‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 4 sur 134 · NOM OPER.\ EJIS ET FIDEM · texte numérisé non relu

NOM OPER.\ EJIS ET FIDEM

Grégoire XIII, homme de travail et de génie, profond juriscon-

suite, qui avait professé pendant huit années le droit à Bologne, fut un des canonistes les plus distingués du concile de Trente. Outre un grand nombre de collèges qu'il fonda, nous devons à 1 infatigable activité de ce pontife, les vastes greniers publics des thermes de Dioclétien ainsi que le premier modèle de nos dépôts de mendicité.

Le beau et noble mausolée de Clément XIII, mit le sceau à la réputation de Canova. La figure du Pape est admirable; il semble que ses lèvres répètent une prière. Les deux lions, symboles de la force d'âme du pontife, sont les plus beaux qui aient été faits par les modernes. Ce fut Clément XIII qui refusa avec fermeté aux ministres espagnols la destruction de l'ordre des jésuites. Comment eut-il pu signer, lui, pénétré d'un si profond respect pour toutes les institutions religieuses, l'anéantissement d'une congrégation fondée par saint Ignace, illustrée par les Xavier, les Borgia, les Gonzague et par François de Régis l'apôtre du Languedoc ?

Près de la chapelle du chœur où les chanoines célèbrent les saints offices, on remarque l'élégant tombeau en bronze d'Innocent VIII, fait par Antoine Pallaiolo. Ce fut à ce Pontife que Pierre d'Aubusson, grand-maître de Rhodes, envoya, en 1192, le fer de la lance qui avait percé le côté de Jésus-Christ sur la croix. Cette précieuse relique avait fait partie du trésor de Constantinople. On découvrit à Rome, dans la môme année, le titre de la Croix du Sauveur, en travaillant aux réparations de la Basilique de la Sainte Croix en Jérusalem. Les lettres rouges de cette inscription célèbre étaient encore lisibles •• Jésus Nazareniis,rexjudeorum. Les deux dernières lettres étaient usées, ainsi que la partie du bois où elles étaient auparavant. L'inscription était écrite en latin, en grec et en hébreu.

Le mausolée d'Alexandre VII,derillustie maison des Chigi, excite l'admiration. Le génie de Bernini brille dans ce monument : il eut à vaincre la gène qu'ofîrait remplacement, étant Uwc6 d'établir le tombeau au-dessus d'une portiî. Bien ne (l(''cèle les entraves ; poésie, élévation dans les idées, choix du marbre, force et

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délicatesse d'expression, travail très fini, tout y est réuni. Le Pape est à genoux entouré de quatre statues symboles de ses vertus. La figure de la Charité tenant sur son sein un enfant endormi est d'une candeur divine. La mort couverte d'une immense draperie jaune relève d'une main le tapis qui tombe sur la porte, pour annoncer que tout mortel doit passer par là ; de l'autre main elle montre à Alexandre Vil un sablier qui indique que son heure est venue.

Deux autres tombeaux attirent tous les regards : l'un est de la reine Christine de Suède. Le bas-relief représente l'abjuration du luthéranisme qu'elle fit en 1600 à Inspruck. La base est en marbre jaune veiné ; deux génies en marbre blanc soulèvent une draperie sur laquelle pose une couronne. Le portrait de la reine, tout en dorure sur un fond bronzé, se voit au haut du monument. L'autre mausolée est celui de la célèbre comtesse Mathilde, dont les cendres, d'abord déposées dans le monastère de San Benedetto, près de Mantoue, furent transportées dans cette Basilique, en 1635, par ordre d'Urbain VIIL

Cette comtesse, qui défendit avec un grand zèle les droits du Saint Siège contre Henri IV empereur d'Allemagne, y est représentée tenant d'une main un sceptre et de l'autre la tiare et les clefs. Sur le bas-relief de ce beau monument on voit Grégoire VII à Canossa^ donnant l'absolution à l'empereur Henri IV, prosterné à ses pieds.

Parmi les mosaïques on distingue surtout celle faite d'après le tableau de Guerchini représentant sainte Pétronille. L'harmonie des tons parfaitement observée et une exacte imitation de la nature relèvent le talent de ce grand artiste. Saint Michel foulant le démon aux pieds, d'après le chef d'œuvre de GuidoReni, est d'une composition noble et d'une touche moelleuse et vive; la figure de l'archange est de la plus grande beauté.

Le bas-relief d'Algardi, dans la chapelle dosaint Léon, est admirable tant pour l'ordonnance que pour l'exécution : Attila à la tète de son armée marche vers Rome; il est intimidé par saint Léon mou-

1(3 SOLVEMUS D ITALIE.

trant dans les airs saint Pierre et saint Paul qui le menacent . leffroi est rendu sensible sur la figure du roi des Huns.

Les deux bénitiers en forme de coquilles de marbre jaune sont soutenus par quatre anges de figures colossales.

Visitons maintenant avec un saint respect les souterrains de la Basilique où sont ensevelis une foule de chrétiens, mis à mort par ordre de Néron. Quatre petites chapelles adossées aux quatre piliers delà grande coupole, y ont été élevées sur les dessins deBernini. Les autels sont ornés de belles mosaïques, exécutées daprès des tableaux originaux d'André Sacchi , On y remarque entre autres -. les tombeaux de Charlotte^ reine de Jérusalem et de Chypre, de l'empereur Othon II, d'Adrien IV. de Boniface VIII, de Nicolas V, d'Urbain VI et de Paul II, de superbes bas-reliefs, des inscriptions sur le marbre, la donation faite au Saint Siège par la comtesse Mathilde , des fragments de conciles, des lettres écrites aux Papes par les empereurs. Dans ces souterrains tout intéresse et nous rapporte à ces époques de sanglantes persécutions où le seul nom de chrétien était un crime et où des milliers de martyrs celèrent de leur sang notre sainte religion. Les sombres voûtes de ces lieux retentissaient alors des accents d une foi inébranlable, d'une courageuse ferveur. Le sacrifice de l'agneau sans tache offert sous leurs yeux les animait à faire le sacrifice de leur vie ; et pendant que les tyrans imaginaient mille tourments nouveaux, les chrétiens priaient pour leurs bourreaux.

Prosternés dans ces saints lieux, nous offrîmes nos humbles prières au Prince des apôtres qui, abandonnant un jour sa barque et ses filets, prit en main une croix et marcha ainsi armé à la conqu(He de l'univers. 0 glorieux apôtre, protégez Rome, protégez votre illustre successeur ; qu'à travers les menées des impies et l'infidélité de ceux dont il devait attendre le plu.s de dévouement, il achève .sa mi.ssion sublime de ramener les brebis égarées au bercail, afin qu'il ny ail plus (in'im pasteur et qu'un troupeau.

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