I.A SAINTE MAISON A TEnSATO
assurent qu ils n Vjnt rien écrit qui ne soit entièrement conforme aux monuments historiques de cette mémorable époque (*) : le pèrePasconius.do l'ordre de saint François, qui a publié le Triumphus coronatœ Régime Tersallensis, fait sur les archives conservés dans son couvent à Tersato ; Giorgio Marotti, évêque dePisino en Istrie, dont nous avons une dissertation apologétique divisée en trois parties, intitulée : Apologia pro Deipara Tersaltina, et dont Benoît XIV fait l'éloge.
Andricomius, dans ses interprétations sur l'Ecriture Sainte, dit entre autres de Nazareth : Les apôtres après l'Ascension du Christ, ont consacré par des cérémonies rel^ieuses la Maison de la bienheureuse Vierge Marie, où elle conçut, comme l'ange le lui avait annoncé, le Sauveur du monde, et y ont souvent célébré les divins mystères.
Thomas a No varia, supérieur du couvent des Franciscains à Jérusalem, raconte, dans les relations historiques de son ordre, qu'ayant obtenu en 1620, du prince de Sidon, l'emplacement où était jadis la Maison de la très sainte Vierge et le temple élevé par l'impératrice Hélène, mère de Constantin le Grand, il fit déblayer le terrain en présence de plusieurs témoins fort respectables, et trouva les anciens fondements de la Maison de Lorette. Ces fondements, couverts de blocs de marbre par les chrétiens de ces temps, avaient une épaisseur de deux palmes. Ayant mesuré ces fondements ils les trouvèrent en tout conformes à ceux de la Maison do Lorette, ce qu'ils attestèrent unanimement (**).
Le cardinal Baronius dans son histoire ecclésiastique (adann. Dom. IX.) parle de la chapelle de Lorette en ces termes-, «i cette sainte Maison, dans laquelle la très sainte Vierge reçut 1 heureuse
{*) Ex arch. Tersall. (Murri cap II.)
(**) Anlonius Gonzalcs, religieux de l'ordre do saint François à Hetliléëin dans son voyage de la lerrc saiiile éeril en llaniand : lliei iisalomsche reyse van den Kerw. Pater Anl.Gonzales Antw. I(>7ô.Liv. lll.ehap. XXV, pag 77i>.
478 SOUVENIRS DITALIE.
nouvelle de llncarnation du Verbe, non seulement existe encore aujourd'hui dans son intégrité, par l'effet d'un grand miracle, mais arrachée par le ministère des anges aux mains des infidèles, elle a été transportée d'abord dans la Dalmatie, et ensuite sur le territoire de Lorette, enclavé dans la province d Ancône. Monument noble et précieux de l'antiquité, que tout le monde catholique honore et vénère ! L'on ne saurait douter de ce prodige, quand on se rappelle cette parole de l'ange : « Rien n'est impossible à la puissance de Dieu. » Jésus-Christ lui-même a prédit que la Foi chrétienne avait la force de transporter, par un simple commandement, les montagnes d'un lieu à un autre. Plusieurs saints ont réalisé cette promesse, entre autres le grand saint Grégoire, surnommé le thaumaturge. Plusieurs autres miracles du même genre sont rapportés par des auteurs dignes de foi, mais il n'est pas nécessaire de nous arrêter à ces considérations. Les envoyés, députés à Nazareth pour l'examen des lieux, ont contempléde leurs yeux l'ancien sitede la Maison et ont trouvé dans les mesures une exactitude parfaite ; les habitants requis d attester la vérité. Ion fait sous serment. Mais ce n'est ici qu'une courte digression : notre intention n'est pas de raconter en ce lieu l'histoire d un événement établi par des arguments si solides. '• (*)
Erasme de Rotterdam qui n'est que trop fameux pour son penchant vers le protestantisme, dont il désavoua pourtant les excès, et en faveur duquel il ne se prononça jamais formi^llement, composa sur la demande de Tibaud Biétricius, curé d'une paroisse du diocèse de Besançon.une messe accompagnée d'un discours pratique sur le culte de la très sainte Vierge. Cette messe qui inspire une tendre dévotion envers la divine Mère, fut approuvée par Antoine de Vergey, archevêque de Besançon, qui accorda une indulgence de quarante jours à ceux qui la célébreront. Dans l'acte d'approbalion on remarque les paroles suivantes : « On ne saurait douter que,
(•) Canisius de sancla .Maria Deipara lit». V. < i|> \\\ .
