MOIS DE MARIE
que réclame ma pauvre existence. Vous avez compté les orages qui ont grondé sur ma tête ; vous savez combien mon cœur s'est brisé au souvenir des afflictions de ce monde. Si la divine Providence me réserve encore d'autres épreuves, je me soumets à ses saints décrets ; mais, o ma Mère, assistez-moi, protégez-moi ! Depuis longtemps j'ai immolé mon cœur sur l'autel de votre amour; vous savez ce qu'il voudrait faire pour attirer tous les hommes à votre service ; mais vous connaissez son impuissance ; je vous en prie, 0 Vierge sainte, tenez compte de ses faibles désirs ; mon sacrifice, cest le sacrifice d'un enfant à sa mère ; car vous êtes ma mère, et je suis votre enfant !
En sortant de la cathédrale, notre cicérone nous conduisit à léglise du couvent des religieuses pénitentes du tiers-ordre de saint François, dites comtesses. Ce beau temple est surmonté d'une coupole magnifique, construite sur les dessins du célèbre Bramante. Dans ce sanctuaire se voyait jadis le fameux tableau de Raphaël, si connu sous le nom de Vierge de Foligno. Pendant les guerres de l'Italie il fut transporté en France et aujourd hui il fait un des plus beaux ornements du musée du Vatican.
Ce tableau était un don de Sigismond de Comitibus, dont la nièce était religieuse dans ce couvent. Il représente, au milieu des nuages, la Vierge et le divin Enfant entourés d'une auréole, ayant sous les pieds un arc-en-ciel. Au bas de la peinture, on voit saint Jean qui montre du doigt Jésus-Christ et sa sainte Mère; puis saint François en prière, un cardinal à genoux et saint Jérôme. Au milieu du groupe se trouve un petit ange qui des deux mains tient une table. Le ciel du tableau est d'un gris foncé -, l'ensemble laisse voir des dispositions trop symétriques, défaut que Raphaël avait contracté à l'école du Pérugin et dont il se défit plus tard ; la tête de la sainte Vierge et celle de saint Jérôme sont de vrais chefs-d'œuvre -, la draperie est belle ; la tête de l'ange montre qu'elle est sortie d'un pinceau de maître. Du reste, toute cette toile est d'un coloris frais et magique, et sous ce rapport elle peut-être rangée parmi les plus
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belles productions de cet homme qui na enfanté que des chefsd'œuvre. Nous eûmes l'avantage d'admirer ce magnifique tableau dans les galeries du Vatican .
Foligno possède un établissement de bienfaisance destiné à recueillir les pauvres filles errantes ; on lui a donné le nom de casa pia. Dans ce charitable institut, ces pauvres enfants sont l'objet continuel d'une tendre sollicitude à laquelle rien n'échappe. Sous la direction de pieuses maîtresses, elles sont formées à une vertu solide et instruites dans tous les ouvrages propres à leur sexe.
Les bornes des l'ues de cette ville sont partout ornées de madones, devant lesquelles le pauvre adresse en passant une prière ; une mère y porte son enfant et une jeune fille y laisse un bouquet de fleurs nouvelles.
Foligno éprouva en 1832 les secousses d'un tremblement déterre, qui l'ont beaucoup endommagée. Sa population se compose de riches négociants, d'artisans laborieux et decultiAateurs, dont l'intelligence et l'activité devraient servir d'exemple au reste de l'Italie. Ses fabriques de papeteries et de cire, ainsi que ses manufactures détoffés de laine et de soie sont très florissantes. La foire, qui s'y tient en avril et qui dure un mois, est des plus fréquentées ; elle alimente le commerce et contribue beaucoup à répandre une certaine aisance parmi les habitants de cette ville, où on rencontre rarement des mendiants. L'évéque Antoine Bettini établit à Foligno un mont de piété, et son ouvrage intitulé // monte di Dio, imprimé à Florence en 1477, est le premier où l'on ait vu des gravures en taille douce.
Dans Foligno, comme presque partout en Italie, le jeu est une passion populaire ; chaque classe de la société a un amu.sement qui lui est propre. La loterie est celui du peuple qui s'y livre sans frein ; toutes ses pensées, toute l'application de son esprit ont pour objet l'espoir ou la crainte de voir sortir son numéro de l'urne fatale, où la modique fortune de l'artisan ne vient que trop souvent s'engloutir. Les bureaux sont continuellement encombrés d'une foule de