‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 37 sur 134 · COUVENT DE RIVO-TORTO · texte numérisé non relu

COUVENT DE RIVO-TORTO

gueiletde l'égoïsme, ces ennemis éternels delà charité. Il y a de temps en temps, dans les rapports des objets matériels avec les choses morales, certaines combinaisons qui sont pour l'âme ce que l'architecture est pour les yeux. On peut en voir un exemple dans ces monuments et ces souvenirs, placés comme des arcs de triomphe, près des avenues qui conduisent à la tombe du héros chrétien. A un mille de Notre-Dame-des-Anges, on rencontre le couvent de Rivo-Torto, où du temps de saint François il n'y avait qu'une pauvre cabane. La chétive masure et la petite église s'y conservent encore dans leur antique simplicité. Un couvent plus spacieux et une église plus grande furent construits autour de ces lieux en 1 645. Rivo-Torto, où le saint a composé sa règle, rappelle spécialement la vertu de l'obéissance, sur laquelle elle est fondée.

LE MOi\T ALVERrVE.

Sainte-Marie-des- Anges, Mercredi /-> mai.

C'est ici la sainte montagne, le sommet iMevé d'où Von entend les derniers bruits d.- la terre et les premiers concerts du ciel. Chateaubria.xd.

A deux journées de Sainte-Marie-des-Anges, se trouve le mont Alverne, illustre à tant de titres et surtout parce que saint François y reçut de notre Seigneur les stigmates. Le comte Orlando, céda ce lieu au serviteur de Dieu, dont les vertus avaient excité son admiration. Le saint s'y retira souvent parce que cette montagne était très propre au recueillement et à la vie solitaire. Le comte y fit bâtir une petite église et un couvent. Pendant qu on travaillait à ces édifices, le saint fut troublé par un événement bizarre. Un sarmate, chassé de son pays à cause de ses crimes, avait cherché un refuge dans l'Apennin, qui alors surtout était le repaire de tous les hommes flétris par la société. Ce brigand, que ses ravages et sa cruauté avaient fait surnommer // lupo, s'était établi au mont Alverne entre les masses énormes de rochers, entourésdabîmesoirioyables. L'établissement des frères mineurs sur la montagne avait fort déplu à Lupo ; plusieurs fois il les avait menacés. Furieux, il vint un jour

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pour les chasser en proférant de terribles paroles. François lui parla avec tant de bonté, supporta ses grossièretés avec tant de patience, qu'il toucha cette âme si abrutie, si endurcie dans le crime. La fureur du brigand se calma et, prosterné aux pieds des frères mineurs, il leur demanda en grâce de rester avec eux. François pleurait de joie et serrait dans ses bras ce loup changé tout-àcoup en agneau, qui recevait avec l'habit de Tordre, le doux nom de frère Agnello. Ce fait devint public, et le rocher, où il avait auparavant son repaire, fut appelé dans la suite le rocher du frère Loup : Il sasso di fra Lupo.

Cette montagne est située aux confins de la Toscane, à vingt milles des célèbres couvents de Camaldoli et de Val-Ombreuse, et à trente milles d'Arezzo.Elle fait partie des Apennins (*) et selève au-dessus de toutes les autres montagnes. Deux rivières coulent à ses pieds -. le Tibre et FArno. De trois côtés elle a des rochers si roides et si unis, qu'on les prendrait pour des murailles. Sur le flanc, où l'on monte, se trouve une grande quantité de hêtres, qui cachent d'affreux précipices.

Après quatre heures démarche, nous arrivâmes, non sans peine, au plan incliné du sommet. Le couvent est dune architecture régulière; la porte basse et massive, posée sur des rocs, rappelle les portes des manoirs féodaux. Dans la petite tour carrée s'élève le portique de l'église [minore), soutenu par deux colonnes : sur la porte, en plein cdntre, est un bas-relief antique, représentant les stigmates de saint François : de chaque côté sont les armes du comte Orlando : une croix et trois fleurs de lis. A droite se trouve la porte du cou^ont. surmontée des armes de Florence, du Pape

(*) Cesl le nom commun que l'on donne à la longue chaîne de montagnes, qui commence sur les côtes de Gènes, et traverse toute ritalie et la Sicile, quoiqu'elle ail des noms particuliers en divers endroils. Les Apennins sont nonniiés par Virgile (.Eneid. lih. Il) Pater Apenninus, soit, parce qu'ils domineni plusieurs lorèls et produisent beaucoup de rivières, ou à cause de ses montagnes, qui soiU les plus hautes de Tllalie.