LA SAIMK MAISON A TEHSATO 479
parmi les diiTércnts ordres de saints, il ne soit dû un honneur principal à la Vierge Mère, dont le nom seul comnmnif|ue au\ ùmets pieuses je ne sais quoi de doux et de consolant. Il ne nous appartient pas d'examiner comment Dieu choisit tel ou tel lieu pour y montrer perses saints sa puissance et sa gloire. C'est un devoir pour notre piété de le romcrcior pour les bienfaits qu il nous accorde, de quekiue manière qu'il les répande sur nous. Ces rai.sons et beaucoup d'autres nous ont engagés à approuver la messe ou liturgie composée en l'honneur de l'illustre Vierge de Lorette^ si renommée par ses grands et nombreux miracles. » (*)
Les souverains pontifes n'adoptèrent pas sans examen préalable tout ce qu'on rapportait d'extraordinaire sur la translation de la sainte Maison. Clément VIII y donna en 1592, une certitude nouvelle en députant trois de ses camériers d'abord à Lorette, puis en Dalmatie et enfin à Nazareth, pour examiner soigneusement les lieux et consulter les traditions des peuples. Les larmes des Dalmates, les aveux des Orientaux, l'exactitude des mesures, la similitude des pierres, dont deux furent rapportées par un des envoyés tout concourut également à confirmer la translation et à rassurer la piété des peuples. (**)
Sixte V, élu souverain pontife en 1585, considérant que Lorette était célèbre par toute la terre et qu'elle renfermait dans son enceinte une insigne église collégiale sous l'invocation de la bienheureuse Vierge Marie ; considérant aussi combien était vénérable cette église, au milieu de laquelle s'élevait l'auguste demeure consacrée par les divins mystères, où cette Vierge pure est née, a été saluée par l'ange et a conçu du Saint Esprit le Sauveur du
(*) Ilist. crit.et relig. de Notre-Dame de Lorellc par M.CailIau,prèlre de la Société de la miséricorde.
(**) Turscll. Hisl Laur. lib IV. — .Murri. rel. stor. délia (",asa sanla cap.\ . — flisl univ. toru.XlX pag ô.lS.par M Tahlié Uolirbaclier, docteur en théologie deruniversilé catholique de Louvaiiiel professeur au séminaire de Nancy.
480 SOLVE.MIIS D ITALIE.
monde ; considérant que cette Maison avait été transportée dans ce lieu par le ministère des anges, que des miracles s'y opéraient tous les jours par Tintercession et les mérites de cette puissante patronne et que les fidèles serviteurs de Jésus-Christ y accouraient de toutes les parties du monde, pour y satisfaire leur dévotion, éleva Lorette au rang de ville (*).
Benoit XIV, un des plus grands Papes qui aient illustré le Siège Apostolique, surtout célèbre pour ses éminentes vertus et ses connaissances profondes, a prouvé dans son ouvrage -. De festis B. M. Virginis la vérité de la translation par des documents historiques des hommes les plus instruits. Il cite les témoignages suivants :
Pierre Valèrc Mantorelli, évêque de Monte-Feltro , dans son ouvrage Theatrum sacrœ domus Lauretanœ, fait connaître les paroles de ceux, qui dans un examen solennel sur cette grave question ont affirmé qu'ils tenaient la vérité de cette translation de leurs ancêtres, témoins oculaires de ce prodige. (**)
Les Bollandistes, partout célèbres par leur vaste savoir et leur juste critique, après avoir expliqué la translation de la sainte Maison en Dalmatie sur le lieu qui se nommait alors Fiume et depuis à Lorette, s'expriment en ces termes-. <i On voit dans ce temple la sainte demeure de la bienheureuse Vierge, où elle fut saluée par l'ange Gabriel et où elle conçut, par le saint Esprit, /e Verbe éternel, le fils de Dieu incarné dans son sein. Le 10 décembre, anniversaire de la translation de cette Maison de Marie, est un jour .-sacré. Nous y avons célébré le saint sacrifice de la messe ( I G60) et nous y avons tout examiné avec un soin scrupuleux.
Si 1 on veut connaître combien Papebrochius, {***) jésuite érudit
(*) Bull. Sixlo V. — Miirri relaz. .si. dclla Ca.sa sanla, cap. V, n 1!». — M.Holirltaclier, Ilisl. uiiiv. loin. XIX, paf^c Ty'ti).
{**) lioiicdicl. \IV dclù'slis B. M. V. ii. CCXlll. - Marilorciliis in llitalrosancla; domus Lauretanœ.
{***) l'a|Kiii(irliius,|)r('lrc <lo la Conipagnifi de Jésu.s, naquil à Anvers où il n)oiirul l'an 1711.
