‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 34 sur 134 · TOMBEAU DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE SAINT FRANÇOIS

l'homme, qui a fui, avec le plus de soin pendant sa vie, la i^loiie et les honneurs.

Le tombeau, qui a été l'objet de cet heureux changement, est sous le maître autel, à la place même qu'il avait primitivement occupé. Immédiatement après la mortde saint François, àSainte-Mariedes-Anges, son corps avait été déposé provisoirement au pied delà colline d'Assise, dans le couvent habité par sainte Claire. Il y resta en attendant l'achèvement de la grande Basilique que frère Elie faisait construire. Les travaux furent poussés avec activité : au bout de trois ans, la Basilique fut prête pour la cérémonie solennelle de la translation. On annonça dans toute l'Europe, non-seulement aux frères mineurs, mais aussi aux princes chrétiens, que cette année se ferait la translation du corps du saint dans le sanctuaire de son nom et que l'on tiendrait un chapitre général de l'ordre. Ces deux cérémonies y attirèrent plus de deux mille religieux et une afïluence si considérable de pèlerins, qu'ils durent camper en plein air dans les champs et sur le penchant de la colline d'Assise. La gravité des événements politiques empêcha Giégoire IX d'assister à cette fête. Trois légats l'y représentèrent et déposèrent en offrande sur ce glorieux tombeau, une croix d'or ornée de pierreries, renfermant une parcelle de la croix de Jésus-Christ, des vases sacrés en or et en argent, un retable d'autel en or, semé de pierres précieuses et une forte somme d'argent pour l'achèvement de l'édifice. Le 25 mai, veille de la Pentecôte, la cérémonie commença. Frère Elie lut au peuple les lettres apostoliques données à cette occasion par Grégoire IX. Ensuite la châsse où le saint corps était enfermé, fut levée avec enthousiasme au bruit des trompettes et des acclamations du peuple et placée par les trois légats et fièreElie sur un char richement décoré de draperies et d'emblèmes que traînaient des bœufs couverts d'écarlate. Les frères mineurs marchaient sur deux files, portant des palmes et des flambeaux. Autour du char marchaient les trois légats, lesévê(iues et le clergé ; venaient ensuite les magistrats, suivis d'une troupe de citoyens armés, fermant la marche et com-

primant les flots du peuple qui se pressait de toutes parts. Assise retentit de psaumes et d'hymnes composés par le Pape lui-même.

Le ministre-général et quelques autres frères de l'ordre avaient été nommés par le souverain pontife ses vicaires apostoliques pour cette glorieuse circonstance ; mais il ne leur fut pas possible de remplir leurs fonctions. L'enthousiasme populaire qui éclata alors eut un contre-coup singulier et donna lieu à un événement qui a servi de prétexte pour répandre des incertitudes sur la tombe de saint François. A un moment convenu, quelques hommes de l'escorte s'emparèrent du précieux dépôt et s'introduisirent brusquement dans l'église, dont l'entrée fut interdite au public. Dès que les derniers préparatifs eurent été achevés, frère Elie, accompagné de quelques personnes de confiance, sur la discrétion desquelles il pouvait compter, déposa le corps dans un caveau bien fermé. Les frères mineurs, qui n'avaient pas eu la permission d'accompagner leur père jusqu'à son tombeau, jetèrent les hauts cris et se plaignirent vivement au Pape de l'émeute d'Assise. La conduite des habitants fut blâmée par Grégoire IX, dans une lettre (*) qu'il écrivit à ce sujet aux évéques de Pérouse et de Spolette ; il reprocha aux Assisiens d'avoir enlevé le corps de saint François. Cette expression signifiait seulement qu'ils l'avaient pris de vive force et d'une manière inconvenante pour le soustraire aux empressements de la foule. Mais on a abusé de ce mot ; on a prétendu en conclure que les habitants d'Assise, au lieu de porter le corps dans la tombe qui lui était destinée, avaient pu le cacher dans quelque souterrain inconnu, pour s'en assurer à jamais la possession. Le secret avec lequel l'inhumation avait été faite fut aussi allégué en faveur de ce doute, et, si ces soupçons a^ aient i)révalu, saint François aurait dû aux précautions provoquées par la -popularité de sa gloire, la faveur, tant désirée par lui, d'une tombe ignorée. Mais cette incertitude n'avait pas, en réalité, le moindre fondement. Les témoigna-

(*) Kpisl. ad cpiscopos l'cru/in el Spolclan.

