INTERIEUR DE L/V SAINTE MAISON
D'uomo c di Dio Vergine Madré.
TORQU\TO TASSO.
Après avoir examiné l'extérieur de la sainte chapelle entrons avec beaucoup de respect dans ce lieu sacré oîi le Verbe sest fait chair. Les murs de la sainte Maison sont de la hauteur de treize pieds trois pouces ; leur épaisseur est d'un pied deux pouces ; leur longueur mesure vingt neuf pieds huit pouces, et leur largeur est de douze pieds, huit pouces. Au côté nord, on voit l'ancienne porte murée avec sa voussure d'un bois incorruptible. Les chambranles des portes et de la fenêtre sont revêtus d'épaisses lames d'argent. Les murs brunis par le temps et la fumée des lampes ne sont pas construits, comme quelques-uns l'ont prétendu, en briques cuites au fou, mais ils sont composés de pierres vives et travaillées, légères, rougeâtres, poreuses et imprégnées d'une certaine odeur d'antiquité. (*) On remarque encore sur les murs quelques restes d'anciennes peintures. (**) Le pavé est formé de dalles de marbre blanc et rouge ; les anges en transportant la sainte Maison
(*) Voir lliéra, Ilisl. Lnur. cap. XXI. Tiirscll. Hisl, Laiir., lil). IF, cap. XXVI. Manlorolli, Tcalro Storico, lomo II, fol. loO.
(**) Voir la disscrlalion sur la sainte Maison de LorcUc.
avaient laissé à Nazareth, l'ancien pavé ainsi que les fondements. Avant de placer ce pavé, le savant Benoit XIV voulut acquérir la certitude la plus grande sur la translation miraculeuse de la sainte Maison. Voici les faits qui résultèrent de l'examen fait à cette époque : c'était en l'année 1751; Jean Baptiste Stella, Bolonais, gouvernait la cité; avant de mettre la main à l'œuvre, le sage pontife crut avec raison devoir s'entourer des témoins les plus respectables. Il pria monseigneur Alexandre Borgia de venir l'assister dans cette affaire importante et il appella en même temps quatre autres prélats, les evéques de Jési, d'Ascoli, de Macérataet de Lorette. Il manda d'office un architecte et quatre maîtres maçons, auxquels se joignirent par circonstance trois architectes étrangers, venus dans la ville pour satisfaire leur dévotion. En présence de tous ces témoins on commença les fouilles et l'on arriva bientôt à la fin des saintes murailles, enfoncées moins d'un pied dans la terre ; les architectes et les maîtres maçons, descendus les premiers dans l'ouverture, en tirèrent une terre desséchée, mêlée de petits cailloux à demi broyés, semblables à ceux que Ion trouve dans les sentiers battus et dans les voies publiques. L'archevêque et les prélats assistants s'approchèrent tous, pour s'assurer de ce fait merveilleux. Ils regardent, ils examinent, ils voient avec étonnement que les murs sacrés penchent un peu vers l'occident et passant eux-mêmes les mains par dessous, ils remarquent la même inégalité de terrain, observée déjà .sous Clément VII et rapportée par l'antique tradition. Monseigneur Antoine Barchettoni, évêque de Lorette en tira une poignée de terre qu il \ oulut garder dans son palais comme .souvenir et preuve de la réalité d(; l'auguste sanctuaire. Cependant un des plus habiles architectes s'attacha fortement au des- .sein de creu.ser jjIus bas, pour voir à quelle profondeur se trouvait la terre vierge sur laquelle on a coutume d'établir les fondements pour assurer leur solidité. Di'jà il .s'était si fort enfoncé sous I un des cotés qu'il disparut oiitièreinciit dans l'excavation. Le gardien Xavier Monti commençait à craindre: le mur de la suinte Maison est si
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mince, ne tombera-t-il pas en ruine? ne se fendra-t-il pas en quelque endroit? En vain exprima-t-il ses craintes, le curieux artiste continue ses recherches. Les terrassiers étaient déjà arrivés à la profondeur de huit à neuf pieds, lorsqu'un cri s'élève : «■• La terre vierge, la terre vierge! '< Il en recueille une poignée et sortant tout joyeux, il la montre à tous les assistants, qui se retirent en bénissant Dieu, dont la main soutient, contre toutes lois de larchitecture depuis tant desiècles et malgré les secousses des tremblements de terre, la simple et humble demeure de l'auguste Vierge Marie.