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Eugène IV et d'une confrérie d'artisans. Dans une partie du couvent sont les hospices pour les pèlerins, qui chaque jour viennent vénérer la mémoire des saints stigmates. Personne n'a jamais frappé à la porte, sans être reçu. Noble et généreuse hospitalité, où l'on partage les aumônes des frères, et où l'on prodigue tous les soins imaginables, avec une bonté qui touche vivement. L'hospice des femmes est à un demi-mille au-dessous du couvent, à Val-Sainte.

L'église [minore) est basse, simple et divisée en trois parties par une belle grille en fer. Le maître autel possède une magnifique Assomption en terre cuite émaillée, chef-d'œuvre du célèbre Andréa Délia Robbia. Ce sanctuaire, ne pouvant suffire au nombre des religieux et à l'affluence du peuple, fut aggrandi par les libéralités des fidèles avec la permission du Pape Innocent IV, l'an 12oi et l'an 12160. Cette église a été jusqu'à présent conservée par respect, dans la même structure, que saint François lui a donnée. Mais, comme elle n'était point encore assez grande, on en a bâti une seconde vaste et belle, jointe à la première de telle sorte que les deux forment une croix. L'illustre seigneur Tarlat, comte de Chiusi et de Petremale et son épouse Jeanne, comtesse de santa Fiore, en jetèrent les fondements en 1348 ; elle fut achevée cent ans après par les libéralités et par les soins du sénat de Florence, que le Pape, Eugène IV, avait établi conservateur du mont Alverne. Ce sanctuaire spacieux est orné d'une tour bâtie en 1 489 et entouré d'un beau portique, d'où l'on découvre un immense paysage. D'un côté ce portique se prolonge jusqu'à l'église des stigmates, dont la voûte est toute azurée et parsemée d'étoiles d'or à la quelle pendent cinq lampes d'argent, onbrtes en 1609, par le cardinal Montalto. Au milieu se trouve une grille et le lieu à jamais béni où saint François était agenouillé lorsqu'il reçut les stigmates. De chaque côté s'élèvent vingt-quatre stalles en bois .sculpté. Cette église fut bAtie, en 12G4, par Simon, comte de Hatifolio et Pii[)|)i() et consacrée, en 1310, sous le titre.' de

MONT ALVEI5NE. 131)

la sainte Croix, des saints-Anges et de saint François, par Rinaldi, archevêque de Ravenneet Aldobrandini, evéque d'Arezzo.

Tous les jours, après complies et toutes les nuits après matines, les religieux vont en procession de l'église principale à celle des stigmates, en chantant : ^ Seigneur, vous avez marqué ici votre serviteur François, des signes de notre rédemption ! d Pendant cette touchante cérémonie, Tàme monte vers Dieu ; les bruits de la terre se taisent et l'on n'entend plus que le retentissement infini de ces concerts célestes, de ces harpes mélodieuses des anges consolant et réjouissant saint François dans la solitude.

Dans une des chapelles du sanctuaire des stigmiates, on voit la pierre, sur laquelle Jésus-Christ se reposa, .quand il apparut au saint dans une vision. Près de cette pierre, recouverte dune grille de fer, se lit :

t'MENSA SANCTIFRANCISCI, SLPERQIAM HABL'IT MIRABILES APPARITIONES, SANCT1FIC.\NSQLE IPSAM, FUDIT OLELM DESUPER, DICENS : H.EC EST ARA DEf ! ><

«i Table de saint François, sur laquelle il a eu d'admirables apparitions et qu'il a consacrée en y répandant de 1 huile et en disant : c'est ici l'autel de Dieu ! »

Une autre pierre en marbre, fixée au mur, indique la dotation de ce sanctuaire :

u Anno Domini MCCLXIV, feria V post festum Assumptionis gloriosœ Virginis Mariae, comes Simon, filius illustris viri comitis Guidonis, Dei gratia in Thuscia Palalinus, fecit fundari istud Oratorium, ad honoremBeati Francisci, ut ipsecui in loco isto seraphicus apparuit, sub anno Domini MCCXXV, infra octavam Nativitatis ejusdem Virginis et corpori ejus impressit stigmata Jesu-Christi, consigneteum gratia Spiritus Sancti.

Chaque partie du mont AUcrnc est consacrée par une tradition

vénérable .- ici on voit les lieux oii saint François et saint Bonaventure priaient et méditaient. Là sont les hêtres contemporains du saint patriarche et la grotte oii il aimait à se retirer pour y contempler les adorables grandeurs de son divin maître.

En quittant le mont Alverne nous nous écriâmes avec un des plus grands génies de la France : « C'est ici la montagne sainte, le sommet élevé, d'où l'on entend les derniers bruits de la terre et les premiers concerts du ciel ! :>

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