LOTERIE
gens, dont l'extérieur prouve que pour satisfaire cette passion , ils se dépouillent du denier qui devrait servir à leur entretien. Le produit des loteries s'emploie à doter les filles pauvres et à faire d'autres bonnes œuvres. Cette sage mesure fut prise par le grand Benoît XIV. Ce judicieux pontife, voyant que son peuple courait dans des pays limitrophes risquer son avoir au jeu de hasard, crut qu'il serait prudent de faire tourner à l'avantage de la classe nécessiteuse de ses Etats les fortes sommes que des étrangers enlevaient à ses sujets qui se laissaient égarer par une si déplorable passion.
C'est pour cette raison qu'il toléra la loterie, abolie par Benoît XIII ; mais, en même temps, pour ménager le bien public et la fortune des particuliers, il limita les chances des pertes en fixant les mises de chaque numéro et de chaque série ; en outre il obligea le fisc à donner aux gagnants un surcroit de quatre-vingt pour cent.
Les numéros sortent de l'urne fatale deux fois par mois à Rome, et une fois les deux autres semaines alternativement à Bologne, à Pesaroou à Ancône.
Le tirage se fait à Rome dans le palais de la Curia Innocenziana, (*) situé sur la place il/onte Citorio. C'est du balcon de ce palais qu'on annonce à une foule agitée, les numéros sortants. En attendant la cérémonie de ce tirage, un peloton de fusiliers est placé au pied de l'obélisque, qui fait face à l'édifice. "\'ers midi, le prélat délégué et le trésorier arrivent et montent au balcon tendu de tapisseries. A chaque coin se trouvent des valets du Saint-Père en livrée jaune et rouge ; au centre sont le prélat et deux officiers de la loterie ; ensuite un orphelin est chargé de tirer les numéros de l'urne. L'heure sonnée, l'urne d'argent, garnie d'une serrure pour empêcher la fraude, est placée sur la table. Pour faire voir qu'on n'abuse
{*) Ce superbe palais, où l'on rend la justice, et où se lient la lolerie, doit son nom au Pape Innocent XII, qui Tacheta de ia famille Ludovici.
y8 SOLVENIRS DITALIE.
pas le peuple, l'an des officiers de la loterie prend 1 ïirne entre les mains, la tourne en tous sens, tandis que des militaires exécutent des fanfares dans des salles attenantes. L'urne replacée sur la table, un officier civil prend la clef, la montre à la multitude ; le prélat lève le couvercle et lorphelin, montant sur une estrade, prend Dieu à témoin de la candeur de ses intentions, fait voir au peuple sa main libre qu il met aussitôt dans lurne et en retire cinq numéros l'un après lautre. A chaque extraction, on agite l'urne. Après la sortie des cinq numéros la foule immense joyeuse, triste ou indifférente quitte la belle piazza di monte Citorio.
La route qui conduit à Assise traverse une campagne riante et bien cultivée, que l'on appelle avec raison le jardin d'Italie, // giardino d'Italia.
Nous passâmes par l'antique ville de Spello peu distante de Foligno. Quelques historiens pensent^ mais sans fondement, qu'elle est la patrie du poète élégiaque Properce. Ils appuient leur assertion sur la découverte d'un tombeau faite en I7i2, sous une maison encore appelée la maison du poète. Cet édifice a donné son nom à la rue qui sert de promenade (*) .
La ville a été fort ravagée par le même tremblement de terre qui ébranla Foligno ; on y conserve des restes précieux d'une haute antiquité romaine, entre autres une porte de Vénus, /)o;Yrt </i Vénère. A côté dune autre porte antique, faisant partie d'un mur longeant la route de Rome, est un 2,vos pludus de pierre, sur lequel se trouve sculpté un singulier distique qui rappelle effrontément la gloire fabuleuse et les exploits de Roland.
Orlandi hic Caroli Magni metire nepotis Insentes artus -. cîetera facta docent.
(*) riiaqiio ville dllalic a toujours une rue ,spéei;ilem('iil dosliiiée à la promenade, el qui reçoit le |)lii.s souvent la (léiioniiiialioii ilo Corso ; 0(1 peut la considérer comme le rendez-vous favori des lialùlanis.
SPELLO. (M.)
Au-dessus de ces vers on montre uu voyageur la liaulour démesurée de la taille du géant et l'on prétend même indiquer l'impression du genou qui est très élevée. Les traditions populaires et l'imagination italienne font de Roland, l'Hercule du moyen-ûge ; elles ont multiplié ses traces, ses souvenirs, ses exploits assez analogues à ceux du héros antique, et l'Arioste ne fut que le brillant interprète de ces diverses traditions, chantées, répétées depuis plus de six siècles (*).
Spello fut saccagé en 1529 par Philibert, prince d'Orange. Ce général, qui était au service de l'empereur, marchait alors sur Pérouse, pour en chasser Malatesta Bagliono, à la prière du pape Clément VII. Le pape Paul III fit ensuite abattre les murailles qui depuis lors furent relevées de leurs ruines.
La campagne qui sépare Spello d'Assise a toutes les beautés d'un pays où le travail sait tirer du sol, déjà fertile de sa nature, une moisson des plus abondantes. Nous nous plaisions à regarder les bons campagnards, qui dans le lointain faisaient tomber sous leurs faux les gerbes d'un blé déjà mûr , tandis que d'autres moissonneurs, chantant des airs nationaux, regagnaient leurs foyers.
Le jour était à son déclin avant notre arrivée à Assise. La lune montait brillante derrière les cimes des arbres et nous promettait une belle nuit. Peu à peu les étoiles vinrent se ranger autour d'elle, au milieu d'un ciel sans nuages. Si l'on excepte quelques endroits où l'astre de la nuit fai.sait descendre ses pâles rayons, la ville était toute enveloppée dans l'ombre.
Que les nuits sont belles en Italie ! Que la température y est délicieuse! Quelle jouissance en ce beau pays de respirer cet air si doux et si rafraîchissant, après un jour de chaleur ! On se croit dans un bain parfumé ; la nature, languissante pendant la journée, renaît le soir, elle s'embellit encore, s'il est possible. Le vague que produit en outre la pâle clarté delà lune, la rendant plus mystérieuse, en
(*) Valéry, voyages eu Italie, liv. W I!, rh. Ili.
augmente les charmes. Une douce mélancolie s'empare de l'esprit : on croit voir des ombres légères voltiger dans lobscurité, paraître et disparaître sous les arbres touffus ; le ciel est parsemé d'étoiles scintillantes, les vents retiennent leur haleine, le zéphyr seul de son souffle inconstant vient effleurer les corps et retourne ensuite dans les airs pour se rafraîchir lui-même.
En approchant d'Assise nous entendîmes les sons harmonieux de la cloche du couvent^ avertissant les religieux de saint François de se rendre au chœur pour chanter les divins offices. La prière, qui veille ici-bas dans le temple de Dieu comme les étoiles dans le ciel, allait donner une voix à l'hymne silencieux de la nuit.