‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 109 sur 134 · NA'/AUF.TII · texte numérisé non relu

NA'/AUF.TII

La ville de Nazareth située sur le penchant d'une colline, près du mont Thabor ot du torrent Cison, était une des premières villes de la Galilée, avant que les Romains se fussent emparés de la Judée sous Titus, l'an 71 de l'ère chrétienne. Mais la juste colère de Dieu, ayant livré ce pays au fléau de la guerre la plus meurtrière, et à des vexations de tous genres, Nazareth partagea le sort général de toute la Judée; elle fut dévastée à un tel point, que du temps de saint Jérôme, elle n'était plus qu un misérable hameau.

Dès les premiers siècles de I Kglise, I usage s'élablit parmi les chrétiens de faire des pèlerinages à la Terre Sainte. Ils accoururent dç toutes les provinces de l'empire romain pour adorer Jésus-Christ

NA'/ARKTH »>/

sur son tombeau, dans la ville où s'était accompli le salut du monde, et pour voir I humble demeure de la sainte Vierge à Nazareth.

Le zèle des premiers chrétiens s'efforça en vain do rendre à Nazareth une partie de son ancienne splendeur. Le Saint Siège y érigea un évéché, mais le dernier de ses pasteurs ayant apostasie honteusement (*), la ville tomba dans une telle décadence, qu'on n'j' voyait dès lors qu'un misérable reste de cabanes, ou pour mieux dire, de cavernes qui servaient d'asile à des bandits et à des vagabonds de l'Arabie.

Aujourd'hui Nazareth ne présente que de petites maisons irrégulièrement groupées sur le penchant et au pied d'une montagne qui s'élève en amphithéâtre et la domine. Les édifices les plus considérables sont le monastère, beau, vaste et construit avec une extrême solidité, occupé par les religieux de saint François ; une ancienne église catholique convertie par les Turcs en mosquée, et une large place très commode, à l'entrée de la ville sur la route de Jaffa, où les caravanes se reposent . La population est d'environ trois mille habitants ; elle se compose de Catholiques, de Maronites, de Grecs schismatiques et de Turcs, parmi lesquels les premiers sont les plus nombreux {**).

Cependant, ni les ravages des temps, ni la force des armes, n on( pu et ne pourront jamais ravir à Nazareth la gloire d'avoir renfermé dans son enceinte la Maison où la très sainte Vierge Marie naquit, où eut lieu l'ineffable mystère de l'Incarnation. Notre Seigneur Jésus Christ y demeura une grande partie de sa vie mortelle, c'est-à-dire, jusqu'à son baptême. C'est cette sainte Maison, qui. après plusieurs siècles, fut transportée par les anges à Loretfe et qui fait maintenant la joie et le bonheur non seulement de la marche d'Ancône, mais de tout le monde chrétien.

Dieu, dont la bonté est infinie, dont les décrets sont impénétra-

(*) Murri. rel. slor. délia casa sauta, cap. 1. (**) Gcramb. Itinéraire de Paris à Jérusalem, lome M. pajç. li.

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bles, a toujours protégé, d'une manière toute spéciale et toute admirable, l'habitation sacrée de Marie, et quoique Nazareth ait subi, comme toute la Judée, les tristes conséquences d'une guerre sanglante, le saint lieu resta intact jusqu'au jour fixé dans le décret de la Providence, où il devait devenir un objet de vénération pour tous les peuples de l'univers.

Saint Jérôme assure dans son dix-septième épitre (*), que les fidèles s'y rendaient, déjà en pèlerinage immédiatement après l'Ascension du Christ. Cette ferveur redoubla sous l'empire de Constantin le Grand (**), lorsque l'Eglise commença à jouir d'une longue paix, par les décisions solennelles du concile de Xicée, composé de 318 évêques et présidé par Osiusévêque de Cordoue, légat du Pap(> saint Sylvestre. Hélène, la pieuse mère de ce grand empereur, avertie par une vision céleste [***) entreprit versl'an 325, le pèlerinage delà Palestine, à l'âge de quatre-vingts ans, dans le désir de trouver la vraie Croix. Elle visita d'abord la crèche du Seigneur^ (****j |,, Calvaire et le saint Sépulcre. Après avoir fait abattre et enlever les infâmes statues d'Adonis, de Vénus et de Jupiter, (*****) que les payons y avaient érigées en haine des chrétiens, elle vint à Nazareth et visita la sainte Maison ; elle la trouva sans aucune marque de profanation parmi un tas de ruines. (******)

L'extrême pauvreté de ce petit enclos lui inspira des sentiments de respect, d'attendrissement et de reconnaissance envers le .souverain Maître de l'univers ; elle se contenta de relever l'au-

(*) S, Hier. Ep. ad Eiislocliium.

