‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 32 sur 134 · SAINTE CLAIRE · texte numérisé non relu

SAINTE CLAIRE

est encore bien conseï \"é. On voit à découvei t son visage ; le reste du corps est vêtu de l'habit de l'ordre.

Cette église, qui appartenait autrefois aux filles de sainte Claire, est aujouid'hui la propriété des Frères Mineurs. Le crucifix, sculpté en bois, qu'on admire, comme objet d'art exquis, dans la chapelle de la Croix, est célèbre par un grand nombre de miracles. Parmi les reliques de cette église, on voit le tabernacle d'albâtre dans lequel sainte Claire, avec la permission du Pape, conservait une sainte hostie, renfermée dans une boîte d'argent. On y distingue en outre le bréviaire qu'elle reçut de Grégoire IX. Mais, quant à l'anneau qu'elle obtint du Pape Innocent IV, lorsqu'il visita saint Damien, il fut enlevé et transporté en Espagne.

Dans le couvent on voyait autrefois la cellule, où dans un transport d'amour divin, la sainte à l'agonie fut favorisée de la visite de la Mère de Dieu, environnée des Yierges du Paradis. Mais une main barbare et impie a dispersé les pierres de ce précieux monument. La fenêtre, d'où sainte Claire, en montrant le saint Sacrement, repoussa les Sarrasins, maîtres d'Assise, et qui déjà escaladaient le monastère, fait encore aujourd'hui partie de la façade du couvent. Les tables du réfectoire qui servirent à sainte Claire et à ses filles, existent encore.

Cette sainte naquit à Assise en 1191, dune famille noble. Elle fut élevée dans la piété et renonça au monde dès sa jeunesse. Mais ce furent les prédications de saint François à Sainte-Marie-des- Anges, (1212) qui contribuèrent surtout à lui faire prendre la ferme résolution de se consacrer toute à Dieu et de suivre la règle que le saint patriarche lui traça. Cette humble vierge, malgré ses répugnances, se vit forcé d'accepter la direction des filles, qui s'étaient rangées sous sa conduite.

La vertu de sainte Claire et de ses religieuses excita l'admiration de beaucoup de personnes de leur sexe et les porta à se joindre à elles, pour vivre dans la pénitence. Tel fut le commencement de ce grand ordre des Clarisses, qui, après avoir traversé tant de

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siècles, na encore rien perdu de sa première ferveur. C'est une vie toute de pénitence et d'abnégation, qui édifie l'Église, et sert d'aiguillon à la vertu même des justes. Ce fut aux prières ferventes de sainte Claire, que les habitants d'Assise attribuèrent leur délivrance, lorsque les Sarrasins et l'armée de l'empereur Frédéric II, ravagèrent le duché de Spolette.

En retournant à Assise nous visitâmes l'église de sainte Claire, bâtie par frère Philippe Da Campello, élève de Jacques de Lapo, ^ ers le milieu du XIII siècle, peu après la mort de cette sainte. On y voit le crucifix, qui adressa la parole à saint François et dont nous avons parlé plus haut. Au travers d'un grand grillage de fer placée du côté des religieuses, nouspùmes voir cotte belle relique que l'on nous montra avec beaucoup de vénération un flambeau à la main. On y conserve aussi les cheveux que saint François coupa à la sainte, lorsqu'elle reçut le voile. Le corps de l'illustre et première abbesse des Clarisses est sous le maitre-autel. A côté repose celui de sa sœur Agnès. Près de la croisée on admire trois fresques de Giunta de Pisa, représentant Jésus-Christ en croix, la sainte Vierge et sainte Claire.

Dans l'intérieur du monastère se trouve la célèbre chapelle, dans laquelle le corps de saint François fut déposé depuis l'an 1226 jusqu'à 1230. C'est là aussi que repose la bienheureuse Francesca, sœur converse ; la tradition porte que des roses fleurirent sur son tombeau dans le mois rigouicux de jan\ ier, pendant lequel elle ftit enterrée.

Ce fut dans cette église que le dimanche IG juillet 1228, le Pa|>e Grégoire IX, entouré d'un grand nombre de cardinaux, deseigneurs et de religieux mineurs, procéda à la canoni.sation de saint François. Jamais la ville d'A.ssise ne fut témoin de tant d'empres.semcnt et d'amour, que des milliers de chrétiens montraient à l'cnvi pendant cette fêle si touchante et si .solennelle.

