AUG. MARTIN/E
CONJUGI. AUG. Al G.
SORORI AIG
Tout près de cet arc on en voit un autre, qui est dans le genre moderne, d'ordre doricn, élevé en l'honneur du Pape Benoit XIV, grand bienfaiteur de la ville. Ce monument est l'ouvrage de l'illustre Vanvitelli. Le môme architecte a construit,au pied de la colline, qui domine Ancône, un superbe lazaret ou maison de quarantaine pour les navires qui arrivent du Levant. Cet édifice pentagonal a une vaste cour environnée de bâtiments réguliers, au milieu desquels est une chapelle qui a toute la forme d'une lanterne. 11 fut bâti en 1732 par les soins de Clément XH.
Le port est un des meilleurs du golfe Adriatique. Un ancien pro- \erl)e a dit : Um(S Pctrus esl in Uoma. loia turris in Crcntoua. in}u.<;
portus in Ancona. « Il n y a qu'un saint Pierre et il est à Rome, il n'y a qu'une tour comme celle de Crémone, il n'y a qu'un port comme celui d'Ancône. » Cependant il n'est pas à l'abri des coups de vent du Nord. Les Papes n ont rien négligé pour remédier à cet inconvénient. Rarement on voit arriver àAncône de gros navires ; cette ville cependant fait une grande concurrence à Venise, parce qu'on préfère généralement déposer ici ses marchandises que daffrontei' les périls qui croissent à mesure que l'on s'avance dans un golfe si orageux. On y fait surtout le commerce avec le Levant et la Grèce ; la principale exportation consiste en laine et en soie. Ce fut devant cette ville que fut péché l'énorme cétacé (*) dont parle Juvenal, satyre IV :
INCIDIT H.\DRI.VC1 SP.VTIl M MIR.VBILK UIIOMDI
.\NTE DOMLM VEN'ERIS Ql'.VM DORK.V SUSTINET .VNC.ON.
Les opinions sont partagées sur la fondation de cette ville. Caton lui donne le nom de Picena et croit qu elle fut bùtie par les Aborigènes ; mais Pline , Strabon (**) et quelques autres historiens assurent qu'elle fut fondée vers l'an 400 avant Jésus-Christ, par
{*) Ce célacé élail un lurbol. Doinilicn se lo (il dnmior par le pécheur qui ra\ail pris, sous prt'lexte qu'il sélail i-rliappé d'un de ses viviers ; il coMViKjua ensuite loul le sénat jxiur déliliérer sur la préparalion qu'on devail l'aire au |)oissou. Celle assiMnhléf ((ui , sons la république, déeidail du sort du inon<le, soil erainte.soil liasse (laiterie, pril la chose au sérieuv el enlra en conseil ; Taxis d"un certain Montanus [irévalut et Ton résolut la question dans ce sens (pie répon\anlalile animal aquali(pie sérail mis au |)oèle, sans en rien découper. Aussitôt rnnpereur commanda un plat assez }çrand (xuir contenir le liirhol el a|»préciant depuis ce jour la hante inqiortance des potiers, il voulut toujours depuis en avoir parmi sa suite, il s'en (il même accompaj;ner au canq). reut-étre serait-il as.scz curieux d(; lire lliisloire de ce lurhol d;ins la jielle sat\re du poète latin.
(**)Urlies vent liabel ex quibus Ancon }^ncca civitas est aSyracusanis condita l)ion\sii t\ ramiidem ('n;,'ienlibus, sita in iironumlorio inclusum conqdectenle pinlnni. ({.ib. I\ ].
ANCÔNE. 251
les Siciliens qui fuyaient devant le joug de fer que Denis, tyran de Syracuse leur imposait. Ce sentiment a prévalu et il est le plus vraisemblable. D'autres enfin \eulent qu'elle doit son origine à des peuples venus de cette partie de la Grèce, ap[)elée la Doride et ceux-là s'appuient sur le témoignage de Juvenal qui la nomme Dorica Ancon. Mais ils se trompent évidemment. Le poète n'a pas tant en vue les Syracusains que la langue qu'ils parlaient et qui était le Dorien, témoins leurs {)oètes Théocrite, Moschus et Epicharme, témoins encore les vieilles monnaies des Siciliens ; du reste les Syracusains étaient venus de la Doride.