(**)l>'Empcreur Constantin et sa mère Hélène abjurèrent icpaganisinc vers l'an 3215.

(***) In Eiisebii cronico à l'oiilaco édite. — Ben. XIV p.irlo 1. p. 131).

(****) En 11:2, le l'ape Sixte III, fit transporter la (Irècho du Sauvenr dans la Basilique de sainte Marie .Majeure à Bonie ; on l'y conserve dans une châsse d'argent massif.

(*****) Eusebius invita Otnstanlini, lih. III. cap. Xf.ll.

(**♦*♦*) Nieepliorus, lili Mil. cap. XX.\.

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tel, sur lequel les saints apôtres avaient offert le saint sacrifice de la messe, sans y faire d'autres changements. Mais elle fit construire à l'entour, la plus belle église qu'il y eut en Orient. Une colonne marquait l'endroit où l'ange Gabriel salua Marie et à deux pieds de là, une autre indiquait la place ou se trouvait alors la sainte Vierge. Sur la façade de cette église se lisait cette inscription latine :

H;EC EST \R\ IN QIA PRI.MO JACTLM EST HL.MW.E SALLTIS FUND.VMENTUM (*).

«1 C'est ici qu'ont été posés les premiers fondements de la rédemption du genre humain. "

A peine ce temple fut-il achevé (**) que le bruit s en répandit dans tout l'univers ; un grand nombre de chrétiens, non seulement de l'Asie et de l'Afrique, mais aussi de lEurope firent des pèlerinages pour vénérer la Maison de la Mère de Dieu. Des rois, des princes et d'autres personnages aussi illustres par leur naissance, que par leur sainteté, y accoururent à l'envi. Rien ne put suspendre ni ralentir l'affluence des chrétiens , même pendant la persécution de Julien l'apostat. A cette époque (396) un des pères de l'Eglise, saint Jérôme, suivi de sainte Paule y offrirent à la sainte Vierge les hommages d'une tendre dévotion (***). Ce saint docteur nous apprend dans ses lettres que, dans les lieux saints de la Palestine, on entendait célébrer dans différentes langues le? louanges du Fils de Dieu.

{*) Nicephorus, lib, \ll.

(**) 11 ne reste plu.sde celte ésçlise que quelques (ici)ris, qui en rappelleiU la grandeur; la première des deux colonnes subsisle encore. l.,a seconde à été brisée par des misérables, qui s'étaient iniaf^inés que dans son intérieur elle recelait des trésors, ((iéramh, voyage de Paris à Jérusalem.)

(***) S. Hier. Kp. Vlll. ad Kustoch. lib. III.

Dans la suite des temps la dévotion augmenta de plus en plus : lenvahissement même de la Palestine, en 700, par les Sarrasins, ne put, selon le témoignage du vénérable Bède (*), leur faire oublier le chemin qui conduisait à la terre des prodiges, quoiqu'ils fussent exposés à toute sorte de vexations.

Le patriarche de Jérusalem Sophronius, à la vue des profanations des infidèles mourut de douleur^ pleurant les malheurs et la captivité de la ville sainte.

Ce fut principalement en lOoO. que les infidèles, après sétre rendus maîtres de Jérusalem, redoublèrent leur fureur et leurs violences. Toutes les cérémonies de la religion furent interdites en Palestine ; la plupart des églises converties en étables ; la vénérable Basilique du saint Sépulcre renversée de fond en comble. Les chrétiens chassés de la Terre-Sainte, se dispersèrent dans toutes les contrées de l'Orient. La nouvelle de la destruction des saints lieux parvint en Occident et arracha des larmes à tous les chrétiens.

Plusieurs Papes, entre autres l'illustre pontife Grégoire VU, entreprirent, mais en vain, d'affranchir la Terre-Sainte du joug des Musulmans.