TOMBEAL' DE SAINT FRANÇOrS. \2''}

ges contemporains, les récits des historiens, les reserits et bulles des Papes attestaient que la dépouille mortelle de saint François, reposait dans la grande Basilique d'Assise. Cependant il y avait toujours des contradicteurs, quoiqu'il n'y eut pas lieu d'hésiter sur le point vers lequel les recherches devaient se diriger. L'ancienne tradition du monastère signalait un caveau qui devait être situé sous le maître autel. Une inscription, quoique bien postérieure au treizième siècle, fournissait un indice assez clair. Sur un des marbres de l'autel, on lisait ces mots . Sepulcrum gloriosum, «i Le glorieux sépulcre. » Les vieilles peintures apportaient aussi leurs témoignages. La Basilique conserve le plus ancien portrait connu du patriarche séraphique ; dans un des compartiments de ce tableau, on voit l'autel provisoire en bois, dressé pour la solennité de la translation, en attendant qu'un autel de marbre fut construit : ce qui n'eut lieu que longtemps après. Sur cet autel en bois, des frères mineurs sont en prière,, des lampes brûlent, des miracles s'opèrent. Un pareil sujet n'a pu être introduit dans une composition consacrée à saint François, que parce qu'il avait quelque rapport direct avec lui et ce rapport ne peut s'expliquer que par la présence même de son tombeau sous cet autel. C'était donc un fait de notoriété publique. Les fresques de Giotto, représentant le triomphe de saint François précisément au-dessus du maître autel, parlaient dans le même sens. Les règles ecclésiastiques ajoutaient leur garantie sévère aux brillants témoignages de la peinture. D'une part, en effet, on sait que, lorsqu'une Basilique possède le corps du saint auquel elle est dédiée l'ancien usage veut que cette principale relique soit placée sous l'autel principal -. d'autre part, les lois de l'Église n'ont jamais permis d'inhumer sous un autel quelque personnage dont la sainteté ne serait pas reconnue. Or, aucun autre saint n'a eu sa sépulture dans un caveau au-dessous du maître autel de la Basilique, pendant les années qui se sont écoulées, depuis la fondation de ce temple jusqu'à l'établissement de l'autel définitif, ni à aucune époque

postérieure. On était donc sûr d'avance que, si l'on découvrait en cet endroit une tombe, ce ne pouvait être que celle-là même que Ion cherchait. Enfin cette place était marquée positivement dans une bulle de Sixte-Quint (*). Cependant le Pape Paul V défendit de faire des perquisitions du corps du saint, pour éviter de violentes disputes dont ce précieux dépôt était souvent l'objet. Six siècles après la mort du saint patriarche, le Pape Pie YII, donna à la Basilique d'Assise le seul titre de gloire qui paraissait manquer encore à son entière et parfaite illustration. Il permit au frère De Bonis, ministre général de l'ordre des frères mineurs Conventuels, qui desservent l'église de saint François, de faire des recherches sous le maître autel, où l'on croyait que gisait le corps du saint.

Le travail fut entrepris en secret la nuit du cinq octobre 1818 et continué cinquante deux nuits avec une activité incroyable. En fouillant sous les degrés du maître autel, on arriva, par un chemin creux, à une construction située dans les entrailles de la roche vive qui a servi de base à la Basilique. Dans l'intérieur de cette construction, il y avait une place vide. La grande pierre, qui la fermait, était superposée à une autre pierre et celle-ci à une troisième. Lorsqu'elles eurent été levées, on découvrit un caveau ; là, une grille de fer entourait une espèce de chasse de pierre ouverte par le haut. Le moment décisif était arrivé ; à la lueur d'une torche qui fut introduite par une des ouvertures, un squelette humain apparut. Au moment même une odeur tiès suave s'exhala de 1 intérieur et les religieux, qui dirigeaient les fouilles, ne doutèrent point que ce ne fut le corps de saint François. Leur joie fut aussi grande que leurs efforts avaient été pénibles. Quelques parties de la tête, où Ihumidité a\ait formé une espèce do spath cristalli.sé, présentaient des points brillants ; les os des bras étaient croisés sur la poitrine, dans l'utlilude familière à .saint François. La paii-

(*) Saiiiliiiii lïiiiicisnmi, ciijii'; cDipiis siili allari iiiajoii (•<clcsi;p flomiis Fralriim Miiiuniin ( jiiivciilii.iliiiin rciiiiir^cil. l'.iill. I!.v Siii>iniir.

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vreté qui éclatait dans la sépulture^ ajoutait un dernier trait à rauthenticité de cette tombe. La châsse en pierre était grossièrement travaillée, presque informe, disproportionnée à la statue du saint, qui était beaucoup plus petite. La tète du squelette reposait sur une pierre rocailleuse : François de son vivant n'avait connu d'autre oreiller. Cette sépulture n'offrait, en tout cas, que les insignes du dénuement. Les premiers disciples de saint François avaient suivi, à cet égard, ses dernières volontés. Quelques instants avant d'expirer, il s'était fait coucher sur la terre nue. pour ne rien emporter de ce monde et, comme Dante le dit très bien, il n'avait demandé que la bière de la pauvreté :

Ed al suo corpo non voile altra bara (*).

