FRANÇOIS JACOBI, MAÎTRE DES ACTES
Lieu du sceau de la ville. (**)
Depuis l'instant fortuné oii la sainte Maison de Marie fut fixée ù Lorette, les fidèles y trouvèrent une source abondante de prodiges et de grâces. Les miracles continuellement opérés démontrent combien le Seigneur voulut augmenter la gloire de ce saint asile.
Il n'est donc pas surprenant que tant de personnages respectables, attirés par le récit des mer\'eilles inouies, soient venus des contrées les plus éloignées dans ce lieu saint, pour y ofTrir l'hommage de leur piété, de leur respect et de leur vénération. Il n'est pas étonnant non plus que les Souverains Pontifes aient accordé à ce sanctuaire tant de privilèges, tant dindulgences et qu'ils lui aient fait de si grands présents.
Cependant les cruels désastres, suscités en Italie par les factions des Guelfes et des Gibelins et la translation du saint Siège à Avignon, ralentirent longtemps le zèle des Souverains Pontifes pour la sainte Maison de Lorette. Depuis ce temps ils prirent ce sanctuaire sous leur protection spéciale.
(') Wantorclli (l'icirc \'alcrc), palricc d'Osiino cl ancien cvcquc ilo Monlc-rdlro, dans son Thcalrum Uoinus La ni. lomc I, pag.oO, imprime à Rome en 175i! en italien et en lalin.
Celle intéressante lellre, écrite sur parchemin et gardée dans la famille des Antici, lut copiée devant témoins, lan 1674, le iiO juin, par Dominique lUscia, notaire impérial, qui a signé la pièce comme aullienlique avec Antoine Jiassi et Joseph l'ercivalle.
('*) Sur ce sceau on voyait au milieu un lion leiiaiii une épée et autour ces mots : Sceau de liécanati.
496 SOI VEMRS D ITALIE.
Il est impossible d'énumérer les riches présents que les Papes ont offert à Notre-Dame de Lorette: ces dons sont un témoignage authentique non seulement de leur munificence, mais aussi de leur grande piété.
L'exemple des Souverains Pontifes fut suivi par un grand nombre de personnages les plus distingués par leur piété et le rang qu'ils occupèrent ou dans 1 Eglise, ou dans le monde. Des monarques et des familles princières vinrent abaisser à Lorette leur grandeur royale devant la Reine des cieux. Des cardinaux (*), cortège auguste des Souverains Pontifes, venaient avec non moins d'empressement offrir leurs hommages à la sainte Vierge de Nazareth.
Tant d'empressements pieux, tant de témoignages de la libéralité religieuse, ne peuvent être que l'elTet de la persuasion la plus intime et prouvent que le sanctuaire de Lorette a toujours été reconnu pour la vraie Maison de Marie à Nazareth.
Cette persuasion est fondée non seulement sur la translation de la sainte Maison de Tersato dans le Marche d'Ancône, mais aussi sur le témoignage des Dalmatiens envoyés à Nazareth pour reconnaître la vérité du fait, témoignage appuyé sur celui des seize députés, choisis parmi la noblesse de Récanati et confirmé par la déposition des trois chambellans, que Clément VIII y envoya avec ordre de tout observer soigneusement. C'est donc à juste titre que le savant Tursellin avance : ><■ qu'il n'est pas possible de douter d'un événement aussi certain, ù moins qu'on ne doute en mémo temps de la puissance et de la providence de Dieu même, et qu on ne veuille absolument détruire la foi f|ii(' Inn doit aux témoignages des hommes. >
(*)Nous aimons à citer parmi cuxS.E. le cardinal Slcrckx,archcvoquc de Vlalines cl primat de la liel^^iquc. En quiltatil Rome, après l'éleclloii (If Sa Saiiilclr i'ie l.\ lo(iraii<l, il visita dans le coiiranl du mois (laoïil ISiO, la sainte Maison de l.orelte, y otl'ril le saeriliee de la messe cl drjMisa sur laulcl dr la sainle Slaison un riche don en témoignage (le sa tendre déxolion envers la llt-inr des animes, palromie s|M'-eia!e df imlrr pairie.