Il est probable que cette ville devint colonie romaine au temps où le consul P. Som[)ronius soumit les Picentins et étendit la frontière de l'Italie jusqu'au Fleuve yEsis. Pline dit que d'abord elle fut une colonie des Siciliens vers l'an 485, un peu avant la première guerre punique. (*) Sous les Romains elle fut toujours florissante parce que son port était très fréquenté. Deux cent vingt sept ans après la fondation de cette ville, le sénat y établit la station de la flotte qui devait tenir la mer supérieure en respect pendant la guerre contre les lllyriens. (**) Ce fut la première place où César mit une garnison après avoir passé le Rubicon.
Le sanguinaire Totila, qui avait résolu de venger sur les Romains la ruine de sa nation, vint former le siège d'Ancône en 551 avec une armée innombrable de Goths. Il s'était déjù rendu maître de plusieurs villes en Italie; tout tremblait et fuyait devant ce redoutable conquérant; Ancône seule osa lui résister; elle dissipa les bandes formidables du barbare tandis que sur mer elle le forçait de se retirer. De quarante sept voiles dont se composait sa force navale, dix vaisseaux à peine se sauvèrent par la fuite; le reste fut ou pris ou coulé à fond .
(*)Liv. m, Chap. XIII.
(**) Advcrsus llliriinnm classcm croali dcccinviri navales craiit qui luoiuluni vi|j;iiifi navil)us inari suporiori , Ancoiiam vcbili cardiiicm habercnl. (Til. Liv. lii». XLl.)
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Dans la suite cette ville fut emportée par Ariulfe, roi des Lombards et duc de Spolette qui y envoya un marquis (*) pour la gou- \crner en son nom. Depuis ce temps elle prit le nom de Marche dAncône. Elle demeura au pouvoir des Lombards jusqu'au jour ou leur puissance s'anéantit .
Le Pape Clément VII y bâtit une citadelle pour la mettre à l'abri des corsaires. A partir de cette époque, Ancône fut incorporée aux États Pontificaux ; cette citadelle commande la ville et le port; les casemattes très fortes et supérieurement construites y forment un singulier contraste avec les autres fortifications qui nont aucune solidité. Paul III et ses successeurs continuèrent à la fortifier.
Le Pape Pie II mourut à Ancône le 14 août 140i: il était venu en cette ville pour faire avancer larmement qu il préparait contre les Turcs et pour animer les princes chrétiens, par son exemple, à la croisade quil avait fait prêcher.
Pendant que Napoléon Buonaparte faisait la guerre en Italie, au nom de la république, Ancône fut occupée par une armée française. Le général Monnier y soutint l'année suivante un siège opiniâtre, mais, trop faible pour résister plus longtemps, il la livra aux mains des Russes et de leurs alliés. Elle fut restituée en 1802 à limmortel Pie VII qui venait de monter sur le trône pontifical. Dans la suite elle fut incorporée au royaume d Italie et \mt le nom de département du Métaure, quelle retint jusquen 1814, époque oli elle rentra sous lobéissance du Pape. Au mois de février 183^. sous le fameux ministère Perrier, les Français envoyèrent à Ancône un corps de troupes, qui s'établit dans la citadelle pour forcer les Autrichiens à évacuer les villes qu'ils occupaient dans le domaine qui relevait du Saint Siège.
(♦) 1,0 iiiitl Wrt»7M/.9 en llamaïKJ Va/Af/zAr/ vu'iil tin \ itii\ mol V<i//. (|ui si^çiiilic lloinc^ l'rontièic i-l (lù.si^iu- un idnilc (|ni Icn.iil en lifl une terre placée à la fronlii're d'un royaume.
i:i)iFiCES l'LiJLics 253
Aucune a une population de 30,000 habitants, y compris les faubourgs et en\ iron o,000 juifs, qui font dans cette ville un commerce très considérable. Ils occupent un quartier particuliei- dans lequel ils ont une synagogue.