Cette pièce, datée du 23 avril, était signée :
Alexandre, archevêque de Fermo; Antoine, évéquede Jési; Dom Paul Thomas évêque d'AscoIi; P. évéque de Macérata et Tolentino: Jean Antoine, évéquede Lorette et Récanati : Jean Joseph Pri.soni, d'Urdine, architecte: Jean Baptiste Rusca, de Lugano, architecte; Pierre Bernasconi, de Mindrelio, architecte; Joseph Bartilini, de Castel Fidardo, architecte; Jean Baptiste Noni Commaso. maître maçon: Antoine Lombardozzi, Romain, id; Ubalde Antoine Fiorani, de Gastel Fidardo, id. —
Au-dessus se lit l'acte d'attestation et la signature du notaire. (*)
Continuons maintenant notre examen.
Au fond du sanctuaire, du côté de l'orient est le foyer de la sainte Maison, appelé il santo camino; il a quatre pieds trois pouces de hauteur, sur deux pieds quatre pouces de largeur et un demi pied de profondeur. Au-dessus de cette cheminée, dans une niche autrefois toute d'or et parsemée de pierres précieuses, mais aujourd hui décorée seulement d'arabesques en bois doré, on distingue l'antique statue de la sainte Vierge, faite de bois de cèdre et sculptée, selon une pieuse tradition, par saint Luc. Cette tradition assure qu elle était déjà en vénération du temps même des apôtres. On lit dans les annales de la ville de Fiume, (**) que les apôtres mirent dans
{*) Murri, Disscrl., cril., slor.. cap \ , ii. iil. (**) Voir cap. I, ii. U)75.
230 SOUVENIRS DIT.VLIE.
cette sainte chapelle, un crucifix qui inspirait la plus tendre dévotion pour la passion de Notre Seigneur Jésus Christ et que peu de temps après on y plaça aussi une belle statue représentant la sainte Vierge, quon y voit encore aujourd'hui. Voici le texte :
' COLI.OCARINT SANCTl APOSTOLl IN EODEM SACELLO DEVOTISSIMAM QLAMDAM IMAGINEM CHRISTI CRLCIFIXI IN MEMOUIAM PASSIOMS ET EXIMI.E DILECTIONIS SALVATORIS iNOSTRl : NEC MLLTO POST, FUIT ETIAM APPO- SITA IN LOGO UBI NUNC CERNITUR. PUI.CIIERRIMA ILLA IMAGO SANCTISSIM.ï: VIRGINIS MARIEE. >«
Cette Statue précieuse fut transportée à Paris le 16 février 1797. pendant les guerres d'Italie. Bonaparte, alors premier consul, la fit rendre le 2 février 1801 au souverain pontife Pio VII, qui l'exposa pendant quelque temps, à la vénération des fidèles, dans la chapelle de son palais, au Quirinal. L'auguste successeur de saint Pierre, après avoir fait cadeau au sanctuaire dune magnifique couronne d'or, enrichie de pierres précieuses, fit transporter à Lorette, la statue de la sainte Vierge, le 8 décembre 1802. La superbe robe d'or et le collier orné de neuf grosses perles orientales, de smaragdesetde topazes du Brésil, que la statue portait dans cette touchante solennité, furent autant d'éclatants témoignages de sa tendre dévotion envers la divine Mère de Jésus. C'est depuis cette époque mémorable, que les chanoines de Lorette, composant un des premiers chapitres de la chrétienté, portent la soutane violette et une croix d or sur la poitrine et les bénéficiers une médaille en or à l'effigie de la Mère de Dieu.
Les richesses immenses, qui ornent la sainte Mai.son, prouvent 1res bien, dit le savant De Feller, combien les rois et les peuples chn-ticns ont été persuadés que Ihistoire de cette lianslatiou nelait pas fabuleuse. (*)
(♦) IN' l-rllcr, .loiirri.il llisl(,n(|.ic 17XS, p.i-. iiliO.
EXTI'IUKin DE I.A SAINTE MAISON. 231
La statue de la sainte Vierge et de son divin hinfant portent des colliers en diamant olTerts par la conîtesse Pallavicini Scotti de Plaisance, le 27 septembre 1821 . Au doigt de lenfant Jésus on voit un diamant solitaire, brillant magnifique apporté de Paris par le cardinal Léonard Antonelli, grand pénitencier de la Basilique de saint Pierre à Rome; il lui fut remis par une pieuse dame française dont on ignore le nom.
L'habit de la Vierge est tout resplendissant de bijoux, oCFerts en reconnaissance des grâces reçues par l'intercession toute puissante de la Mère de Dieu. On y admire entre autres la fameuse médaille ornée de dix gros brillants donnée par Sa Majesté Antoine Clément, roi de Saxe, le 23 avril 1828, pour témoigner sa gratitude d'avoir obtenu par l'intercession de la sainte Vierge, un successeur au trône ; on lit d'un côté cette inscription allemande :
DAUER DEM FURSTENSTAMM, FREUDE DEM VATERLAND.
« Durée à l'auguste famille royale et joie pour la patrie. » De l'autre côté :