L\ SAIMt MAISON \ l.OUKTTi:. 497
Lu divine Providence, qui depuis plusieurs siècles prend un soin particulier i]r nous conserver un monument si digne de vrnériition prouve évidemment que ce sanctuaire est 1 objet de ses complaisances. L'antiquité, la magnificence, leculte,la tradition, les présents mairnifiques, l'allluence des peuples les plus éloignés, tout concourt à constater que ce gage sacré, confié à Lorette, est un don qu'elle a reçu de la main de Dieu même.
Tant de |)rcuves enfin, tant de témoignages des personnes les plus savantes et les plus respectables devraient fermer la bouche aux critiques incrédules, (jui, séduits par un esprit de contradiction et de malignité, voudraient tenter d'obscurcir la gloire de la Maison de Lorette. Ce n'est pas par des objections superficielles et systématiques, ni par des sophismes qu'on peut faire douter de la véracité de la translation de cette Maison, indubitablement habitée autrefois par la très auguste Mère de Dieu, Maison, où le Verbe divin s'est incarné pour le salut du genre humain, Maison où a vécu et où a été élevé le Souverain Maître de luniveis.
Gloire immortelle à Jésus-Ci iiisf.notn^Sauvem- età sa très sainte Mère.
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CEREMONIES DE LOI VEinilU: lU JllllI.F.
Quelques auteurs font remonter l'institution du jubilé chrétien au temps des upotres. Zaccharia (*) prétend qu'on en a célébré deux dans le premier siècle. Mais le premier jubilé, dont la date n'est pas douteuse, fut solennellement établi à Home par Boniface VIII, en 1300 ; chaque siècle, l'Eglise ouvrait ses trésors spirituels en faveur de ses enfants. Clément VI, considérant la brièvet»' de la vie humaine, fixa le retour de l'année sainte à chaque demisiècle et, quoique résidant à Avignon, il lit célébrer le jubilé à Rome. En Io30, Urbain VI en autorisa la célébration à chaque période de trente-trois ans, en considération des annc'cs ipie Jésus-Christ avait [»assées sur la terre. i\iul 11, voulant ([uc; tous les âges pu.ssent jouir duri avaiitiii:*' spiiilucl si pici'icux. Ii\a la céh'bration du jubilé à chaque quart de siècle ; celle dis|K)sition a été depuis fidèlement observée.
(*) Trait. (Icir uiiiio saiilo.
CKRKMOMF.S l)F. 1, Ol VF.IITI HK I»l Jl Itll L. Wi
Le jour de la f(Hc de l'Ascension qui précède Theureux temps de l'année sainte, le Pape, accompagné des cardinaux et de tous les dignitaires de sa cour, se rend dans la salle royale du Vatican. Là un des prélats Abréviateurs, en chape, reçoit le pouvoir de publier la Bulle pour la promulgation du jubilé de l'année suivante. L'original de cette Bulle est remis au prélat par le Substitut des brefs, en présence du gouverneur de Rome, du trésorier, du clerc de la Chambre Apostolique, entouré des censeurs pontificaux. Ces prélats se rendent dans le portique de saint Pierre, ou, montant sur une chaire richement ornée de teintures de brocart, labréviateurlità haute et intelligible voix la bulle, écrite en latin. Au.ssitôt que la lecture est terminée, des corps de musique militaire exécutent de brillantes fanfares et des salves d'artillerie, tirées sur la place Saint-Pierre, annoncent la promulgation du décret. Les prélats remontent ensuite au Vatican pour assister à la chapelle papale. Les censeurs, après avoir affiché un exemplaire de la bulle à une des colonnes du portique, montent à cheval . ils tiennent Icui- bâton d argent appuyé sur l'arçon de la selle : l'un deux porte la bulle ouverte, attachée par des cordons de soie rouge. Précédés par des tambours et des trompettes, ils se rendent dans les Basiliques : reçus sous les portiques par le clergé, ils lisent sur dos chaires qu'on y a élevées, la bulle du jubilé, qu'ils affichent ensuite sur une des colonnes ou sur les murs extérieurs. Le soir, après vêpres, le premier bénéficier de l'ordre des diacres lit dans chacune de ces Basiliques, en présence de tout le clergé, cette même bulle, qui est imprimée et distribuée au Sacré-Collége, à la prélature et aux principaux officiers du Saint Siège.
