‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 62 sur 134 · ÉGLISE DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT FRANÇOIS

pas songé à d autres moyens pour soutenir cet ('tablissemcnt de charité.

Quand nous visitâmes la modeste église des Franciscains, elle offrait un spectacle bien lugubre. Au milieu d'un sombre a[)pureil, douze religieux, debout, les bras croisés sur la poitrine, entouraient le cercueil ouvert d'un de leurs frères, moissonné à la fleur de l'âge au milieu de ses travaux apostoliques. Les ombres de la nuit, se glissant graduellement sous les voûtes du sanctuaire, voilaient peu à peu les objets à nos regards. A la faible lueur de quelques cierges, dont les rayons vacillants allaient se perdre sur les parois sacrés, nous distinguâmes le visage du défunt dont la moi t n'avait aucunement altéré les traits : on y voyait encore cette douce modestie, qui faisait, comme un des frères nous l'assurait, le charme de sa conversation, cet air de bonté qui lui gagnait tous les cœurs et cette sérénité angélique respirant d'avance la béatitude céleste. Il y a quelques jours, sa voix retentissait encore dans ce même lieu d'où bientôt on devait le porter au campo santo du couvent. Il y avait rêvé bien des conquêtes spirituelles encore, mais le maître de la vie, satisfait de son travail, l'appela à lui avant la fin de sa journée. Ses frères chantaient lentement 1 office des morts ; l'air vénérable, l'attitude édifiante, le sombre costume de ces cénobites, leurs voix graves qui répétaient chaque verset a^ec une expression touchante, tout était mélancolique, tout était imposant et inspirait de profondes méditations sur le néant des choses de ce monde. Un de ces religieux à barbe blanche, le front sillonné de rides, courbé sous le poids de l'âge, s'appuyant sur un jeune novice, paraissait tout absorbé en Dieu. Il avait les yeux constamment fîxésvers la terre, qui allait recevoir le cori)s de son confrère et dans laquelle sa pensée le faisait déjà descendre lui-même. Ainsi la mort se joue des âges ; elle épargne le vieillard et précipite le jeune homme dans la tombe. Le moment fatal, ninr(|U('' à chacun, est un secret écrit dans le livre éternel !

Ancône^ limdi 2o mai

Pondant notre séjour à Ancùne nous fîmes une petite excursion dans le nord des Etats Pontificaux. Presque chaque endroit de ce pays si fameux par son contact avecla puissance, dont tout l'univers a subi le joug, offre une série de souvenirs du temps passé. Est-il étonnant que dans le cours de nos voyages nous nous soyons tant de fois détournés de notre route pour aller fouiller dans la glorieuse poussière de l'antique Latium ?

Il était deux heures de l'après-midi, lorsque la voix du vetturino annonçait le moment du départ. Le temps était serein et le soleil au milieu de sa course tombait h plomb sur nos têtes. Il fallait être entourés, comme nous Tétions, de points de vue tout poétiques et pittoresques, pour soulTrir, sans se plaindre, une ciialeur presque tropicale.

Par une route merveilleusement construite on est conduit au lieu où l'on passe la rivière Hsetio. Ensuite depuis Case Bniccintr on côtoie la mer d'où l'on n'aperçoit que des vallées riantes et dans le lointain un \ieux manoir avec ses créneaux et ses tours. C'est ainsi qu'on se trouve bientôt en face de Sinigaglia, petit*' ville (pii ne compte que 8,000 habitants.

SLMGALIA. S59

Cette ville, bâtie lan 369 de Rome, s'appelait autrefois Sena Gallica pour la distinguer de Sena Iletruscorum. Elle a tiré ce nom des Gaulois Scnonais comme le témoigne ce vers de Silius Italicus :

Qua Sena relictum Gallorum populis traxit pcr sœcula nomcn.

Ce même poète dit dans un autre endroit :

Clanius et Rubico et Senorum de nomine Sena.

Ce sont ces Senonais qui, au nombre de trois cent mille, sous la conduite de Brennus incendièrent Rome et firent trembler les maîtres du monde dans leur propre capitale.

Sinigaglia fut plus tard une colonie romaine sous le nom de Colonia Senensis. Dans la distribution de l'empire en provinces elle se trouva comprise dans le Picenum annonarium et dans le vicariat romain. Son évêché qui ne rélève que du saint-Siége date de la fin du cinquième siècle. Au moyen-âge elle suivit à peu près les vicissitudes du duché d'Urbin qui en eut de nombreuses ; les familles de Mala testa et des ducs d'Urbin en furent longtemps les seigneurs. Elle ne fait partie des Etats romains que depuis la fin du dix-septième siècle.