La gloire de délivrer Jérusalem et les lieux saints était réservée par la divine Providence à un simple pèlerin, nommé Pierre lErmite, issu dune famille noble et prêtre du diocèse d'Amiens en Picardie. Ayant fait en 1093 le pèlerinage de Jérusalem, il fut sensiblement iiflligé de voir ce pays profané et les chrétiens d Orient indignement outragés par les cruels sectaires de Mahomet. Le Pape Urbain II, à qui il fit une peinture touchante do létal déplorable de la Terre-Sainte, prit de concert avec lui la résolution de travailler à sa délivrance.

Pendant que PifMTc I Krmitc préparait les esprits et les cœurs a

(*) \ ni. \Ui\.i, lie lotis sanciif,.

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la guerre sainte, le Pape Urbain II convoqua un concile à Clermont en Auvergne; (*) l'ouverture en fut fwéo au 18 novembre 1095.

Dans la deuxième séance, qui eut lieu sur la grand' place de cette ville, le Pape, entouré de ses cardinaux et de Pierre l'Ermite, parut sur son trône dans tout l'éclat de sa majesté pontificale. Il y parla d'une manière si pathétique^ que les assistants, fondant en larmes, s'écrièrent tous d'une \ oix : «i Partons ! Dieu le veut ! »

Adémar de Monteil, évéque de Puy, reçut le premier la croix des mains du Pape , Guillaume, évéque d'Orange et un nombre considérable de prêtres et de chevaliers suivirent son exemple. Ils prirent, pour marque de leur engagement, une croix d'étoffe rouge, attachée à l'épaule droite, ce qui leur fit donner le nom de croisés, et celui de croisade à la guerre qu'on faisait aux Sarrasins.

Le 15 août 1095, jour de la glorieuse Assomption de la sainte Vierge, l'armée de Croisés quitta le sol natal pour aller combattre les Musulmans.

L'armée mit à sa tête notre Godefroid de Bouillon, duc de la Basse-Lorraine. Ainsi la Belgique eut la gloire de donner à la croisade le chef qui devait la diriger. Ce héros réunissait en sa personne la prudence de l'ûge mur et l'ardeur de la jeunesse, la valeur du plus intrépide chevalier et la piété d'un saint.

L'armée composée de 10,000 chevaliers et de 70,000 fantassins, après plusieurs victoires remportées sur les infidèles^, approcha de Jérusalem. Le nom de cette ville vole de bouche en bouche, de i-ang en rang ; les cris de Jérusalem, Dieu le veut ! sont répétés à la fois par soixante mille pèlerins. Trancrède, ce vaillant et vertueux guerrier chanta dans son enthousiasme, en s 'approchant de la sainte cité, ces belles paroles d'Isaie : « Jérusalem ! lève les yeux et vois le libérateur qui vient briser tes fers ! »

(*) Ce fui Urbain II, qui décida dans ce concile, que tous les jours on sonnerait la cloche, le matin et lesoir, et qu'on dirait à chaque fois la salutafiuu atifjpliqur. Si)u hiil principal était lialtiicr la iirolection de Marie sur les croisades, en honorant leni\ stère inellahle de ilncarnalion.

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Les croisés se rendirent maîtres de la Ville Sainte, le vendredi 15 juillet 1099. à trois heures de l'après-midi, le jour et à la même heure précisément où le Christ était mort.

Huit jours après la prise de la ville, les princes et les seigneurs s'assemblèrent pour élire un roi, capable de conserver cette précieuse conquête et le choix tomba sur Godefroid de Bouillon.

La Ville Sainte, étant arrachée des mains des infidèles, demeura quatre-vingt-huit ans, sous le sceptre des successeurs de Godefroid de Bouillon. Pendant ces temps la Terre-Sainte fut visité par les pèlerins, qui y affluèrent de tous les pays du monde. Nazareth, Bethléem, le Jourdain, Jérusalem recevaient continuellement les hommages de leur foi et de leur amour. Tancrède le brave, nommé gouverneur en chef de la province de Galilée, enrichit la sainte Maison de Nazareth de dons précieux, de sorte que selon le témoignage de Guillaume archevêque de Tyr (*), son contemporain, Nazareth devint la métropole du pays, non moins par la sainteté de son temple que par rabondance de ses richesses.