Le souverain pontife délégua les évéques d'Assise, de Nocera. de Spolette. de Pérouse et de Foligno pour faire un examen juridique et constater l'authenticité du corps. Il nomma, conformément au décret du concile de Trente, une commission de cardinaux et de théologiens et le cinq septembre 1820, du haut de la chaire de vérité, il déclara à tout l'univers que le corps trouvé sous l'autel de la Basilique d'Assise, était véritablement celui de ce saint patriarche (**).

Le Pape Léon XIL par son décret du 22 juin 1824, ordonna quà l'avenir tout l'ordre séraphique célébrerait chaque année, le 1 2 décembre, la fête de l'invention du corps de saint François.

Tant d'honneurs, rendus à Ihumble fondateur d'un ordre célèbre dans l'univers, montrent sensiblement la vérité de cette parole du Sauveur : » Quiconque s'humilie sera élevé ! " (***)

(*) l'aradiso, caiiio XI.

(**) Lilterœ Aposlolicaî, 5 sept. 1820.

(***)MaUh.cli. XMII, V. 1^2.

Assise, mardi 12 mai.

Hœe est porta vil» aeteriiir.

Rien n'est plus beau qu'un lever de soleil en Italie. Il nous était donné de jouir aujourd'hui de ce spectacle ravissant : une brise légère, soufflant du côté du midi, nous apportait les parfums de mille fleurs, que le matin faisait éclore. Son souflle expirait dans le feuillage des arbres, répandus dans les champs. Le soleil montait radieux au-dessus des formes bizarres des nuages, que son éclat dorait. Bientôt tout lOrient se montra en feu. La campagne, humide encore de la fraîcheur de la nuit, reflétait dans les gouttes de rosée pendantes aux feuilles les rayons, que l'astre du jour dispersait de toutes parts. A l'Occident la lune se dérobait sous l'horizon. Tout commençait ci s'animer peu à peu. Le laboureur allait à son travail, en conduisant devant lui sa charrue. Le berger menait son troupeau en faisant retentir les airs des sons, qu'il tirait de sa musette. Le vigneron se dirigeait vers sa vigne et le bûcheron avec sa liAche montait lentement les coteaux couronnées de forêts et de bois taillis. Ça et là une diligente ménagère, fille des champs, allait remplir ses urnes à la fontaine. Les oiseaux céh'braient, par h^urs chants mélodieux, les louanges du Créateur de l'iuiivers et nous, ravis do tout ce que nous voyions, de tout ce que nous entendions, nous bénissions la Providence, qui. pour Ir ixtulicui' de l'homme, créa toutes ces morvoilles.

SAINTE MARIE DES ANfiES. I 2!»

Au fond de ce tableau se dessinait la coupole de la célèbre église de Notre-Dame-des-Anges, métropole de Tordre de saint François L'aspect de ce temple fiappc l'imagination ; su grandeur et sa solitude au milieu des champs inspirent à l'ùme un sentiment religieux, qu'il est plus doux de ressentir, que facile à exprimer.

Cette église, exécutée d'après les dessins du célèbre Baiozzi dit N'ignola, par Galeazzo Alessi et Jules Danti, fut commencée en 1569, sous le pontificat de saint Pie V Elle eut beaucoup à souffrir d'un tremblement de terre qui arriva en 1832. Ce fléau causa d'affieux dégâts dans toute l'Ombrie. Le sanctuaire n'échappa guèje au désastre général. De fortes secousses l'ébranlèrent à diverses reprises ; enfin dans la matinée du 15 mars^ les quatre piliers qui soutenaient la nef gauche s'écroulèrent et la voûte tomba avec fracas, entraînant dans sa chute presque toute l'église. La chapelle de Porziuncula resta seule debout.

Sa sainteté Grégoire XYI, désireux de conserver un temple, auguste à tant de titres, nomma Son Eminence le cardinal Ri^ arola commissaire apostolique, pour présider aux travaux de restauration. Ce fut le grand Polctti, qui dressa le plan et conduisit l'exécution. Cetteœuvre coûta environ 400,000 francs. (*) Le cardinal Lambruschini en fit la dédicace, le 8 septembre 1840.

Au retour de son pèlerinage à Lorette, le souverain pontife visita, avec une brillante suite, le sanctuaire de Notre-Dame-des- Anges. A cette occasion, les religieux de saint François érigèrent à l'entrée de leur courent un arc de triomphe d'une magnificence el d'un goût remarquables.

Lors de notre visite, cette église était presqu'entièi ement restaurée ; les embellissements qu'on y avait ajoutés témoignent des sacrifices que les Italiens savent faire, quand il s'agit d'honorer Marie.

(*» Soi) Eiiiiiiencc le cardinal-archevêque de Malinos coiilrilma à la reconsliuclioii de .\olre-Daiiic-des-Anges, pour la soniino do 5:29 scutli romains.

En souvenir de ce grand événement on a placé sous la coupole, dans le grand pilier à droite, cette inscription :

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