Le quatrième dimanche de rA\ent de la même année. on renouvelle avec les mêmes cérémonies la publication de la Bulle du jubilé. Alors le Pape désigne, en consistoire secret, les trois cardinaux-légats qui doivent ouvrir et fermer les portes saintes des trois Basiliques de saint Paul hors Hes murx, de saint Jean de Latran et de sainte Marie Majeure
.■)00 SOUVENIRS DITALIE.
La veille de Noël, le Pape suivi des cardinaux, des évéques, des abbés mitres, des pénitenciers, des prélats, des protonotaires apostoliques et des généraux des ordres religieux, portant tous des cierges allumés, se rend à la chapelle Siœtine, oii le saint Sacrement est exposé. Le saint Père, recevant du sous-diacre assistant le grand cierge doré, entonne le Veni Creator, que chantent alternativement les chapelains-chantres et le chœur. Alors la procession se dirige vers le'portique de la Basilique.
Arrivé devant le trône, dressé près de Vàporte sainte, \q Pape descend de la Sedia, monte au trône et pendant que le chœur chante la dernière strophe de Ihymne, les cardinaux assistants ceignent le Pontife du grémial d'étoffe blanche. Alors le Pape se place devant \di porte sainte, remet son cierge au cardinal-diacre, prend des mains du cardinal-pénitencier un marteau d'argent et donne trois coups de marteau sur la porte en chantant les prières prescrites jiar le Pontificale Romanum. Dès que la porte est percée, (*) le Pape remonte sur son trône ; ensuite on la démolit entièrement, afin de rendre le passage libre et le chœur continue à chanter des hymnes de jubilation.
Le Pape portant la mitre descend du trône; arrivé devant la /wr/e 5ai«te/d se découvre et reçoit du premier cardinal-diacre la croix patriarchale, qu'il tient de la main droite, landi.s ipie le second cardinal-diacre lui donne le cierge allumé, qu'il prend de la main gauche et entonne ensuite le Te Denm, que le chœur continue. Après le premier verset, il franchit le seuil et entre dans la iJasiTKpie, suivi de tous les dignitaires de rKglisc.
Le Pape, monté au trône clexc (li'\aiit la ciiaiic de saint Pierre, entonne sojeniiclicmeiit les vêpres, (|ui niar(|uent ii* counnencementdes indulgences de Tannée sainte. Apiès les vôprcs. le souverain pontife donne la bénédiction pontilicalf
^*) Les |i.iiiiic.Mi\ (II- la |»(iilc S(»iil «'•caiirs (l'.ivamc (M des ouvriers maçons, places dcrriùro, faeililciil la elmlc "lii mm dr rlAlurc.
AKCS DE TIIIOMI'IIK. .JO I
Lannéo suivante, à pareil jour, a li(!U la clôture du jubilé le Pape ferme la jjorle sainte de la Basilique de Saint Pierre et les ldi<ats a latere désignés pour exercer ces fonctions, vont les remplir dans les autres liasiliques, oii le même ordre de cérémonies s'observe pour la clôture des portes saintes.
Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici (jue les années jubilaires appelèrent autrefois à Rome une foule innombrable d étrangers et de pèlerins. Des rois, des princes, des personnages éminents, s'y rendaient pour 1 édification des peuples. Au jubilé de 1475. on vit arri\ er à Rome le loi de Naples^ celui de Danemarck, le duc de Saxe et plusieurs autres princes : à celui de 1575, ouvert par Grégoire XIII, accoururent les princes de Bavière et le saint archevêque de Milan Charles Borromée, qui lava les pieds aux pèlerins et les servit à table. On comjjtait que pendant la célébration des anciennes années saintes, il se rendait toujours à Rome un million de pèleiins. (voir Moroni, storia délia capella papale .)