‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 3 sur 134 · DEUNIÈUK VISITE A SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

DEUNIÈUK VISITE A SAINT PIERRE

faut \oir plusieurs fois ce beau temple, l'exurniner dans tous ses détails, pour comprendre la grandeur de l'idée, la hardiesse de l'entreprise et l'exactitude de l'exécution. Que de fois nous y sommes revenus ! que de fois nous l'avons examiné en détail ! que de fois nous y avons prié !

En entrant dans l'église, on remarque, à droite au bout de la grande nef,la statue en bronze de saint Pierre, levant la main droite pour bénir et tenant dans l'autre les clefs de l'Eglise. D'après les archives de la Basilique, ce fut saint Léon qui fit faire cette statue lors de la délivrance de Rome menacée par Attila.

Au-dessous de la majestueuse coupole s'élève l'autel papal, isolé et tourné vers l'Orient, appelé la Confession de saint Pierre, nom admirable donné par le génie chrétien à l'autel des martyrs. Le Pape seul y célèbre la sainte messe, ou celui qui est délégué par lui et alors cette exception est annoncée par une Bulle qui reste affichée à la porte et dans l'intérieur de l'église pendant la célébration des saints mystères. Le tabernacle qui décore ce sanctuaire est colossal, précieux et de forme antique. Le dais qui le couronne est de bronze doré; il est en forme de baldaquin et soutenu par quatre colonnes torses du même métal. Des quatre angles de la corniche partent quatre arêtes très élevées dont le point de jonction est couronné par un globe portant une croix. A chaque coin sont des groupes d'anges tenant la tiare, les clefs et autres marques distinctives du souverain pontificat. Cette admirable composition, le plus grand ouvrage de bronze qu'on connaisse, fut exécutée par Bernini, sous Urbain VIII, dont on voit l'écusson à la base de chaque colonne.

Sous l'autel pontifical on admire le magnifique tombeau qui renferme les corps des Princes des apôtres devant lesquels brûlent nuit et jour cent douze lampes que soutiennent des cornes d'abondance en laiton doré. On y descend par deux escaliers circulaires en marbre blanc du plus beau grain. L'intérieur est incrusté de pierres précieuses, orné de festons, d'anges et de statues en bronze d'un travail exquis.

Sur ce glorieux tombeau sont déposés dans une cassette de vermeil les Pallium que le souverain pontife bénit dans cette Basilique la veille de la saint Pierre et saint Paul. Les auditeurs de la Rote ont le privilège de demander dans les consistoires pour les nouveaux Patriarches, Primats. Archevêques et Evéques l'honneur d'être décorés de cet insigne particulier.

En présence des précieux restes de ces glorieux martyrs on est ému jusqu'aux larmes et ce sont les seules paroles que l'on ait pour bénir et pour prier.

En face de la porte de bronze doré on voit la statue de Pie VI. dans l'attitude de la prière. Ce chef-d'œuvre de Canova est noble et plein d'expression. La douceur angélique du visage rappelle les éminentes vertus de ce courageux défenseur de la Foi qui^ à l'âge de plus de quatre-vingts ans, fut forcé par la république française de quitter Rome et de passer les Alpes. Jamais une plainte ne sortit de sa bouche; jamais la douleur de ses infirmités et de sa pénible captivité n'altéra la sérénité de ses traits.

La sublime coupole, la merveille du monde, que le génie seul de Michel-Ange pouvait exécuter, couronne le tombeau des Princes des apôtres. Emule des grands artistes de l'antiquité comme peintre et comme sculpteur, il les a surpassés comme architecte. A l'aspect de cette étonnante création, la reconnaissance se mêle à l'admiration pour celui (jui sut l'élever si haut. On ne peut douter que le Panthéon n'en ait donné la première idée. Les artistes admiraient la masse imposante du temple des dieux du paganisme ; ils paraissaient étonnés que la terre la soutenait. Michel-Ange dit : <: Je la mettrai dans les airs ! i» et il éleva le dôme de Saint Pierre.

Cette immense coupole, dont la hauteur prise du sol est de 426 pieds et le diamètre de L30 pieds, est portée par des arcs ayant pour appuis des pilastres de 206 pieds de circonférence. (*) Au bas

(*) lu seul de CCS pilastres correspond en circonlérencc à (oiilo l'église cl au couvent de sainl (Charles aux quatre fontaines.

DERNIÈIIE VISITE A SAINT l'Il.Hm: H

de ces pilastres sont quatre chapelles, décorées des statues colossales de sainte Véronique, de sainte Hélène, de saint Longin et de saint André. Cotte dernière, sculptée par notre du Quesnoy, est la plus belle et la plus estimée. Ces statues ont rapport à quatres reliques précieuses que l'on montre aux fidèles à certains jours de l'année : le linge avec lequel sainte Véronique essuya la face sacrée de Jésus, sur le chemin du Calvaire ; une grande partie de la vraie Croix que sainte Hélène eut le bonheur de retrouver ; la lance avec laquelle Longin perça le côté du Seigneur et la tête de saint André.

Autour de la base brille, en lettres d or, limmortellc promesse du Sauveur faite au Prince des apôtres :

TU. ES. PETRUS. ET. SUPER. H.\NC. PETRAM. iEDIFICABO. ECCLESIA.M. MEAM. ET.TIBI. DABO. CLAVES. REGNI. C^LORUM.