Depuis ces temps l'existence de la sainte Maison est confirmée par une foule de témoignages. Saint Guy, (**) accompagné d'un grand nombre de pèlerins, la visitèrent en 1112. Les savants Bollandistes (***) parlent d un prêtre grec, nommé Pliocas, habitant à Nazareth en 1185, qui nous a laissé une description détaillée delà sainte Maison. Saint François d'Assise, brûlant du désir de verser son sang pour la foi du Christ, traversa les mers, en 1 213, pour se procurer la consolation do contempler la .sainte demeure et les autres lieux, marqués par les mystères du Sauveur. (****) Le cardinal De Vitry, patriarche de Jérusalem, en 1228, raconte dans .son histoire de la Terre-Sainte, qu il a souvcMit célébré la messe dans

(*) Bella sacra, lit). 1. (1175)

(**) Surins in vila S. Fratir.

(***) Tomo 11, iiHMisis iiiaii, pa;^. ~t.

(****) S. Bnriav. in chronir. nnlinis soiaphici.

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l'humble habitation (le Marie (*). Saint Antonin cite un religieux Dominicain, Brocard, qui parcourant, en 1280, toute la Palestine et la Galilée, visita ce lieu vénéré (**).

Baudouin, prince d'Edesse, succéda à Godefroid de Bouillon. Il fut couronné, le 21) décembre M 00, à Bethléem par le patriarche, d'après l'usage établi dans les assises de Godefroid. Après sa mort, Baudouin du Bourg, comte d'Edesse, occupa le trône de Jérusalem. Son règne est remarquable par l'institution des deux ordres religieux et militaires : l'ordre des Hospitaliers et celui de saint- Jean-de-Jérusalem. Ces chevaliers se consacrèrent à défendre le royaume de Jérusalem et à protéger les voyageurs.

Ce fut vers ce temps que saint Bernard reçut l'ordre du Pape Eugène III, de prêcher une nouvelle croisade. Louis VII, roi de France et Conrad III, empereur d'Allemagne, partirent vers le milieu du mois de juin 1147, chacun avec une armée formidable. Elles périrent presque entièrement, soit par la mauvaise conduite des croisés, soit dans les pièges que leur tendirent les Grecs.

Pendant ces terribles catastrophes, Amauri I, frère du roi précédent, Baudouin IV, et Baudouin V, occupèrent successivement le trône.

Cependant une nouvelle croisade s'organisa ; mais elle ne fut pas plus heureuse que la précédente. Saladin, roi de Syrie et d'Egypte, marcha avec des forces imposantes vers la cité sainte, qui ne put tenir contre un ennemi si redoutable Cette terrible nouvelle répandit la consternation dans tout l'Occident.

Le Pape, Grégoire VIII, adressa des lettres à tous les rois pour rétablir la paix parmi les peuples chrétiens et susciter une nouvelle croisade. Clément III, qui lui succéda, en 1188, ordonna des prières pour atteindre ce double but. Le roi de France, Philippe-Auguste, et Richard, cœur de lion, roi d'Angleterre, oublièrent leurs querel-

(*) Descriptio terrae sanctae. — Tursel. hisl. I.uir. lil). I. cap. I. (**) S. Anton, parle Ml.

les, pour ne s'occuper que de la défense delà religion. Ils allèrent se joindre aux chrétiens en Palestine, en \\9\, et attendirent longtemps, mais en vain, l'occasion de rétablir le royaume de Jérusalem. Cette croisade fut suivie de trois autres qui ne réussirent pas mieux. Cependant les chrétiens de la Terre-Sainte ne cessaient d'implorer le secours de l'Occident. Frédéric, empereur d'Allemagne envoya^ le 6 juillet 1221, une armée considérable et racheta du roi d'Egypte, par des fortes sommes, Jérusalem et les villes environnantes. Elles ne restèrent au pouvoir des chrétiens que l'espace de dix ans.

Cependant, l'an 1245, dans un concile général à Lyon, une nouvelle croisade fut fixée. Louis IX, roi de France, se mit à la tête d'une puissante armée et partit, le 28 août 1248, suivi de ses trois frères. Mais le plus grand nombre des guerriers succomba à la peste, en sorte que le roi, se trouvant hors d'état de résister au\ ennemis, fut fait prisonnier (1250) à la bataille de Massoure par le dernier héritier deSaladin. Le saint roi souffrit avec une noble résignation les malheurs de sa captivité.