Il y a de nos jours une foule d hommes qui ne comprennent plus les sentiments avec lesquels la piété cliri'tienne suit, pom- ainsi

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COUVENT \)V. SAINT FRANÇOIS. I \'i

dire, pas à pas, toutes les traces de saint François. Mais, en le considérant uniquement sous un point de vue social, ils devraient encore le trouver bien grand. La pratique de la bienfai.sancc, l'esprit d'association, le culte des arts devraient les porter à admirer un homme, que nul n'a siupassé en dévouement au soulagement des souffrances de la classe i)auvre ; il a remué le monde par lassociation qu'il a fondée, et, du fond de son tombeau, il fit éclore les innombrables monuments dont les arts à lenvi ont couronné sa mémoire. L'idée fondamentale de saint Fiançois est une des plus nobles qui ait pu germer dans un cœur humain. Dans cette pensée, telle qu'il l'a conçue, il y a l'infini entre la pauvreté volontaire et la mendicité oisive. Lui et ses compagnons disaient aux peuples : nous vous donnerons notre temps a^ ec toutes ses heures, notre amour aA'CC tout son dévouement ; pour salaire de nos sacrifices nous ne réclamons que votre coopération à l'œuvre de votre salut. Si les préventions d'un siècle repoussaient inexorablement toute institution fondée sur ce noble principe, elles ne sauraient détruire la pensée élevée qui y a présidé ; elles seraient accusées de trej) d'égoïsme pour vouloir l'admettre et le comprendre.

En continuant notre pieux pèlerinage au tombeau du pauvre d'Assise, nous trouvâmes le monastère, qui lui est dédié, dans le vaste édifice, contigu à la Basilique. On l'appelle le Sagro convento, parce qu'il a été béni et consacré comme une Basilique Les arceaux, qui se développent à l'instar d'un portique le long de sa principale façade, donnent à cet édifice l'apparence d'une église, plus que celle d'un couvent. Cette immense construction fut élevée en deux années de 1228 à 1230. L'architecte, Jacques De Lapo, fut choisi parmi un grand nombre de concurrents , que le frère Elie, premier général de l'ordie, après saint François, avait demandé à l'empereur d'Allemagne. De la partie occidentale du couvent, le regard se plonge dans un précipice à pente rapide, au fond duquel roule un torrent. Les religieux ont ménagé, sur tout le penchant de la colline, de belles promenades au milieu d'un faillis. Do la galerie

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gothique du midi, on découvre la belle plaine, qui s'étend de la montagne de Spolette à celle de Pérouse, comme un vaste jardin planté d'arbres. La vigne y est gracieusement suspendue en guirlande au tronc des ormeaux. Le pâle olivier adoucit partout les teintes, son feuillage léger donne à la campagne quelque chose de transparent. Autour des habitations champêtres, on voit des bosquets de peupliers et de cyprès. L'eau des petites rivières, qui tombe des montagnes, fuit rapidement à travers les champs. Sur la même ligne d'Assise s'élèvent en amphithéâtre les villes pittoresques de Spello et de Trevi. Cà et là, dans les renfoncements de la montagne se trouvent d'antiques manoirs en ruines. Au fond se dessine Spolette avec sa forteresse et ses toits blanchâtres. A l'extrémité opposée on distingue le mont Alverne, (où saint François reçut les stigmates de Notre Seigneur), Notre-Dame-des- Anges et Pérouse avec ses dômes et ses cent églises. Tout ce tableau est ravissant de beauté et inspire des sentiments difficiles à décrire.

Les deux cloîtres magnifiques ont été bâtis par le pape Sixte IV, lorsqu'il fit faire de grandes réparations au couvent : soixante-dixhuit arcades régnent autour dune vaste cour, nommée : colle ciel paradiso, (colline du Paradis). Adone Doni d'Assise, peintre distingué du XIII siècl(!, y peignit les portraits des généraux et autres personnages illustres de l'ordre séraphique, qui forment un cortège à la vénérable image de leur patriarche. Le réfectoire est peut-être le plus grand qui existe; il a au moins deux cents pieds de longueur sur quarante de largeur. Des deux cêtés on distingue sur les murs les poitraits des souverains pontifes sortis de l'ordre, et de ceux qui ont bien mérité de l'institut. La cène deSolimène est réi)utée j)0ur la plus belle production de ce peintre. Dans la salle du chapitre, audessous des appartements pontificaux, Giottino a représenté Jésus en croix, entouré d'anges et de saints tristes et pleurants ; saint François et sainte Claire sont prosternés de chaque cùlé en adoration. On admire dans cette fresque la parfaite harmonie des couleurs, cai'actère distinclif de ce iirand niaifre.

L'élégant clocher du sagro convento renfermait jadis deux cloches tiès anciennes ; l'une était appelée la cloche de la prédication, elle annonçait la ftHe de la Portiuncula et portait cette inscription :

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