SAINTE-MARIE-DES-ANGES
Samedi 16 mai.
Cose gloriose sono stale dette da te cittii di Dio! Ps. 86.
De retour à Notre-Dame-des-Anges, nous reprimes notre route vers Assise. A environ un demi mille de distance de la ville, se trouve un hospice confié aux soins des pères Augustins de Pérouse; on l'appelle le petit hôpital, Spedalicchio. Ce fut là que saint François, épuisé par les exercices non interrompus de la plus rigide pénitence, consumé par ses longs jeûnes et affaibli par ses travaux apostoliques fut transporté de Sienne, oii il était tombé malade. Comme il sentait approcher sa mort, il demanda en grâce, qu'on le portât dans sa chère cellule de Porziunculu. Le visage tourné vers Assise, il prononça ces touchantes paroles -. <i Soyez bénie du Seigneur, ville fidèle à Dieu, parce que beaucoup d'âmes seront sauvées en vous et par vous. Un grand nombre de serviteurs du Très- Haut demeureront dans l'enceinte de vos murailles et plusieurs de vos citoyens seront choisis pour la vie éternelle ! » (*)
Tous les mystères de la grâce étant accomplis en cette homme, si chéri de Dieu, sa belle âme toute absorbée dans la charité di- \ ine fut délivrée des liens du corps et s'envola vers son Créateur
(*) Barlhclciny dol*isc, li\. 1, des Conformités.
172 SOIYENIRS D ITALIE.
le quatre octobre 1226, à la quarante cinquième année de son âge.
Un des frères, dit saint Bonaventure, vit à ce moment une âme sous la figure dîme étoile fort brillante s'élever dans le ciel, sur une nuée blanche et lumineuse, figure, continue le saint Docteur, de Téclat de sa sublime sainteté qui l'avait rendue digne d'entrer dans le séjour de la lumière et de la paix. (*)
Thomas de Celano, ami et disciple de saint François, nous raconte que pendant toute la nuit les religieux chantèrent, autour du corps de leur patriarche, des psaumes et des hymnes avec une si grande jubilation d'amour, qu'on aurait cru assister à une fête angélique dans le ciel, plutôt qu'aux funérailles d'un homme. (**)
Le dimanche sui^■ant, dès le matin, le clergé, les frères mineurs des couvents voisins et les magistrats d'Assise vinrent à Sainte- Marie-des-Ânges, où s'était réuni une foule immense, accourue de tous les points de l'Ombrie. Le convoi funèbre se mit en marche , le peuple portait des branches d'olivier , les frères, sur deux longues lignes, tenaient des cierges allumés. Le saint corps^ placé sur de riches tapis, était porté par deux magistrats et deux frères mineurs ; im nombreux clergé fermait le cortège. Le chant des saints cantiques, où se mêlait la voix de tous les religieux à celles de tous les assistants, n'était interrompu que par les sons éclatants des trompettes. On déposa le corps dans l'église de saint Damien, afin que les pauvres Claires eussent le bonheur de contempler une dernière fois les traits vénérés de leur père spii'ituel.
Le convoi traversa lentement les rues de la glorieuse cité d'Assise, décorées de draperies et de branches d'arbres jusqu'à l'église de saint Georges, ou le corps de François l'ut déposé après lodice solennel.
Au moment de notre retour à Assise, midi sonnait sur tous les clochers. Nous ne nous arrêtâmes plus dans cette ville que bientêt nous i)erdimes entièrement do vue. En jetant une dernière fois les yeux sur ces lieux qui nous avaient remplis des {dus douces émo-
(*) S. Bnii.iv. Vio (le sailli Kraiirois, cli. \IV. n, (î. (**) Tiionins ilo (irlaiio, li\. Il, eh. IV.
lOLlGNO. IT.'i
tions, nous continuâmes notre route vers Foligno en parcourant pour la seconde fois cette même plaine oU tant de siècles auparavant François marcha pour aller s'engager dans les troupes de Gautier de Brienne, guerrier puissant qui partait avec son armée pour prendre Naples d'assaut. 0 François où courais-tu, alors que le Seigneur te montra dans la nuit un palais rempli de croix et t'exhorta à t'enrôler dans sa milice sainte? Et toi, tu crus que Dieu t'avait ordonné de servir les princes de la terre ! 0 homme providentiel, tu osas porter plus haut tes espérances ; toimême tu as été conquérant et ta conquête a été le monde ; tu foulas à tes pieds tes ennemis : le démon de l'orgueil et le démon de l'avarice ; le ciel contempla ton triomphe a\ec joie en recevant les âmes dont tu as brisé les liens de la vanité mondaine qui les serraient si étroitement !
La vie aussi sublime que sainte du séraphique père François, ses œuvres, ses miracles se retraçant à chaque pas dans cette terre d'élite que ses pieds ont foulée, ont tellement frappé notre esprit et notre cœur que nous nous abstenons daborder ici ce sujet que nous nous proposons de traiter un jour dans toute son étendue.
Nous arrivâmes assez tôt à Foligno pour jeter un coup d'œil rapide sur les différents quartiers de cette ville ; mais accablés de fatigue nous cherchâmes le repos.
Il était minuit.... Pendant qu'un sommeil bienfaisant remettait nos membres lassés des fatigues du jour, un bruit sinistre nous réveilla. Toutes les cloches remplissaient l'air de leur voix lugubres. Soudain nous % îmes une lueur extraordinaire éclairer notre appartement, on eut dit qu'un immense incendie étendait ses ravages jusqu'à nous.... Nous nous précipitâmes à la fenêtre, mais jetant nos regards vers la place, nous fimies fort étonnés de voir une illumination improvisée de lampions qu'on plaçait aux fenêtres et la foule accourir, non pour éteindre un incendie, comme nous nous l'étions imaginé, mais pour suivre a\ec recueillement le saint Viatique qu'on portait à un pauvre malade pour le fortifier dans les derniers instants qui le séparaient de Icternilé.