Saint Louis obtint sa liberté au moyen d'un traité désavantageux. Alors ce pieux monarque se dirigea vers Cana de Galilée, où il arriva la veille de l'Annonciation de la Sainte Vierge. Il alla visiter ensuite le mont Thaboret vint le même jour ù Nazareth. Dès qu'il aperçut cette bourgade, il descendit de cheval et se mit ù genoux pour vénérer de loin ce saint lieu. On y célébra le lendemain tout l'ofTice divin. Le roi comnmnia de la main du légat du Pai)e, Odon de Château-Roux. (*)

Cette pieuse cérémonie, si consolante pour la religion, fut représentée sur les murs de la .sainte Maison, en trois rangs de tableaux. On y remarque encore la sainte Vieige avec son divin Fils sur ses genoux, saint Loiii.s \riii en habit roval de couleur rouge et

(*) S. Lmlov. \il;i, ciini (;i;ui(li .Mcii.irdii, c.ip. Wll. — Tinscll. lil). 1.

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blancho, i)ortant un manteau clc.pourprc ; de sa main droite on voit tomber des fers qui semblent indiquer sa captivité ; il tient dans la main cauche un sceptre, marque de sa dignité. Il n'est point vraisemblable qu'une telle j)einture soit nouvelle, ou qu'elle soit l'ouvrage des derniers siècles, puisque les Dalmatiens, selon Murri, chez lesquels s'est fait la première translation de la sainte Maison, assurent l'avoir vue au moment môme, telle qu'on la voit encore aujourdhui. (*)

Les détails qui précèdent prouvent, d'une manière incontestable, l'existence de la sainte Maison de la Viei'ge Marie à Nazareth vers la fin du treizième siècle.

Saint Louis, après cette pieuse visite, resta plusieurs mois à Sidon, occupé à fortifier la ville. Ce fut là qu'il reçut la nouvelle de la mort de la reine Blanche de Castille, sa mère. Ce triste événement lui imposa l'obligation d'abandonner la Palestine et de retourner promptement dans ses états.

Après son départ la dévotion pour les saints lieux ne diminua pas , les Templiers et les chcvalieis de saint Jean de Jérusalem, qui étaient alors en grande renommée, défendirent avec un courage invincible les précieux trésors de la Palestine.

Vers la même époque, où la faction des Guelphcs et des Gibelins mettait l'Italie en feu, les rois d'Angleterre, de France et d'Arragon se déclarèrent la guerre et la cause de la Palestine fut abandonnée.

La Terre-Sainte fut de nouveau attaquée par les forces du roi d'Egypte; ses principales villes tombèrent entre les mains des infidèles.

Saint Louis ayant repris la croix tenta, mais en vain, de reconquérir la Terre-Sainte ; il tomba malade et rendit le dernier soupir, le 25 aoîit i 270 .

Plusieurs fois encore il fut question en Europe de nouvelles croisades ; mais c'était la politique des souverains qui s'occupait de

(*) Rcl. stor. (Jclla saiila Casa di Loretto, pag. 10.

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ces grands projets, la religion n'y avait plus de part et l'intervention empressée des Papes ne put plus donner à l'entreprise l'esprit et le caractère qui lui manquaient.

Ainsi de tant de conquêtes glorieuses, qui avaient coûté tant do sang et d'efforts, il ne resta pas même un coin de terre, où les chrétiens pussent arriver en liberté, pour respirer l'air sanctifié par la présence de l'Homme-Dieu, la vie de la sainte Vierge et le sacrifice des martyrs. La dernière ville qui resta aux chrétiens en Palestine leur fut enlevée par le roi d'Egypte dans le mois davril de Tannée 1 291 .Alors l'auguste Basilique, que sainte Hélène y fit bâtir et 1 humble demeure de Marie allaient être abandonnées à l'ignorant fanatisme des sectaires de Mahomet. Mais le ciel ne le permit pas. Les miracles les plus étonnants eurent lieu dans cette circonstance. Le Seigneur daigna faire usage en ce temps de sa toute-puissance et il enleva la sainte Maison de ses fondements, (jui, pour preuve d'un si grand prodige, existent encore visiblement à Nazareth et fit transporter la sainte Maison en Dalmatie. oii elle resU» quelque temps.