La coupole toute resplendissante de mosaïques représentant Notre Seigneur, sa divine Mère, les apôtres. les évangélistes, des anges et des saints, vous montre l'EgUse catholique dans sa double hiérarchie de la terre et du ciel glorieusement assise sur la parole de son Fondateur, bravant les efforts de ses ennemis et étendant jusque dans l'éternité son empire qui n'aura point de fin.

Du fameux globe de bronze doré, qui peut contenir jusqu'à seize personnes assises, on jouit du plus magnifique aspect, sur la ville et sur la campagne de Rome. Le signe de notre Rédemption couronne cette œuvre grandiose.

Dans la partie supérieure de la grande nef qui se termine en demi-cercle , on voit le superbe monument appelé la chaire de saint Pierre, exécuté sur les dessins de Rernini. Cette composition est une des plus nobles productions de ce puissant génie. Quatre statues des pères de l'Eglise grecque et latine soutiennent une chaire en bronze doré renfermant celle dont se servit le Prince des apôtres. Cette chaire est en bois, ornée de petites colonnes et de

figures en i^ oire. Au-dessus de ce monument on voit deux anges tenant la tiare Une gloire céleste, composée dune infinité de rayons, placée sur un fond transparent de cristaux coloriés, imitant la lumière, contribue beaucoup à donner de la majesté à cette magnifique tribune.

De chaque côté de la chaire de saint Pierre on admire un superbe mausolée. Celui de Paul TII, sculpté par Guillaume délia Porta, semble un reflet du génie de Michel-Ange. Les deux statues de la Vérité et de la Justice sont toutefois inférieures à celle du Pape. Ce fut ce pontife qui confirma la Compagnie de Jésus. L'autre fut élevé à la mémoire d'Urbain ^'I11 qui lança une bulle contre Jansenius. La figure du Pape est d'une grande noblesse. Les deux statues de la Justice et de la Charité, chefs d'œuvre de Bernini,ont dans les traits l'expression la plus touchante. Le marbre des têtes a certaines taches roussàtrcs qui feraient croire qu'elles sont coloriées.

Toutes les chapelles de cette immense Basilique se distinguent par la richesse des tableaux en mosaïques, par des statues de grands maîtres et par des mausolées, chefs d'œuvre d'exécution. Si l'on peut trouver, dans quelques monuments, des imperfections dans les détails, tout cela s'efface et se perd dans l'imposante majesté de l'ensemble, dans la splendeur de l'unité. On admire cent fois Saint Pierre et on revient toujours pour ladmiier avec un nouvel enthousiasme. Ce qui frappe le plus quand on voit les premières fois ces chapelles, c'est qu'elles paraissent grandes comme des églises et à mesure qu'on s'en éloigne, elles rentrent, pour ainsi dire, dans les proportions convenables et sont de nouveau chapelles aux yeux de l'observateur.

Dans une de ces magnifuiues chapelles on distingue la statue de la sainte Vierge tenant son Fils mort entre ses bras. Ce groupe d'une grande beauté est estimé comme un des chefs d'œuvre de Michel-Ange. L'expression de la doulriir de l,i (li\ iiic Mère est si vive quon la partage.

Parmi les ornements qui décorent la (liapcllc du saint Sacre-

i)EHMi:nK visin: \ saint l'inniu-: V.i

ment, on romarque un ricluî tabernacle en bronze doré, incrusté de lapislazzuli, construit en forme de temple rond avec colonnes et coupole à limitation de celui de Bramante qu'on voit dans l'église de saint Pierre in montorio. Devant l'autel apparait le tombeau de Sixte IV, mort en 1484. 11 est en bronze, orné de bas-reliefs allégoriques aux sciences et exécutés par Antoine Pollaiolo. Ce Pape savant et modeste avait, longtemps professé, avant son élévation, dans les un'iversités italiennes et protégeait noblement, durant son règne, les arts et les sciences. Pendant que la peste ravageait la ville éternelle, il institua la fétc de l'Immaculée Conception, afin d'obtenir par la puissante intercession de la sainte Vierge la cessation de ce terrible fléau.

Quand le Pape meurt, on transporte son corps, le quatrième jour de son décès, dans cette chapelle, où il est déposé sur une estrade, de manière que les pieds, placés en dehors de la grille qui ferme l'entrée de cesanctuaire. puissent être baisés par le peuple. Pendant ces jours tous les habitants de Rome s'empressent de venir payer un dernier tribut de vénération aux restes mortels du vicaire de Jésus-Christ.

La chapelle Clémentine, où l'on vénère le corps de saint Grégoire le Grand, a reçu le tombeau de limmortel Pie VIT, ouvrage du célèbre Thorwaldsen, danois, fait aux frais du cardinal Gonzalvi. Le Pape est a.ssis au haut du monument en habits pontificaux : la figure respire cette douceur de caractère qui formait une de ses plus belles vertus.

Sous l'autel dédié à saint Grégoire de Nazianze repose le corps de cet illustre docteur de lEglise. Non loin de là est le mausolée de Grégoire XIIL Le bas-relief exprime la réformation du calendrier faite en 1582 parles soins de ce pontife. On y lit cette inscription :

Page 1