Parmi les hommes célèbres qui naquirent dans ses murs, elle cite avec orgeuil l'archéologue Ciriaco; les poètes Cavallo, loue par l'Ariostc; Léoni; Guisabaido et Prosper Bonarelli; le fameux peintre Maratti et le grand mathématicien Rinardini.
Ancône possédait jadis un vaste théâtre, où se donnaient les jeuv des gladiateurs et autres représentations barbares; il en existe encore d'importants débris, cachés sous les constructions modernes de la ville.
Les édifices publics les plus remarquables sont Thùtel de ville, bâti au treizième siècle. Il est d'une construction gothique et orné de belles sculptures. Le palais du gouvernement, où réside le légat du Pape, fut exécuté sur les dessins de Margaritone d'Arezzo. La loggia dei Mercanti, où se tient la bourse, a une façade gothique et ses voûtes sont revêtues de bonnes fresques de Pellegrini: on y voit trois stucs qui représentent la Religion, l'Humanité et le Commerce et un tableau du même Pellegrini : Hercule domptant les monstres, étonnante imitation du jugement dernier de Michel-Ange. Autrefois il s'y trouvait quatre statues : celles de la Foi, de l'Espérance, de la Charité et de la Religion, mais elles ont péri dans un tremblement de terre. Le palais Manciforta renferme une riche collection de tableaux; celui de Fcrretti est un des plus beaux ouvrages du peintre architecte Tibali, qui y a laissé plusieurs monuments de son double talent.
Valéry raconte dans son voyage en Italie qu'il vit à Aucune le merveilleux chef-d'œuvre d'un artiste d'Ascoli, Octavien Janelli -. quatre petits camées sur buis qui étaient alors à vendre; ils représentent très distinctement, avec grâce, naturel et perspective, une chasse dans une forêt, un enfant portant une grosse coquille de mer; Junon descendani du ciel sur un char allelé de paons: notie
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Seigneur flagellé traduit devant Pilate, dont la dimension est de la moitié d une noix. Ces ouvrages étonnants peuvent être eompares aux divers tours de force du même genre cités à toutes les époques et cependant l'auteur, mort à vingt cinq ans, en 1660, s'était formé lui-même, car le Bernin ledoutant sans doute l'étrange et précoce génie de ce jeune homme, lui avait peu généreusement refusé ses avis. (*)
Au dessus d'une des portes de la ville on a écrit le distique suivant :
.\LMA FioES, PROCEUES, VESTR.V.M QL.E CO.NDIDIT URBEM. G.VLDET IN HOC SOCIO VIVERE P.VCE I.OCO.
«1 0 citoyens ! la bonne foi qui a élevé les murs de votre ville, se plait à entretenir dans ce lieu la paix et Iharnionie. '•
Sur un des côtés d'une médaille frappée sous le pontificat de Sixte V, on lit ces mots :
ANCON DORICA CIVrrAS FIDEI.
Doii lui est venu cette dénomination de \\\\c <le la bonne foi? Les uns disent qu'elle fut ainsi appelée à cause de la fidélité qu'elle garda toujours aux Romains. Dans les guerres ci\ iles (jue César excita en Italie, elle repoussa de ses murs à main armée le général Gassius que lempereur y avait laissé avec une garnison après qu il se fut emparé de Rome. C'est du moins ce que laisse conjecturer le passage suivant de Cicéron dans une lettre écrite a son ami Atticus : «1 Cassium erat hic audilum expuisum Anconii eamque ur- « bem a nobis teneri. » On avait appris ici que Cassius avait été chassé d'Ancône et que cette \ilI<M''lail au pomoir (1(> nos troupes.
(') Valcr\ voy.igrs on Italie l,i\. \ll rlia|i. \l.