bien des religieux périssent sous des avalanches qui se détachent à l'improviste, lorsqu'ils vont au secours des voyageurs, sur-

{*) Ce saint naquil nu cli.ilcau do co iu»ni, sur les bords riants du lac fl'Annccy, Tan Oiiô.d'inic des plus illuslres l'aniillcs de Savoie. Il mourut à Novaire le 28 mai 1008. Ses vertus éminentcs le firent eaiioniser l'année suivante.

pris au milieu de ces gouffres toujours béants par l'obscurité do la nuit et enveloppés dans les tourbillons (*) .

C'est au milieu de ces abîmes de glace, c'est dans ces lieux désolés, où la nature expirante ne conserve plus aucun principe de végétation, que ces charitables cénobites, bravant les privations de tout genre, les accidents les plus terribles, poursuivent leur généreuse mission, en consacrant leurs jours au voyageur dans la détresse. (**)

Et cependant nous avons entendu répéter ces mots d'impiété qui sourdement se disent encore de nos jours dans quelques contrées de l'Europe, à quoi bon les couvents? A quoi bon les religieux? — Ils sont, nous le répétons, malgré les calomnies de leurs adversaires, la providence vivante des familles malheureuses, la consolation des affligés, le conseil des orphelins abandonnés, le refuge de l'infortune et de tous les malheurs. Ce sont les couvents qui conservent les dépôts sacrés des sciences, qui sont le ferme appui de la religion contre les attaques d'une prétendue philosophie, laquelle, maîtresse un instant, a su détruire les cloîtres, les domaines du pauvre, en dispersant leurs paisibles habitants.

Consultez les bibliothèques, voyez les écrivains célèbres que les ordres religieux ont donnés au monde, ou qui se sont formés dans leurs écoles. Ce sont les moines qui ont conquis des royaumes entiers 5 la religion et à la civilisation par leur inépuisable charité et par leur .sang glorieux. Ce sont eux, qui ont appris à défricher et à cultiver les terres les plus ingrates et ce sont eux. qui ont la douce satisfaction de travailler toujours au bonheur des masses.

(*) Pendant noiro srjour nu convonl du qrand anini licrnard^ le prie prieur nous nioonla que, le 1) novcnii)re l<Si'>, le |><'Te ('ar ol Irois doriiesliqucs, élant sortis du couveril pour jtoscr îles jalons, afin do Iracer le chemin, péri rc»»l sous des avaiaiulics de !•> à tiO pieds.

(**) (/impiété cl ranarchio de nos jours a deiruil relie insliiulion pliilanlhropi(pie; eile(|uia traversé tani de «^jécle»; el qiiirece\ail de noldes • iHoinaf^enienls de Bonaparte même !

ORDRES RELIGIEUX. 4o;i

Poursuivez, o saints instituts, la noble mission que Dieu môme vous a confiée. L'impiété pourra vous détruire, mais .sous le ffrmeurtrier vous vous relèverez plus brillants et plus beaux, marqués des signes de vos souffrances pour le Dieu, dont la vie ne fut qu'une suite do[)probres et d'ignominies. Vous l'avez bien comi)ri.s. il n'y a que Satan et ceux qui agissent sous sa funeste inspiration dans ce monde, qui sont les ennemis du bien et des hommes !

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