La Misa la sépare en deux parties. Le 23 juillet de l'an 1765 cette rivière gonfla ses eaux à tel point qu'elles firent un grand dommage aux bâtiments, aux vaisseaux et aux marchandises qui s'y trouvaient en grand nombre à cause de la foire de cette ville. Ceci est d'autant plus remarquable qu'on ne se souvenait pas d avoir jamais entendu parler auparavant d'une inondation de la Misa.

Le port, situé à l'embouchure de cette ri\ ière n'est pas des plus spacieux, mais il est suffissant pour les vaisseaux marchands. Cette ville fait un grand commerce en blé^chanvrc et soie. Plusieurs puissances, telles que l'Autriche, la Belgique, le Danemarck. la France.

260 SOl'VEMUS DIT ALI E.

l'Angleterre, Naples, la Prusse, la Sardaigne, la Suisse et la Toscane y entretiennent des consuls. (*) La population, quoiqu'elle ait augmenté depuis le commencement de ce siècle, n'est cependant point en rapport avec l'étendue et l'importance du commerce. Sa foire qui dure depuis le mois de juillet jusqu'au 20 août est fort fréquentée par les marchands et les voyageurs. Elle rapporta en 1832, à la douane pontificale, quarante mille écus romains, sans compter les recettes des douanes intérieures.

Les églises de cette ville sont enrichies de bons tableaux : la cathédrale et l'église de saint Martin méritent surtout d'être vues. Hors de la [>orte Montagncira s'élève l'église du couvent des Franciscains. Ce qu'on y admire le plus c'est un tableau duPérugin représentant la sainte Vierge entourée de saints.

Les rues de Sinigaglia sont généralement belles et la plupart des maisons ont été rebâties à neuf, ce qui donne à la ville un aspect assez joli.

Comme dans toutes les villes anciennes, la société de Sinigaglia offre deu.K classes dominantes -. la noblesse et les commerçants. La famille des comtes Mastaï remonte, par son origine, au treizième siècle ; ti la fin du (juatorzièmo elle (piitta la ^■illo de Créma en Lombardie, pour aller s'établir à Sinigaglia. Depuis cette époque jusqu'à nos jours plusieurs de ses membres ont été les premiers magistrats de la ville. Sous Urbain VIH, c'était un Mastaï qui y commandait pendant le siège et le bombardement de la ville par la flotte Vénitienne. Vers la lin du dix-septième siècle, en récompense d'une longue suite d éclatants services, les Mastaï reçurent du prince Farnèse. duc de Parme et de Plaisance le titre de comte. Ils ajoutèrent a leur nom, celui de Ferretti par suite d'une alliance matrimoniale avec le dernier rejeton de cette noble famille et

(*) Sa.sniulctc Pic IX vient (!> (''laldir luic cluimlirc cl un Irilmii.il lic «•omrncrcc, .liri.si (juc d.iris les aiitios poil.s de mer iW sis ('i.ils, rdiinnc Aucune, rivila-Vccchia, ('omafcio ot Fiiiinicinn.

SINIGALIA. 261

l'alné des Mastaï a toujours depuis porté les deux noms. Le père de l'archcvôque d'Imola (*) était gonfalonnier de Sinigaglia lors de l'invasion française. Un de ses autres enfants, André, évéque de Pesaro, fut retenu captif dans la citadelle de Mantouc, pour être resté fidèle au Pape Pie VII; il s'est fait une réputation comme écrivain de l'ouvrage intitulé : vérité des Evangiles traduits et commentés. (**)

(*) Aujourd'hui l'ic IX. Voir note Q.

(**) Vie de sa sainlelé l'ic IX par M. Benoist.

S1NIGA.GLIA

Mardi, 26 mai.

Qiiiil debcas. o Roma, Ncronibus TestisMotaiirum fliimen.

UuRATIUS.

Non loin de Sinigaglia s'élève une montagne à laquelle la suite des temps a conserve le nom antique dAsdrubal. Le chomin qui conduit à Fano est certainement un des plus beaux de toute lltalie et les campagnes offrent partout une végétation extraordinaire.

Bientôt on découvre la plaine oii Totila, ce fier barbare, fut battu par Narsès, général de l'armée de l'empereur Justinien, victoire qui délivia toute cette province do la tyrannie des Goths; leui roi blesséà mort dans cette fameuse bataille s'en alla expirer auprès de la source du Tibre.

En continuant notre chemin nous ne tardâmes i)as ii voir le Métro anciennement Melaurus, rivière devenue célèbre par une autre victoire éclatante; celle que l'armée romaine remporta sui Asdrubal, général des Carthaginois. Le combat se livra l'an 208 avant .lésus-Christ, pendant la deuxième guern» Puniipu'. Asdrubal avait franchi les Pyrénées avec une arnuM- formidable et s'était jcle sur

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