‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 6 sur 134 · PONTE-MOLLE · texte numérisé non relu

PONTE-MOLLE

portée par les Romains sur Asdrubal, à la bataille du Métaure, près Fossombrone. Cette bataille mit fin à la seconde guerre punique. Du temps de Salluste il portait le nom de pont Marius, à cause de sa proximité du mont Marius ; il a été presque entièrement restauré sous Nicolas Y, qui l'orna d'un arc de triomphe et de quatre statues colossales.

Ces lieux ont une grande importance historique par les événements mémorables qui s'y sont accomplis. Ce fut près de cet endroit que Cicéron, après avoir découvert la conspiration de Catilina, arrêta les ambassadeurs des Allobroges, qui se rendaient au camp du fameux perturbateur. Ce lieu est encore remarquable, si non par les orgies nocturnes de Néron, du moins par la victoire signalée que Constantin remporta sur le tyran Maxence, qui, dans son présomptueux orgueil, rompit le pont Milvius, après l'avoir passé avec son armée, pour se porter au-devant de son rival. Le nombre de ses soldats semblait justifier sa présomption ; il était quadruple de celui de Constantin, qui ne comptait que quarante mille combattants sous ses aigles ; mais parmi eux était la légion chrétienne et il combattait sous linfluence de la miraculeuse prophétie : In hoc signo rinces! « par ce signe tu vaincras! » Maxence fut vaincu, et périt avec son armée dans les eaux du Tibre, qu'il avait laissé derrière lui ! Ainsi, fut porté le dernier coup au paganisme, déjà vaincu par le sang de nos martyrs et par les vertus de nos pontifes.

Au Vatican, dans la salle de Constantin, on voit une immense fresque représentant cette fameuse bataille ; c'est la plus grande composition de peinture historique connue ; quoique exécutée par Jules-Romain, elle montre l'ordre, la sagesse et l'esprit de Raphaël ; il ne manque à ce tableau qu'une couleur plus riche et plus pittoresque. Le Poussin trouvait toutefois que l'apreté des teintes de Jules-Romain convenait à la fureur d'une telle mêlée ; selon un habile critique italien, Bellori, (*) il semble que l'artiste, entraîné par

{*) Descrizionc dcllc Pitlurc, pag: 116.

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l'action dont il retrace limage, participe de l'ardeur des guerriers et qu'il combatte, si Ion peut s'exprimer ainsi, avec le pinceau. Deux grandes armées se choquent sur les bords du Tibre, le combat est fort animé, les vaincus tombent dans le fleuve et y trouvent la mort: Constantin à cheval, s'avance avec majesté; il est secouru par trois Anges qui paraissent dans le ciel ; sur le dernier plan on voit quelques-uns des principaux monuments de Rome.

Près duColysée, s'élève un arc de triomphe (*), le plus important de Rome. Bien des fois la basse flatterie d'un peuple, gémissant dans les fers, consacra de semblables monuments à des hommes qui se jouaient de la vie de leurs sujets et dont les débauches provoquaient dans l'univers un long cri d'indignation ; mais celui-ci est érigé, comme un témoignage éternel de reconnaissance à la gloire du prince, qui aff'ranchit la maîtresse du monde de ses odieux despotes et de la férocité de ses tyrans. Il fut érigé en 326 par un décret du sénat et du peuple, au vainqueur de Maxence pour perpétuer la mémoire de son triomphe.

De chaque côté l'attique est divisée en trois compartiments, celui du milieu porte linscription à jamais célèbre qui proclame le prince chrétien vainqueur :

IMP. C.\ES. FL. C0NST.\NTIN0. M.WIMO. P. F. AIGUSTO.

QIOD. INSTINCTU. DIMMTATIS. MENTIS. M.VGNITIDINE

Cl M. EXERCITU. SLO.

T.\M. DE TYR.\NNO. QL AM . DE. OMNI. EJLS. FACTIONE.

UNO. TEMPORE. JLSTIS. REMPLBLICAM. LLTUS. EST. ARMIS.

ARCLM. TRIUMPHIS. INSIGNEM. DICAYIT.

Le sénat et le peuple romain ont dédié cet arc triomphal au grand empereur César Flavius Constantin, pour avoir par l'in-spiration do

{*) Voyez noie B, sur les arcs-de-triomphe.

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