0 profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! que vos voies sont incompréhensibles !

THANSLATION 1)K LA SAINTE MAISON DE NAZAIlETll A TKUSATO

Le miracle de la translation de la sainte Maison de Nazareth à Tersato en Dalmatie d'abord, puis de ce lieu, dans la Marche d'Ancône, aux environs de Récanati, sur l'autre rive de l'Adriatique et enfin, quelque temps après, sur la colline quelle occupe aujourd'hui, est si clairement prouvé que l'esprit le plus sceptique ne pourrait révoquer ces faits en doute (*) . Cependant dit un écrivain moderne, ni l'histoire de ces temps, ni la tradition constante de tant de siècles, ni le temple magnifique, où les fidèles vont vénérer et toucher ce miracle, ni le saint sacrifice qu'on y célèbre tant de fois tous les jours depuis des siècles, ni la vraie dévotion d'une multitude de saints et de grands hommes, ni le trésor des grâces et des indulgences que le Saint Siège a presque sans interruption ouvert avec profusion en ce lieu béni, ne pourront convaincre ces esprits forts (ou faibles) qui vivent au milieu des merveilles

(*) Tursclliniis,Hist.Laur.lihris.quinquc.— Canisius de Maria Doipara Viffiino. — l?onod. XÎV, de festis li.Al.V.p i.n. 211.— Acia saneloruni (Boll.) ad (hem tîo Hlarlii. - Nalalis AlexamlcM-, llisl. Kcel. sert. Xlil, pap;. :>7. edil. l'arisieii. Aiiiid KiUî). - r.aillol ad «liein i;>aiijï. N. ô().

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de la création, sans vouloir reconnaître que le Dieu créateur de toutes choses peut faire encore des miracles, que leur intelligence n'explique pas. Pour nous, catholiques, l'Eglise nous laisse sur ce point liberté complète ; nous pouvons douter : mais il nous est doux de croire, oui, non seulement cela nous est doux, mais encore aisé. Jamais il ne nous vient à l'esprit la pensée que Dieu veuille tromper notre amour ou notre piété. S'il n'avait point ordonné à ses anges d'apporter au centre du monde catholique cette Maison qui fut le théâtre du premier mystère de notre salut, il aurait pu en faire disparaître la trompeuse image, et comme il lui serait aisé d'anéantir un vain simulacre, il lui a été également facile de donner à notre vénération ces pierres saintes, du moment qu'il entrait dans ses impénétrables desseins d'abandonner aux infidèles, le sol autrefois béni qui les avait d'abord portées. Ou la terre s'est créée elle-même et gravite par sa seule force et sa seule vertu dans l'orbe immense des espaces, ou celui qui créa la terre et qui la soutient iiiiisi dans sa place parmi les mondes, a bien pu transporter en un instant, du fond de la Judée au milieu de l'Europe, Ihumble édifice où la Vierge Marie fit sa demeure et oii le nouvel Adam fut conçu dans un sein immaculé ! Sans doute, dit-on, Dieu l'a pu, mais l'a-t-il voulu ? — S'il l'a pu pourquoi ne l'aurait-il pas voulu ? Autant vaudrait s'inquiéter de savoir pourquoi la sainte Maison s'est arrêtée là où elle est, i)lutùl qu'ailleurs ! 11 fallait bien qu'elle fut (pielque part. Dieu a pu nous la donner, aucune tête intelligente n'en fera lobjet d'un doute. — Il l'a voulu : des saints nous rallinnent et parmi eux saint Nicolas de Tolentin, lune des gloires de l'ordre de saint Augustin; saint Ignace de Loyola et saint Alphonse de Liguori. L'Eglise, sans nous en faiie un article de foi, veut bien nous l'attester et nous le croyons pleinement. Nous le croyons, parccquo Dieu lui-même honore sa Mère et veut |)our notre l/ien et pour notre salut, que nous l'honorions ; parceque sa bonté nous doiuiant loccasion de faire un grand acte de foi et d'hommage envers Marie, nous donne aussi le moyen d'obtenir, |);m- l'inlerce-ssion de cette

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