LA SAI.MK MAISON A TKItSATU. iSI
et continuateur des Acta sanctorum a été favorable à cette histoire, on n'a (ju'à lire ses réponses au père Sébastien de saint Paul (*) dans lesquelles il cite pour preuve les paroles de Grégoire Colvenerius tirées de Pancirolius -. Thesauri absconditi urbis Romœ. «i La Maison de la bienheureuse Vierge qui est maintenant à Loretta, fut transportée de Galilée en Dalmatie vers ran1291 et de là en Italie. (**) »
Natalis Alexander, un des plus profonds critiques de son époque, s'exprime ainsi dans son histoire ecclésiastique : <i La Maison de la sainte Vierge, dans laquelle elle conçut le Fils de Dieu selon la promesse de l'ange, fut transportée par miracle de la Dalmatie sur le territoire d'Ancône dans un bois de Récanati, appartenant à une pieuse dame nommée Laurette, d'où elle a tiré son nom: de là elle a changé trois fois de place dans l'espace d'un an par la même opération divine. '> Ce savant historien, cite pour preuve Tursellinus écrivain judicieux de la Compagnie de .Té.sus dans l'histoire de ce pieux .sanctuaire. (***)
Quel homme raisonnable, continue le savant pontife Benoît XIV. refuserait de ranger parmi les critiques Théophile Raynaud, Baillet, Honoré de sainte Marie, Graveson, Guido Grandus, Calmct. Muratori, auteurs non moins sincères que savants et dont il suffit d'avoir lu les ouvrages pour savoir qu'ils ne dissimulent jamais les difficultés dans les matières qu'ils traitent. Théophile Raynaud, dans le huitième tome de son ouvrage intitulé Antemuralc adversm fortia ingénia pag. 144, déclare qu'il est singulièrement scandalisé de voir s'élever parmi les catholiques des controverses sur ce sujet, après que Vergerio, Hospinien et les autres partisans de Luther et de Calvin, qui se .sont efibrcés d'ébranler la vérité de cette his-
(*) Bencd. XIV, de fcslis B. M. V. pari II. folio 484.
(**) PapebrochiiKs in responsione ad arl. \W do chrotuilosia carm«'- Iilarum,§189.
(***) Bened. XIV, de foslis B. M. V. pari. II.
iSi SOUVENIRS DITALIE.
toire, ont été victorieusement réfutés par Canisius, Turrianus et Gretseniiis ; voici comment il résout l'objection de ceux qui voudraient prétendre que la structure de cette chambre n'a rien de syriaque, u La maison de Loretta est construite, dit-on, en briques et toutes les anciennes maisons dans le voisinage de Macérata sont bâties avec les mêmes matériaux. Ce n'est pas argumenter, c'est se moquer ! Quoi ! c'est avec de pareilles objections que l'on veut attaquer cette inébranlable chose que de calomnier les murailles de la sainte Maison pour faire croire qu'elles n'ont pas le goût de la structure syriaque? Non, les murs de la sainte Maison de Lorette ne sont pas en briques ; ils sont en pierres ; moi-même dans deux pèlerinages que j'y ai faits, je les ai examinés avec soin et me suis convaincu du fait par le toucher. Il est confirmé par Marie Suarez, évêque de Vaison qui, après s'être assuré de la vérité par une sérieuse étude, m'a autorisé à fortifier mon assertion par son témoignage. (*)»
Le savant Raillet, cité par les Bollandistes comme critique outré {lij/peirriticus) {**) dit dans sa dissertation sur la Maison de Lorette et sur la grande afïluence des fidèles qui s'y rendent de toutes les parties du monde, que tout ce qu'Horace Tursellin, prêtre de la Conjpagnie de Jésus, a écrit dans son élégante histoire sur cette translation prodigieuse, repose sur des preuves solides. Si Haillct eut trouvé un seul point qui put tomber sous sa criticpie^ il n'eut point donné un si éclatant témoignage des faitsde cette histoire (***).
Ilonoié de sainte Marie {de rcgiil. crit. t. 2. lih. Ill.diss. 1.) défend aussi cette histoire, et rapporte surtout \r frémissement divin qui s'(''lève dans 1 àme, <\l's (pie l'on oiitr(! dans la sainte Chapelle
(*) ncneil. \IV, <lc Ccsli.s 11. M. V. parle II, ii. ûll.
(**) fiCS noilamii.sicsrappcllciil un criliquo outré, ri i"(»ii ne |mmi( di.s- • niivciiir (pic [(liisiciiis de ses observations naieiil un air «le ralliiierie, qui liciil (te la eliicaiie. (de Keller. Diet. Iiisl. arl. liaillel.)
(***) iîeiied. \|\ , de Icslis H. M. V. pari. 11.